Caspian – On Circles

Caspian – On Circles

(Triple Crown, 24 janvier 2020) Dans un genre aussi balisé que le post rock, une des difficultés majeures, surtout quand on a atteint un statut de groupe étendard dans son domaine, reste le renouvellement. Caspian n’a déjà plus rien à prouver aux amateurs du genre mais il ressentait sans doute le besoin de SE prouver qu’il pouvait le faire : continuer à aller de l’avant sans se renier, éviter la redite, franchir un nouveau palier. Un énième palier.  Le départ du batteur Joe Vickers allait-il dans le sens de ce désir d’évolution ou s’agissait-il simplement d’un des nombreux aléas qui jalonnent la vie d’un groupe ? On l’ignore. En tout cas, Justin Forrest a très vite pris ses marques et apposé sa patte au son du sextet de Beverly (Massachusets). Le premier single “Flowers Of Light” avait d’emblée rappelé à tous ceux qui l’auraient honteusement oublié tout l’art de Caspian de faire prendre soudainement leur envol à ses chansons pour se muer en épopée majestueuse (à l’image de ce petit synthé fluet qui ne va pas tarder à devoir affronter un mur de guitares).  “Nostalgist” qui convie Kyle Durfey (Pianos Become The Teeth) au chant n’est sans doute pas un sommet du disque mais il a le mérite (en sus d’être un excellent morceau) d’insuffler une tonalité différente, une rupture afin de briser une éventuelle monotonie avant même qu’on ait eu le temps d’y songer. Et puis, la bascule…  Il est assez fréquent que les groupes placent une succession de tubes, du moins de titres aguicheurs, en début d’album et peinent à tenir la distance sur la durée du disque. On n’a pas les stats mais combien de fois a-t-on déploré une face B en deçà ? Beaucoup trop. Ici, c’est en quatrième piste (“Division Blues”) que nos poils se hérissent pour de bon et rechignent ensuite à retrouver leur position initiale. Un crescendo irrésistible qui laisse place, non pas à l’explosion attendue, mais à un certain apaisement, une délivrance. Comme un sentiment de sérénité.  Caspian, fort de son expérience, évite l’écueil de morceaux trop démonstratifs, de formules trop bien huilées et insuffisamment épicées. Les guitares attendent la fin de morceau pour s’envoler, sans retenue, sans regarder derrière… D’autant qu’il y a de si belles choses à se laisser conter à l’horizon.  “Onsra” d’abord, presque féerique, pas loin d’évoquer Sigur Ros. “Collapser” ensuite qui, fort d’une agressivité décuplée, balaie tout ce qu’on a pu dire précédemment et propage le chaos dans ce disque à la couleur plus optimiste que ses prédécesseurs.  Après un ouragan si dévastateur, quand on pense que tout a été rasé, ressurgissent les choses les plus belles. Elle porte ici le nom d'”Ishmael”. Le violoncelle de...

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Caspian revient début janvier avec On Circles. Extrait en écoute

Caspian revient début janvier avec On Circles. Extrait en écoute

Caspian, l’un des meilleurs groupes de la scène post-rock actuelle, reviendra le 24 janvier 2020 avec son cinquième album, On Circles, chez Triple Crown Records (artwork ci-dessus). L’album qui fait suite au remarquable Dust And Disquiet a été enregistré au Studio 4, à Conshohocken, en Pensylvannie. On s’écoute le premier extrait “Flowers Of Light” : Tous nos articles (chroniques, interview…) sur...

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Interview – Lysistrata

Interview – Lysistrata

En préambule, instant émotion. Le Noumatrouff. Mon premier concert. Les Thugs. 12 Décembre 1997. Le Noumatrouff. Ma première interview. Lysistrata. 10 Octobre 2019. Voilà ! Forcément, un peu de nervosité au début. Rencontrer des musiciens, c’est cool. Après un concert, au merch, en discutant, en prenant un vinyle. Les rencontrer dans le cadre d’une interview, la première fois, c’est l’inconnu. Armé de mon T-shirt LANE (forcément !) et d’une dizaine de questions dont certaines (gentiment) suggérées par mon rédac’ chef (merci !), j’ai attrapé les 3 Lysistrata au détour d’une interview radio qu’ils venaient de finir et avant qu’ils dînent. Une petite demie heure pleine de surprises, d’éclats de rires, et surtout la belle satisfaction de voir des musiciens sûrs d’eux, pros, déterminés, passionnés et en même temps complètement détendus, (hyper) cool, attachants et sincères. Il fut question de Gérald de Palmas, de Diam’s, de Tropical Fuck Storm, de Pavement, de dEUS, de loutres, de moist (in english please), de la mort de Sting (fake news) et avant tout de la passion d’un des meilleurs trio français de la scène rock française. “Y’a de plus en plus de groupes de rock en France qui sortent, qui sont dans la même veine, plus ou moins énergiques sur scène, qui font pas mal de concerts. C’est vraiment chouette que des trucs à guitares reviennent. ” © Max Chill Comment se passe le début de la tournée, notamment la réception des nouveaux titres que le public découvre (l’album n’était pas encore sorti au moment de l’interview, ndr) ? Ben (batteur) : Ça se passe super bien. Ça fait un moment en fait qu’on a commencé à jouer les nouveaux morceaux en live. Quasiment sur toutes les dates de 2019. Des gens nous ont dit des trucs super gentils (rires). Max (bassiste) : On est content de jouer autre chose aussi. On avait déjà fait une tournée avant où les morceaux n’avaient pas de paroles, pour les rôder avant le studio. Depuis, on les joue pour être prêts pour la grosse tournée lorsque l’album sera sorti. Ce deuxième album est assez différent de The Thread. Les morceaux sont plus courts, plus directs, est-ce venu naturellement lors du processus d’enregistrement ou était-ce une volonté de votre part ? Max : C’est venu naturellement. On a vu au bout qu’il y avait des morceaux plus courts. Sur le 1er album, il y avait moins de morceaux aussi, parce que certains étaient plus longs. On s’est pas dit « on va faire des morceaux plus courts ». On fonctionne jamais comme ça. On voit ce qui sort et puis voilà ! Au feeling ? Max : Tout est au feeling chez nous, la plupart du temps. Il y a...

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Lysistrata @ Le Noumatrouff (Mulhouse), 10/10/19

Lysistrata @ Le Noumatrouff (Mulhouse), 10/10/19

Une semaine avant la sortie de leur nouvel album, Breathe In/Out, Lysistrata était de passage à Mulhouse sur la scène du Noumatrouff. Après une première partie sympathique assurée par les énergiques tRuckks venus en voisins de Vesoul avec quelques fans motivés, voici que le trio de Saintes investit la scène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos trois jeunes gens font bien moins leur âge sur scène que lors de l’interview accordée 2 heures auparavant (à paraître bientôt içi). Je m’explique. Si l’on découvre le groupe, on peut être impressionné par la maîtrise technique et le set impeccable qu’il délivre, compte tenu de leur (jeune) âge. Mais dans le rock français actuel, on ne compte plus les groupes qui comme Lysistrata, tourne sans relâche en France et à l’étranger et se sont donc construits une (déjà) grosse expérience scénique. Max (à la basse), Théo (à la guitare), et Ben (à la batterie), en sont déjà à leur 2e album (+2 EPs) et pour ceux qui les suivent depuis quelques années, pas de surprise de retrouver des musiciens sûrs de leur force, affichant une dynamique de groupe redoutable. De la trempe de vieux briscards qui peuvent en mettre une facilement dans la face des plus sceptiques. Le trio a présenté son nouvel album (6 titres sur les 9 du petit dernier) dans un set énergique joué pied au plancher. Avec une première partie de concert bien énervée et centrée sur les titres les plus directs du dernier album (triplette de choix avec « Scissors », « Death By Embarrassment » et « Differents Creatures »), Lysistrata n’a pas laissé souffler le public des premiers rangs embarqués dans des pogos à chaque nouveau titre. Le chant collectif, l’énergie déployée, et surtout des morceaux remarquables de variété et d’idées portés par la guitare géniale de Théo (ça s’appelle le talent). Ces compères ne sont pas en reste. Max à la basse en perd même ses lunettes dans la bataille. Et Ben se lève parfois de sa batterie entre les morceaux et arpente la scène comme un lion en cage. Grosse énergie. Ces gars-là sont là pour jouer sans calcul. Mais sans maîtrise, la puissance n’est rien. Ces trois-là sont bluffants question maîtrise. Se ménageant même un (léger) moment de calme avec l’excellent et subtil « End Of The Line », ils vont dérouler sur une deuxième partie de set dantesque avec 3 titres à rallonge. Une version longue du génial « Mourn », l’incroyable « Sugar And Anxiety » (un des 2 seuls titres du précédent album joués, avec le furieux « The Thread ») et le sombre et inquiétant « Middle of March », débuté seul à la...

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Lysistrata – Breathe In/Out

Lysistrata – Breathe In/Out

(Vicious Circle, 18 octobre 2019) Automne doré pour le rock français ! Ce ne sont plus les feuilles mais les excellents albums qui tombent ! Après ceux de Last Train et Mars Red Sky, voici qu’arrive le 2e album de Lysistrata. Un groupe qui déploie une grosse énergie sur scène et à l’image de leur twitter qui les présentent « Post un peu tout, Math Post Noise Indie rock », un style qui navigue brillamment entre les genres et les décennies (des nineties à nos jours). The Thread, premier album marquant, explorait sans complexes, et sur des morceaux souvent dantesques, une musique hybride se foutant allègrement des étiquettes du genre rock à dominante instrumentale. Le groupe y intégrait aussi de façon plus appuyée le chant. Dans une dynamique semblable, Breathe In/Out marque toutefois une évolution : les 9 titres semblent plus directs et concis (un seul excède les 8 minutes). Mais derrière ce format plus « classique » qui doit sûrement beaucoup à l’émergence du chant (seul le dernier titre n’est pas chanté), le groupe sait toujours surprendre au gré de morceaux à tiroirs redoutables. Envoyé en éclaireur avant l’album, « Mourn » confirme leur talent pour un rock dynamique toujours tendu et plein de surprises. Intro subtile au rythme lent (qui n’est pas sans rappeler les regrettés RIEN), accélérations foudroyantes, petit récital à la guitare, le trio manie parfaitement l’accélérateur mais joue aussi habilement du frein dans de subtiles digressions mélodiques. Ce titre, pile au milieu de l’album, semble le scinder en 2 parties. La première, plutôt énervée (« Boot On A Thistle » et sa cowbell entêtante), s’ouvre sans round d’observation avec un « Differents Creatures » qui démarre pied au plancher et se joue des limitations de vitesse. Le chant collectif rajoute une belle dose d’énergie (pas comme si les titres en manquaient !) et ses 4 premiers morceaux ne sont pas sans rappeler les américains d’At The Drive-In ou le rock tendu d’un Fugazi (« Scissors » notamment). La deuxième partie de l’album s’ouvre avec l’excellent et mélodique « End Of The Line », au rythme tranquille juste entrecoupé d’explosions soniques. Pas une ballade (faut pas abuser non plus) mais un titre parfait pour souffler un peu après un début d’album copieux et éreintant. « Everyone Out » est lui aussi moins tonitruant, et on y trouve même une guitare acoustique plutôt inhabituelle pour le groupe. Plus nuancée, et jouant habilement des changements de tempos (le très bon « Against The Rain »), cette deuxième partie d’album apporte un contraste bienvenu à l’ensemble de l’album. Le titre final renoue avec le long format. « Middle Of March », presque 9 minutes d’un (post)-rock d’abord inquiet, avec en...

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