Low – Ones And Sixes (Sub Pop/PIAS)

Low – Ones And Sixes (Sub Pop/PIAS)

Évidemment le nouveau Low est beau. Comment pourrait-il en être autrement ? Le jour où Low sortira un album “moche”, les poissons prendront sans doute leur envol et les oiseaux s’éclateront sous l’eau. Peut-être même que Coldplay sera devenu un groupe respectable, bref on n’en est pas encore là. Depuis leurs débuts en 1993, les esthètes de Low tissent des mélodies inoubliables dans un vivier qui semble inépuisable. Certains préfèrent la première partie de leur carrière (il est vrai admirable) et trouveront à redire sur telle ou telle partie de leur discographie, la vérité c’est qu’avec un tel groupe on place inconsciemment la barrière très haut en termes d’attente et on accepte mal d’être déçu. Sur Ones And Sixes les sonorités électroniques  occupent une place plus importante que précédemment, sans que cela ne vienne entraver le moins du monde l’hymne à la beauté délivrée par ces bienfaiteurs constamment touchés par la grâce. “Gentle” ou “No Comprende” surprennent par leurs beats écrasés très percutants, mais le bienfondé de la “nouvelle” formule où s’entremêlent organique et synthétique ne tarde pas à s’imposer comme une évidence. Et sur “The Innocents” il nous explose carrément à la face. Mélange gagnant donc, comme les voix de  Mimi Parker et Alan Sparhawk qui, une fois encore, nous permettent de nous élever très haut dans une lenteur caractéristique, toujours apaisante, jamais soporifique. Enfilez un bon casque, fermez les yeux et parés au décollage. Les boucles mélancoliques et répétitives infusent vite, les refrains marquent, bien qu’ils soient d’une simplicité confondante (“What Part Of Me”, “Lies”). En fin d’album “Landslide” évolue dans un registre plus tendu avant de desserrer l’étreinte et s’achever comme un doux rêve qui ne voudrait pas prendre fin. Immuable, Low continue inlassablement de nous offrir de petites merveilles. En ces temps troubles où les motifs d’indignation sont légions, il est bon de s’enfermer dans le petit cocon doux et confortable concocté par Mimi et Alan qui savent mieux que quiconque procurer du bonheur à l’auditeur. On en arriverait presque à se demander ce qu’on a fait pour mériter ça… JL Low sera en concert le 30 octobre au Grand Mix (Tourcoing) et le 2 novembre au Divan Du Monde...

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Strange Wilds – Subjective Concepts (Sub Pop)

Strange Wilds – Subjective Concepts (Sub Pop)

Sub Pop est nostalgique. Depuis quelques temps il aime se souvenir de ses débuts quand il lançait une armée de jeunes fougueux qui allait secouer le monde du rock. Des jeunes qui ont la bougeotte, une bonne dose d’insouciance et de riffs aiguisés. Ils sont depuis nombreux à avoir tenté de reprendre le flambeau, très peu à y être parvenus. En voilà qui se portent à nouveau candidats et qui pourraient bien rapidement être adoubés. Strange Wilds n’a pas fini de bouffer des comparaisons avec Nirvana et il ne l’aura pas volé… Celui de Bleach surtout, de la rage pas encore totalement maîtrisée mais aussi de mélodies évidentes laissant deviner un potentiel remarquable. Ceci étant dit, on va tâcher de leur accorder bien plus que la glorieuse comparaison qui fait plaisir, certes, mais qui se révèle vite fort encombrante. Car pour un premier effort, cet album fleure bon la grosse maitrise. Fausse nonchalance mais vraie science du refrain contagieux (“Starved For”, “Autothysis”), sauvagerie réjouissante (“Oneirophobe”), couplets posés/refrains énervés selon la recette bien connue Pixienne/Nirvanesque (“Lost And Found”) ou simple grosse baffe dans la tronche (“Pirohia”, “Disdain”)… Oui, il y a là une belle liste de tubes en puissance. L’expression est souvent galvaudée mais “premier album coup de poing” semble bien ici la définition la plus appropriée pour ce Subjective Concepts.   JL  ...

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METZ – II (Sub Pop/PIAS)

METZ – II (Sub Pop/PIAS)

Les joyeux garnements de METZ (canadiens ne vous méprenez pas) ont débarqué en 2012 de façon remarquée dans le cercle des groupes bruitistes à l’inspiration grunge/punk qui rappelle bien des souvenirs et des émois. Le premier essai, tout en delicatesse, était une succession d’agressions auditives dont on ne savait trop si on devait y revenir. Quand on a les joues rouges, on y réfléchit à deux fois. Rassurez-vous l’état de vos joues n’est pas prêt de s’arranger, le power trio ne s’est pas assagi le moins du monde et continue d’enfiler les torgnoles. Entame musclée et tendue avec une “Acetate” aux riffs acérés et aux poussées noisy avec un Edkins (chanteur-guitariste) tour à tour agressif et plaintif qui se démène au milieu de ce chahut. Compte à rebours enclenché. Car avec METZ il n’y a pas de temps à perdre, il ne faut surtout pas donner à l’auditeur le temps de souffler. 10 titres, 31 minutes et des bleus partout. L’idée est toujours de faire de la musique “in your face” comme ils nous le disaient lors de notre interview. Mais l’aspect mélodique est ici plus poussé. La puissance est utilisée à bon escient, les temps morts plus fréquents et les accélérations plus distillées et donc forcément plus meurtrières (“Wait In Line” ou l’addictif “Spit You Out”). Intelligemment puissant. Le temps que les oreilles s’acclimatent au volume sonore, les variations se révèlent fort appréciables et on réalise alors que, si Edkins n’est pas Cobain non plus, il est capable de nous tenir éveillé en variant son jeu et ses beuglements bien aidé par une session rythmique au taquet qui maintient la tension de bout en bout et s’accorde des embardées nouvelles (“Nervous System”). Au milieu de bons gros tubes qui tâchent (comme “The Swimmer” qui vous collera aux basques) tout n’est pas totalement inoubliable mais tout laisse à penser que Metz est sur la pente ascendante et qu’il est capable de plus fort encore. Réponse au troisième épisode....

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Interview – METZ

Interview – METZ

Derrière l’agressivité de leur musique, les canadiens de METZ se révèlent être des gens charmants. Nous avons pu le vérifier lors de leur passage en France le mois dernier alors qu’ils entamaient une tournée pour défendre un second album… qui ne sortira que la semaine prochaine. Au-delà des discussions autour de ce nouveau disque et de la tournée en cours, cet entretien nous a également donné envie de nous pencher sur la scène de Toronto, et d’avoir plus que jamais foi en Sub Pop et Mudhoney…     Désolé je ne suis certainement pas le premier à vous poser la question mais vous devez expliquer aux lecteurs français… Pourquoi ce nom ? Vous êtes tombés amoureux de la ville de Metz ? Alex Edkins (guitare-chant) : nous sommes allés dans cette ville et nous avons passé un très bon moment là-bas mais ce nom n’est pas une référence à la ville même si on la connaît. C’est plutôt pour le son qu’il produit et son aspect visuel. Le mot, les 4 lettres, à quoi ça ressemble sur papier et comment ça sonne quand tu le dis. Il n’y a pas de signification profonde. C’est un peu au hasard, on aime sa consonance et son côté visuel.   “J’aimerais faire un album live à Metz : “METZ in Metz”. Ça collerait bien !”    Vous êtes donc ravis de revenir en France ! Vous ne jouerez pas à Metz cette année ? Alex : je dis souvent que j’aimerais faire un album live là-bas. METZ in Metz. Ça collerait bien ! Chris Slorash (bassiste) : mais nous n’avons jamais vraiment d’offre pour jouer à Metz…   Vous y avez déjà joué avec votre ancien groupe. Alex : oui c’est là que nous avons vu ce nom pour la première fois. C’était un concert vraiment fun. Le public était excellent.   Vous venez tous de Toronto, j’ai lu que vous étiez très fiers de la scène musicale locale. Vous pouvez nous en dire plus ? Nous conseillez des groupes à découvrir ? Alex : oui c’est vraiment un super endroit pour faire de la musique. Une très grande ville, très variée, tu peux vraiment trouver tout ce que tu aimes là-bas. Et t’impliquer. Notre musique était très différente de tout ce qu’on pouvait entendre là-bas mais on s’est vraiment senti soutenu et les gens réagissaient vraiment positivement et nous sommes parvenus à grandir. Toronto a vraiment été important pour notre groupe et nous a aidé, on essaye aussi de soutenir d’autres groupes à faire leur truc. On aime vraiment cette grande variété musicale. Il y a du hip hop, de la dance, du punk… Chris donne quelques noms ! Chris : il y a ce petit mec qui s’appelle Drake… (chanteur r’n’b...

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Les Thugs – I.A.B.F. (Vinyl Solution)

Les Thugs – I.A.B.F. (Vinyl Solution)

Il est une idée reçue qui a la vie dure : Noir Désir serait le seul et unique groupe majeur du rock indé français. Ceux qui pensent ça n’ont sans doute jamais (ou pas suffisamment) écouté Les Thugs. Loin de moi l’idée de minimiser l’importance du groupe bordelais. Mais plutôt de rendre l’hommage que méritent les Thugs, eux qui sont toujours restés confinés dans un relatif anonymat eu égard à leur talent. Les Thugs c’est d’abord deux frangins de la fratrie Sourice : Eric à la guitare et au chant, Christophe à la batterie. Un troisième, Pierre-Yves, bassiste, viendra se greffer en 1988 alors que le second guitariste Thierry Méanard a toujours fait partie de l’aventure. I.A.B.F. – pour International Anti Boredom Front – paraît en 91, c’est déjà leur 5e album. Intro rentre-dedans, cela va de soi. Tout en tension, l’instrumentale, “N.6” pose les bases. Attention ça va péter… Puis vient “I Love You So”. Dès le riff introductif le titre s’impose comme un hymne. Mené comme un contre-la-montre, “I Love You So” ne laisse guère le temps de réfléchir. Il embarque l’auditeur dans une cavalcade effrénée. Et à mi-morceau il y a ce pont fantastique. Où les saturations s’entrebriquent, où les guitares s’envolent. Un contre-la-montre qui s’achève en sprint. Un sprint interminable. Interminablement jouissif. Noir Désir a “Tostaky”, Les Thugs ont “I Love You So”. Et I.A.B.F. a bien d’autres choses encore. “Power Race” et ses hurlements de guitare, “Good Friends” et ses choeurs hystériques. Tout ceci pue le Rock’n’Roll à des kilomètres. Cette énergie vorace, cette rage palpable (et les textes vindicatifs qui vont de pair)… Pas étonnant que Les Thugs aient tapé dans l’oeil de Sub Pop chez qui ils ont sorti leurs 3 albums précédents (ce qui au passage est quand même la classe internationale). Les Thugs auraient pu émerger à Seattle. Et non ils sont d’Angers. Soyons fiers. Les amplis sont dans le rouge tout au long de ces 10 morceaux. Comme si un incendie s’était déclaré dans le studio d’enregistrement. Comme s’il fallait aller toujours plus vite. La tension ne redescend qu’entre chaque piste. Ça fait court pour se remettre de ses émotions. Les mélodies sont de qualité premium, entre punk (jamais bas du front) et power pop (toujours surpuissant). Pas étonnant non plus qu’ils aient été adoubés par Jello Biafra himself qui a distribué “Stop The War” (classe internationale bis) et produits plus tard par Steve Albini (classe internationale ter). I.A.B.F. c’est aussi la ligne de basse démentielle en ouverture de “And He Kept On Whistling”, les sifflets so cool du refrain. Quelques titres un peu à part comme “Is It The Right Way ?”, totalement instrumentale hormis des choeurs évanescents qui lui donne une tonalité...

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