Idles – Brutalism

Idles – Brutalism

C’est l’un des phénomènes de l’année. Inconnu il y a un an, Idles truste aujourd’hui tous les tops 2017. Mérité ? Pas volé, en tout cas. Car l’énergie dégagée par ce Brutalism (qui porte sacrément bien son nom) est phénoménale. En ce moment, le british furax qui chie sur tout ce qui l’entoure a bonne presse. Il ne faut d’ailleurs pas chercher bien loin pour trouver des points communs entre Idles et Sleaford Mods. A commencer par ce “chant” débité/dégurgité/clamé/beuglé avec le bon accent de prolo anglais (“Date Night”, “Rachel Khoo”). Une verve inépuisable et un verbe riche. Des bons mots et insanités qui pleuvent. L’entrée en matière (“Heel/Heal”) ne laisse guère de place au doute. Ça cogne vite, fort et encaisse qui pourra. Une violence brute so (english) punk, mais la basse proéminente qui semble constamment indiquer la voie à suivre ramène tout ce beau monde dans l’univers post punk. La frontière est mince, les allers/retours fréquents, à tel point qu’on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Mais on danse, pour sûr. Seul souci – et autre point commun avec le groupe de Nottingham – quelques singles incendiaires (les phénoménaux “Well Done” et “Mother”, l’excellent “Exeter” malgré son refrain fainéant) prennent le pas sur l’ensemble du disque, trop répétitif. Obsédé par certaines punchlines (“the best way to scare a Tory is to read and get rich“, “I know nothing, i’m just sitting here looking at pretty colors.. Motheeeeer… Fuckeeeer“), on a un peu du mal à passer à autre chose et à enlever le doigt de la touche repeat. Après avoir dézingué tout le monde, le chanteur, Joe Talbot, s’offre un slow réussi (“Slow Savage”) et nous prouve qu’il est tout à fait capable de nous surprendre, en plus de nous latter les bollocks. Un peu plus de surprise, et de variéte. Voilà sans doute ce qu’il manque à Brutalism pour être tout à fait réjouissant. On ne doute pas un seul instant que l’expérience live doit valoir son pesant de Carlsberg mais sur disque on a envie d’espérer plus. Sinon on n’achètera que les 45 tours....

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Jessica93 – Guilty Species

Jessica93 – Guilty Species

Jessica93 n’est plus le même homme. Souvenez-vous il y a 4 ans quand il nous avait fait vriller le cerveau avec “Away” sur son imparable Who Cares. Ça ressemblait encore à un secret bien gardé, au mec qui maitrise son affaire mais fait son truc seul dans son coin. Au mec qui kiffe et nous fait kiffer mais à échelle modeste. Comme bien d’autres de ses comparses d’alors de Et Mon Cul C’est Du Tofu?. Et puis de l’eau a coulé sous les ponts, aujourd’hui son nom ne fait plus rire personne depuis que même la grande presse “de gôche” (lol) lui a tiré le portrait. Aujourd’hui Jessica93 remplit la maroquinerie un bon mois avant sa release party. Et annonce une deuxième date. C’est à la fois fou et chouette. C’est follement chouette. Parce que rien ne l’y prédestinait. Et aucun compromis ne lui a permis d’y parvenir. Sur ce troisième album, Guilty Species, la musique de Jessica93 est fidèle à elle-même : rêche, brute, sale et brumeuse.Mais Jess/Geoff ne ressent plus le besoin impérieux de faire tourner des boucles indéfiniment, jusqu’à ce qu’addiction s’ensuive. La voix est désormais moins en retrait, il a pris de l’assurance et s’affirme au milieu de l’amas de tôle rouillée qui l’entoure. Des mélodies plus franches du collier aussi, en clair Jessica93 ne fait plus que dans le poisseux, il y verse une dose de sirop. Pas très acidulé le sirop mais juste ce qu’il faut pour nous capturer encore plus aisément dans ses filets. On n’osera pas employer le mot pop pour des morceaux comme “RIP In Peace”, “Mental Institution” ou “Flytrap” mais incontestablement leur force ne réside plus seulement dans l’étau vénéneux formé par les riffs rampants et la rythmique martiale mais aussi dans leurs refrains qui trottent dans la tête. Ne ruez pas dans les brancards, Geoff/Jess n’est pas encore tout à fait prêt pour RTL2 et il ne parle même pas de belles bagnoles ou de jolies nanas, mais plutôt de bestiaux peu ragoûtants (“Anti Cafard 2000” ou la lourde, décharnée… et merveilleuse “Bed Bugs”). Voilà qui lui sied davantage. Pour notre part on a au moins deux bonnes raisons de se réjouir : Jessica93 est parvenu à se renouveler sans abimer son socle qui faisait de lui un artiste singulier et avec une telle qualité systématiquement au rendez-vous, son cercle de fidèles suiveurs n’est pas prêt de se tarir. JL LIRE LA CHRONIQUE DE WHO CARES LIRE L’INTERVIEW BLIND TEST DE...

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Protomartyr – Relatives In Descent

Protomartyr – Relatives In Descent

“She’s just trying to reach you, she’s just trying to reach you, she’s just trying to reach you…” Les mots restent gravés, Protomartyr a encore fait très fort. Le ton grave de Joe Casey renforce l’impact de ses propos et certaines phrases nous reviennent en écho régulièrement (“Don’t wanna hear those vile trumpets anymore“). Avec une entame aussi triste et fataliste que celle de “A Private Understanding”, le doute n’est pas permis. Protomartyr n’est pas devenu une bande de rigolos mais il sort toujours de grands morceaux. Comme toujours avec le groupe de Detroit les morceaux sont solides, bien construits, entraînants, déroutants (tout ce que tu veux du moment que c’est positif) et se détachent à un moment par un instant de pure grâce. Comme si tout avait été construit pour aboutir à ce moment qui marque les esprits et nous submerge d’émotion. Comme ces ponts (ou refrains, on ne sait plus trop où on est) aux notes de guitare incroyablement mélancoliques et merveilleusement belles (“A Private Understanding”, “My Children”, “Half Sister”). Planqués subtilement au milieu du morceau, ce sont eux qui nous obsèdent et nous poussent inlassablement à la réécoute. Ils sont le sel dans vos chips, le sucre dans vos bonbecs. Même si vous savez que ce n’est pas très bon pour votre équilibre, vous en reprenez. Mais réduire tous ces brillants morceaux à des gimmicks addictifs serait profondément injuste. Il y a fort à parier que vous craquerez également pour la basse rondelette de “Here Is The Thing”, les soubresauts de “My Children”, que vous suivrez avec passion ce combat incessant entre violence pure, rage difficilement contenue et libération/éclaircie/soulagement (“Caitriona”, “The Chuckler”, “Don’t Go To Anacita”). Que vous aurez envie de croire Casey quand il vous clame que “everything is fine“, alors que le chaos règne autour de lui (“Windsor Hum”). Même quand il s’aventure sur le terrain miné de la new wave contemplative, avec un synthé qui vient déloger la guitare, Protomartyr le fait avec une classe folle (“Night Blooming Cereus”). Et sans coup férir, en prévention d’un éventuel endormissement sur nos lauriers “Male Plague” nous réinjecte une dose de punk rageur et libératoire. Et puis Casey nous remet une couche en pleine face de “she’s trying to reach you” (“Half Sister”). La boucle est bouclée et elle a une sacrée gueule. Depuis 3 disques, surtout les deux prédécesseurs pour être tout à fait honnête, Protomartyr avait mattraqué avec aplomb un message : il joue dans la cour des grands. Parmi la vague de groupes revival post punk qui sévit depuis quelques années, il y a désormais eux et le reste du monde. Le reste du monde (Traams, Frustration, Preoccupations, Institute, Ought, ….) n’est pas...

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Adam H. – Abolition

Adam H. – Abolition

Adam H. Aucun lien avec Arthur, ni avec son homonyme canadien, qui œuvre dans le « hip hop » (j’insiste sur les guillemets) et dont le nom du principal single (« Money + Chicks + Sex + Fame ») devrait suffire à vous faire fuir. Oubliez donc cet odieux personnage et concentrez-vous sur « notre » Adam H. (Hocker de son vrai nom), originaire de Louisville et remarquable compositeur folk, qui s’apprête à publier un deuxième album qui pourrait bien faire parler. Un album qu’on serait tenté de prime abord de qualifier de très personnel, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Le début de cet Abolition est trompeur. On se dit alors qu’Adam H. n’est “qu’un” beau conteur, un faiseur de mélodies qu’il se plait à nous présenter relativement dépouillées du haut de sa voix grave et profonde (les superbes « Abolition Rag » et « Obsidian » qui placent la barre haut en ouverture). Oui mais voilà, Mr H. est accompagné d’un comparse fauteur de trouble, Jean-Charles Versari, à la production et composition, qui lui a fait ses gammes dans le post punk. Et s’il l’accompagne avec sa guitare pour délivrer un folk soyeux qui cajole nos esgourdes, il charge également d’électricité l’univers feutré du bonhomme. En témoigne la crépusculaire “Orion” et ses 9 minutes au compteur, qui nous ramène à l’esprit quelques vagabondages solos de Lee Ranaldo. Pas impossible de céder à une légère somnolence, mais avec ça dans les oreilles vous ferez de beaux rêves. Prenez garde toutefois car l’orage gronde au loin, et se fait de plus en plus menaçant. Des titres comme « Sarabande » ou « Shrill » pourraient n’être que de longs fleuves tranquilles. Il n’en est rien. L’affaire se complexifie, les débats s’intensifient, les guitares vindicatives et lumineuses se côtoient, le tout s’embrase en arrière-plan. Et le feu se répand. Et ce ne sont plus seulement de très belles chansons auxquelles nous avons affaire, mais des chansons riches et puissantes. Après l’incendie, il ne reste que des décombres. L’univers désolé de « Dues » – où seules quelques notes de piano accompagnent la voix d’Adam – vient joliment clore les débats. Non sans une forte dose de mélancolie. Une façon bien triste de boucler un album qui a toutes les raisons de nous réjouir. JL...

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Interview – Sweat Like An Ape!

Interview – Sweat Like An Ape!

Dans le flot continu de nouveautés que nous apporte la scène bordelaise, difficile de passer à côté de Sweat Like An Ape. A l’écoute de son deuxième album sorti chez Platinum Records on ressent immédiatement une capacité à séduire des publics avec des gouts différents. L’envie de poser quelques questions au chanteur, Sol Hess, fût-ce par email, nous est alors apparue comme une évidence.   “Lorsqu’un artiste s’épuise, c’est que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie”   Salut Sweat Like an Ape!, comment définiriez-vous votre musique ? Sol : Il se dit qu’on fait du post-punk dansant, et c’est sans doute ça : un rock à fleur de peau qui groove et qui cherche à atteindre un état de transe. Sur cette base on se laisse une belle part de liberté pour y intégrer tout ce qu’on a envie : afro, noise, free… en somme un festin joyeux qui se réserve le droit de faire appel à notre boulimie musicale.   Vous existez depuis 2013, avez deux LP et un EP à votre actif, avez fait pas mal de concerts, jouez dans d’autres formations, d’où tirez-vous cette énergie ?! Etes-vous hyperactifs ? Sol : C’est vrai que la musique occupe une majeure partie des vies des membres du groupe. Et on  joue tous dans d’autres projets car on aime vraiment explorer d’autres pistes artistiques, et que malgré ce que certaines personnes pensent, ce n’est pas s’éparpiller que de jouer dans plusieurs groupes. Au contraire, on se rend vite compte que plus on sollicite son énergie artistique plus elle est inépuisable. Et même que chaque projet se retrouve nourri par cette diversité. Je crois qu’il y a une confusion assez populaire sur l’idée que l’inspiration est tarissable, or je suis convaincu que lorsqu’un artiste s’épuise, ce n’est pas forcément qu’il en a trop fait, c’est juste que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie.   Ces compos qui donnent des envies de déhanchés, c’est intentionnel ou pas ? Sol : Oui. Si tout se passe au mieux, le déhanché sera le préliminaire d’une transe endiablée, mais un déhanché langoureux est toujours un bon début.   Comment jugez-vous votre ville, Bordeaux, et comment la comparez-vous par rapport aux autres où vous avez pu aller ?  Sol : Bordeaux est une belle ville pour un musicien, avec beaucoup de bons groupes, de structures, de labels, de disquaires… en ce sens une ville qui tire la vie musicale vers le haut. Et elle a sa belle part d’artistes...

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