John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

Ce qu’on peut être médisant parfois. Regardez les mots que j’employais pour attaquer ma chronique du précédent disque de John Garcia « John Garcia fait toujours peu ou prou la même chose. John Garcia n’a pas une voix d’une sidérante beauté. » Rangez vos guns toutefois, les adorateurs du roi du désert, je me montrais enthousiaste sur le contenu dudit album. Mais depuis ce jour le père John, fidèle lecteur d’Exitmusik, ruminait dans son coin et s’était juré de prendre son temps pour sortir son successeur, dont l’unique but serait de me faire mentir. Voici donc un album de John Garcia bien différent de ce qu’il a l’habitude de nous proposer. Ok John, tu marques un point. Forcément du stoner acoustique ça ne ressemble plus vraiment à du stoner. Le pari était donc somme toute relativement risqué. « Relativement » parce qu’avec 4 morceaux de Kyuss, il a pris soin de ne pas déboussoler totalement l’auditeur. On aurait pu penser que mélanger morceaux cultes et nouveaux morceaux n’était pas forcément la meilleure idée pour mettre en valeur ces derniers. Mais figurez-vous qu’ils s’en sortent plutôt très bien. En ouverture « Kylie » est une franche réussite (et on serait curieux de l’entendre en version électrique !). « Argleben II » ou la très entrainante « Hollingworth Session », sans être des chefs-d’oeuvre inoubliables, font également mouche. Et on retrouve en fin d’album, une version live de « The Blvd » (présent sur le précédent disque) aux atours bluesy fort séduisants. Ceci étant dit, la grande et belle surprise demeure la réinterprétation des classiques de Kyuss, que John Garcia laisse vivre et n’ont pas besoin des riffs monstrueux de Josh Homme pour marquer les esprits. Mention spéciale à « Gardenia », transfiguré en folk minimaliste, là où elle faisait figure d’ouragan dévastateur en ouverture de Welcome To Sky Valley. Ou « Green Machine » sur lequel Garcia beuglait virilement auparavant et qui, ici opte pour un murmure délicat. Sans surprise « Space Cadet » est celle qui a subi le lifting le moins sévère (puisqu’elle était déjà acoustique) mais Garcia y chatouille les aigüs avec brio (avec qui ?) prouvant aux médisants dont je fus qu’il a bien une voix superbe… Ok John, mille excuses. La formidable « El Rodeo » et ses slides de guitare jouissifs vient entériner la démonstration que le défi un brin périlleux du passage à la gratte sèche est relevé haut la main. On résume donc : John Garcia ne fait pas toujours la même chose, John Garcia a une très belle voix et chante remarquablement bien. Le troisième point que j’avais évoqué à l’époque dans ma chronique était le suivant « John Garcia n’égalera plus jamais les albums de ses débuts avec Kyuss« . Alors autant y aller franco, le sieur Garcia a l’air un peu nostalgique de Kyuss et...

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Dans le bac d’occaz #5 : Killing Joke, Ride, Unida

Dans le bac d’occaz #5 : Killing Joke, Ride, Unida

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite). Dans le bac d’occaz #5 : les années en 0   1980 : Killing Joke – Killing Joke Bon, vous devez finir par le savoir si vous lisez régulièrement cette rubrique voire mes chroniques de disque, le post-punk ce n’est pas mon truc. Je me suis laissé aller à cet album-là sur la réputation de Killing Joke (une part adolescente de moi se fait toujours avoir quand un artiste est cité par Nirvana) et aussi pour ce que j’en connaissais. Et parce que dans les albums cultes des années 80, c’est difficile de slalomer sans ce manger un ou deux (ou douze) disques de post-punk. Et si je m’étais un temps fermé au groupe après l’écoute de leur affreux tube new wave « Love Like Blood », je m’étais ravisé après avoir eu vent du lien de parenté entre « Come As You Are » et « Eighties » (ou est-ce « Life Goes On » des Damned, ce point est encore en discussion) et j’avais même jeté une oreille à leur album de 2003 parce que Dave Grohl était derrière les fûts. Album bien trop indus pour moi, soit dit en passant. Tellement de références à Nirvana dans ces lignes, on dirait un article des Inrocks sur Et Mon Cul C’est Du Tofu ?… (private joke inside, comprenne qui pourra(ve)). Je brode, je brode, mais parlons musique, je connaissais déjà le premier titre « Requiem » et « The Wait » de par les reprises des Foo Fighters et Metallica. Les deux sont de bons morceaux, avec une vraie préférence pour le premier, mais ma préférence reste à la version des Foo Fighters. « Wardance » est aussi un single, et ça s’entend. Je ne doute pas que le groupe devait proposer pour l’époque quelque chose de plus punk et noir que ses contemporains dans le même registre, ce qui explique sans doute son statut culte. Le problème, c’est qu’il est malgré tout complètement post punk au niveau du son et des compositions et, sans doute parce qu’il a été allègrement pillé au fil des années, sonne comme beaucoup de choses que j’ai déjà entendues et que je n’apprécie pas. L’album n’est vraiment pas mauvais, et même pas aussi désagréable que d’autres trucs du genre (comme Joy Division), mais n’a pour moi aucun intérêt. Suivant ! 1990 : Ride – Nowhere Contrairement au post-punk dont je...

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Witch – Witch (Tee Pee)

Witch – Witch (Tee Pee)

2006 : Je vois Dinosaur Jr en concert pour la première fois avec leur line-up originel. Je prends une des claques musicales de ma vie, et je deviens vite accro à leur discographie. Je me rue sur leur nouveaux albums quand ils sortent et je vais les voir dès que je peux, je tombe également vite en manque car ils ne passent pas près de chez moi et ne sortent pas d’albums aussi vite que mon envie de les voir ne revient. Je pars donc à la découverte de leurs side-projects. Je tombe sur ce disque, simplement intitulé Witch avec cet autocollant qui me refroidit immédiatement « le nouveau projet stoner/doom metal de J Mascis« . J’ignore ce qu’est exactement le « stoner/doom metal », mais allergique au metal extrême et circonspect sur le stoner en dehors de Kyuss, je laisse celui-ci de côté, déjà bien occupé à explorer les albums de Sebadoh. 2008 : Depuis l’été dernier (une malheureuse date au Rock En Seine), Dinosaur Jr n’est pas repassé en France, et leur tournée ne prévoit aucune étape dans l’hexagone. Je suis en manque sévère, au point de faire le déplacement jusqu’à Cologne pour les revoir. Cependant, j’apprends que J Mascis passe en France à l’automne pour son side-project Witch. Son truc de « doom metal ». Bon, je vais quand même y jeter une oreille. Depuis 2006, ils ont sorti un nouvel album, d’où la tournée, mais je me tourne directement vers celui que j’avais boudé deux ans auparavant, avec une légère appréhension. Je le mets dans ma platine et je serre les dents. Et là, je maudis purement et simplement les étiquettes, car ce disque est une tuerie. « Ah, ok, donc « stoner/doom metal », ça veut juste dire du Black Sabbath ! » me dis-je. Petite nuance, qui a dû leur valoir le terme de stoner, le son est propre et moderne, avec une chouette fuzz bien mise en avant. J’ai lu je ne sais plus où que les groupes du désert à l’origine du mouvement stoner cherchaient à reproduire le son de Black Sabbath, et je pense qu’aucun n’en a été aussi proche que Witch. Bon, on va évacuer d’emblée la critique la plus évidente. Ce groupe n’a rien inventé. Certes. Je ne suis pas le dernier à être frustré à l’écoute d’un nouveau disque en me disant « oui, c’est sympa, mais ça ressemble beaucoup trop à tel ou tel groupe. » Je fais cette critique régulièrement, et ça m’a gâché plusieurs écoutes, occulter ce point chez Witch serait hypocrite de ma part. Sauf que pour une fois, je l’écarte assez facilement en constatant que certes, Witch fait purement et simplement du Black Sabbath sur son premier album, mais en mieux. Attention, je ne dis...

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Hangman’s Chair – This Is Not Supposed To Be Positive (Music Fear Satan)

Hangman’s Chair – This Is Not Supposed To Be Positive (Music Fear Satan)

Vous permettez que je m’allonge ? Je me sens d’humeur à me confier. Allez je me lance… Alice In Chains est un de mes groupes fétiches, intouchables et Layne Staley est à mes yeux un des derniers dieux vivants à avoir foulé notre planète Terre. Ni plus ni moins. Si vous me connaissez, vous n’apprenez rien, mais il est important de préciser cet état de fait pour nos lecteurs qui affluent des quatre coins du monde. Vous vous doutez bien que je n’ai pas livré cette confidence tout à fait par hasard. Si je vous dis ça c’est parce que quand je me suis retrouvé avec l’album de Hangman’s Chair entre les mains, j’ai immédiatement repensé à eux. Des riffs lourds et poisseux comme s’il en pleuvait, une mélancolie qui rode, jamais très loin de la crasse et du désespoir (« Dripping Low », « Cut Up Kids », « No One Says Goodbye Like Me »). This Is Not Supposed To Be Positive, voilà ce que dit le titre de l’album, et l’artwork (assez classe) nous montre une décapitation, il ne fallait donc pas s’attendre à faire tourner les serviettes. Malgré l’inévitable comparaison avec les glorieux aînés de Seattle, et des pensées furtives vers Paradise Lost ou Life Of Agony (tous ces amoureux de la gaudriole), il faut reconnaître que Hangman’s Chair sait également arpenter son propre sillon, ne pas s’enfermer dans un hommage appuyé aux anciens (encore/de nouveau actuels pour certains). En témoigne l’atmosphère étrange du titre non moins étrange « Les Enfants Des Monstres Pleurent Leur Désespoir ». Un peu moins ténébreux (encore que) « Your Stone » tente de percer l’obscurité, pour y faire entrer un peu d’espoir. Rien qu’un peu. Le chanteur est indéniablement talentueux mais peut-être encore un peu maniéré par instants. Ça peut irriter ou enchanter, choisis ton camp camarade. Mais tu aurais tort de faire la fine bouche car le charisme est bien là. Ce 4e album bénéficie d’une production très soignée (ça sonne, pas de doute) et de compos maîtrisées. Chipotons encore un peu sur sa longueur, nous poussant parfois à nous demander comment on va se sortir de ce labyrinthe oppressant qui nous mine le moral. Nul besoin de céder à la sinistrose, après tout on tient là une preuve de plus qu’en France on sait toujours faire du rock. Et du bien gras comme on l’aime....

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John Garcia – John Garcia (Napalm)

John Garcia – John Garcia (Napalm)

John Garcia n’égalera plus jamais les albums de ses débuts avec Kyuss. John Garcia fait toujours peu ou prou la même chose. John Garcia n’a pas une voix d’une sidérante beauté. Toutes ces assertions sont sévères mais pas complètement infondées. Certes. Mais ce qui est vrai aussi c’est que tout ce que sort John Garcia (de Kyuss à Vista Chino en passant par Slo Burn, Unida ou Hermano) est synonyme de qualité. Il y a des constantes dans tous ses groupes. Et on les retrouve ici, avec bonheur. Une science du riff imparable – certains paraissent si évidents qu’on a le sentiment de déjà les connaître (« Rolling Stoned », « Flower ») -, une voix qui éructe… La sienne, si identifiable et représentative du son stoner. La liste des invités n’est pas vilaine, avec notamment l’habitué des road trips dans le désert Nick Oliveri (Kyuss, QOTSA, Mondo Generator…) et, plus surprenant, la star Robbie Krieger (ancien gratteux des Doors). A l’image de la pochette, derrière la menace d’un étrange bestiau,  une grande et belle route se présente à nous. Et nous sommes prêts à avaler les kilomètres la sono à fond à écouter John nous conter fleurette. Le tout sous un soleil de plomb qui tape fort sur le système à l’image du riff lent, lourd et sursaturé de « Confusion ». Parfois, le père Garcia nous la fait à l’envers en se faisant friser la moustache et en se déhanchant sensuellement sur le riff très groovy de « The Blvd » (à l’instar du morceau « Adara », grande réussite de l’album de Vista Chino). Ou quand le rockeur du désert joue les tombeurs comme son ex-meilleur pote rouquin qu’il ne peut plus voir en peinture (Josh Homme pour ceux qui ont du mal à suivre). Très homogène, l’album est peut-être un poil trop répétitif pour captiver totalement sur sa durée. Pris séparément, chaque titre est bon, excellent pour certains (même quand ils versent dans le hard rock à gros sabots genre « My Mind » ou « Saddleback », l’efficacité est toujours de mise) mais les bouffées d’air frais que sont « The Blvd » ou « Her Bullets’ Energy » (pendant féminin du plus musclé « His Bullets’ Energy ») ne sont pas de trop dans cet océan de fuzz. Sur ce dernier titre, épuré au possible, on retrouve un Krieger inspiré avec soli et slides bien sentis démontrant que le poids des années n’a guère eu d’emprise sur lui. Gageons qu’il en sera de même pour John Garcia qui continue d’étoffer une discographie décidément pas loin d’être irréprochable.   JL  ...

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