Hum – Inlet

Hum – Inlet

(Earth Analog, 23 juin 2020 ) Avec les reformations, il est parfois délicat pour le chroniqueur de placer le curseur, en terme de sévérité. Quand elles sont inespérées, on peut être tenté de faire preuve de clémence, de voir le verre à moitié plein, de se satisfaire d’un nouvel album qui flatte notre nostalgie, même s’il ne comporte rien d’aussi marquant que ses prédécesseurs. Ou, au contraire, se montrer exigeant, connaissant le potentiel d’un groupe et constatant que le poids des années se fait cruellement sentir. Hum vient de nous faciliter la tâche ici avec ce nouvel album qu’on n’osait plus espérer, qui débarque par surprise et se révèle aussi bon que ce à quoi le groupe nous a toujours habitués. Foutrement bon, donc. Il y avait de quoi s’inquiéter pourtant, compte tenu du délai interminable de cette sortie qu’on nous promettait depuis 2015. Quelqu’un s’est-il endormi sur les bandes ? Le groupe a-t-il revu sa copie à plusieurs reprises pour ne conserver finalement qu’une infime partie du travail entrepris au départ ? On essaiera de le savoir. Pour l’heure, la seule chose qui nous intéresse, c’est qu’on est face à du pur Hum, et que l’inspiration n’a pas fait défaut au quatuor de l’Illinois. L’avenir nous dira si on revient aussi régulièrement à Inlet qu’à You’d Prefer An Astronaut (1995) ou Downward Is Heavenward (1998) mais, au moment d’écrire ces lignes, oui, ce disque tourne énormément et s’il comporte des failles, elles sont soigneusement dissimulées. Certainement pas au niveau de la production, déjà, tant l’album dégage une formidable puissance tout en bénéficiant d’une clarté de tous les instants, et c’est extrêmement appréciable (et encore, on n’a dû se contenter que du streaming pour l’instant). Hum n’a peut-être jamais si bien sonné. Et vu la complexité de sa musique, c’est une excellente nouvelle. Peut-être plus clairement shoegaze (en attestent le brumeux « Waves » en ouverture ou « Shapeshifter » en clôture), le disque nous sert toujours de généreuses portions de riffs extrêmement lourds et poursuit une tendance amorcée il y a 22 ans de cela sur Downward Is Heavenward, à savoir un allongement significatif de la durée des morceaux (la moitié au-delà de huit minutes !). On aurait ainsi pu grincer des dents en constatant que le disque ne comporte que huit nouveaux titres mais avec près d’une heure de musique, on est priés de ne pas la ramener. Et n’allez pas croire qu’on nous l’a faite à l’envers en tirant sur la corde de morceaux qui n’en méritaient pas la moitié. Ceux-ci ont de l’étoffe, bifurquent, se dérobent, jouent avec nos sentiments, nous scotchent puis nous relâchent dans les airs. Hormis le très frontal « Step Into You »...

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Hum : nouvel album 22 ans après !

Hum : nouvel album 22 ans après !

On l’évoquait lors de notre chronique anniversaire du fantastique You’d Prefer An Astronaut, le nouvel album de Hum, annoncé à plusieurs reprises depuis leur reformation en 2015 tardait à se concrétiser, au point qu’on n’osait plus vraiment y croire. Et bien, à la surprise générale, le groupe de Champaign (Illinois) vient de sortir son cinquième album, Inlet, en digital (pochette ci-dessus). Ça s’écoute (et s’achète) ci-dessous via leur bandcamp. La sortie physique (en précommande ici) est, elle, prévue pour le 31 août chez Polyvinyl. Tous nos articles sur...

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Hum – You’d Prefer An Astronaut

Hum – You’d Prefer An Astronaut

(RCA, 11 avril 1995) C’était probablement la meilleure idée qui soit de fonder un groupe de rock alternatif/grunge dans les années 90. Le seul moment où le public en avait à peu près quelque chose à foutre (voire était complètement hystérique) et où les grands labels pouvaient s’intéresser à vous (voire étaient totalement obnubilés par l’appât du bifton et faisaient une confiance aveugle à tous ceux qui portaient des chemises à carreaux). Pourtant, certains sont restés à la porte. Rein Sanction, Love Battery, Paw, Gruntruck, Come, Only Living Witness, Truly… La liste est longue, les frustrés nombreux et légitimes tant une partie d’entre eux n’avaient rien à envier à ceux qui ont connu la gloire (fut-elle éphémère).  Cette caste peu enviable, Hum en fait partie. Vous vous souvenez de Hum ? Les avez-vous seulement connus ? Pourtant, ils avaient pensé à tout : un nom facile à retenir, une démo enregistrée par Albini en 90, deux albums énervés avant d’affiner un style plus « mature » (de l’importance des guillemets…), la signature sur une major en 95 coïncidant avec la sortie d’un gros tube (on va y revenir)… Mais ça n’a pas pris. Pas autant qu’ils l’auraient mérité en tout cas. Ça se joue parfois à rien, c’était sans doute trop tard ou trop peu, le train est passé, le public a oublié. Il y avait pourtant de quoi avoir des étoiles plein les yeux en se mettant « Stars » dans les oreilles tant elle coche toutes les cases de la définition du hit. Quelques accords délicatement grattés, les paroles qui résonnent (« she thinks she missed the train to Mars, she’s out back counting stars »), l’explosion, le refrain, l’explosion sur le refrain, les riffs, les cheveux longs, l’envie d’en découdre, les plaisirs simples. Et on a beau avoir maintenant les cheveux courts (quand on en a encore….) et le cul qui a fusionné avec notre canapé, l’effet est toujours le même. Un effet ressenti quasiment tout du long de l’album au zèbre sur fond vert qui enquille les tubes comme c’est pas permis. Avant celle-ci, c’était « The Pod », ultra percutante où tout le monde se lance à la poursuite de la batterie déchainée de Bryan St. Pere. Les larsens gémissent et c’est sur une fantastique outro acoustique que l’histoire se termine. Cherry on The Pod. Mais Hum ne se contente pas de décliner paresseusement la même recette à l’envi. « Suicide Machine » freine ainsi brutalement et fait retomber la frénésie, mais certainement pas le plaisir d’écoute (vous avez demandé du refrain imparable ?). On peut déceler chez cette dernière ainsi que dans la merveilleuse « Little Dipper » en ouverture, quelques points communs avec Swervedriver (riffs...

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Baston – Primates

Baston – Primates

(Howlin Banana, 29 novembre 2019) Souvenez-vous. Baston, c’est ce groupe auteur d’un chouette premier EP bien péchu (Gesture) il y a déjà 4 ans chez le label Howlin Banana, fer de lance 2010’s du “garage à la française” (et un peu à la californienne, avouons). Un genre quelque peu encombré quand le revival battait son plein et eux-mêmes ont semble-t-il songé qu’il valait mieux tracer une route nouvelle pour continuer à se faire entendre et se détacher un peu de la meute constamment grandissante. Une meute qui en a semé quelques-uns en route, et non des moindres (on pense notamment aux Madcaps et à Kaviar Special, deux membres éminents du label). Baston a donc pris son temps pour repenser sa musique, recruté un nouveau membre aux synthés pour former désormais un quatuor et considérablement ralenti le tempo pour mieux lorgner aujourd’hui vers un univers shoegaze/krautrock (avec lequel il flirtait déjà sur l’EP mais plus timidement). Et figurez-vous que ça lui va comme un gant. J’en veux pour preuve “Primates” qui n’a rien de primitif. Basse-batterie cavalent main dans la main, de la reverb, un air de guitare piqué à Robert Smith, un peu plus de reverb, des voix lointaines, et encore un soupçon de reverb. Dans la foulée “Transept” se déguste les yeux écarquillés, la bouche ouverte prête à gober les acides qui tombent.  Psyché donc, Baston l’est toujours (“Achilles” confirme). Pop également parce que sans belles mélodies (“Arnhem” on pense à toi), on s’en foutrait pas mal de ces autoroutes motorik et guitares aigrelettes (“K2” semble emprunter cette direction avant de prendre son envol). Ce n’est pas forcément plus innovant qu’auparavant mais c’est probablement ce qui leur correspond le mieux. Et ça sonne rudement bien. Les compos sont là, on l’a dit, mais la prod très soignée les met également en valeur comme il se doit.  En fin d’album, surgit un guest pour le moins inattendu : Christophe Hondelatte et ses fameux récits sordides sur un petit air musique du monde (darboukas, ambiance orientale). On ne peut s’empêcher d’esquisser quelques sourires malsains (“à aucun moment, vous ne vous êtes dit que cette femme dans le frigo pouvait être votre mère ?“) et “Viande” constitue ainsi une divertissante ballade au pays des tarés. Divertissante et essentielle car des morceaux qui jouent sur la répétition à terme… Ça peut donner un disque répétitif.  Ceux qui ont lu jusque-là ont compris la sentence mais pour ceux qui sautent directement à la conclusion, faisons clair et limpide (même si vous ne le méritez pas) : Baston a gagné en finesse mélodique, en précision dans l’élaboration de ses morceaux ce qu’il a perdu en énergie pure. En ce qui nous concerne, le pari...

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DIIV – Deceiver

DIIV – Deceiver

(Captured Tracks, 4 octobre 2019) Cette claque-là je ne l’avais pas vue venir, car rien ne sonnait comme une évidence durant ma première écoute de ce nouveau DIIV. Il était même plus probable que je n’y revienne pas et que je passe définitivement à autre chose, mon premier ressenti se résumant à “c’est cool et bien foutu mais ça ne casse pas des briques non plus !“. Et puis sans savoir pourquoi, je m’y suis remis en y prêtant une oreille plus attentive. Si rien ne s’est fait dans l’immédiateté, tout s’est décanté progressivement au fil des écoutes, à tel point que je ne peux aujourd’hui plus m’en passer. De disque boudé, il est devenu disque de chevet. L’album débute par la sublime et mélodieuse “Horsehead” portée par le chant aérien de Zachary Cole, et les sons de guitares qui s’entremêlent pour arriver à un final des plus envoûtants. Belle entrée en matière qui définirait presque à elle seule l’univers dans lequel DIIV souhaite nous immerger, mais nous ne sommes heureusement pas au bout de nos surprises. “Between Tides”, dans une configuration quasi similaire se révèle encore plus excitante, de quoi redonner ses lettres de noblesses au shoegaze (qui n’en demandait pas tant). Histoire de maintenir le plaisir jusqu’au bout, les New-Yorkais ont su garder le meilleur pour la fin, avec tout d’abord l’entrainante et extrêmement tendue “Blankenship”, aux incartades noisy, qui vient mettre un bon coup de peps et promet de faire remuer les têtes lors des prochains concerts du groupe. Puis “Archeron” qui, du haut de ses 7 minutes, nous fait vaciller dans un déversoir d’images et d’émotions, tour à tour mélancolique, sombre et planant avant de s’achever par un ultime moment de grâce. DIIV revient de loin, il a traversé une longue période de doute et on était autant inquiet pour l’avenir du groupe que pour l’état de santé de son leader, lequel a multiplié les séjours en centre de désintoxication. Plus sombre que ses prédécesseurs, Deceiver est avant tout un troisième album de très haute qualité et la preuve parfaite qu’il ne faut pas toujours se fier à ses premières impressions, elles sont souvent trompeuses. Julien Robin Tous nos articles sur...

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