PLAYLIST – 30 ans de Sub Pop en 50 titres

PLAYLIST – 30 ans de Sub Pop en 50 titres

Au commencement, Subterranean Pop était un fanzine, fondé par deux passionnés, Jonathan Poneman et Bruce Pavitt, qui ne savaient pas encore tout à fait où ils allaient mais avaient des idées. Devenu label en 1988, Sub Pop s’appuie immédiatement sur une identité visuelle forte et des idées marketing audacieuses (la possibilité de s’abonner pour recevoir les Sub Pop singles notamment*). Associé à jamais à l’éclosion du « grunge » (ou de la scène de Seattle, ou… whatever), Sub Pop a soufflé cette année ses 30 bougies et reste encore aujourd’hui une référence en matière de rock bruyant et/ou exigeant. Le label a bien grandi, s’est structuré, a remboursé ses dettes (a priori) et peut se targuer d’une longévité remarquable et une discographie colossale. Voilà qui méritait bien une rétrospective sonore d’envergure. Initialement prévue en 30 morceaux pour 30 ans, on s’est dit qu’on n’en avait finalement rien à foutre d’être cohérents puisque ce label mérite bien plus. Voici donc 50 morceaux, des historiques incontournables qui ont fait leur gloire et leurs premiers bénéfices (Nirvana, Mudhoney, Soundgarden…) aux formations plus obscures non moins méritantes (10 Minute Warning avec Duff McKagan avant qu’il n’aille faire le con à LA, Come, Truly, Rein Sanction, Pond…), du rock bien crasseux ou teigneux (Tad, Les Thugs, L7) au slowcore le plus soyeux (Low, Red House Painters, Codeine), de l’indé-tronable (The Vaselines, Sebadoh, J Mascis) en passant même par le hip hop new generation (Clipping., Shabazz Palaces). Et pour boucler la boucle, quelques dignes héritiers du son d’antan (METZ, Strange Wilds, Pissed Jeans…). Longue vie à Sub Pop, merci pour tout… et rendez-vous dans 30 ans pour le top 100 !     *dont sont tirés ici Rapeman – Song Number One et Fugazi… du même nom, « Shove » de L7, « Arriba » de Babes in Toyland, « Car » de Come et « Fire of Love » de Boss Hog. Jonathan...

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METZ – Strange Peace

METZ – Strange Peace

Pour la première fois, METZ a choisi un nom pour son album (non, parce que II on peut pas appeler ça un nom, faut pas déconner non plus). Un nom qui a de quoi surprendre. Strange Peace de la part de cette bande de brutes épaisses c’est pour le moins… strange. D’autant qu’à l’écoute du disque on a beau chercher, on trouve difficilement une once d’accalmie dans les assauts des bûcherons canadiens. Au début du moins. METZ tronçonne, METZ ravage, METZ détruit. Et on subit. Après trois morceaux METZ pur jus, voilà un peu de répit. Un peu de nouveauté aussi, ouf. Car il faut bien le dire, à part quelques riffs bien saignants (“Drained Lake”, “Cellophane”) qui viennent épancher notre soif de violence, le schmilblick messin n’avance guère et les mêmes interrogations demeurent. Oui ce groupe sait faire du bruit, du bon boucan même, mais les mélodies se font toujours trop rares, noyées sous les décombres et pas spécialement mémorables. En cela, la comparaison avec Nirvana qui leur colle aux basques depuis leurs débuts n’est guère judicieuse. Pourtant le groupe s’est payé les services de Monsieur Steve Albini ce qui n’a rien d’illogique vu que tous les groupes qui font du rock bruyant ont dû lui envoyer leur CV un jour ou l’autre. Et sans surprise, la rencontre est des plus probantes, le son respire, bien percutant et brut de décoffrage comme il faut. Comme à son habitude, le père Steve a dû laisser le champ libre à ses poulains qui, on l’a dit, se sont un peu lâchés sur quelques morceaux. Saluons à ce titre cet essai post punk même s’il ne restera pas dans les annales (“Caterpillar”), qui n’est pas sans rappeler leurs compatriotes de Preoccupations (ex-Viet Cong), la curieuse “Sink”, bien moins énervée mais trop monotone ou la conclusive “Raw Materials”, peut-être la plus ambitieuse du groupe à ce jour qui fourmille d’idées, de riffs nerveux et s’achève dans un fatras de tous les diables. Ça a dû plaire à Albini. Dans des registres plus communs, il faut reconnaitre que “Common Trash” qui ne s’embarrasse d’aucune espèce de retenue ou la punky “Dig A Hole » font également le boulot. Bien salement. A l’heure des conclusions, soyons simples et concis. A la METZ. Est-ce qu’on passe un bon moment quand on écoute Strange Peace ? Oui. Est-ce qu’on a souvent envie de le réécouter ? Non, sauf si on a des accès de violence. Est-ce qu’on veut entendre ces nouveaux titres en live ? Oui c’est tentant. Est-ce qu’on réécoutera ce disque dans 10 ans ? Rien n’est moins sûr....

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Les 3 premiers albums de Tad réédités

Les 3 premiers albums de Tad réédités

Le 4 novembre prochain, les trois premiers albums de Tad, God’s Balls (1989), Salt Lick (1990) et 8-Way Santa (1991) seront réédités chez Sub Pop et remis au goût du jour par la remasterisation de Jack Endino qui s’était lui-même chargé des mixes initiaux. Figure emblématique des débuts de la scène de Seattle que d’aucuns ont ensuite réduits sous l’appellation grunge, Tad (du nom de son imposant leader Tad Doyle) faisait partie d’une frange un peu plus dure qu’un Mudhoney par exemple avec des sons lourds plus proches du metal que du post-Stooges. A noter que ces sorties sont prévues à la fois sur vinyles et CD. Les CD seront agrémentées de titres bonus, totalement inédits ou sortis initialement sur 45 tours....

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LVL UP – Return To Love

LVL UP – Return To Love

Alors tu veux que je te dise ce que c’est que le rock indé ? Et bien, techniquement, c’est du rock qui ne sort pas sur les gros labels. Tiens, prend donc ce disque, tu vois, il est sorti chez Sub Pop, un label indépendant. Bon ok, un label qui a de gros moyens en termes de communication et de distribution et qui fonctionne comme une major… Donc effectivement, de ce point de vue-là, ça ne veut plus dire grand chose. Bon, alors, voyons le nom. Un groupe de rock indé va souvent choisir quelque chose d’évocateur, soit une référence à une influence, musicale ou d’un autre médias, et surtout quelque chose qui va rappeler l’enfance, l’adolescence ou la culture geek. Et pour le style, on peut retirer des voyelles. Tiens, ce groupe-là s’appelle LVL UP. Exactement ce que je te disais. Mets-le un peu sur la platine, pour voir. Ah bah voilà, tu vois “Hidden Driver”, ce son, la petite intro sur un riff de guitare sympa, la voix chaude mais humble, planquée derrière une petite dose de disto pour que l’ensemble ne soit pas trop propre, la production qui fait un peu enregistrée dans ton garage, la petite mélodie naïve avec des sons tout cheaps qui viennent renforcer pour le refrain, ça, c’est typiquement du rock indé. Attention, ça n’est pas toujours uptempo, ça doit ralentir assez vite, bah tiens, voilà, “She Sustain Us”, avec son côté tout naïf, il ne manquerait plus qu’il y ait un choeur féminin… Et voilà ! Et des fois, ça s’énerve, aussi, et là, il faut impérativement sortir une fuzz, voire faire un petit déluge sonore bordélique. C’est ça, comme sur “Pain” ou la fin de “Five Men On The Ridge”. D’autres fois, il faut bien calmer le jeu avec une petite ballade acoustique. Bah tiens, là, c’est “Cut From The Vine” qui s’y colle. Tu vois, un disque de rock indé, c’est varié. Mais ça doit être un peu barré aussi. Ah, voilà justement que commence le dernier morceau, “Naked In The River With The Creator”, avec ses claviers et son chant hypnotique, son rythme neurasthénique répétitif et ses guitares bruitistes qui viennent progressivement en renfort. Voilà, avec Return To Love, on a un bel exemple de rock indé. Comment, tu veux savoir s’il n’y a jamais de tubes dans le rock indé ? C’est vrai qu’avec ce disque, on pourrait se le demander, encore que “I” est plutôt accrocheuse, mais il ne faudrait pas s’y tromper. Non, LVL Up nous offre là une bonne démonstration du style, mais qui a les défauts de ses qualités. Un disque qui s’écoute très bien, mais dont on se démande si on le réécoutera. Bref,...

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Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Le deuxième album est souvent un intense moment de remise en question pour les petits groupes remarqués qu’on attend au tournant, et c’est certainement encore plus vrai pour Mudhoney. Car non seulement le groupe a déjà sorti un successeur mitigé à sa première grosse claque, mais en plus tous les espoirs qu’on portait en eux se sont tournés vers d’autres groupes de la scène de Seattle, dont un autre cassera la baraque quelques mois plus tard à un niveau inattendu, et qu’on ne reverra certainement pas de sitôt. Il faut dire que l’histoire du groupe est assez particulière : créé comme une petite cour de récréation entre 4 mecs plus ou moins en pause ou débarrassés de leurs groupes respectifs (Green River, The Thrown-Ups, Bundle Of Hiss et les Melvins), sorte de supergroup de la scène locale dont le seul objectif était de faire quelques concerts et peut-être un 45 tours, Mudhoney devient un peu par hasard, beaucoup par passion, la coqueluche puis la figure de proue du label naissant de Seattle, Sub Pop, qui les envoie en festival en Allemagne avant même que le groupe n’ai sorti le moindre titre. Écrit dans l’urgence, ce qui prouve l’alchimie incroyable entre les musiciens, leur EP Superfuzz Bigmuff et quelques singles mémorables achèvent d’en faire le groupe à suivre, les futures superstars indie de la fin des années 80. Sauf que, comme je le disais, le premier album (simplement intitulé Mudhoney) qui suit n’est qu’un Superfuzz Bigmuff rallongé, ce qui reste très cool mais beaucoup moins percutant. Et entre leur premier EP et cette année 1991, le regard de la critique, des médias et même des majors commence à se tourner vers Seattle, pas avec autant de ferveur qu’après Nevermind, mais les gros noms de la scène locale commencent à signer des contrats chez des majors et MTV commence à diffuser certains clips en rotation lourde. Tous les groupes de Seattle sentent que quelque chose se prépare et qu’il est peut-être temps de réfléchir plus sérieusement à leurs perspectives de carrière. Tous ? Non. Mudhoney, resté fidèle à Sub Pop envers et contre-tout, s’est concentré à sortir un album digne de ce nom après le précédent dont ils ne sont pas particulièrement fiers, un album qui pourrait vraiment leur plaire. Leur plaire, et aussi désarçonner un peu la presse musicale, britannique principalement, qui a construit autour d’eux et d’autres groupes comme TAD le mythe des rockers bûcherons simplets, festifs et bourrins qui les enferme dans une case dans laquelle ils n’ont jamais eu envie de se mettre. Steve Turner simplifie ses solos de guitare qui lui avaient valu d’être qualifié d’Eric Clapton du grunge et tous s’attèlent à composer des morceaux...

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