Adam H. – Abolition

Adam H. – Abolition

Adam H. Aucun lien avec Arthur, ni avec son homonyme canadien, qui œuvre dans le « hip hop » (j’insiste sur les guillemets) et dont le nom du principal single (« Money + Chicks + Sex + Fame ») devrait suffire à vous faire fuir. Oubliez donc cet odieux personnage et concentrez-vous sur « notre » Adam H. (Hocker de son vrai nom), originaire de Louisville et remarquable compositeur folk, qui s’apprête à publier un deuxième album qui pourrait bien faire parler. Un album qu’on serait tenté de prime abord de qualifier de très personnel, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Le début de cet Abolition est trompeur. On se dit alors qu’Adam H. n’est « qu’un » beau conteur, un faiseur de mélodies qu’il se plait à nous présenter relativement dépouillées du haut de sa voix grave et profonde (les superbes « Abolition Rag » et « Obsidian » qui placent la barre haut en ouverture). Oui mais voilà, Mr H. est accompagné d’un comparse fauteur de trouble, Jean-Charles Versari, à la production et composition, qui lui a fait ses gammes dans le post punk. Et s’il l’accompagne avec sa guitare pour délivrer un folk soyeux qui cajole nos esgourdes, il charge également d’électricité l’univers feutré du bonhomme. En témoigne la crépusculaire « Orion » et ses 9 minutes au compteur, qui nous ramène à l’esprit quelques vagabondages solos de Lee Ranaldo. Pas impossible de céder à une légère somnolence, mais avec ça dans les oreilles vous ferez de beaux rêves. Prenez garde toutefois car l’orage gronde au loin, et se fait de plus en plus menaçant. Des titres comme « Sarabande » ou « Shrill » pourraient n’être que de longs fleuves tranquilles. Il n’en est rien. L’affaire se complexifie, les débats s’intensifient, les guitares vindicatives et lumineuses se côtoient, le tout s’embrase en arrière-plan. Et le feu se répand. Et ce ne sont plus seulement de très belles chansons auxquelles nous avons affaire, mais des chansons riches et puissantes. Après l’incendie, il ne reste que des décombres. L’univers désolé de « Dues » – où seules quelques notes de piano accompagnent la voix d’Adam – vient joliment clore les débats. Non sans une forte dose de mélancolie. Une façon bien triste de boucler un album qui a toutes les raisons de nous réjouir. JL...

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Interview – Sweat Like An Ape!

Interview – Sweat Like An Ape!

Dans le flot continu de nouveautés que nous apporte la scène bordelaise, difficile de passer à côté de Sweat Like An Ape. A l’écoute de son deuxième album sorti chez Platinum Records on ressent immédiatement une capacité à séduire des publics avec des gouts différents. L’envie de poser quelques questions au chanteur, Sol Hess, fût-ce par email, nous est alors apparue comme une évidence.   « Lorsqu’un artiste s’épuise, c’est que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie »   Salut Sweat Like an Ape!, comment définiriez-vous votre musique ? Sol : Il se dit qu’on fait du post-punk dansant, et c’est sans doute ça : un rock à fleur de peau qui groove et qui cherche à atteindre un état de transe. Sur cette base on se laisse une belle part de liberté pour y intégrer tout ce qu’on a envie : afro, noise, free… en somme un festin joyeux qui se réserve le droit de faire appel à notre boulimie musicale.   Vous existez depuis 2013, avez deux LP et un EP à votre actif, avez fait pas mal de concerts, jouez dans d’autres formations, d’où tirez-vous cette énergie ?! Etes-vous hyperactifs ? Sol : C’est vrai que la musique occupe une majeure partie des vies des membres du groupe. Et on  joue tous dans d’autres projets car on aime vraiment explorer d’autres pistes artistiques, et que malgré ce que certaines personnes pensent, ce n’est pas s’éparpiller que de jouer dans plusieurs groupes. Au contraire, on se rend vite compte que plus on sollicite son énergie artistique plus elle est inépuisable. Et même que chaque projet se retrouve nourri par cette diversité. Je crois qu’il y a une confusion assez populaire sur l’idée que l’inspiration est tarissable, or je suis convaincu que lorsqu’un artiste s’épuise, ce n’est pas forcément qu’il en a trop fait, c’est juste que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie.   Ces compos qui donnent des envies de déhanchés, c’est intentionnel ou pas ? Sol : Oui. Si tout se passe au mieux, le déhanché sera le préliminaire d’une transe endiablée, mais un déhanché langoureux est toujours un bon début.   Comment jugez-vous votre ville, Bordeaux, et comment la comparez-vous par rapport aux autres où vous avez pu aller ?  Sol : Bordeaux est une belle ville pour un musicien, avec beaucoup de bons groupes, de structures, de labels, de disquaires… en ce sens une ville qui tire la vie musicale vers le haut. Et elle a sa belle part d’artistes...

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Dans le bac d’occaz #14 : MX-80 Sound, Neil Young, The Hives

Dans le bac d’occaz #14 : MX-80 Sound, Neil Young, The Hives

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).*   Dans le bac d’occaz #14 : les années en 0   1980 : MX-80 Sound – Out Of The Tunnel Bon, je commence un peu à en avoir marre de chroniquer des disques de post-punk bizarres, et je dois reconnaitre que ma patience à l’égard de ce disque en a certainement souffert. Malgré cela, je suis obligé de constater que c’est un des meilleurs disques du genre que j’ai pu écouter, sûrement parce que ce n’est pas vraiment un disque de post-punk. Alors, il y a du punk, un son 80s, une démarche arty, tout ça est acquis, il y a de l’éclectisme et du jazz, deux choses dont je ne suis pas trop preneur (il n’y a qu’à voir mon avis sur le double album des Minutemen), mais il y a aussi du noise bien foutu et un esprit indéniablement rock, une influence visible des Stooges de Fun House sur ces solos de saxos complètement barrés… certes, pas forcément les meilleurs morceaux du disque, mais c’est quand même beaucoup plus agréable à mes oreilles que le reggae/dub/funk/hip hop de blanc de Gang Of Four, par exemple. Pas un album que je réécouterai souvent, ça ne me fera pas non plus changer d’avis sur le post-punk ou le punk arty en général, mais j’admets que c’est un bon disque, j’irai même jusqu’à dire « très » dans un bon jour, et très intéressant musicalement. Pour les amateurs de ce genre de musique, Out Of The Tunnel doit vraiment atteindre des sommets et concurrencer sévèrement les classiques du genre. Ou alors, je n’ai rien compris.       1990 : Neil Young – Ragged Glory Sur le principe, j’ai le plus grand respect pour Neil Young, mais je reste vraiment cantonné à une poignée de classiques, presque plus des titres que des albums complets, d’ailleurs, et l’écoute de Ragged Glory, m’a permis de confirmer pourquoi. En fait, j’aime Young dans ses ballades country émouvantes et dans ses meilleures envolées mélancolépiques, mais ça reste une part seulement de ce qu’il fait, passant parfois du meilleur au pire sur un même disque (le plus emblématique étant la magnifique « My My Hey Hey » et la lourde du cul « Hey Hey My My », quasiment le même morceau, les deux faces de l’artiste). Le problème de Ragged Glory, c’est qu’on est quasi-intégralement...

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Sleaford Mods – English Tapas

Sleaford Mods – English Tapas

La délation c’est pas notre genre. Mais chez Sleaford Mods, sans vouloir balancer, il y en a quand même un qui se déchire pendant que l’autre se gratte les bollocks. Jason Williamson cherche des thèmes sur lesquels cracher, puis éructe dans le micro sans ménager ses efforts, y rajoute même une touche mélodique en chantant sur certains passages. Simon Parfrement, lui, a le bon rôle. Il cherche des instrus, et une fois trouvées les mémorise sur son ordi, pour ne plus avoir qu’à « double cliquer » ensuite pour les lancer. Tranquille Emile. Bien sûr on caricature (encore que..) mais le contraste est tel sur scène qu’on ne peut s’empêcher d’y repenser à l’écoute de cet English Tapas qui, à quelques exceptions près, sonne comme chacun de ses prédécesseurs. Et l’ami Simon n’y est pas totalement étranger. Car, si Williamson trouve encore de bonnes formules qui percutent et les répète à l’envi (« trip to Spar is like a trip to Mars », « Pisshead knocking out half-cut ideas/Pretentious little bastard on social medias »), s’il en fout plein la tronche aux réseaux sociaux (« Just Like We Do ») ou aux patrons voyous (« B.H.S. »), Parfrement ne se démène pas outre mesure pour marquer les esprits, au-delà de son bon vieux post punk minimaliste qui tourne en boucle. Signalons quelques efforts tout de même : « Time Sands », moins énervé, qui joue sur les ruptures de beat et sur une basse plus flemmarde que rentre dedans, « I Feel So Wrong » et ses atours funkisants, « Dull » et son piano (?) qui apporte un brin de changement dans ce paysage outrageusement dominé par la basse et le beat. Mais il faut quand même bien gratter pour trouver un peu de variété à ces tapas anglaises qui ont toutes plus ou moins le même goût. Comme sur Key Markets. La recette est maîtrisée, elle nous plaisait bien et on l’aime toujours mais à l’avenir il va falloir trouver de nouveaux ingrédients sinon, à force, on va préférer se tourner vers d’autres cuistots....

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Dans le bac d’occaz #13 : Gang Of Four, Faith No More, Mogwai

Dans le bac d’occaz #13 : Gang Of Four, Faith No More, Mogwai

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).*   Dans le bac d’occaz #13 : les années en 9       1979 : Gang Of Four – Entertainment! J’ai été invité, un peu forcé à squatter pour être tout à fait exact, à la table d’un chef culte, talentueux et inventif. Il nous a servi un plat extrêmement original et même assez copieux, ce qui me fait toujours peur dans ce type de cuisine qui se la pète un peu, à base d’épinards, d’aubergines, de choux de Bruxelles, d’endives cuites et de foie de veau. C’était super bien maitrisé, dressé au poil, et les convives se sont régalés. Le problème, c’est que je n’aime ni les épinards, ni les aubergines, encore moins les choux de Bruxelles et les endives cuites et je conchie carrément le foie de veau. Du coup, tout en reconnaissant le talent de notre hôte, je me suis emmerdé sec et j’ai eu du mal à finir. En écoutant ce disque de Gang Of Four, c’est exactement l’impression que j’ai eu. Je suis bien obligé de reconnaitre que la musique proposée par le groupe, un mélange de post-punk, noise, hip hop, funk, reggae est original et parfaitement maitrisé, avec néanmoins un côté rough propre aux bons groupes indé… mais ça reste un mélange de styles qui, au mieux m’indiffèrent, au pire me donnent des diarrhées. Au final, pour toute ses qualités, et sa longueur tout à fait raisonnable, Entertainment! est pour moi parfaitement indigeste. D’ailleurs, je suis incapable de choisir un titre plutôt qu’un autre, c’est JL qui s’en chargera !     1989 : Faith No More – The Real Thing J’aurais pu copier-coller exactement le même paragraphe que pour Gang Of Four en changeant à peine quelques termes, mais je ne vais pas sombrer dans la facilité. Parlons donc spécifiquement de ce disque. Déjà, je vais faire mon mea culpa : vu la réputation de Patton, j’avais d’emblée rangé Faith No More sans les écouter dans la catégorie des groupes intellectuallo-bizarroïdes chiants trop occupés à faire des performances artistiques pour prendre le temps d’écrire un bon morceau. Force est de reconnaitre que The Real Thing n’est pas chiant (quoi que « Woodpecker From Mars »…) et encore moins intellectuel (quoi que « Edge Of The World »…). Non, s’il y a un adjectif qui collerait parfaitement à ce disque, c’est déroutant....

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