Lysistrata – Breathe In/Out

Lysistrata – Breathe In/Out

(Vicious Circle, 18 octobre 2019) Automne doré pour le rock français ! Ce ne sont plus les feuilles mais les excellents albums qui tombent ! Après ceux de Last Train et Mars Red Sky, voici qu’arrive le 2e album de Lysistrata. Un groupe qui déploie une grosse énergie sur scène et à l’image de leur twitter qui les présentent « Post un peu tout, Math Post Noise Indie rock », un style qui navigue brillamment entre les genres et les décennies (des nineties à nos jours). The Thread, premier album marquant, explorait sans complexes, et sur des morceaux souvent dantesques, une musique hybride se foutant allègrement des étiquettes du genre rock à dominante instrumentale. Le groupe y intégrait aussi de façon plus appuyée le chant. Dans une dynamique semblable, Breathe In/Out marque toutefois une évolution : les 9 titres semblent plus directs et concis (un seul excède les 8 minutes). Mais derrière ce format plus « classique » qui doit sûrement beaucoup à l’émergence du chant (seul le dernier titre n’est pas chanté), le groupe sait toujours surprendre au gré de morceaux à tiroirs redoutables. Envoyé en éclaireur avant l’album, « Mourn » confirme leur talent pour un rock dynamique toujours tendu et plein de surprises. Intro subtile au rythme lent (qui n’est pas sans rappeler les regrettés RIEN), accélérations foudroyantes, petit récital à la guitare, le trio manie parfaitement l’accélérateur mais joue aussi habilement du frein dans de subtiles digressions mélodiques. Ce titre, pile au milieu de l’album, semble le scinder en 2 parties. La première, plutôt énervée (« Boot On A Thistle » et sa cowbell entêtante), s’ouvre sans round d’observation avec un « Differents Creatures » qui démarre pied au plancher et se joue des limitations de vitesse. Le chant collectif rajoute une belle dose d’énergie (pas comme si les titres en manquaient !) et ses 4 premiers morceaux ne sont pas sans rappeler les américains d’At The Drive-In ou le rock tendu d’un Fugazi (« Scissors » notamment). La deuxième partie de l’album s’ouvre avec l’excellent et mélodique « End Of The Line », au rythme tranquille juste entrecoupé d’explosions soniques. Pas une ballade (faut pas abuser non plus) mais un titre parfait pour souffler un peu après un début d’album copieux et éreintant. « Everyone Out » est lui aussi moins tonitruant, et on y trouve même une guitare acoustique plutôt inhabituelle pour le groupe. Plus nuancée, et jouant habilement des changements de tempos (le très bon « Against The Rain »), cette deuxième partie d’album apporte un contraste bienvenu à l’ensemble de l’album. Le titre final renoue avec le long format. « Middle Of March », presque 9 minutes d’un (post)-rock d’abord inquiet, avec en...

Lire la suite

God Is An Astronaut – Epitaph

God Is An Astronaut – Epitaph

Difficile de rester insensible à la musique de God Is An Astronaut. Improbable même, à moins d’être sourd. L’atmosphère déployée par leur musique est un régal. On pourrait chercher à comparer Epitaph à ses prédécesseurs et pinailler un peu pour y trouver des défauts, ce serait céder un peu trop facilement à un jugement hâtif et injuste. L’histoire de cet album est douloureuse. Sa genèse a été jalonnée de coups durs et Epitaph fait figure d’hommage à des proches du groupe et a été conçu comme une échappatoire à la douleur. Un souhait de libérer cette peine par des mélodies profondes, des envolées atmosphériques, des montées en puissance glaçantes parfaitement ajustées. En témoigne la sublime “Seance Room” qui illustre à elle seule toute l’intensité et la beauté de leurs compositions ou encore l’hypnotique “Mortal Coil”. Un équilibre parfait où tristesse, colère, espoir et autres émotions s’entremêlent, s’entrechoquent. La lumière au bout du tunnel n’est pas loin. Les irlandais nous reviennent avec un album saisissant, empreint de mélancolie, qui saura sans nul doute capter très vite votre attention et vous séduire. Julien...

Lire la suite

Villette Sonique (Paris), 25 & 26/05/18

Villette Sonique (Paris), 25 & 26/05/18

25 mai 2018 Faites des gosses qu’ils disaient ! Et ouais, mais des gosses c’est toute une organisation. Ça vous fait cavaler partout à la sortie du taf et ça vous fait louper le début d’une soirée Villette Sonique. Résultat des courses : pas de James Holden et moins de Mogwai que prévu. Me voilà trempé quand j’arrive à la Grande Halle de la Villette (oui parce que quand il fait un peu trop chaud à Paris, on se prend un orage pour compenser c’est la règle). Le temps de prendre une bière, de me faufiler dans les premiers rangs et de voir la fin de “Rano Pano”. Dommage, j’aime bien “Rano Pano”. Le son est propre, c’est joli mais la setlist fait la part belle aux morceaux atmosphériques (“I’m Jim Morrison, I’m Dead”, “New Path To Helicon, Pt 1”, “Ithica 27o9”). Donc on regarde, on apprécie et on applaudit poliment. Mais on n’est pas transcendé non plus. On l’a dit, le son est propre mais il manque un peu d’amplitude et on retrouve ce sentiment frustrant déjà vécu dans cette (trop grande) salle : une certaine froideur, une distance entre le public et le groupe. Un public qui ne semble pas complètement concerné, qui plus est : certains papotent et ne prêtent que peu d’attention au concert, sans doute venus pour voir Jon Hopkins (on avait quelques doutes sur la cohérence de l’affiche, ils sont confirmés). Malgré ces désagréments, le groupe réalise une bonne prestation et la fin de concert va prendre une toute autre tournure. Après quelques frissons sur les arpèges délicieux de “Every Country’s Sun” qui clôturait de façon épique l’album du même nom, l’excellent “Remurdered” – bien plus remuant que sur disque (et bénéficiant contrairement aux autres titres d’un lightshow très poussé) – chauffera le dancefloor comme il faut avant Jon Hopkins. De quoi réconcilier les amateurs des ambiances cinématographiques propres aux écossais et les fans d’électro venus remuer leur popotin. Ces derniers vont toutefois vite déchanter avec un coup de grâce inattendu dont les trois mots font toujours vibrer les amateurs de post rock : “MOGWAI FEAR SATAN”. Lors de la longue plage contemplative à mi morceau, beaucoup tapent la discute tranquille, sans se douter de la déflagration à venir. Je ricane en silence. L’explosion est soudaine et sonne comme un énorme “VOS GUEUUULES” que je mourrai d’envie de leur envoyer dans les gencives. Mogwai le fait mieux que moi. Les réserves évoquées précédemment sont balayées, “Mogwai Fear Satan” est plus fort que tout. Dans la continuité, “Old Poisons” maintient les décibels à haut niveau avec une puissance et une explosivité qui auront parfois manqué dans la première partie du show. De quoi alimenter...

Lire la suite

Zëro – Ain’t That Mayhem?

Zëro – Ain’t That Mayhem?

“Ce serait pas le bordel ?” interroge Zëro dans la langue de Shakespeare. Un peu, oui. Et l’édifice branlant qui orne la (magnifique) pochette vient renforcer cette impression de grande instabilité. Ça part en tout sens, ça menace de se péter la gueule à tout moment. Mais ça tient bon. Car les architectes ont du talent (ils l’ont déjà prouvé au sein de Zëro mais aussi de Deity Guns et Bastard). Et les fondations basse-batterie sont solides. Étrangement quand on nous fait voir du pays (“Adios Texas”, “Recife, 1974”, “San Francisco”), le périple est rassurant, sans trop de secousses. On navigue dans des eaux post rockiennes paisibles, agréables et on arrive à destination sans encombre. Mais on l’a dit, le “bordel” est souvent de la partie. Et avec lui son lot d’incertitudes. Ainsi “Marathon Woman” qui semble plutôt apaisée de prime abord vire finalement à l’hystérie. La sérénité est toute relative dans une atmosphère où le coup de semonce n’est jamais loin (“Fake From The Start”). C’est parfois très beau mais jamais tout à fait innocent (“We Blew It”), quand il n’y a pas un je-ne-sais-quoi de malsain (“Deranged”), voire de carrément flippant (“Alligator Wine”). Ça pourrait presque être “pop” parfois (“Myself As A Fool”) mais pour Zëro ce serait un peu trop facile. Ça manquerait cruellement de chemins de traverse. Les lyonnais sont d’épatants architectes, des musiciens confirmés et on se plait à les imaginer également cinéastes. Tant leur musique se prête aux interprétations visuelles. Une chose est sûre, ils seraient des réalisateurs on ne peut plus audacieux, savourant faire bondir le spectateur de sa chaise, le laisser errant, le priver de repères pour mieux le cueillir à froid. Une autre chose est sûre, si une œuvre telle que Ain’t That Mayhem peinerait à conquérir le grand public, elle mériterait a minima une nomination aux oscars. Jonathan Lopez     Zëro se produira prochainement au Petit Bain (Paris) le 22 mai, au Grigri (Nantes) le 15 juin et au Jardin Moderne (Rennes) le 16...

Lire la suite

Mogwai – Young Team

Mogwai – Young Team

Vous avez tous vécu ça, avouez. A votre boulot, avec certains amis, voire auprès de quelques membres de votre famille, quand vous parlez musique, vous passez pour un martien. C’est quoi ce mec qui achète encore des disques ? C’est qui ce type qui passe sa vie en concert ?! Il parle toujours de groupes obscurs dont on n’a même jamais entendu parler… Aussi frustrant que cela puisse être dans certaines situations, avouez qu’au fond vous vous la pétez un peu. Genre, je connais tout, j’ai une culture musicale sans limite. Vas-y teste-moi, ah oui ba je connais bien sûr… Et puis parfois vous tombez de haut. C’est ce qui m’est arrivé quand je me suis lancé dans la série Les Revenants. Tiens une BO de Mogwai, ah ouais je connais… vaguement. Très vaguement ouais. Du post rock, ouais bien sûr. Que dalle, ouais. J’y connaissais que dalle. Alors déjà faire le malin qui se dit rédacteur en chef du plus grand webzine musical d’Europe et ne rien entraver au post rock ça la foutait mal. D’autant que c’était à la fois par inculture mais aussi par pure fainéantise. Du genre « hmmm ça, ça risque d’être chiant ». Et bien que nenni. Cette BO qui peut paraitre anecdotique pour beaucoup de fans du groupe m’a finalement ouvert les portes à tout un pan musical. Et quand il a été question de revenir aux sources, à Young Team, premier album de Mogwai, qui a désormais 20 ans, je m’en étais pris une belle. “Yes I Am A Long Way From Home”. C’est assez clair oui, je suis loin. Je me situe quelque part où l’oppression n’a pas lieu d’être. Death Valley, à l’aube. Par exemple. Le calme, l’immensité, la sérénité aussi. Il est encore très tôt, le soleil n’a pas commencé à taper sur les systèmes. Et soudain il se lève pour tout illuminer et embraser à mesure que les guitares s’emballent. Déjà, un premier aperçu de ce que sait faire Mogwai. Planter le décor, lentement mais sûrement puis nous planter sur place quand les guitares reprennent leurs droits (ou leurs distos dans ce cas précis). Rien à voir toutefois avec la furieuse “Like Herod”, bien plus radicale. Le calme règne, il ne se passe pas grand chose. Puis c’est l’éruption. Faramineuse. Le chaos. On est qu’au deuxième morceau et on vient de se faire mâchouiller, recracher et finalement broyer tout cru par un colosse, 11 minutes durant. C’est long 11 minutes. Que peut-il rester après ça ? 8 autres morceaux tout de même, et non des moindres. “Katrien” et son spoken word discret. Fausse accalmie qui n’oublie pas de revenir à la charge quand on se croit à l’abri. Plus...

Lire la suite