Slowdive – Souvlaki

Slowdive – Souvlaki

I had a dream. Je n’ai pas rêvé qu’il n’y avait plus de guerre dans le monde, que chaque habitant mangeait à sa faim ou que l’OM remportait une seconde coupe d’Europe. Non, trop convenu. J’ai rêvé que j’écoutais en boucle Souvlaki de Slowdive. Sans jamais bien savoir dans quel état je me trouvais, errant entre semi conscience, éveil indécis et sommeil profond. Ce rêve était une bénédiction, la douceur incarnée. A peine les paupières alourdies que « Allison » nous envoie d’emblée vers les plus hauts cieux. Le morceau se déploie sur coussins d’air. Tout flotte au ralenti, tout autour, à l’image du chant vaporeux de Neil Halstead, devenu véritable tête pensante du groupe, après un Just For A Day, réalisé de façon plus collective. Il laisse tout de même le soin à Rachel Goswell d’illuminer certains morceaux de sa voix irréelle (« Machine Gun », « Sing » notamment) et nous voilà propulsé pour un aller sans retour au septième ciel. Ce type de shoegaze-là, aisément assimilable à de la dream pop, ne fait pas dans la lacération de tympans sans vergogne façon My Bloody Valentine ou Jesus And Mary Chain. Les voix éthérées, les guitares lumineuses, les delays et reverbs à bloc, bâtissent un univers nuageux où il fait bon s’égarer totalement, oublier qui on est, où on se trouve, ou même de quoi notre minable petite vie est faite (il suffit d’écouter s’égrener les premières notes et chuchotements de Neil sur « Here She Comes » pour s’imaginer que dans l’instant présent le monde entier nous envie). Dire que certains font fortune avec des livres à la con pour gagner en confiance en soi, alors qu’il suffirait de prescrire ce disque à haute dose pour que le patient se sente pousser des ailes… M’enfin, je ne suis pas psy ni expert en développement personnel, juste mélomane. Après avoir permis à notre esprit de vagabonder en des lieux merveilleux et tout à fait indescriptibles, Slowdive nous réserve tout de même quelques sursauts de véhémence, sans jamais renier le sublime qui lui colle à la peau (« Souvlaki Space Station » dont la basse fait vrombir le sol malmène davantage nos esgourdes, « 40 Days » non dénuée d’électricité, et l’immaculée « When The Sun Hits » qui sur ses divines envolées vient toiser fièrement le mur du son). Vous l’aurez compris, dans ce Souvlaki-là comme dans les meilleures tavernes grecques, tout est de premier choix (n’oublions pas « Mellow Yellow » drapé dans son épais brouillard ou ce « Dagger » acoustique qui prouve que Halstead n’a pas nécessairement besoin de barder sa musique d’effets pour rendre ses mélodies inoubliables). Accueilli assez froidement à sa sortie par des journalistes obnubilés par la britpop, ce disque a été maintes fois réhabilité depuis et est toujours...

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Tops albums 2017 par les rédacteurs

Tops albums 2017 par les rédacteurs

Après le top albums de la rédaction, fruit de savants calculs bien prises de têtes, voici les tops des rédacteurs, seuls face à leurs coups de cœur, leurs doutes et contradictions. Le tout accompagné (parfois) de petits textes pour justifier l’injustifiable, puisque tout ceci est évidemment purement subjectif…     LE TOP DE JL         25 – Mark Lanegan Band – Gargoyle (chronique) Mark persiste et signe dans ses orientations new wave. Ce n’est certainement pas la facette qu’on apprécie le plus chez lui mais il faut reconnaitre qu’il s’y sent de mieux en mieux.   24 – The Jesus And Mary Chain – Damage And Joy (chronique) Retour très honorable pour les frères Reid avec de vrais bons morceaux pour raviver la nostalgie, et d’autres plus anecdotiques.         23 – John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues (chronique) On retrouve John Garcia là où on ne l’attendait pas, tout seul avec sa gratte sèche. Il y revisite avec brio certains morceaux légendaires de Kyuss et offre quelques nouveaux titres de bon aloi.         22 – Adam H – Abolition (chronique) Adam aurait pu se contenter de délivrer de belles chansons folk. Il sait faire. Mais sur ce disque il s’est entouré de Jean-Claude Versari qui ajoute une belle dose de bruit et rend son univers encore plus passionnant.         21 – Margaret Catcher – Singularity (chronique) Leur math rock chtarbé pourrait être chiant comme la pluie mais il est passionnant comme tout. Demandez leur comment ils font, nous on n’a toujours pas compris.   20 – Chastity Belt – I Used To Spend So Much Time Alone (chronique) A première vue, ce ne sont que de sympathiques ritournelles indie pop. Et puis, merde elles sont sacrément addictives ces ritournelles indie pop !         19 – Ty Segall – Ty Segall (chronique) OK il a déjà fait mieux. OK il fera sans doute mieux. Mais après le décevant Emotional Mugger, Ty nous remonte le moral. Et puis « Freedom (Warm Hands) », c’est pas un putain de hit, sérieusement ?           18 – Dälek – Endangered Philosophies (chronique) C’est sale, c’est rugueux, c’est malaisant. C’est terriblement bon. C’est Dälek.         17 – The Black Angels – Death Song (chronique) Il est assez inégal ce Black Angels, on aurait aimé qu’ils sortent un peu plus de leur zone de confort. Mais entre gros single efficace (« Currency »), ballade poignante (« Half Believing ») et hommage appuyé à Pink Floyd (« Life Song »), il y a quand même de quoi passer un très bon moment.   16 – We Insist! – Wax And...

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Top albums et playlist 2017

Top albums et playlist 2017

Une fois n’est pas coutume, avant les tops des rédacteurs, place d’abord au top albums 2017 de la rédaction d’Exit Musik. Parce que la démocratie ça n’a pas de prix… Plus bas vous trouverez les 50 morceaux qui nous ont le plus marqués cette année.           30/ Loyle Carner – Yesterday’s Gone           29/ Edam Edam – Volcano (chronique)/ Super Milkshake Melancholia           28/ Mark Lanegan Band – Gargoyle (chronique)           27/ Drab Majesty – The Demonstration           27/ OCS – Memory Of A Cut Off Head   25/ Jason Loewenstein – Spooky Action (chronique)           24/ The Lords Of Altamont – The Wild Sounds Of…           24/ Matias Aguayo & The Desdemonas – Sofarnopolis           24/ Kevin Morby – City Music           21/ The Norvins – Turnin’ Around With…   21/ Body Count – Bloodlust (chronique)           21/ Sweet Apple – Sing The Night In Sorrow           21/ Warhaus – Warhaus           17/ Dälek – Endangered Philosophies (chronique)           16/ The  Schizophonics – Land of the living           15/ Cigarettes After Sex – Cigarettes After Sex   14/ The Afghan Whigs – In Spades (chronique)   13/ Lysistrata – Pale Blue Skin EP (chronique) / The Thread (chronique)           12/ Jessica93 – Guilty Species (chronique)   11/ The New Year – Snow (chronique)           10/ Wonderflu – Wonderflu (chronique)           9/ Kelley Stoltz – Que Aura           8/ Protomartyr – Relatives In Descent (chronique)   7/ The National – Sleep Well Beast (chronique)           6/ Ty Segall – Ty Segall (chronique)           5/ The Black Angels – Death Song (chronique)   4/ Mogwai – Every Country’s Sun (chronique)           3/ King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana (chronique)           2/ Slowdive – Slowdive (chronique)           1/ Shannon Wright – Division (chronique)   LA PLAYLIST 2017 LIRE LES TOPS ALBUMS 2016 LIRE LES TOPS ALBUMS 2015 LIRE LES TOPS ALBUMS 2014 LIRE LES TOPS ALBUMS...

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Rock En Seine @ St-Cloud (92), du 25 au 27/08/17

Rock En Seine @ St-Cloud (92), du 25 au 27/08/17

Quoi de mieux pour clôturer l’été que passer trois jour allongé sur l’herbe à écouter de la musique ? Rock en Seine est un peu le Noël du dernier weekend d’août. Retrouver ses potes autour d’une bière en profitant des derniers rayons du soleil. Autant dire que lorsque vous vous réveillez en sursaut à cause de l’orage grondant qui stagne au-dessus de La Capitale, l’envie de remettre en question votre amour pour la musique vous vient à l’esprit. Mais peu importe, le pass trois jours glissé dans la poche arrière de son jean, on saute dans le métro bien décidé à en profiter à fond ! Et cette année on est gâté. The Jesus and Mary Chain, Slowdive, Ty Segall, PJ Harvey… Je crois que c’est la première fois que je vais à un festival avec un programme aussi chargé, alors qu’importe la pluie, un vent d’excitation souffle sur l’édition 2017 du festival.   Vendredi 25 août “Hello, we are Cabbage from Manchester”. C’est classe de dire “Hello we are Cabbage from Manchester”. On n’avait pas entendu ça depuis un bout de temps. On se croirait presque revenu à la belle époque de la factory, de Joy Division et des Smiths. Premier concert et première claque, les 5 Mancuniens offrent une prestation des plus plaisantes et font même revenir le soleil. Pourtant ce n’est pas du punk. Ce n’est pas non plus du post punk. Leur son est au goût du jour tout en gardant un caractère atypique qu’on ne saurait décrire. The Pretty Reckless a tout pour séduire. Les jolis solos du guitariste aux faux airs de Slash font plaisir et je trouve toujours envoûtant que le leader du groupe soit de sexe féminin. Pourtant je me suis fait chier. Je dois être trop sensible. J’aime pas quand ça crie trop fort. Le temps d’un sandwich et je me retrouve devant Beach Fossils. Et là tout change. À peine les premières notes de “Generational Synthetic” retentissent que je me sens bien immédiatement. En arrivant à la scène du bosquet j’ai pu entendre “assis, c’est un concert assis“, c’est vrai que Beach Fossils ça s’écoute allongé dans l’herbe en regardant le ciel. C’est fait pour ça. Pourtant tout le monde est debout. On ne saurait manquer une miette de la formation américaine. Vous avez déjà découvert un groupe et eu l’impression que vous étiez passé à côté de quelque chose ? C’est ce qu’il m’est arrivé avec The Jesus and Mary Chain : “Mon dieu je suis né trop tard”. Séparés durant les années 90, c’est un peu la frustration ultime d’écouter Psychocandy en se disant qu’on aura jamais le plaisir de l’entendre en live. Pourtant, dans un élan...

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Slowdive – Slowdive

Slowdive – Slowdive

Vingt-deux ans. Les fans de ce groupe honni puis réhabilité auront attendu vingt-deux ans avant de pouvoir poser leurs oreilles émues sur le successeur de Pygmalion. Si je n’en faisais pas partie à l’époque, Slowdive fait partie des belles découvertes que j’ai faites ces dernières années. Et cet album n’entame en aucune manière cette opinion. Le quintet a mûri, et a travaillé un peu plus ses compositions qu’à l’époque où leur motivation tenait sans doute plus dans l’espoir de surpasser leurs maîtres ès sons qu’étaient – et que sont probablement encore – The Cocteau Twins et My Bloody Valentine, que de se couler dans la vague britpop qui emportait tout sur son passage. Les habitués ne seront pas dépaysés : on retrouve la dream pop à guitares cotonneuses telle que le groupe la pratiquait sur ses albums précédents et telle qu’elle a pu influencer le post-rock de Sigur Rós, entre autres. On gagne une plus grande variété des ambiances et des tempos, mais au prix d’une identité sonore moins affirmée que sur ces vieux albums qu’on ne peut s’empêcher de réécouter pour comprendre ce qui a changé. Et ce qui a changé, c’est la présence sur cet album d’au moins trois véritables tubes à la structure classique mais efficace et aux thèmes entêtants, qui compensent les longueurs de la fin de l’album, et qui m’évoquent le premier album d’Interpol, les voix caressantes de Neil Halstead et de Rachel Goswell en plus : « Star Roving », « Sugar Pill » et « No Longer Making Time ». Comme par hasard, les trois que le groupe a dégainé lors de son récent concert parisien. Et moi de repenser à cette tentative moyennement convaincante de recroiser post-rock, shoegaze et revival post-punk, intitulée Minor Victories, qui réunissait pas plus tard que l’an dernier Rachel, un Mogwai et deux Editors ; contre toute attente, c’est avec Slowdive que Rachel obtient un an plus tard une petite victoire dans cet exercice....

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