L’envoûtante – L’envoûtante

L’envoûtante – L’envoûtante

(Modulor, 17 mai 2019) On ne va pas s’en cacher : on a un peu de mal à s’enthousiasmer pour des artistes de rap français ces derniers temps. Peut-être qu’on prend aussi moins le temps d’aller fouiner là où il faut, préférant se concentrer sur d’autres genres mais ce qui arrive à nos oreilles est bien souvent déprimant. Et puis, sans coup férir, deux inconnus déboulent, affublés d’un patronyme intrigant : L’envoûtante. Comme son nom ne l’indique pas, L’envoûtante fait dans le rap énervé, qui ne regarde pas ses pompes et n’exhibe pas sa chaine en or (qui brille) mais crie sa colère à qui veut bien l’entendre. D’entrée de jeu,« Hymne aux irrassemblables », forte d’une instru corrosive, donne envie de brandir le poing et de repartir de l’avant, d’oublier la nausée causée par le résultat des européennes. Une bonne odeur de soufre se dégage de ce début d’album, la « Nouvelle méthode » déployée ici n’est pas sans rappeler celle de Zone Libre, malgré un effectif bien plus réduit ou même Dälek quand le ciel se couvre (« En vrai »). Sonorités rock ou électro aussi soignées qu’exaltantes, appuyées par les rythmiques incisives du batteur Sébastien Tillous et enflammées par le flow survolté (qui fleure bon la sincérité) de Bruno Viougeas. Mais cette attaque virevoltante est trompeuse car le duo ne se contente pas toujours de prendre les armes. Certains morceaux, aux instrus plus purement hip hop, instaurent une atmosphère sombre et fonctionnent tout aussi bien (l’excellente « Vite stressé » et la classieuse « Moments de grâce » qui semble évoluer en apesanteur). Le duo s’est bien trouvé. Bruno a des choses à dire et les exprime avec une science de la rime affutée (on pense furtivement à Marc Nammour de La Canaille), les instrus de Sébastien sont suffisamment variées pour stimuler constamment l’oreille et l’apport de la batterie est indéniable (« Voilà où naissent ces putains d’textes » où les pionniers NTM et Assassin ne sont pas oubliés). Au final, trois quarts d’heure de bon gros rap comme on l’aime, infiniment supérieur à la grande majorité des groupes du genre qui percent. On souhaite donc à L’envoûtante de faire grand bruit, et d’attirer bon nombre de prétendus irrassemblables qui pourraient bien s’y retrouver. Jonathan...

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Dirty Deep – Tillandsia

Dirty Deep – Tillandsia

(Deaf Rock, 30 novembre 2018) Nous avions déjà pu constater le talent de Dirty Deep lors du festival de Binic quand il était venu défendre Back To The Roots, son premier album, il y a une dizaine d’années. A l’époque, le groupe n’était incarné que par Victor Sbrovazzo qui œuvrait en mode one man band. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et la tête pensante du groupe est désormais entourée d’un batteur et d’un bassiste, à l’heure de livrer son 4ème album sous le label strasbourgeois Deaf Rock Records. Dès la première écoute, ce blues du delta sent bon le bayou. Rien de révolutionnaire, certes, mais à la différence de Greta Van Fleet qui frôle la parodie de Led Zeppelin, le trio alsacien s’approprie cette musique et nous la fait partager avec inspiration et énergie, à la façon d’un Raconteurs français. Dès le premier morceau “Road Dawgs” on se lève, non pas pour se taper un yaourt, mais pour taper des mains avec eux sur ce gospel et chanter à leur côté avec notre plus belle chemise à carreaux sur les épaules. Les morceaux blues rock s’enchainent à merveille avec des riffs qui restent en tête (“Sunday Church”, “Shake It!”, “Hanging On A Oak Tree”, “Wild Animal”) et des ballades efficaces (“You’ve Got To Learn”, “By The River” et la très country “Last Call To Heaven”). Un retour aux sources qui s’achève par la bonus track bien nommée “Whiskey Song”. Entouré de sir Jim Jones en personne à la production, Dirty Deep nous livre un blues poisseux et ténébreux qui nous replonge avec bonheur dans les plus belles heures du blues du Delta. On aurait tort de s’en priver. Alain...

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David Bowie – Ziggy Stardust

David Bowie – Ziggy Stardust

Que dire sur ce disque qui n’ait pas déjà été dit ? Absolument rien, je pense. Alors on va faire simple. Soit vous connaissez déjà le disque par cœur et vous collectionnez avidement les avis sur celui-ci, dans ce cas vous pouvez limite passer votre chemin et en profiter pour l’écouter une fois de plus. Soit vous ne connaissez pas le disque, et je ne peux que vous conseiller d’aller l’écouter, vous pouvez donc passer aussi votre chemin. Si vous continuez à lire mon article malgré ça, vous n’avez que ça à faire alors profitons-en pour lister 5 points pour lesquels The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, qui fête ses 45 ans, est le meilleur disque de Bowie, et pas juste pour faire bien dans les classements Rock And Folk : – Déjà, c’est le premier album où Bowie s’est trouvé musicalement. Les 3 premiers étaient chacun très différents, on sentait le tâtonnement sur Hunky Dory notamment avec des titres comme “Queen Bitch”, mais là c’est enfin parti sans temps morts et super cohérent musicalement. Bowie fait partie de ces artistes dont les premiers albums représentent une véritable évolution musicale et pas le summum de leur carrière, et cette évolution arrive à son point d’orgue sur cette période. – Parce que ce n’est pas un album solo, mais des Spiders From Mars et qu’il représente le point où le groupe a trouvé son alchimie. Vu que Mick Ronson apportera à Bowie ses plus grands plans de guitare, ce n’est pas peu dire. – C’est un concept album qui est bon dans son ensemble sans jamais être chiant, et c’est assez rare pour être souligné. – Sous sa démarche artistique, c’est surtout un recueil de morceaux surpuissants, avec une face b quasi-parfaite, une intro (“Five Years”) et un final (“Rock’n Roll Suicide”) magnifiques et des temps faibles (“Soul Love”, “It Ain’t Easy” et “Star”) qui pourraient être des temps forts sur tellement d’autres albums. – Il contient “Moonage Daydream”, peut-être le meilleur morceau de Bowie. Voilà. L’année prochaine, je vous fais à peu près le même article sur Aladdin Sane. BCG LIRE LA CHRONIQUE DE STATION TO STATION LIRE LA CHRONIQUE DE LOW LIRE LA CHRONIQUE DE THE NEXT DAY LIRE LA CHRONIQUE DE BLACKSTAR LIRE LA CHRONIQUE DE L’EXPO “DAVID BOWIE...

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Le Peuple De L’herbe – Stay Tuned…

Le Peuple De L’herbe – Stay Tuned…

On a d’abord tous pensé que les membres du Peuple De L’herbe étaient des fumeurs de joints invétérés. Erreur ! Le Peuple De L’herbe ce sont de gros alcooliques. Des alcooliques qui ont su faire évoluer les moyens de se/nous torcher la gueule. Alors qu’à leurs débuts ils ne lésinaient pas sur les doses et les mélanges, les voilà désormais plus mesurés. Tout en sachant apprécier les bons crus forts en bouche (JC001 qu’ils ont toujours affectionné, Marc Nammour de La Canaille et Oddatee), Le Peuple semble assagi, préférant un bon alcool fort à déguster plutôt qu’un mélange qui pourrait se révéler indigeste (même si à l’époque ils étaient ô combien savoureux !). Avec l’âge on encaisse moins facilement. Aujourd’hui Le Peuple apprécie se faire un bon rock’n rhum tranquille, surtout quand les amis sont de la partie, même s’ils sont un peu sur les nerfs et revendicatifs (“Abuse”). Ça fait aussi du bien de vider son sac. Alors évidemment quand on se remémore un soir comme ce maudit vendredi 13, impossible de ne pas avoir l’alcool triste. Mais même l’esprit un peu embrumé, les mots de Marc Nammour sont justes. Triste mais beau et touchant (“V13”). Et c’est aussi beau d’écouter JC001 embrasser la cause de réfugiés trop souvent vilipendés (“Refugees”). L’alcool libère la parole dit-on, là c’est juste le coeur qui parle. Mais la soirée est longue et si Le Peuple a mis un peu d’eau dans son vin, il sait varier les plaisirs, calmant le jeu avec un soft bien senti (“Lucy Fire”) avant de se faire un petit shot pour faire monter la pression et partir en soirée rock’n rhum (“Only A Few”). Dès lors, les bonhommes ont l’enthousiasme si communicatif qu’il devient inconcevable de ne pas se déhancher à leurs côtés (“Who’s Got It”). Finalement, même sans l’exubérance de sa jeunesse, le souvenir ne sera peut-être pas indélébile comme à l’époque mais c’est toujours aussi bon de passer une soirée en compagnie du Peuple De L’herbe à s’enfiler quelques canons....

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Beastie Boys – Licensed To Ill

Beastie Boys – Licensed To Ill

Au début des années 1980, Michael Diamond, futur Mike D, Adam Yauch qui deviendra MCA et Adam Horovitz qui se fera appeler Ad-Rock, font du punk hardcore… Les Beastie Boys n’ont encore rien enregistré mais écumé bon nombre de salles, ouvrant notamment pour les Misfits, les Bad Brains et autres Dead Kennedys. Mais au contact d’un certain Rick Rubin, jeune producteur en devenir, le destin du groupe va prendre une tournure inattendue. Habitué comme eux des concerts punk, Rubin partage ce goût pour le riff sale et sec comme un coup de trique. Il est aussi le fondateur du label Def Jam… Il va donc leur souffler de faire comme ses petits protégés Run DMC ou LL Cool J : rapper. On ne le remerciera jamais assez. Mais à la différence des autres groupes rap qui émergent aux quatre coins des Etats-Unis et qui piochent allègrement dans les samples de James Brown et la musique black, les blancs becs des Beastie Boys pillent, eux, les classiques hard rock et metal. La pochette, géniale, illustre tout à fait l’esprit Beastie. On croit partir en voyage tranquille à bord d’un bel avion et quand on déplie le vinyle… BIM il se trouve que le bel avion s’est pris une falaise. Le voyage ne sera peut-être pas aussi paisible que prévu. Sur le cockpit, le logo des Beastie et le numéro de série vu dans un miroir donne « EAT ME ». On va manger. Confirmation dès l’entame du disque avec le gros riff qui tâche de « Rhymin And Stealin’ ». La bande de branleurs énervés s’égosillent, s’invectivent. Les Beastie postillonnent, les Beastie remuent, et nous font un bien fou. On a déjà envie de hurler « Ali Baba and the 40 thieves » et ça ne fait que commencer. Sur ce morceau, on retrouve du sample de Led Zep, Black Sabbath et du Clash. Rien de moins. L’alternance entre gros morceaux rock/rap vénères (« Rhymin And Stealin’ », « Fight For Your Right », « No Sleep Till Brooklyn ») et hip hop old school plus classique (« Posse In Effect », « Brass Monkey », « Paul Revere ») est savoureuse. A l’image de leur style vestimentaire inimitable (survet’ Adidas, casquette à l’envers, chaîne en or qui brille), les Beastie Boys osent tout. On leur a demandé de se lâcher, fallait pas le dire deux fois… Mix Master Mike fait parler les platines sur « The New Style », les 3 MCs balancent des textes affreusement sexistes (à prendre au 12e degré) sur la génialement débile « Girls ». On est loin des textes revendicatifs de Public Enemy, les Beastie revendiquent, eux, le droit de faire la fête sur « Fight For Your Right » qui deviendra un hymne. Le morceau n’est pas franchement ce qu’ils ont fait de plus abouti mais ça...

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