FACS – Lifelike

FACS – Lifelike

(Trouble In Mind, 29 mars 2019) Décidément entre le nouvel album (très bon mais très sombre) de Psychotic Monks et celui de Facs (qui fait suite au très bon mais très sombre premier album Negative Houses), on ne se fend pas vraiment la poire en écoutant des disques en ce moment. C’est pas le but non plus me direz-vous, d’autant que généralement “disques où on se fend la poire” rime avec “merde en barre”. Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, FACS est le nouveau projet de Brian Case et Noah Leger, anciens membres de Disappears (accompagnés de Alianna Kalaba à la basse), un groupe dont on pleurait à chaudes larmes la disparition et qui nous est réapparu sous une autre forme. Lifelike ne se sera guère fait attendre, un an seulement après son prédécesseur et opérant dans une parfaite continuité. On n’osera pas parler d’EP pour ce disque car les 6 titres qui le composent s’étendent sur près de 30 minutes. 30 minutes d’un rock fiévreux et intimidant, sans le moindre compromis où se côtoient gaiement chant habité et angoissant, guitares grinçantes et basses caverneuses. On rase les murs mais on se souvient qu’il n’y a rien à craindre avec ces gars-là, si ce n’est se faire happer par des mélodies pernicieuses, et elles sont encore là, jaillissant des ténèbres (“Another Country”, “In Time”, “XUXA”). Ceux en quête d’une utopique éclaircie attendront le déluge et encaisseront plutôt en guise de représailles une “Loom State” glaciale d’une lenteur effroyable. Moins rébarbative, “Total History” conclut l’expérience (c’est toujours une expérience d’écouter FACS ou Disappears) en s’enfonçant peu à peu dans un inexorable crescendo noisy, procurant à ceux qui ont les nerfs solides un certain goût de l’apocalypse. Noir c’est noir, mais l’espoir est bien là. L’espoir que l’aventure FACS se révèle aussi passionnante que celle de Disappears. Il reste du chemin à parcourir mais ça démarre bien. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE DISAPPEARS –...

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Sleaford Mods – Eton Alive

Sleaford Mods – Eton Alive

(Extreme Eating, 22 février 2019) Les Sleaford Mods ont un problème : ils sont trop bons. Trop bons dans leur registre qu’ils ont plus ou moins inventé. Tellement efficaces qu’ils déroulent à la perfection depuis des années leur hip hopost punk avec l’impression de ne pas trop se fouler, sans perdre une once d’efficacité mais sans provoquer à nouveau la même étincelle qu’à leurs débuts. On n’a jamais cessé de remuer la tête à l’écoute de n’importe lequel de leurs morceaux mais on avait cessé de guetter la moindre de leurs sorties avec excitation. Il fallait donc que ça change, et c’est chose faite. Le premier symbole de ce changement n’est pas anodin, Sleaford Mods a décidé de grandir encore un peu plus en créant son propre label, Extreme Eating Records, pour mieux voler de ses propres ailes. Adieu Rough Trade, bonjour la liberté ! Pour ce qui est du contenu de Eton Alive, que les grands inquiets se rassurent, les repères sont toujours là. Le monde ne va pas mieux, le Brexit se rapproche, Jason a toujours la rage et il demeure l’actuelle meilleure voix des sans-voix (« of course we are fucking relevant! » clame-t-il). Son flow est toujours aussi percutant, tout le monde en prend plein la gueule (y compris les groupes indie rock à la mode « We ain’t shoeshine boys for fakers. Bingo punks with Rickenbackers » ou même… Graham Coxon qui « looks like a left-wing Boris Johnson ») et sa plume vise toujours les mêmes cibles (consumérisme, médias, injustice sociale…) avec un savant mélange d’exaspération et d’ironie mordante. Mais Jason chante aussi, de plus en plus et de mieux en mieux (“Policy Cream”, “When You Come Up To Me”, “Firewall” ou même sur le refrain de la furieuse “Kebab Spider”). Et le bonhomme est si entrainant qu’il est difficile de ne pas se mettre à chanter à ses côtés. Quant au son, il y a du nouveau aussi, si le minimalisme est toujours de mise, si Andrew Fearn est toujours aussi avare en sonorités que son comparse est généreux en mots débités, il a également élargi son registre. Ainsi, la géniale “OBCT” et sa basse d’outre-tombe so post punk se voit agrémentée d’un improbable solo de kazoo tout bonnement jouissif, “Top It Up” vient errer dans des territoires jungle et sur “Discourse” Jason semble cavaler après une sonnerie de téléphone. C’est con mais c’est bon. Des surprises bienvenues donc et, de temps en temps, une remise au poing pour bien rappeler qu’ils ne blaguent pas pour autant, comme ce “Flipside” au beat hystérique ou “Subtraction” qui suinte l’anxiété de toutes parts. Les Sleaford Mods ne s’assagiront jamais (ouf), continuent de nous lâcher des “Big Burt” à...

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Protomartyr – Consolation EP

Protomartyr – Consolation EP

Avions-nous vraiment besoin de Consolation, neuf mois à peine après le remarquable Relatives In Descent qui comblait toutes nos attentes ? Pas vraiment. 14 minutes de Protomartyr supplémentaires qui ne bouleverseront guère l’ordre établi tant les deux premiers morceaux se révèlent assez anecdotiques (ou pas complètement finis, on ne saurait dire). Le principal intérêt de cet EP réside dans la présence surprenante mais fort à propos de Kelley Deal (décidément en forme cette année). Sur « Wheel Of Fortune » d’abord (meilleur morceau de l’EP) où après une intro tonitruante, elle vient apporter une touche pop bienvenue aux chœurs avant un pont aérien qui pue la classe. Moins indispensable, « You Always Win » n’est pas pour autant dénué de bonnes idées comme lors de cet étonnant passage basse-batterie-violoncelle (!) où le duo vocal Casey/Deal se montre assez complémentaire et touchant. Deux titres auraient donc suffi et pour se consoler, on se contentera de réécouter Relatives In Descent. En attendant son digne successeur. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE RELATIVES IN DESCENT LIRE LA CHRONIQUE DE THE AGENT INTELLECT LIRE L’INTERVIEW DE...

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Moaning – Moaning

Moaning – Moaning

L’intérêt des vacances, hormis le fait de ne rien branler, c’est de pouvoir rattraper le temps perdu. Un bouquin jamais fini, une série à « binge watcher », ou un disque qu’on s’était promis d’écouter finalement happé par le flot des sorties… Je viens donc de m’offrir une séance de rattrapage avec Moaning, premier album de Moaning, sorti en mars dernier. Les mauvaises langues diront qu’il aurait pu sortir en 1982, et on ne pourra pas leur donner complètement tort sur ce point. Doit-on blâmer le revival pour ne pas faire avancer le shmilblick musical, ou doit-on le saluer quand il est bien fait, que les influences sont suffisamment digérées et que le produit est de qualité ? Pour Moaning, comme pour bien d’autres avant eux, on serait tenté de pencher pour la deuxième option. Donc oui, Moaning a dû bouffer jusqu’à l’indigestion du post punk, Joy Division en tête. Et pour remonter moins loin, c’est à Interpol ou Viet Cong qu’on pense souvent, avant que ces derniers ne perdent une partie de leur inspiration en même temps que leur nom d’origine. Même s’il gagnerait à s’émanciper davantage de ses glorieux ainés et des talentueux héritiers, Moaning fait montre ici d’une palette finalement assez large entre shoegaze rêveur avec une présence synthétique prépondérante mais pas irritante (« Tired », « For Now ») et post punk abrasif quand il dégaine l’artillerie lourde (les imparables « Artificial » et « Don’t Go » qui y vont bille en tête avec une basse en éclaireur qui fait le ménage). La voix grave charismatique de Sean Solomon, la mélancolie couplée à une envie d’en découdre sont autant de repères très identifiés années 80 (la ligne de basse de  « The Same » semble même empruntée à Simon Gallup durant la période cold wave de Cure). Mais la présence du groupe dans les rangs de Sub Pop n’a rien d’incongrue non plus tant la guitare a elle aussi son mot à dire, et préfère le crier que le murmurer (le riff gras sur le refrain de « Somewhere In There », le pont noisy jouissif de « Don’t Go », ou « Does This Work For You » et son mur de guitare que n’aurait pas renié My Bloody Valentine). Alors, au moment de conclure, constatant qu’on s’est prêté plus que de raison au jeu souvent tentant du name-dropping, nous reviennent comme un boomerang nos éternels questionnements sur le revival. La qualité indéniable de Moaning prime avant tout et l’emporte sur les éventuels reproches mais, puisque la force mélodique, l’énergie, l’osmose entre les membres sont d’ores et déjà présents, ne nous reste plus qu’à souhaiter que sur son prochain album le groupe développe davantage sa propre personnalité et ne cesse d’avoir l’œil rivé sur le rétroviseur. Jonathan...

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Protomartyr : un nouvel EP et une invitée de choix

Protomartyr : un nouvel EP et une invitée de choix

Auteur l’an dernier de l’implacable Relatives In Descent, Protomartyr n’a pas chômé depuis puisqu’il nous proposera dès le 15 juin prochain un nouvel EP, Consolation, avec la participation inattendue sur deux titres de Kelley Deal des Breeders ! Ce n’est pas la première fois qu’elle se joint à eux puisqu’elle avait déjà chanté sur “Blues Festival” en 2015. Un premier titre, auquel elle a contribué, a été dévoilé. Ça s’appelle « Wheel Of Fortune », et c’est évidemment excellent. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE RELATIVES IN DESCENT LIRE LA CHRONIQUE DE THE AGENT INTELLECT LIRE L’INTERVIEW DE...

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