The Psycho Realm – The Psycho Realm (Ruffhouse)

Publié par le 26 avril 2016 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

psychoNous sommes en 1989. Deux frangins, Big Duke et Sick Jacken, se partagent le micro et forment le groupe The Psycho Realm. Exerçant dans l’ombre, il commenceront à connaitre un début de renommée en 1994 avec le titre « Scandalous » sur la B.O du film Mi Vida Loca. Ils sont très vite repérés lors d’un concert par B-Real de Cypress Hill, qui sans en devenir un membre à part entière, les prend quelque peu sous son aile et s’investit activement à leur projet et la réalisation de leur premier album éponyme sorti en 1997.

Il s’avère que les similitudes entre les deux formations sont flagrantes, à tel point qu’on aurait facilement pu se méprendre et penser qu’il s’agissait là d’un side-project du leader de Cypress hill. Si les bienfaits de cette collaboration (en termes de ventes et de notoriété) sont avant tout une aubaine pour Sony qui les signe dans la foulée, les membres eux ne tombent pas dans le piège et se contentent de faire leur musique comme ils l’entendent. Il reviendront d’ailleurs à un statut d’indépendant par la suite en créant leur propre label Sick Symphonies.

À cette période, du côté de Cypress Hill, chaque membre se consacre à des projets parallèles depuis la sortie de Temples of Boom fin 95.

Un Ep de remixes sortira en 96, pour pallier au manque à gagner du troisième album, moins accessible que ses prédécesseurs. Si ce dernier rencontre un véritable succès d’estime, la transition artistique opérée restreint son succès commercial.

B-Real se consacre exclusivement à The Psycho Realm, Sen Dog, lui, produit le groupe Delinquent Habits, Dj Muggs lance son projet solo et sort « Soul Assassins Chapter 1 » qui réunit la crème du rap américain.

Après les présentations d’usage, revenons à The Psycho Realm et consacrons-nous au contenu de cet album si particulier. Si vous pensez bêtement que les origines latines de ses membres, sont gages de musique teintée de chaleur et de rythme dansant, vous faites fausse route et vous perdrez votre temps. Car ce qu’on trouve la, n’a rien de chaleureux ou de réconfortant, bien au contraire. L’atmosphère est sombre, les ambiances lugubres, les voix nasillardes… Rien de séduisant je vous dis. Sick Jacken et Big Duke ont créé un univers glaçant, où l’auditeur peine à entrer, mais finit vite par être pris au piège.

Reflet d’un quotidien où la violence règne, les deux MCs décrivent les inégalités sociales, et le statut latent des minorités rejetées, qui tentent avant tout de survivre avant même d’imaginer se frayer une place dans la société. Les armes, la guerre des gangs, la soif de pouvoir, l’argent, la rue et ses recoins sont autant de sources d’inspiration de nos protagonistes. Le décor est planté.

« Psycho City Blocks » ouvre les hostilités, B-Real balance le refrain, Big Duke et Jacken se répondent au travers des couplets. Comme on peut le rencontrer régulièrement sur les albums de Hip Hop, les interludes sont omniprésentes et si elles font souvent office de remplissage, elles jouent ici un rôle crucial. D’abord, elles ont la particularité de ne pas occuper une plage à part mais d’être insérée, soit en début ou en fin de morceau. Volonté de dérouter l’auditeur ou attiser la curiosité ? Une chose est sure, il y a là une réelle volonté de rendre l’ensemble homogène, de former un tout et de rompre les codes existants, l’album se clôture d’ailleurs sur un titre en 2 parties « La Conecta ».

B-Real a en parti bâti sa réputation autour de ses textes prônant la consommation de ganga. Si on peut y trouver un coté cool et ludique, quand The Psycho Realm parle de drogue, il en est tout autrement. Le malaise s’installe, on vous épargnera les traductions, « Confessions of a Drug Addict » fait froid dans le dos ; loin de vanter l’usage des drogues dures, les lyrics auront plutôt l’effet inverse, l’équivalent au cinéma serait le film Requiem for a Dream. B-Real n’est pas le seul membre de Cypress Hill à intervenir sur cet album, si Muggs apporte sa touche à la production, Eric Bobo est aussi de la partie. Il se fait remarquer d’abord sur la fin de « Showdown », puis sur « R.U. Experienced », ses percussions donnent une dimension supérieure aux instrumentales tout comme le choix des samples. Rien n’est laissé au hasard.

On aura beau chercher quelques chose à redire sur ce disque, rien n’y fait. Les Psycho Realm ont créé une ambiance sombre et malsaine, laissant le soin à l’auditeur d’y coller des images et laissant libre court à son imagination la plus folle. Un album complexe, dont le seul extrait a avoir été clippé est le fabuleux « The Stone Garden ». A l’instar de 36 Chambers du Wu-Tang Clan, Psycho Realm a réussi à se construire un univers propre, difficile d’accès mais qui devient très vite addictif, un sans faute devenu un classique du genre.

Un drame malheureusement, mettra en péril l’avenir du groupe… En 1999, Big Duke prend une balle dans le cou en tentant d’arrêter une bagarre et restera paralysé. Sick continuera pendant un temps l’aventure en sortant A War Story Book I&II.

JR

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