Les 3 premiers albums de Tad réédités

Les 3 premiers albums de Tad réédités

Le 4 novembre prochain, les trois premiers albums de Tad, God’s Balls (1989), Salt Lick (1990) et 8-Way Santa (1991) seront réédités chez Sub Pop et remis au goût du jour par la remasterisation de Jack Endino qui s’était lui-même chargé des mixes initiaux. Figure emblématique des débuts de la scène de Seattle que d’aucuns ont ensuite réduits sous l’appellation grunge, Tad (du nom de son imposant leader Tad Doyle) faisait partie d’une frange un peu plus dure qu’un Mudhoney par exemple avec des sons lourds plus proches du metal que du post-Stooges. A noter que ces sorties sont prévues à la fois sur vinyles et CD. Les CD seront agrémentées de titres bonus, totalement inédits ou sortis initialement sur 45 tours....

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LVL UP – Return To Love

LVL UP – Return To Love

Alors tu veux que je te dise ce que c’est que le rock indé ? Et bien, techniquement, c’est du rock qui ne sort pas sur les gros labels. Tiens, prend donc ce disque, tu vois, il est sorti chez Sub Pop, un label indépendant. Bon ok, un label qui a de gros moyens en termes de communication et de distribution et qui fonctionne comme une major… Donc effectivement, de ce point de vue-là, ça ne veut plus dire grand chose. Bon, alors, voyons le nom. Un groupe de rock indé va souvent choisir quelque chose d’évocateur, soit une référence à une influence, musicale ou d’un autre médias, et surtout quelque chose qui va rappeler l’enfance, l’adolescence ou la culture geek. Et pour le style, on peut retirer des voyelles. Tiens, ce groupe-là s’appelle LVL UP. Exactement ce que je te disais. Mets-le un peu sur la platine, pour voir. Ah bah voilà, tu vois « Hidden Driver », ce son, la petite intro sur un riff de guitare sympa, la voix chaude mais humble, planquée derrière une petite dose de disto pour que l’ensemble ne soit pas trop propre, la production qui fait un peu enregistrée dans ton garage, la petite mélodie naïve avec des sons tout cheaps qui viennent renforcer pour le refrain, ça, c’est typiquement du rock indé. Attention, ça n’est pas toujours uptempo, ça doit ralentir assez vite, bah tiens, voilà, « She Sustain Us », avec son côté tout naïf, il ne manquerait plus qu’il y ait un choeur féminin… Et voilà ! Et des fois, ça s’énerve, aussi, et là, il faut impérativement sortir une fuzz, voire faire un petit déluge sonore bordélique. C’est ça, comme sur « Pain » ou la fin de « Five Men On The Ridge ». D’autres fois, il faut bien calmer le jeu avec une petite ballade acoustique. Bah tiens, là, c’est « Cut From The Vine » qui s’y colle. Tu vois, un disque de rock indé, c’est varié. Mais ça doit être un peu barré aussi. Ah, voilà justement que commence le dernier morceau, « Naked In The River With The Creator », avec ses claviers et son chant hypnotique, son rythme neurasthénique répétitif et ses guitares bruitistes qui viennent progressivement en renfort. Voilà, avec Return To Love, on a un bel exemple de rock indé. Comment, tu veux savoir s’il n’y a jamais de tubes dans le rock indé ? C’est vrai qu’avec ce disque, on pourrait se le demander, encore que « I » est plutôt accrocheuse, mais il ne faudrait pas s’y tromper. Non, LVL Up nous offre là une bonne démonstration du style, mais qui a les défauts de ses qualités. Un disque qui s’écoute très bien, mais dont on se démande si on le réécoutera. Bref,...

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Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Mudhoney – Every Good Boy Deserves Fudge

Le deuxième album est souvent un intense moment de remise en question pour les petits groupes remarqués qu’on attend au tournant, et c’est certainement encore plus vrai pour Mudhoney. Car non seulement le groupe a déjà sorti un successeur mitigé à sa première grosse claque, mais en plus tous les espoirs qu’on portait en eux se sont tournés vers d’autres groupes de la scène de Seattle, dont un autre cassera la baraque quelques mois plus tard à un niveau inattendu, et qu’on ne reverra certainement pas de sitôt. Il faut dire que l’histoire du groupe est assez particulière : créé comme une petite cour de récréation entre 4 mecs plus ou moins en pause ou débarrassés de leurs groupes respectifs (Green River, The Thrown-Ups, Bundle Of Hiss et les Melvins), sorte de supergroup de la scène locale dont le seul objectif était de faire quelques concerts et peut-être un 45 tours, Mudhoney devient un peu par hasard, beaucoup par passion, la coqueluche puis la figure de proue du label naissant de Seattle, Sub Pop, qui les envoie en festival en Allemagne avant même que le groupe n’ai sorti le moindre titre. Écrit dans l’urgence, ce qui prouve l’alchimie incroyable entre les musiciens, leur EP Superfuzz Bigmuff et quelques singles mémorables achèvent d’en faire le groupe à suivre, les futures superstars indie de la fin des années 80. Sauf que, comme je le disais, le premier album (simplement intitulé Mudhoney) qui suit n’est qu’un Superfuzz Bigmuff rallongé, ce qui reste très cool mais beaucoup moins percutant. Et entre leur premier EP et cette année 1991, le regard de la critique, des médias et même des majors commence à se tourner vers Seattle, pas avec autant de ferveur qu’après Nevermind, mais les gros noms de la scène locale commencent à signer des contrats chez des majors et MTV commence à diffuser certains clips en rotation lourde. Tous les groupes de Seattle sentent que quelque chose se prépare et qu’il est peut-être temps de réfléchir plus sérieusement à leurs perspectives de carrière. Tous ? Non. Mudhoney, resté fidèle à Sub Pop envers et contre-tout, s’est concentré à sortir un album digne de ce nom après le précédent dont ils ne sont pas particulièrement fiers, un album qui pourrait vraiment leur plaire. Leur plaire, et aussi désarçonner un peu la presse musicale, britannique principalement, qui a construit autour d’eux et d’autres groupes comme TAD le mythe des rockers bûcherons simplets, festifs et bourrins qui les enferme dans une case dans laquelle ils n’ont jamais eu envie de se mettre. Steve Turner simplifie ses solos de guitare qui lui avaient valu d’être qualifié d’Eric Clapton du grunge et tous s’attèlent à composer des morceaux...

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Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Je n’avais pas prévu d’écrire à propos de ce concert. Mais là je ne tiens plus, il faut que j’en parle. Alors me voilà parti pour vous conter une douce et belle nuit automnale. Soirée de gala au divan du monde avec Low, auteur d’un des albums de l’année et qui mène une carrière des plus admirables. C’est le songwriter australien Mike Noga qui a l’honneur d’ouvrir le bal accompagné d’un second guitariste qui prête main forte aux choeurs régulièrement. Visiblement ravis d’être là, ils nous font passer un agréable moment, avec des chansons allant « du triste au suicidaire » (c’est eux qui le disent !) avant une fin de set plus enlevée. Et puis, Low. Quelques secondes de « Gentle » suffisent à planter le décor, à nous happer dans l’univers Lowien. Le divan du monde, cosy mais plein comme un oeuf, leur va comme un gant. Le son est gargantuesque. La basse fait vibrer les murs, les chants emplissent l’espace. Puissance et clarté, frissons à tous les étages. Le concert débute comme le dernier album : « Gentle » et « No Comprende ». Autant dire, parfaitement. La voix de Mimi Parker est d’une pureté incroyable, les compos prennent encore plus sens sur scène, les versions entendues surclassant dans leur grande majorité celles sur disque. Ce n’est pas peu dire, vu les bijoux interprétés ici. Peu bavard, Alan Sparhawk se contente simplement de caresser ses cordes et de nous emporter avec sa voix d’une intensité poignante venant percer l’obscurité. Et quand les deux chants résonnent de concert… on s’accroche aux rambardes ! Oui car on est installé aux balcons, bénéficiant ainsi d’un surplomb idéal pour savourer ces moments d’osmose absolue. Le dernier album est largement représenté et une « Monkey » dévastatrice vient nous rappeler entre temps que quand Low décide de s’énerver, il ne le fait pas pour rien. « Landslide » aussi fait trembler le décor après les nombreux instants de grâce (« Lies », « Holy Ghost », « DJ »). Et de s’achever sur les longs et sublimes choeurs évanescents de Mimi. Quoi de mieux pour partir avant le rappel ? Si le public ne s’était pas montré un poil timoré (ou extatique ?), il aurait sans doute entonné à son tour les « ouhouhouhou » qui vont bien jusqu’au retour du groupe. Certains s’y sont risqués, les autres ont sans doute craint de paraître ridicules en passant après Mimi. Il est vrai qu’il y a de quoi être intimidé. Comme si ce n’était pas suffisant, Low nous offre au rappel l’inattendu « Words », ce chef-d’oeuvre du premier album qu’on n’osait même pas espérer. Qu’est-ce qu’on a bien fait pour mériter tant ? Mike Noga et son acolyte ont eux aussi dû se sentir privilégiés, c’est déjà la classe d’ouvrir pour Low mais venir jouer avec...

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Low – Ones And Sixes (Sub Pop/PIAS)

Low – Ones And Sixes (Sub Pop/PIAS)

Évidemment le nouveau Low est beau. Comment pourrait-il en être autrement ? Le jour où Low sortira un album « moche », les poissons prendront sans doute leur envol et les oiseaux s’éclateront sous l’eau. Peut-être même que Coldplay sera devenu un groupe respectable, bref on n’en est pas encore là. Depuis leurs débuts en 1993, les esthètes de Low tissent des mélodies inoubliables dans un vivier qui semble inépuisable. Certains préfèrent la première partie de leur carrière (il est vrai admirable) et trouveront à redire sur telle ou telle partie de leur discographie, la vérité c’est qu’avec un tel groupe on place inconsciemment la barrière très haut en termes d’attente et on accepte mal d’être déçu. Sur Ones And Sixes les sonorités électroniques  occupent une place plus importante que précédemment, sans que cela ne vienne entraver le moins du monde l’hymne à la beauté délivrée par ces bienfaiteurs constamment touchés par la grâce. « Gentle » ou « No Comprende » surprennent par leurs beats écrasés très percutants, mais le bienfondé de la « nouvelle » formule où s’entremêlent organique et synthétique ne tarde pas à s’imposer comme une évidence. Et sur « The Innocents » il nous explose carrément à la face. Mélange gagnant donc, comme les voix de  Mimi Parker et Alan Sparhawk qui, une fois encore, nous permettent de nous élever très haut dans une lenteur caractéristique, toujours apaisante, jamais soporifique. Enfilez un bon casque, fermez les yeux et parés au décollage. Les boucles mélancoliques et répétitives infusent vite, les refrains marquent, bien qu’ils soient d’une simplicité confondante (« What Part Of Me », « Lies »). En fin d’album « Landslide » évolue dans un registre plus tendu avant de desserrer l’étreinte et s’achever comme un doux rêve qui ne voudrait pas prendre fin. Immuable, Low continue inlassablement de nous offrir de petites merveilles. En ces temps troubles où les motifs d’indignation sont légions, il est bon de s’enfermer dans le petit cocon doux et confortable concocté par Mimi et Alan qui savent mieux que quiconque procurer du bonheur à l’auditeur. On en arriverait presque à se demander ce qu’on a fait pour mériter ça… JL Low sera en concert le 30 octobre au Grand Mix (Tourcoing) et le 2 novembre au Divan Du Monde...

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