The Beatles – Revolver

The Beatles – Revolver

Le 5 août 1966, une déflagration sans précédent secoue le juvénile monde du Rock. Il ne s’agit pas d’un coup de Revolver mais quasiment d’un coup de canon. Le 7ème album des Beatles parait et ce disque, non seulement enfonce toute la concurrence (ok il y a également Blonde On Blonde de Bob Dylan qui paraît cette année-là), mais il marque l’entrée du Rock dans l’âge adulte, et invite les Beatles à la postérité. Je vous remets dans le contexte. Printemps 1966, les Beatles sortent exténués et ahuris de leur dernière tournée. Elle sera (ils ne le savent pas encore) la dernière de l’histoire en tant que Groupe. Ils ne supportent plus le cirque délirant qui accompagne leurs prestations sur scène : hurlements des fans, sonos pas à la hauteur de leur désormais très haute ambition sonore. Sans oublier la police omniprésente, et désormais les menaces qui font suite à quelques déclarations sorties de leur contexte comme « on est désormais plus célèbres que Jesus Christ », ce trait d’humour de John Lennon qui n’amuse pas les connards du Ku Klux Klan. Les Beatles vont donc tourner la page de la première partie de leur carrière et s’attacher à faire exploser les genres en studio (leur nouvel univers) et enregistrer quelques albums qui marqueront l’histoire de la musique. Nous sommes juste un an avant le « Summer Of Love », et la salve de disques essentiels qui le précèdent ou l’accompagnent. Je vous livre en vrac, quelques exemples pour donner une idée du bouillonnement musical de l’époque : Surrealistic Pillow (Jefferson Airplane), Are You Experienced (Jimi Hendrix), The Piper At The Gates Of Down (Pink Floyd), The Doors (The Doors), The Velvet Underground And Nico (Velvet Underground), et bien entendu le génial Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band... En 1966, donc les Beatles découvrent le LSD, et Revolver est le reflet et le résultat de quelques-uns de leurs trips. Le titre qui transpire le plus l’acide est bien entendu le fantastique « Tomorrow Never Knows ». Intro martelée par une batterie lourde noyée dans l’écho, voix de Lennon qu’on jurerait sortie d’une cabine téléphonique immergée, solos de guitare passés à l’envers, synthés imitant des oiseaux, et ces textes totalement barrés (« Listen to the color of your dreams »), à mille lieues des « she loves you yeah yeah ». Cette première incursion dans le psychédélique est sans doute le morceau où les Beatles flirtent le plus avec le mystique et leur quête d’au-delà. Une pièce majeure à ranger à côté des « Within Without You » ou « A Life In A Day ». Très loin des petites rengaines rock n’roll de leurs débuts et évidemment injouable en concert (à l’époque). D’ailleurs le plus remarquable avec Revolver est que tous les titres ont été...

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Interview – The Flamin’ Groovies

Interview – The Flamin’ Groovies

C’est par une fraîche soirée ce 29 avril 2016 que je pars au Petit Bain, confiant dans mon destin… Je suis seul ce soir, mal équipé techniquement, pas trop d’humeur sociale mais… je veux et je vais interviewer les Flamin’ Groovies ce soir ! Je les écoute depuis suffisamment longtemps, j’ai tellement maté les pochettes de Flamingo et Teenage Head, ce dernier ayant été mon vinyle de chevet pendant un certain temps… que je ne pouvais pas manquer l’occasion. J’avance à pas feutrés… petit échange avant le concert avec le batteur, Victor, il semble se souvenir de notre conversation de l’année dernière au Trabendo et est prêt à jouer l’entremetteur, même s’il m’avoue que l’ambiance est pourrie (rhume généralisé, ex-épouse qui débarque, etc). Le concert, rien à redire, toujours jouissif, sauf que toujours pas de Roy Loney à l’horizon, il n’a fait que quelques dates avant de faire face à un souci de passeport… Ce sera donc en format “Sire Records” qu’ils officieront. Bon. Alors bon voilà, passé le concert, je prends mon mal en patience et soudain, je me retrouve dans une pièce de 5 m² avec l’essentiel des Groovies : Cyril Jordan, George Alexander et Victor Penalosa. Les 2-3 fans admis backstage disparaîtront rapidement ainsi que le roadie, je me retrouve donc juste avec eux et Chris Wilson, tout bourré, fera des entrées et des sorties… Mon grand moment est là, je la joue cool et je ne pense surtout pas que les mecs sur ces pochettes époque Kama Sutra Records que j’ai tant aimées sont là, à m’appeler “Manuel” et à répondre à mes questions griffonnées sur un bout de papier… Mes amis, je vous le dis, ces mecs-là sont au top, passionnés, accessibles, humains, sans fausse modestie… Le genre de mecs dont on se dit que, tant qu’ils sont là, tout va bien… Mes amis, les Flamin’ Groovies version 2016 !!! ENGLISH VERSION BELOW   Cyril, je t’ai vu jouer plusieurs fois récemment et tu as toujours l’air très heureux sur scène. Il semblerait que cette reformation ait été la meilleure idée possible…   Cyril Jordan (guitare-chant) : oui, tu as raison. Il faut dire qu’on était des amis très proches il y a 35 ans et on s’est remis ensemble il y a 3 ans et c’est comme s’il ne s’était rien passé entre temps. Comme si c’était le lendemain de notre séparation en 1980. Pour des mecs comme nous, c’est un privilège de jouer de la musique devant des gens qui nous aiment.   Comment les choses ont évolué durant ces trois ans ? CJ : de mieux en mieux ! On est très au point maintenant ; tu ne peux être aussi...

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The Limiñanas – Down Underground

The Limiñanas – Down Underground

The Limiñanas, duo exotique d’un petit village proche de Perpignan composé de Lionel (claviers, guitares) et Marie (batterie, percussions), couple à la scène comme dans la vie,  a conquis le cœur de nombreux artistes anglo saxons. Jack White, Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre), Primal Scream entre autres, ne tarissent pas d’éloges sur ces héritiers des yéyés sixties, fervents amateurs de garage rock. Comme nul n’est prophète en son pays, leurs compositions, au son brut, rétro futuriste et psychédélique ont tapé dans l’oreille de deux labels américains : Hozac (The Black Lips) et Trouble In Mind (Jacco Gardner, Fuzz, JC Satan, excusez du peu) avant de séduire le public français. Un peu par hasard. Leur pop sixties ludique, avec une basse très en avant, du talk over très « Gainsbourg style », de jolies voix féminines naïves qui se baladent sur ces compositions très cool et bien fun, fait mouche immédiatement. La musique de ce duo « so Frenchy » évoque sans effort des images de cinéma, et rappelle des références artistiques diverses : Velvet Underground pour les compositions acérées et les voix féminines, Gainsbourg pour le phrasé et le rythme de certains titres. Ce disque regroupe l’intégralité de leurs compositions, quatre albums au compteur. L’éponyme Down Underground plante le décor et nous installe sans équivoque dans une ambiance vintage et minimale aux références musicales assumées. Lionel aux guitares assure l’essentiel, et Marie soutient l’ensemble en frappant sur ses fûts sans se poser de questions. White Stripes franchouillards ? La référence au défunt groupe de Jack White s’arrête à l’organisation du groupe, un duo, un homme aux guitares et une femme à la batterie. Mais il n’est pas étonnant que Jack White les apprécie. Cela rappelle bien sûr d’autres duos célèbres comme les Cramps ou The Kills. Quatre albums réunis ici, avec au total une cinquantaine de titres. Sans livrer ici une litanie interminable, je citerai quelques perles qui émergent du lot : « Je Ne Suis Pas Très Drogue », irrésistible évocation de soirées festives enfumées, guitare en avant et whoop whoop pour arroser le tout, ce « Tigre du Bengale », aux sitar et percussions indiennes évoquant un trip au Cachemire,  la désopilante « Votre Côté Yéyé M’Emmerde » qui n’est qu’une longue énumération de patronymes célèbres (mais pas que) scandée en alternance par les deux compères ou bien « Une Ballade Pour Clive », clin d’œil évident au grand Serge et sa « Ballade De Melody Nelson ». Une petite dernière pour la route : « Liverpool », l’histoire d’un groupe en route pour un festival, qui bascule dans le tragique, ambiance résolument orientale avec la longue montée d’énergie brute d’un Bouzouki qui noie l’ensemble. Une fois de plus, l’histoire de The Limiñanas démontre qu’aujourd’hui la création musicale et l’accès à la musique et aux artistes reposent de plus en plus...

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David Bowie ne s’arrête plus !

David Bowie ne s’arrête plus !

Décidément David Bowie aime surprendre ses fans ces derniers temps. Alors que The Next Day était sorti en 2013 à la surprise générale après 10 ans d’éloignement des studios et qu’on s’attendait à ne pas le voir revenir de sitôt, voilà que le 25e album du Caméléon est déjà annoncé. Blackstar, c’est son petit nom, comportera 7 longs morceaux, aux influences jazz et krautrock. Il sortira le 8 janvier prochain, soit le jour du 69e anniversaire de la star anglaise. Il s’agira selon le Times d'”un des projets les plus cinglés” de Bowie. Rien que ça. Le premier single éponyme sera dévoilé le 19 novembre prochain, il s’agit du thème de la bande-originale de la série TV anglaise “The Last Panthers”....

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“David Bowie Is”… amazing

“David Bowie Is”… amazing

Après Londres où elle avait reçu un accueil triomphal voici deux ans, puis Berlin l’an passé où nous étions déjà, profitant du concert de Pearl Jam, l’exposition itinérante “David Bowie Is” s’arrête à Paris pour trois mois. Lieu de l’exposition : la Philarmonie à La Vilette. Travaux à peine terminés (d’ailleurs l’endroit respire encore le béton brut), ce lieu prestigieux invite ici l’homme qui a influencé (voire créé) la pop music, et par extension la culture pop. Quel autre artiste que Bowie pouvait-on mettre ainsi en scène ? Son œuvre multiple et protéiforme, son goût pour l’image (peinture, cinéma, vidéo), le jeu d’acteur (mime, cinéma), la transformation (costumes, maquillages) et bien sûr la musique, pour laquelle il a fait voler en éclat toutes les barrières, s’est affranchi de tous les styles, créant le sien quelle que soit la voie qu’il choisissait d’explorer ; folk, soul, funk, glam rock, pop… Artiste unique et inclassable, qu’il est impossible à enfermer dans un genre. “David Bowie Is” : super titre, car Bowie est “multiple” et cette exposition le démontre parfaitement. Chacun a un souvenir de Bowie qui lui est propre, qu’on soit plutôt “Let’s Dance”, “Fame”, “Ashes To Ashes”, “Ziggy Stardust” ou “Heroes”, on a le choix, vu la quantité de titres intemporels qui ont émaillé ses 50 ans de carrière.   L’exposition met donc en scène Mister Bowie sous tous les angles, utilisant beaucoup d’images et de documents d’archives (nombreux sont titrés de la propre collection de David Bowie). Place aux images et au son. Première salle où sont exposés photos, textes, affiches, et projection des deux vidéos tournées pour le single qui l’a propulsé dans la stratosphère pop pour toujours : “Space Oddity”. Autres projections phare de l’expo : “Starman” of course, l’apparition télévisée qui a révolutionné le quotidien de millions d’adolescents britanniques, choqué leurs parents et bousculé pour toujours les genres. “The Man Who Sold The World” dans une version déjantée avec Klaus Nomi en choriste, autre grand moment ! “Life On Mars” dans lequel apparaît Bowie cintré dans son costume bleu turquoise assorti à son fard à paupières, illuminé dans un décor totalement nihiliste. De nombreux costumes utilisés par Bowie lors de ses tournées sont ici exposés, taille mannequin bien entendu. De grands couturiers ont toujours été ravis d’être sollicités par Bowie l’icône de la mode. En vrac et non exhaustif : Yamamoto (période Ziggy), Alexander McQueen (Union Jack Jacket d’Earthling) , Thierry Mugler, Vivienne Westwood. Pochettes de disques, clips, interviews, articles de presse, photos, costumes, le choix est énorme sur l’exposition pour les fans mais pas que… Les néophytes, nuls en Bowiemania, désireux de découvrir l’un des influences majeures de la pop culture du 20ème siècle seront servis, et risquent même d’être ébahis. L’exposition...

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