Red Medicine de Fugazi a 25 ans. Chronique

Red Medicine de Fugazi a 25 ans. Chronique

(Dischord, 12 juin 1995) Après une féroce intro noisy chargée de faire fuir les moins vaillants, on nous ressert un groove démoniaque. Fugazi’s back. « Do You Like Me » fait mine de s’interroger ce fripon de Picciotto qui connaît parfaitement la réponse, à moins qu’il ne souffre d’un complexe d’infériorité face à son pote au bonnet. WE DO LOVE YOU. ALL OF YOU. Amoureux transis même lorsque survient dans la foulée la fabuleuse « Bed For The Scraping ». Sa basse terrible, ses guitares hystériques (le retour de la boucle qui rend dingo) et Ian en mode pétage de plombs. On pourrait alors croire assister à l’acte 4 de la leçon mais ce début d’album n’est qu’un leurre et le public punk du groupe, probablement déjà un peu paumé par les trois premiers disques, ne va pas tarder à être semé pour de bon. Le quatuor ne se contente pas ici de réciter sa formule maîtrisée sur le bout des doigts, sur laquelle tout le monde se touche depuis maintenant cinq ans et cet incroyable Repeater. Parfaitement conscient d’être au-dessus de tout, le groupe se dit qu’il a désormais suffisamment de bouteille (pas n’importe quelles bouteilles, Ian veille au grain !), non seulement pour remettre la main sur la table de mixage en se passant de producteur (comme pour Steady Diet Of Nothing, le deuxième acte), mais aussi pour se permettre quelques excentricités. Fugazi invite ainsi une clarinette sur l’invraisemblable “Version”, portée par la basse de ce motherdubber de Lally. Parce que pourquoi pas. Qui se souvient alors que MacKaye est le type qui clouait tout le monde au mur en 1’30 quelques années plus tôt ? Dans un autre délire, sur « Birthday pony » on fait mumuse en intro avec des chaises qui crissent, des coups de cymbale hors de propos, trois notes de piano et des cris de demeurés, avant que Ian n’entonne son « This is a birthday pony » d’un air un rien débilos. C’est aussi foutraque qu’irrésistible. Sur l’instrumentale « Combination Lock », la section rythmique démentielle nous fait de nouveau frétiller les guiboles. Et Joe Lally a ensuite droit à son heure de gloire, s’emparant du micro sur « By You », tandis que les guitares dissonantes fusent d’une oreille à l’autre (au casque, c’est la guerre). Le tout s’achève dans un joyeux combat de larsens livré par les artilleurs en chef MacKaye-Picciotto. Mais Red Medicine, c’est aussi la très touchante et presque maladive « Forensic Scene » introduite par une basse rampante, suivie du chant sur le fil de Picciotto. Sommet d’EMOtion. Le gars Guy qu’on retrouve également à son meilleur sur « Long Distance Runner », non sans un petit coucou...

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Coriky – Coriky

Coriky – Coriky

(Dischord, 12 juin 2020) Où sont-ils allés chercher ça ? Est-ce un défi envers eux-mêmes ? Un bâton sciemment mis dans leurs propres roues pour voir s’ils sont capables de réussir avec un nom aussi peu engageant ? On imagine mal quelqu’un succomber à l’achat compulsif, à l’aveugle, appâté par ce groupe répondant au nom de Coriky et cette pochette bien fadasse… En revanche, si un sticker y est apposé avec les mentions “with Ian MacKaye (Minor Threat, Fugazi, The Evens), Amy Farina (The Evens) & Joe Lally (Fugazi, The Messthetics…)“, il y a fort à parier que ça fasse son petit effet. Donnez leur le nom que vous voulez, on sera toujours curieux de voir de quoi il en retourne. Si vous êtes aussi bons que nous en maths, vous noterez qu’on a donc la formation de The Evens au complet contre la moitié du légendaire groupe post hardcore. Et si vous avez les oreilles aussi affûtées que les nôtres, vous constaterez que ça s’entend quelque peu. Forcément, ôtez le bondissant Guy Picciotto d’un groupe et vous perdrez du mordant. Associé à sa concubine, MacKaye se fait plus adouci. Et cette dernière, Amy Farina pour ceux qui sont totalement largués, n’a pas la force de frappe de l’imposant Brendan Canty (batteur de Fugazi pour ceux qui, décidément, sont fâchés avec l’histoire). Cocorikyky doit donc plus à The Evens qu’à Fugazi et les coups de sangs sont bien plus rares que chez ces derniers. Une fois qu’on s’y est fait et qu’on cesse de partir en quête du break assassin, du riff meurtrier ou du coup de gueule impitoyable, on se contente de ce qu’on a, soit un recueil d’excellentes chansons davantage baignées dans la sérénité que dans la furie maitrisée, auxquelles il faut laisser un peu de temps pour grandir. Ce qu’elles feront généreusement. De temps, “Clean Kill” n’a nul besoin puisqu’au bout de deux ou trois écoutes, ce refrain formidablement enthousiasmant ne cesse de vous coller aux basques. Pour le reste, il faut y aller tranquille et savourer l’osmose d’un trio formé il y a quatre ans, arrivé lentement et incontestablement à maturité. Se réjouir aussi de la présence de ce bassiste merveilleux qu’est Joe Lally qui fait dans la finesse et nous invite à reboire la tasse sans modération (“Have A Cup Of Tea”). Et puis, pour éviter que ce disque se range sagement dans la case « sympathique et distrayant », Kirikou n’oublie pas de placer quelques sprints. Ainsi, MacKaye, bien qu’apaisé, se laisse encore aller à triturer sa gratte frénétiquement entre deux chœurs avec ses comparses (“Say Yes”) et se tient toujours prêt à déclencher des incendies à partir de timides braises (“Inauguration Day”...

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Coriky, projet réunissant Joe Lally et Ian MacKaye (Fugazi), dévoile un nouveau morceau

Coriky, projet réunissant Joe Lally et Ian MacKaye (Fugazi), dévoile un nouveau morceau

C’est un projet de longue date qui aura mis bien du temps à se concrétiser. Formé il y a cinq ans (!), Coriky rassemble deux ex-Fugazi Joe Lally (basse) et Ian MacKaye (guitare, chant) accompagnés d’Amy Farina (batteuse et chanteuse de The Evens, accessoirement femme de McKaye… avec qui elle formait The Evens). À noter que les trois membres se relaient au micro. On sait désormais que le premier album du groupe verra enfin le jour chez Dischord le 12 juin en streaming et le 26 en magasins. Ce disque éponyme sera constitué de 11 titres et deux premiers extraits sont à découvrir ci-dessous Coriky by Coriky Coriky by Coriky Tous nos articles sur...

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Interview – Untitled With Drums

Interview – Untitled With Drums

C’est avec Hollow, premier album très abouti, que les clermontois de Untitled With Drums nous ont tapé dans l’oreille. Un disque à propos duquel les références aussi évidentes qu’encombrantes (Slint, Cave In, Failure…) affluent et qui a bénéficié du savoir-faire de Serge Morattel, producteur suisse émérite qui a contribué à bâtir les murs du son de Ventura, Knut et autres Year Of No Light. Sorti début mars, le timing s’est révélé assez opportun compte tenu des textes sombres qui l’accompagnent et collent tristement au contexte actuel, beaucoup moins pour ce qui est de promouvoir ce disque et le défendre sur scène… Autant de sujets que nous avons pu creuser en détail avec Martin L.B, homme à tout (bien) faire du groupe, à la fois chanteur, bassiste, compositeur principal et illustrateur. “J’aimais bien [Le nom du groupe] qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. (…) Prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée plus tôt.” © Charly Lurat Le nom du groupe Untitled With Drums est une référence volontaire à Shipping News, j’imagine (NdR : c’est le nom d’un des morceaux de leur remarquable premier album, Flies The Fields) ? Oui, c’est un groupe dont on est très, très fans et un des rares qui fait l’unanimité en termes d’influence. Ça ne se ressent pas forcément dans ce qu’on fait mais en tout cas dans la musique qu’on écoute. Au-delà de ça, il y avait aussi l’idée de souligner l’importance de la batterie dans votre groupe ? En fait, historiquement ça avait démarré suite à un de mes projets solos qu’on avait agrémenté de personnes différentes avant que ça devienne Untitled With Drums tel qu’il est aujourd’hui. Du coup, j’aimais bien ce nom qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. Ça représentait donc bien les débuts du groupe, c’était vraiment le fait de prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée initialement. Ce nom-là représentait bien l’idée de ce concept, à mes yeux. On évoque Slint, Failure, Cave In dans vos influences, moi j’ai aussi envie d’ajouter Deftones (il confirme). Ce sont des groupes qui vous ont bercé ? Dans le groupe, on vient d’horizons assez différents. Rémi, mon batteur, vient plutôt du post-metal, post hardcore comme Cult of Luna, Isis, Neurosis… Des groupes que j’aime beaucoup aussi donc on s’est pas mal entendus dans le délire heavy, metal… Notre claviériste, lui, vient carrément de la pop, folk…...

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Untitled With Drums – Hollow

Untitled With Drums – Hollow

(Atypeek Music/Araki Records, 6 mars 2020) Son chanteur (et bassiste) l’assure : Untitled With Drums est un groupe qui donne sa pleine mesure sur scène. On veut bien le croire tant sa musique tout en ruptures, en longs déploiements et déflagrations soudaines, semble conçue pour nous faire frémir de bonheur en live. On n’est peut-être pas prêt de pouvoir le vérifier mais en attendant, on peut déjà faire tourner sans relâche Hollow et s’y projeter mentalement. Le groupe clermontois n’avait jusqu’alors sorti qu’un EP très prometteur, éponyme stylisé en S/T/W/D. Prometteur, bien foutu, mais encore un peu « gentil », donnant davantage dans le shoegaze réconfortant (malgré quelques saillies métalliques) que dans le post-hardcore décapant. Pour ce premier album, Untitled With Drums a musclé son jeu en confiant sa prod au maître suisse Serge Morattel, connu pour ses méfaits auprès de Ventura (qu’on aime d’un amour démesuré ici), Knut et autres Year Of No Light. Des groupes à la puissance de feu indéniable mais sachant également soigner les atmosphères, et convoquer tout un panel d’émotions. Des grands groupes, ça oui. Et des grands groupes qui SONNENT. Ce Hollow sonne lui aussi, et nous le prouve sans plus attendre en nous rentrant dedans avec virulence dès le coup d’envoi donné. En quelques secondes, nous voilà à terre, assommés par les riffs puissants et la basse massive de « Play With Fire ». Peut-être pas le morceau le plus fin de l’album mais qui a le mérite de nous plonger d’emblée dans le bain (d’eau bouillante). Nos enceintes aiment ça, pas de doute là-dessus. Et elles n’ont pas fini de ronronner. Par la suite, Untitled With Drums déploie ses autres armes, d’un calibre similaire à celles d’un Cave In ou Failure (excusez du peu), envolées et atterrissages sur le train arrière (l’arrière-train ?) inclus. Il y avait donc de quoi faire un album respectable et il y a même tout pour faire un disque indispensable, dès lors qu’on y adjoint des refrains puissants et rapidement assimilés (on vous met au défi de vous défaire de ceux de « Stasis », « Amazed » ou « Passing On »). Le chant de Martin L.B. draine l’ensemble avec aplomb et sait se faire aussi autoritaire que mélancolique (la somptueuse « Amazed », toujours elle), rappelant parfois celui de Chino Moreno sur les parties les plus calmes et atmosphériques (« Silver »). Mais on ne serait probablement aussi comblés et enthousiastes sans la présence de ces climats orageux savamment maitrisés (l’intro suspendue de « Revolve », le superbe pont de « Hex »), où les humeurs varient, les tempos s’apaisent et les instruments respirent, pour notre plus grand bonheur. En fin d’album, c’est d’ailleurs...

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