The Young Gods – Data Mirage Tangram

Publié par le 14 février 2019 dans Chroniques, Incontournables, Notre Sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Two Gentlemen / Differ-Ant, 22 février 2019)

Ils sont nombreux, et pas que des tocards, à avoir appris la vie en ponçant les premiers albums des Young Gods, à s’être passionnés pour leurs évolutions stylistiques au gré des années et s’être demandés à quelle sauce ils allaient bien pouvoir être bouffés lors du retour des (plus si) jeunes dieux suisses. Ils ne s’attendaient sans doute pas à être cuisinés de la sorte par une électro propice à l’évasion, qui prend son temps, instaure tranquillement d’étranges climats. Le retour de Cesare Pizzi (claviériste, programmateur), absent des débats depuis les deux premiers albums d’humeur explosives, n’aura donc pas eu l’effet escompté. Les Young Gods n’éprouvent ici nul besoin de faire parler la poudre, ils se “contentent” de ramener leur science. Leur science de l’expérimentation, leur maitrise du son.

Les guitares se font discrètes, elles ne se révèlent que lorsque la marmite explose, lorsque la tension devient intenable (les colossales “Tear Up The Red Sky” et “All My Skin Standing”, proprement fascinantes). La violence couve, mais elle est maîtrisée.

Ce disque n’offre que sept titres, c’est peu après huit ans d’attente, mais il en impose, tant il brille par sa cohérence et son homogénéité. Et en dehors des deux singles “Figure Sans Nom” (divine escapade électro rock poétique) et “Tear Up The Red Sky” qui marquent les esprits immédiatement et durablement, le reste s’offre à qui veut bien l’attendre. Car il faut prendre son mal en patience pour pénétrer “Moon Above” où un Franz Treichler cerné par une rythmique déstructurée, un fracas de bruitages incessants et une absence notable de véritable mélodie (exception faite d’un harmonica bien saugrenu qui déboule sans coup férir), se demande fort légitimement “is this the blues i’m singing?”. Ça y ressemble en effet mais qu’est ce que ça fout là ? C’est une autre histoire. Les Dieux sont tombés sur la tête et c’est bien là le meilleur moyen de nous donner la foi. De son côté, “You Gave Me A Name” dégaine de sa poche une mélodie simpliste et efficace. Les Young Gods pourraient s’en contenter. Pas vraiment le genre de la maison. Ils préfèrent répéter inlassablement ce motif, avant que soudainement l’agitation les gagne et nous embarque ailleurs, où les sonorités affluent de toutes parts. Le piège se referme alors.

L’égarement est donc fréquent mais il est savoureux. Combien de disques très accrocheurs de prime abord ont rapidement pris la poussière ? Combien se sont imposés peu à peu pour devenir incontournables ? Beaucoup, dans les deux cas. Les Young Gods ont depuis bien longtemps choisi leur camp, et ce n’est pas maintenant qu’ils vont en changer. Ils ne font pas dans l’aguicheur, ils séduisent par petites touches, ils nous cernent pour mieux nous captiver. Pour mieux nous capturer. C’est indubitablement chose faite avec ce Data Mirage Tangram qui se fraie une place de choix dans la discographie des Young Gods et risque bien d’en faire de même dans votre discothèque, et y trôner fièrement.

Jonathan Lopez

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