Tar Pond – Electric Protocol of Constant Madness

Tar Pond – Electric Protocol of Constant Madness

Qu’ils sont forts ces suisses ! Après Ventura et The Young Gods qui occupaient fièrement mon podium l’an passé, au tour de Tar Pond de se poser en candidat sérieux pour jouer les trouble-fêtes dans le classement final. Il est encore bien trop tôt pour se perdre en conjectures mais l’anti-supergroupe comme il aime à se définir, vient là de nous scier sur place en quatre petits titres. Anti-supergroupe, ça se tient puisque Tar Pond ne comptait dans ses rangs « que » deux anciens membres d’éminents groupes : Marky Eldermann (ex-batteur de Coroner) et Martin Ain, bassiste de Celtic Frost, disparu en 2017, ce qui aurait bien pu mettre un terme au projet, avant que Monica Schori ne reprenne le flambeau. Le reste du groupe est composé des guitaristes A.C. Kupper, Stefano Mauriello et du chanteur Thomas Ott (célèbre pour ses faits d’armes… en bande dessinée). Soit quatre jeunes gens dont vous n’avez probablement jamais entendu la musique (pour votre culture, leurs anciens groupes se nomment Playboys, Beelzebub et Demolition Blues) et que vous ne tarderez pas à adorer malgré leur goût certain pour les atmosphères de fin du monde (tout à fait raccord avec notre quotidien du moment, cela dit). « We’re all gone », déplore d’abord Ott sur fond d’arpèges soyeux dans une vraie-fausse intro avant que « Damn » ne déploie ses riffs enclumes qui s’abattent sur nous tel un fardeau écrasant. C’est poisseux en diable, d’une lenteur pachydermique, c’est peut-être bien le son qu’on entendra quand la faucheuse viendra nous cueillir. Et autant vous dire qu’on ne s’en plaindrait pas. 13 minutes pour une ouverture admirable, qui malgré son caractère anxiogène, se révèlerait presque réconfortante au fond, du fait d’un Thomas Ott qu’on a l’impression d’écouter depuis 25 ans et qui, lorsqu’il s’adresse à chaque membre de sa famille (« Goddamn brother i love you, goddamn sister i want you, goddamn father i praise you, goddamn mother i kiss you ») semble aussi nous en glisser une, à nous, simples auditeurs subjugués. Après un seul titre, nous voilà donc totalement ensorcelés, prêts à suivre aveuglément ces vieux (?) baroudeurs dans chacun de leurs périples stoner poussiéreux. Les morceaux sont longs et dépouillés, ne souffrent d’aucun ornement inutile, la production est limpide, sans excès. On prend son temps, on admire les décombres, simplement égayées de quelques soli inspirés venant exhaler toute cette rancœur tenace, cette frustration refoulée, scandée également par un Ott décidément en souffrance (« it’s all over now », « please don’t hurt me » sur la non moins faramineuse « Please », digne d’un cérémoniel Sabbath-ien). Mais lorsqu’une basse rampante laboure tous azimuts et une guitare hypnotique se contente de maintenir une pression...

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Mondo Generator – Fuck It

Mondo Generator – Fuck It

(Heavy Psych Sounds, 21/02/20) S’il est compliqué de chroniquer un groupe qui officie dans le rock 90s en 2020 sans citer ses illustres prédécesseurs, il l’est tout autant de parler de Nick Oliveri ou de son groupe Mondo Generator sans citer son impressionnant CV. Mais l’erreur de beaucoup de gens est de penser que Mondo Generator est le projet par défaut d’Oliveri, celui auquel il se consacre quand il n’est plus dans un groupe culte ou mythique. Car, mine de rien, le projet roule sa bosse depuis 1997 (officiellement) et trouve même son origine dans un morceau de Blues For The Red Sun, alors qu’Oliveri faisait encore partie d’un groupe pionnier du desert rock. Ainsi, on peut dire que Mondo Generator ne s’est pas construit en dépit des expériences de son frontman mais en parallèle, glanant à chaque nouveau groupe un ou plusieurs éléments pour enrichir sa musique. Mais c’est également un Oliveri libre de tout autre compositeur, or on sait qu’il était toujours entouré de personnalités assez fortes en la matière, et donc libre de s’exprimer de la façon la plus personnelle. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que si cet album représente la personnalité de son compositeur principal, elle ne doit pas être bien facile à cerner ! Car si la musique de Mondo Generator peut sembler rugueuse au premier abord, voire bourrine, ce qu’elle est indubitablement par moments, elle se révèle souvent plus subtile et complexe qu’elle n’y parait. Alors certes, ce n’est pas la subtilité qui transpire de titres comme “Up Against The Void” qui navigue entre punk hardcore et metal extrême, la flippante “S.V.E.T.L.A.N.A.S.”, avec le groupe éponyme, ou “It’s You I Don’t Believe”, le morceau le plus court de l’album. Mais quand on écoute un peu plus attentivement, on constate que même les morceaux qui semblent les plus linéaires ont des éléments qui leur permettent de se distinguer, comme le break du très accrocheur “Turboner”, le passage blues de “Fuck It” ou l’excellente (et très drôle) outro à tiroirs de “When Death Comes”. L’album, aussi brut et immédiat qu’il semble être, ne manque donc pas de surprises et de paradoxes. Ainsi, “Silver Tequila” est doté d’une intro technique assez complexe avant d’enchainer sur un morceau rentre-dedans relativement primal, et même “S.V.E.T.L.A.N.A.S” a un pont qui rappelle “Get It On”, l’un des morceaux de Death Punk les plus catchy au monde. “Death Van Trip”, pour sa part, alterne entre les riffs qui évoquent clairement le désert californien et ceux qui feraient plutôt penser à la banlieue d’Oslo, et est peut-être ainsi à lui seule une belle allégorie du disque et du groupe. Celui-ci nous avait habitué à son syncrétisme stylistique, mais il est...

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Mars Red Sky @ La Poudrière (Belfort), 11/10/19

Mars Red Sky @ La Poudrière (Belfort), 11/10/19

Après l’excellente prestation de Lysistrata la veille à Mulhouse, direction La Poudrière à Belfort pour la venue d’un autre trio français emblématique : les bordelais de Mars Red Sky qui venaient nous présenter leur excellent 4e album, The Task Eternal. Plateau copieux dans la salle belfortaine avec en entrée les jeunes We Hate You Please Die, venu de Rouen (ou plutôt ce qu’il en reste dixit le chanteur… courage aux Rouennais) qui se présentent comme des « gamins en colère ». Un peu tendres peut-être, malgré une bonne énergie, un chanteur survolté, une bassiste avec un joli brin de voix et une batteuse qui arborait un T-shirt laissant peu de doutes sur leur décennie d’influence (Bleach de Nirvana). Avec un peu plus de puissance niveau guitares, ça le faisait. Prometteur. Ensuite, on avait droit à un peu plus de gras niveau son avec Grooott à la croisée de chemins stoner voire métal pas trop éclairés. Ça riffe, ça fuzze, c’est lourd, et ça annonçait efficacement Mars Red Sky. Heavy. Concert best-of pour les bordelais. Best-of du dernier album avec 5 titres sur 8 joués. Best-of tout court avec quelques classiques du trio (“Light Beyond”, “Strong Reflection”, “Marble Sky”…) qui nous a régalé avec son rock massif, lent et aventureux. Trio de belle humeur avec un Jimmy Kinast qui demande régulièrement à l’ingé son plus de cancoillotte dans son retour de basse (lol). Ou qui annonce du doom avant le dantesque “Light Beyond”. Julien Pras est plus discret mais toujours impeccable à la guitare au gré de soli mémorables et autres riffs incisifs. Je demeure admiratif de son jeu mélodique et aérien et de la puissance de feu du trio. Qui a attaqué bille en tête avec la doublette parfaite “Reacts” – “Collector”. Histoire de poser le décor. Du lourd, du riff gras avec basse plombée et batterie qui déboite. Les têtes se balancent lentement à l’unisson de rythmiques pachydermiques. Sans compter les fulgurances psyché sorties de la guitare de Julien Pras. Avec un triptyque “The Proving Grounds” – “Light Beyond” – “Hollow King”, le groupe te calme direct le moindre sceptique. Restait juste à finir le travail en vieux briscards. Qui déroulent tranquille en te servant du old school. L’enlevé “Marble Sky”, le massif “Strong Reflection” et le trip psyché “Arcadia” en décollage final ! Seul regret de ce concert impeccable, pas de trace de “Up The Stairs”, mon petit préféré de leur discographie (snif). Légère déception mais je me suis vite consolé en ramenant à la maison deux petites galettes pour ma platine. Le premier album éponyme à la pochette géniale qui m’a fait découvrir le groupe et le petit dernier, The Task Eternal, double vinyle jaune translucide...

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Mars Red Sky – The Task Eternal

Mars Red Sky – The Task Eternal

(Listenable, 27 septembre 2019) Automne 2019. Retour sur Terre du stoner psyché stellaire de Mars Red Sky. Depuis leur 1er album éponyme marquant de 2011, le trio composé de Julien Pras (chanteur-guitariste), Jimmy Kinast (bassiste) et Mathieu Gazeau (batteur) se rappelle régulièrement à notre bon souvenir en étoffant sa discographie de disques et autres EP indispensables. The Task Eternal, leur 4e album, ne déroge pas à la règle. Et rappelle au passage que peu de groupes tricolores réussissent une aussi belle carrière et unanimité critique à l’international. À l’instar du triangle massif de l’artwork (à nouveau très réussi), Mars Red Sky est un pur trio. Une trinité rock au son pachydermique. La basse est omniprésente (c’est presque une réhabilitation pour tous les bassistes du monde !), la batterie pilonne un rythme tellurique et la guitare experte de Julien Pras (dont les plus anciens vantaient déjà le talent de mélodiste du temps de son ancien groupe Calc) explore les confins d’un ailleurs psychédélique. Dès l’ouverture et les 8 minutes épiques de « The Proving Grounds », Mars Red Sky martèle méthodiquement son stoner singulier. Rythmique martiale pour headbanger, guitares furieuses, solis mélodiques, pont instrumental vers les étoiles, crescendo final et toujours cette voix qui semble flotter, légère, spatiale, au-dessus du chaos. Mars Red Sky est bien de retour ! Alors après on peut toujours pinailler. Avec une identité sonore aussi reconnaissable, difficile d’entrevoir une évolution notable au niveau du son. En même temps, ils n’allaient pas se mettre à faire du disco ! Comme Tool qui fait du Tool (et bien) sur son dernier album, Mars Red Sky fait du Mars Red Sky (« Soldier On »). Avec le bien nommé « Collector », il s’offre même un « tube » de 4 minutes, véritable concentré de leur savoir-faire. Concis et efficace. Ceux qui n’aiment toujours pas l’équilibre étrange entre cette musique lourde et la voix éthérée de Julien Pras peuvent encore passer leur tour. Les autres, comme votre serviteur, qui y entendent justement la trouvaille qui les hisse loin au-dessus de la mêlée revival heavy rock millésimé 70’s continuent de louer la constance des Bordelais. Dans une musique de qualité. Sans frontières. Écouter juste le diptyque de 15 minutes « Recast » – « Reacts » et si vous êtes toujours sceptique, ben ma foi, je n’ai plus d’arguments. Ou le folk éthéré de « A Far Cry », brise légère qui soulève la poussière rouge martienne. Sublime. Parce que oui, ces gars-là ont de l’imagination et nous transportent dans un trip sonore teinté de SF. On met son casque, on ferme les yeux et on voyage (l’énorme instrumental « Reacts » et ses guitares dopées aux effets !)....

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Torche – Admission

Torche – Admission

(Relapse, 12 juillet 2019) On a attendu un peu que le thermomètre soit de nouveau en surchauffe jusqu’à frôler l’implosion pour faire tourner ce nouvel album de Torche dans des conditions idéales.  Une fois les 40° allègrement franchis, l’air irrespirable, le déplacement à peine envisageable, on a enfourché notre bécane et bouffé du bitume en écoutant Admission (ah, quand on est chroniqueur, faut donner de sa personne). Et Torche a fait son office, déployant son arsenal habituel : riffs qui clouent au mur, martèlement consciencieux, et aucun égarement en chemin à déplorer. Seuls trois des onze morceaux excèdent les trois minutes, quitte à sonner parfois (« What Was ») un peu bâclé (vite torché ? Non, on n’oserait pas). Ce qu’il y a de bien avec ce groupe, c’est qu’il possède ce qu’il faut de violence pour se la jouer dur à cuire (dès l’introductive « From Here » on se fait refaire le portrait et « Infierno » porte diaboliquement bien son nom) mais il sait aussi attirer le chaland avec des morceaux plus accessibles que ce que propose le commun des metalleux. Traduction : ces roublards peuvent plaire à tout le monde. On ne se satisferait pas d’un menu classique « riff gras à toutes les sauces », sachant à qui on a affaire, même si personne n’osera se plaindre de l’écrasante « On The Wire » au riff bulldozer et au refrain remarquablement troussé où le chant de Steve Brooks s’accorde au son aigu de sa gratte… Pas besoin de fouiller bien loin pour constater qu’on a droit à bien davantage que le traditionnel pilonnage en règle. Un fois que la masse imposante de « Times Missing » s’est abattue sur nous, le morceau se plait à imposer son groove, changer de rythme, à s’offrir un pont psyché. « Admission » fait également dans l’instantanéité avec son riff aérien quasi new wave qui s’accroche à vos basques pour ne plus vouloir s’en défaire. Ultime surprise, et de taille, « Changes Come » (encore un nom bien choisi) où Brooks prend du recul au chant et se laisse envahir par un bel essaim de guitares venant flirter avec le shoegaze. Nothing n’est pas loin, et nos oreilles se repaissent. Nonobstant de rares instants de faiblesse (le refrain un poil lourdaud de « Extremes Of Consciousness » par exemple), Admission fait dans l’efficacité à toute épreuve, tout en osant la remise en question avec brio (avec qui ?). Sans doute pas de quoi changer la face du metal/sludge/stoner mais amplement suffisant pour réaffirmer le statut de Torche qui mériterait sans nul doute une plus grande considération. Jonathan...

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