The Jesus & Mary Chain @ Théâtre Barbey (Bordeaux), 31/05/18

The Jesus & Mary Chain @ Théâtre Barbey (Bordeaux), 31/05/18

Pour être franc, bien que connaissant l’importance du groupe, je suis complètement passé à côté de Jesus & Mary Chain. Si je n’avais pas gagné ma place, je dois avouer que je ne serais probablement pas allé les voir ! Je n’avais pas d’a priori et n’ai même pas écouté un album ou deux avant le concert, histoire d’avoir une surprise complète… Les bordelais Sam Fleisch (renommés “Invités” pour l’occasion) nous ont proposé une très agréable première partie dans un style plutôt garage pour faire court (dernier album en date sur le label Teenage Menopause). La lumière s’éteint à nouveau, les héros écossais s’installent sans traîner et en une fraction de seconde, la salle est submergée par un déluge de stroboscopes et de guitares noisy/fuzz. Malgré le bridage hygiéniste des décibels, le son a suffisamment de consistance pour me procurer les sensations du shoegazing. Le groupe n’est pas éclairé de face, on ne distingue que les silhouettes des musiciens. Les morceaux s’enchaînent et je n’ai pas du tout l’impression d’avoir affaire à un groupe de quinquagénaires qui fait sa énième tournée en se reposant sur sa réputation. Je ressens son envie de jouer et une générosité certaine. Le chanteur, pas très bavard, annonce de façon très convenue le dernier titre ; le groupe quitte la scène et un roadie arrive aussitôt pour faire un peu de ménage pas vraiment nécessaire. Pas un spectateur ne doute qu’ils vont revenir pour un ou deux morceaux comme le veut le rituel. En fait nous avons droit à bien davantage. Presque un second concert. Les deux dernières chansons sont les plus rythmées, les plus énergiques et je finis par comprendre pourquoi le public est resté aussi fidèle. Le talent est toujours là ! Du coup, je suis partagé entre une impression un peu honteuse de ne pas les avoir connu plus tôt et une grande satisfaction d’avoir vécu ce moment…. Pedro   Setlist (si on en croit setlist.fm) : Amputation – April Skies – Head On – Blues From A Gun – Black And Blues – Mood Rider – Far Gone And Out – Between Planets – Snakedriver – Teenage Lust – Cherry Came Too – All Things Pass – Some Candy Talking – Halfway To Crazy – Darklands – Reverence. Rappel : Just Like Honey – Cracking Up – In A Hole – War On Peace – I Hate Rock’n’roll   LIRE LE REPORT DE LEUR CONCERT A LA CIGALE EN...

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The Blind Suns – Offshore

The Blind Suns – Offshore

Surf à la main, les Blind Suns reviennent pour une session Offshore épouser les vagues généreusement nous chuchotant au passage de délicates mélopées. Un “Alligators” montre toutefois les crocs d’emblée, avec force saturation shoegazienne sur le refrain alors qu’on aurait pu s’imaginer en terrain plus accueillant de prime abord. On ne boit pas la tasse pour autant, la frayeur étant compensée par un frisson de bonheur devant l’efficacité de la bête. Nous revoilà ensuite trimballés au gré de vagues plutôt clémentes. On retrouve avec bonheur ce savoureux mariage entre une dream pop vaporeuse et une surf music légère. Les saturations shoegaziennes évoquées plus haut se faisant plutôt rares au sein d’un disque bien plus bienveillant qu’agressif. “Boundaries” et son riff entêtant nous invite ensuite à faire fi des frontières, encouragés par les voix de Dorota et Romain qui se confondent joliment. Et quand surgit l’estivale “Ride”, une furieuse envie nous gagne de quitter les flots pour retrouver l’asphalte et enfourcher la première bécane venue. Bande-son idéale pour un road trip le long de l’océan. Sous une brise légère, un petit break agréable à contempler les flots nous est également proposé (la très 80s “Hush” et son riff curesque). On prend. On pourra se montrer plus chafouin à l’égard de certains morceaux un peu trop calibrés (“Brand New Start”, “Crystallized” et leurs refrains bien clinquants), voire d’une prod résolument 80s qui fera fuir les plus réfractaires, reste d’autres motifs de satisfaction qui font pencher la balance assez nettement du bon côté (l’harmonica sacrément taquin de “Texas Sky”, entrainante en diable, la coolissime “Silent Dream” ou le beau morceau-titre éthéré). Alors que la grisaille persiste encore sur une bonne partie du territoire (attention je me transforme en Evelyne Dhéliat), ce disque des plus plaisants vous donnera des envies d’évasion, de vous jeter à l’eau… C’est toujours bon à prendre quand l’été parait encore loin. Jonathan...

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Slowdive – Souvlaki

Slowdive – Souvlaki

I had a dream. Je n’ai pas rêvé qu’il n’y avait plus de guerre dans le monde, que chaque habitant mangeait à sa faim ou que l’OM remportait une seconde coupe d’Europe. Non, trop convenu. J’ai rêvé que j’écoutais en boucle Souvlaki de Slowdive. Sans jamais bien savoir dans quel état je me trouvais, errant entre semi conscience, éveil indécis et sommeil profond. Ce rêve était une bénédiction, la douceur incarnée. A peine les paupières alourdies que « Allison » nous envoie d’emblée vers les plus hauts cieux. Le morceau se déploie sur coussins d’air. Tout flotte au ralenti, tout autour, à l’image du chant vaporeux de Neil Halstead, devenu véritable tête pensante du groupe, après un Just For A Day, réalisé de façon plus collective. Il laisse tout de même le soin à Rachel Goswell d’illuminer certains morceaux de sa voix irréelle (« Machine Gun », « Sing » notamment) et nous voilà propulsé pour un aller sans retour au septième ciel. Ce type de shoegaze-là, aisément assimilable à de la dream pop, ne fait pas dans la lacération de tympans sans vergogne façon My Bloody Valentine ou Jesus And Mary Chain. Les voix éthérées, les guitares lumineuses, les delays et reverbs à bloc, bâtissent un univers nuageux où il fait bon s’égarer totalement, oublier qui on est, où on se trouve, ou même de quoi notre minable petite vie est faite (il suffit d’écouter s’égrener les premières notes et chuchotements de Neil sur « Here She Comes » pour s’imaginer que dans l’instant présent le monde entier nous envie). Dire que certains font fortune avec des livres à la con pour gagner en confiance en soi, alors qu’il suffirait de prescrire ce disque à haute dose pour que le patient se sente pousser des ailes… M’enfin, je ne suis pas psy ni expert en développement personnel, juste mélomane. Après avoir permis à notre esprit de vagabonder en des lieux merveilleux et tout à fait indescriptibles, Slowdive nous réserve tout de même quelques sursauts de véhémence, sans jamais renier le sublime qui lui colle à la peau (« Souvlaki Space Station » dont la basse fait vrombir le sol malmène davantage nos esgourdes, « 40 Days » non dénuée d’électricité, et l’immaculée « When The Sun Hits » qui sur ses divines envolées vient toiser fièrement le mur du son). Vous l’aurez compris, dans ce Souvlaki-là comme dans les meilleures tavernes grecques, tout est de premier choix (n’oublions pas « Mellow Yellow » drapé dans son épais brouillard ou ce « Dagger » acoustique qui prouve que Halstead n’a pas nécessairement besoin de barder sa musique d’effets pour rendre ses mélodies inoubliables). Accueilli assez froidement à sa sortie par des journalistes obnubilés par la britpop, ce disque a été maintes fois réhabilité depuis et est toujours...

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A Place To Bury Strangers – Pinned

A Place To Bury Strangers – Pinned

Alors que le prédécesseur Transfixiation a passé l’épreuve du temps avec succès, on avait presque oublié que nos destructeurs de tympas préférés revenaient rendre visite à notre platine en ce mois d’avril. Durant ces 3 longues années de sevrage, A Place To Bury Strangers a connu un changement d’importance : une nouvelle batteuse, du nom de Lia Simone Braswell, a rejoint le groupe. Une batteuse aux attributions larges puisqu’elle vient épauler Paul Ackerman au chant et lui donne parfaitement le change (“There’s Only One Of Us” où les deux voix se répondent et où le refrain “indus/pop” à la Nine Inch Nails fonctionne à pleins tubes). Une nouveauté bienvenue qui fournit ainsi une corde supplémentaire à l’arc du groupe, qui n’en était déjà pas dépourvu. Les voilà donc qui mettent un peu d’eau dans leur noise (l’envoûtant “I Know I’ve Done Bad Things”, le mélancolique “Was It Electric”, “Situations Changes” et sa ligne de basse démoniaque) mais ne se font pas prier pour autant pour pousser leurs instruments dans leurs retranchements et les faire gémir comme il se doit sous la torture (“Attitude” ou la spasmodique “Execution”, les pads mitrailleurs et la basse qui mène la cadence sur “Keep Moving On”). Sans remettre en cause ses fondamentaux,  A Place To Bury Strangers parvient à opérer un léger lifting avec réussite. Et voilà comment, avec 5 albums au compteur, les New-Yorkais peuvent se targuer d’un passé glorieux et tabler sur un avenir radieux. Jonathan...

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Adam H. – Abolition

Adam H. – Abolition

Adam H. Aucun lien avec Arthur, ni avec son homonyme canadien, qui œuvre dans le « hip hop » (j’insiste sur les guillemets) et dont le nom du principal single (« Money + Chicks + Sex + Fame ») devrait suffire à vous faire fuir. Oubliez donc cet odieux personnage et concentrez-vous sur « notre » Adam H. (Hocker de son vrai nom), originaire de Louisville et remarquable compositeur folk, qui s’apprête à publier un deuxième album qui pourrait bien faire parler. Un album qu’on serait tenté de prime abord de qualifier de très personnel, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Le début de cet Abolition est trompeur. On se dit alors qu’Adam H. n’est “qu’un” beau conteur, un faiseur de mélodies qu’il se plait à nous présenter relativement dépouillées du haut de sa voix grave et profonde (les superbes « Abolition Rag » et « Obsidian » qui placent la barre haut en ouverture). Oui mais voilà, Mr H. est accompagné d’un comparse fauteur de trouble, Jean-Charles Versari, à la production et composition, qui lui a fait ses gammes dans le post punk. Et s’il l’accompagne avec sa guitare pour délivrer un folk soyeux qui cajole nos esgourdes, il charge également d’électricité l’univers feutré du bonhomme. En témoigne la crépusculaire “Orion” et ses 9 minutes au compteur, qui nous ramène à l’esprit quelques vagabondages solos de Lee Ranaldo. Pas impossible de céder à une légère somnolence, mais avec ça dans les oreilles vous ferez de beaux rêves. Prenez garde toutefois car l’orage gronde au loin, et se fait de plus en plus menaçant. Des titres comme « Sarabande » ou « Shrill » pourraient n’être que de longs fleuves tranquilles. Il n’en est rien. L’affaire se complexifie, les débats s’intensifient, les guitares vindicatives et lumineuses se côtoient, le tout s’embrase en arrière-plan. Et le feu se répand. Et ce ne sont plus seulement de très belles chansons auxquelles nous avons affaire, mais des chansons riches et puissantes. Après l’incendie, il ne reste que des décombres. L’univers désolé de « Dues » – où seules quelques notes de piano accompagnent la voix d’Adam – vient joliment clore les débats. Non sans une forte dose de mélancolie. Une façon bien triste de boucler un album qui a toutes les raisons de nous réjouir. JL...

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