FACS – Void Moments

FACS – Void Moments

(Trouble In Mind/Differ-Ant, 27 mars 2020) Disappears était probablement l’un des groupes les plus passionnants des années 2010 et son arrêt soudain, après un Irreal au nom bigrement bien choisi, avait constitué un sévère coup derrière la nuque pour nous, pauvres auditeurs en quête de musique sombre et torturée. Fort heureusement, Brian Case (guitare-chant) et Noah Leger (batterie) ne nous ont pas laissés orphelins bien longtemps, en donnant naissance à FACS en 2018, soit trois après Irreal. Et depuis lors, le duo (renforcé entre temps par la bassiste Alianna Kalaba) ne traine pas en route et nous livre avec une régularité métronomique entre 6 et 8 nouveaux morceaux chaque année. Negative Houses avait lancé les hostilités en 2018, Lifelike entériné le renouveau (dans la continuité) en 2019. À charge de Void Moments d’enfoncer le clou cette année. Mission dont il s’acquitte sans mal, à sa manière, pilonnant sans relâche, offrant si peu de répit, concédant un minimum d’éclaircie. Le travail sur le son est en tout point admirable : la distribution entre l’oreille gauche et droite est assez fascinante (écoute au casque chaudement recommandée), chaque instrument est parfaitement à sa place (la batterie de Leger occupe un rôle central, le chant ne fait qu’un avec l’instrumentation, Case ne cherchant jamais à tirer la couverture à lui), le mix se révèle donc remarquablement équilibré. Finalement, Void Moments, qui porte là encore bien son nom, a les qualités de ses défauts. Le disque captive, à condition de lui accorder une grande attention pour ne pas rester à quai. L’ambition de jouer sur les répétitions, de consacrer une large part à l’expérimentation, d’offrir assez peu d’accroches mélodiques, peut user à la longue. Sur ce point, Disappears se montrait plus généreux avec un certain nombre de « tubes » à son actif, notamment sur le démentiel Pre Language où Steve Shelley était venu s’asseoir derrière les fûts. FACS ne s’embarrasse pas de tels compromis. Là où on avait tôt fait de classer ses prédécesseurs comme un groupe post-punk teinté de psychédélisme (ce qui demeurait indéniablement réducteur), FACS évite soigneusement de se ranger derrière une étiquette, brouillant les pistes, explorant tous azimuts, forts d’une grande expérience et d’un savoir-faire indiscutable pour bâtir des environnements sonores complexes, quitte à en perdre quelques-uns en route. D’autant que la tracklist est ainsi faite qu’elle propose les morceaux les plus attractifs au début (« Boy » et son entame énergique, son gimmick de guitare aguicheur, « Teenage Hive », single suffocant mais addictif) avant de s’aventurer dans de longues pistes froides et austères (« Version » et « Void Walker », plus de 6 minutes chacun). Et de conclure sur « Lifelike » et sa boucle de guitare...

Lire la suite

Moaning – Uneasy Laughter

Moaning – Uneasy Laughter

(Sub Pop, 20 mars 2020) On ne voudrait pas vous faire fuir tout de suite mais autant être honnête : certains vont tomber de haut. Souvenez-vous du premier album éponyme de Moaning, très frontal, aux guitares incisives et incartades noisy. Ça vous revient ? Oubliez maintenant. Malgré ses velléités post-punk (et il y a toujours synthés sous roche dans ces cas-là), la présence du groupe chez Sub Pop, anciens apôtres du grunge, n’avait rien d’incongru. Leur évolution a, elle, de quoi surprendre. Pour faire simple, les synthés sont partout, les guitares (presque) nulle part. Ce n’est pas le revirement le plus improbable ni le plus original de l’histoire de la musique, loin s’en faut. Mais on a également du mal à concevoir que ce soit le plus judicieux. On est même persuadés du contraire lorsqu’on entend “Fall In Love” ou “Say Something” qui s’inviteraient sans vergogne sur les pistes de danse les moins regardantes. Cela étant, après avoir châtié le trio comme il se doit pour haute trahison envers la sacro-sainte six-cordes, reconnaissons lui tout de même un talent intact à composer des morceaux addictifs (“Ego” même s’il pique le riff de “Where Is My Mind” avant de le passer à la moulinette 80s, “Make It Stop”, la plus teigneuse du lot, ou “Running” et son motif mélodique en boucle qui crie “TUBE TUBE TUBE”). Et si leur force de frappe se retrouve quelque peu diluée, le chanteur-guitariste Sean Solomon, probablement mieux dans sa peau (puisque sobre depuis plus d’un an), semble s’épanouir pleinement dans cette nouvelle direction qu’il a impulsée. Sa voix en impose et sait parfaitement flatter les cœurs brisés mélancoliques (“Stranger”, “Connect The Dots”, “What Separates Us”). Moaning a donc changé et s’en sort malgré tout avec les honneurs mais si vous frisez facilement l’overdose synthétique (et des morceaux comme “Keep Out” ou “Saving Faces” peuvent mettre rapidement les nerfs à rude épreuve), mieux vaut faire une croix sur ce disque et espérer de jours meilleurs. Jonathan Lopez Tous nos articles sur...

Lire la suite

Protomartyr revient avec Ultimate Sucess Today. Extrait en écoute

Protomartyr revient avec Ultimate Sucess Today. Extrait en écoute

© Trevor-Naud Trois ans après Relatives In Descent, Protomartyr vient d’annoncer la sortie de son 5e album, Ultimate Sucess Today, prévue pour le 29 mai prochain chez Domino. L’annonce est accompagnée d’un premier extrait clippé “Processed By The Boys”. Paradoxalement, c’est l’écoute de leur premier album (réédité l’an passé) qui a inspiré Joe Casey, chanteur du groupe « En réécoutant No Passion All Technique, je m’entendais espérer un début et un futur prometteur, mais tout en étant conscient qu’il aurait pu être notre seul et unique album. Alors, quand le moment est venu d’écrire Ultimate Success Today, je me suis souvenu de cette première urgence et à quel point elle est à l’opposé de mon combat actuel et à quel point je me suis senti malade ces derniers temps. Etait-ce cette maladie qui transformait mon rapport à l’état du monde, ou était-ce l’inverse ?Cette panique était en quelque sorte libératrice. Cela m’a permis de voir notre cinquième album comme une sorte de discours d’adieux d’une bruyante pièce de théâtre en cinq actes. Je le vois également comme un jalon intéressant de la première décennie de notre groupe – telle la crête d’une colline le long d’une longue autoroute. Bien que ce ne soit que pour couvrir mes arrières, je me suis assuré de prononcer mes derniers mots tant que j’avais encore le souffle pour les dire ». Des collaborateurs plutôt inattendus ont participé à l’enregistrement du disque : Nandi Rose aka Half Waif (voix), Jemeel Moondoc (alto sax), Izaak Mills (clarinette basse, sax, flûte) et Fred Lonberg-Holm (violoncelle). Rappelons que les post-punkeux de Detroit seront de passage à Paris le 29 avril à La boule noire (si le coronavirus arrête de nous les briser). La tracklist du disque : 1/ Day Without End2/ Processed By The Boys3/ I Am You Now4/ The Aphorist5/ June 216/ Michigan Hammers7/ Tranquilizer8/ Modern Business Hymns9/ Bridge & Crown10/ Worm In Heaven Et la pochette pendant qu’on y est : Tous nos articles sur...

Lire la suite

Bambara – Stray

Bambara – Stray

(Wharf Cat, 14 février 2020) Même si sa première piste se nomme ainsi, de “Miracle” il n’est pas encore question en début d’album, de grande surprise non plus, mais d’envoûtement assurément. De billet pour une virée nocturne également, où l’on croise Nick Cave, Lydia Lunch et le fantôme de Rowland S. Howard. Guidé par cette basse ténébreuse à souhait, on rode dans des rades un peu miteux, fréquentés notamment par ce mec qui sirote son Jack D. en nous jetant des regards pas franchement rassurants. Et si le périple débute langoureusement, si notre vision est embuée, nos sens anesthésiés, “Heat Lightning” va se charger de nous remettre dans le droit chemin et nous faire cavaler à l’allure d’une section rythmique qui a les crocs.  Cette alternance entre ballades marécageuses où le leader semble chancelant et post-punk fiévreux mené soudainement par sa poigne de fer est une récurrence de ce Stray qui poursuit là où Shadow On Everything s’était arrêté… En y ajoutant des mélodies plus marquantes, pour ne pas dire proprement renversantes. En premier lieu desquelles “Sing Me To The Street”. Le charisme vocal de Reid Bateh impressionne une fois encore, hypnotisés que nous sommes par son timbre chaud et sensuel. Son chant désabusé est ici parfait, on l’imagine déambuler sans but, hanté par ses chœurs féminins qui viennent sublimer un morceau qui n’en demandait pas tant. Dans un registre tout à fait différent (qui évoquera davantage un Protomartyr), le tonitruant “Serafina” s’en va défier la mort. En la regardant droit dans les yeux et en maintenant notre palpitant à un niveau très élevé. Comme à son habitude, le chanteur/auteur a apporté un soin tout particulier aux textes, entre poèmes sombres et véritables récits ultra détaillés contribuant à plonger l’auditeur dans le décor, lui faire sentir les odeurs, l’aider à dévisager les personnages qui peuplent ce vieux western gothique… La mort, thème omniprésent de ce disque, rôde en permanence, prête à abattre sa faux. Un disque qui nous exhorte à “Stay Cruel” et non pas “Cool” (drôle d’idée), le temps d’un morceau où la basse pachydermique semble piquée à Massive Attack, le son de gratte issu d’un bon vieux Chris Isaak, et où viennent se mêler trompettes, violons et chœurs d’un autre monde… Une armada irrésistible qui vient entériner une certitude : ce que nous écoutons se révèle décidément assez faramineux. Ce serait déjà beaucoup mais ce n’est pas tout, la langoureuse “Made For Me” se charge de faire groover les cadavres avec sa cowbell de derrière les fagots et “Sweat” nous fait habilement retenir notre souffle lorsque le tempo redescend, à la merci de guitares qui nous lacèrent sans pitié alors même que nous nous pensions enfin en...

Lire la suite

Lonely Walk – Lonely Walk

Lonely Walk – Lonely Walk

(Permafrost/Kerviniou/I Love Limoges, 20 janvier 2020) Derrière Lonely Walk, un certain Monsieur Crâne, qui ne marche pas seul mais guide sa troupe (légèrement renouvelée ici) avec talent depuis 2010, et qui a visiblement eu sa dose de misère sociale et d’actu morose pour garder tout cela pour lui (difficile de contenir bien longtemps une tempête sous un crâne…). Lonely Walk porte ainsi en son sein un je-ne-sais-quoi de dérangeant, si ce n’est malsain. Une sensation tenace d’être bousculé, pour ne pas dire molesté. Quelque chose d’audacieux et de singulier également, ce qui est une excellente idée à l’heure où les groupes post punk/cold wave pullulent et sont parfois aussi vite écoutés qu’oubliés tant ils ressemblent au précédent (qui lui-même…). Audacieux comme cette alternance anglais/français sur “Red Light”, morceau qui nous malmène avant un refrain plus léger et mélodique. Singulier par son parti pris, avec basse et synthés au diapason et omniprésents, et une guitare qui ne la ramène pas, ou si peu. Et ce troisième album des bordelais affiche une vraie belle cohérence d’ensemble, se montre entrainant sans être superficiellement dansant, palpitant sans chercher à faire dans le clinquant. On aime ainsi jouer sur la répétition comme de coutume dans ce genre de musique (“Fake Town” et sa rythmique obsédante. Tu ne peux pas lutter, le veux-tu seulement ?) mais on n’en fait pas non plus une nécessité. Les morceaux demeurent malgré tout très évolutifs avec des synthés loin de la caricature 80s parfois soulante ou du gimmick fainéant (“Shadow of the Time” où, intenables, ils n’ont de cesse de nous trimballer tandis que la basse nous fait de l’œil en ronronnant, “Look At Yourself” aussi percutant que son titre est accusateur et qui s’échappe sur la fin, en roue libre). En guise de plaidoyer imparable pour la cause Lonely Walk, “TG” qu’on a bien envie d’interpréter comme un bon gros “TA GUEULE”, fait dans la rage contenue avec cette tension qui règne en maître et le chant de Monsieur Crâne à l’anxiété grandissante jusqu’au final où il beugle à la façon d’un Jason Williamson (Sleaford Mods) à qui on aurait bien pris la tête. Il fallait que ça sorte, et on l’a bien senti passer. Merci bien, ça ne fait jamais de mal de se faire remettre en place. Jonathan...

Lire la suite