Interview – Mogwai

Interview – Mogwai

Jour de fête de la musique, le soleil tape fort sur la capitale. Ce n’est donc pas tout à fait un jour comme les autres au sein d’un été parisien globalement bien pourri. Et ce n’est décidément pas un jour comme les autres puisque l’occasion nous est donnée d’interviewer les légendes post rock Mogwai dans un hôtel parisien. A l’époque on était encore un peu juste pour mesurer la pleine réussite qu’est leur nouvel album, Every Country’s Sun, mais on avait pu se rendre compte que derrière leur musique complexe se cache deux joyeux lurons qui se prennent très peu au sérieux.   « Il est temps qu’on ait des chansons pop, on en a marre de vivre dans l’obscurité de la classe moyenne, on a besoin d’argent pour s’acheter des châteaux »   Vous venez de jouer votre nouvel album en entier à Primavera lors d’un concert surprise. C’était la première fois que vous jouiez un album entier que personne n’avait encore écouté ? Martin Bulloch (batteur) : Non, ça nous est arrivé une fois avant. Stuart Braithwaite (guitariste) : on l’avait fait au Japon pour Hardcore Will Never Die, But You Will mais c’était le jour de la sortie. Martin : c’était le jour de la sortie donc les gens s’étaient réveillés tôt le matin exprès pour l’écouter avant d’aller nous voir jouer (rires). Cette fois personne ne l’avait entendu probablement.   Ça doit être une sensation particulière. Vous étiez un peu nerveux ? Comment le public a réagi ? Stuart : oui, j’étais nerveux. Mais le public était super, les gens ont aimé, je pense que ça a aidé que la scène soit assez loin. Les gens sont donc venus de loin pour nous voir jouer, ils n’avaient sans doute pas envie de repartir ensuite ! C’était bien, une expérience marrante ! C’était bien aussi pour nous parce que généralement on ne joue pas toutes les chansons d’un album donc c’était intéressant de le faire. Ça nous a mis en bonne position avant d’entamer une tournée normale. Martin : c’est bien aussi d’être face à des gens qui ont bon goût parce qu’il y a tellement de bonne musique à Primavera ! On n’y était pas allé depuis quelques années donc c’était – enfin je croise les doigts – une bonne surprise pour le public. Ils ont été prévenus trois heures avant. En tout cas j’ai aimé, et les gens ont applaudi (sourire).   Et maintenant vous savez que vous pouvez jouez tous les morceaux de l’album. Que vous en êtes capables ! Mais vous n’aviez pas de doutes à ce sujet j’imagine ? Stuart : certaines chansons sont vraiment calmes, je ne pense pas que ce soit...

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Mogwai – Every Country’s Sun

Mogwai – Every Country’s Sun

A l’heure d’accueillir le nouvel album de Mogwai, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Le dernier album en date, Atomic, était une franche réussite… mais c’était une BO. Un exercice forcément particulier qui convient à merveille au groupe. Si on remonte au dernier « véritable » album, Rave Tapes, il y a de quoi être plus inquiet. Celui-ci ne nous avait guère enthousiasmé lors de sa sortie et on ne peut pas dire qu’avec le temps on ait revu notre jugement. A vrai dire on l’a même un peu oublié. Ajoutez à cela le départ de John Cummings, un des gratteux historiques, et ça commence à faire beaucoup d’interrogations… Mi-mai, le remarquable single « Coolverine » (qui ouvre l’album) avait toutefois passé un premier coup de balai sur nos soupçons teintés d’inquiétude. Quelques écoutes (nécessaires) du disque dans son intégralité auront raison des derniers doutes. Oui Every Country’s Sun replace Mogwai là où il se situe le mieux : tout en haut de la pyramide post rock. Mais ce disque ne s’apprivoise pas en un claquement de doigts, il s’explore et se livre petit à petit, faisant d’abord son timide, planqué derrières des nuages récalcitrants avant de percer et nous illuminer de chacun de ses rayons. L’attaque est trompeuse, tout parait simple. « Coolverine » sonne comme du pur Mogwai intemporel, aucune révolution en vue mais une composition inspirée, maîtrisée et un voyage garanti où les synthés le disputent aux guitares et cohabitent à merveille. Que demande le peuple ? Puis vient l’incongruité de ce disque, « Party In The Dark ». Dans un registre pop (!) presque dansant (ouh le vilain mot), Mogwai s’éclate sur une rythmique post punk et Stuart Braithwaite se la donne au chant. L’exercice déroute mais ne déplait pas. Après cela, les écossais repartent dans des contrées plus familières en nous offrant quelques superbes plages atmosphériques avec des mélodies qui touchent au coeur, à dominance synthétique et/ou électronique (« Crossing The Road », « Aka 47 » tout en retenue downtempo, « 20 Size », « Don’t Believe The Fife » qui semble échappé d’Atomic). On pense alors que le groupe va tranquillement nous indiquer le chemin de la sortie en nous berçant religieusement et c’est là qu’il nous expédie à coups de pieds au cul, renouant en fin d’album avec les grosses guitares saturées à mort et les déflagrations noisy d’antan (« Battered At A Scramble », « Old Poisons » et le morceau-titre en forme de conclusion épique magistrale). On n’avait rien vu venir et on l’a senti passer ! Dense et varié, ce disque ne fera peut-être pas tomber de la chaise les amateurs de longue date du groupe écossais, préférant chérir leurs vieux classiques, mais il les rassurera sur un point : le talent est toujours là...

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Godspeed You! Black Emperor annonce un album et une tournée

Godspeed You! Black Emperor annonce un album et une tournée

  Après un dernier disque (Asunder, Sweet and Other Distress) mi-figue mi-raisin sorti il y a 2 ans, Godspeed You! Black Emperor (GY!BE pour les intimes) reviendra le 22 septembre avec Luciferian Towers chez Constellation. Un album simple (plutôt rare chez eux) de 4 titres seulement, qu’on imagine très longs. Cette sortie sera accompagnée d’une tournée européenne avec de nombreuses dates françaises que voici : Le 16 Octobre à Toulouse, Le Bikini Le 17 Octobre à Bordeaux, Krakatoa Le 18 Octobre à Rennes, Théâtre National de Bretagne Le 19 Octobre à Rouen, Le 106 Le 20 Octobre à Lyon, Le Tobogan Le 21 Octobre à Strasbourg, La Laiterie Le 07 Novembre à Paris, L’Elysée Montmartre   A défaut d’un premier morceau, voici un teaser du package (oui, oui) : Godspeed You! Black Emperor • Luciferian Towers • LP package from Constellation Records on Vimeo.  ...

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, « The Charm Offensive », la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (« They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars.. »). « Heaven Alive », single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec « A Hommage To A Shame » et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album « Meredith »/ »Music For A Nurse »/ »New Pin ». Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec « No Tomorrow », « Mine Host » et « You Can’t Keep A Bad Man Down ». Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (« Ornament/The Last Wrongs »). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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Dans le bac d’occaz’ #15 : The Modern Lovers, Slint, Comets On Fire

Dans le bac d’occaz’ #15 : The Modern Lovers, Slint, Comets On Fire

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).*   Dans le bac d’occaz #15 : les années en 1   1981 : The Modern Lovers – The Original Modern Lovers  Entre JL et moi, c’est parfois compliqué. Il faut savoir que c’est souvent lui qui me conseille sur les disques à inclure dans cette rubrique, et que jusqu’ici ces choix n’ont pas été particulièrement judicieux. A fortiori quand il s’agit des années 80, la période musicale qui peut facilement être la plus pénible pour moi. Faith No More, c’était lui. Wire, c’était lui. Stone Roses, c’était lui. Gang Of Four, c’était lui. Le groupe qui me torture en ce moment mais dont je ne peux pas encore parler parce que je prépare mes bac d’occaz un mois à l’avance, c’est encore lui. Alors quand pour l’année 1981 j’ai dû écouter un groupe au nom limite new wave proposé par ses soins, j’y suis un peu allé à reculons.   Et là, le choc. Mais putain, c’est vachement bien. Et pas du tout typé ! Ce truc-là aurait pu être écrit en 2017 comme en 1972, on y retrouve à la fois l’influence du Velvet Underground (particulièrement palpable sur « Roadrunner #2 »), l’énergie et le côté brut des groupes de proto-punk (« Astral Plain », par exemple), une voix désabusée pas très loin d’Eels ou Car Seat Headrest, du farfisa sur « Roadrunner #1 » histoire de bien évoquer les 60s mais aussi des temps calmes comme « Dance With Me » ou « Girlfren » que ne renieraient pas les Violent Femmes (ils ne renieraient pas non plus l’énergique « I Wanna Sleep In Your Arms », j’imagine) et même une bizarrerie a capella, « Don’t Let Our Youth Go To Waste », qu’il fallait oser avec la voix de Jonathan Richman et la prod lo-fi avant l’heure de Kim Fowley. Complètement inclassable temporellement, flirtant avec des dizaines de genres piochés à des dizaines d’époques, The Modern Lovers se détache de loin de quasiment toute la production musicale de cette année 1981, d’autant plus qu’il aurait véritablement été composé en 1972. La démonstration convaincante que la musique des années 70 est intemporelle, là où celle de la décennie suivante a globalement dépassé le seuil toléré de la ringardise en un temps record. Bref, The Original Modern Lovers est une véritable merveille, et mérite l’attention de tout mélomane rock. Merci à JL de savoir me rappeler ponctuellement...

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