LANE – A Shiny Day

LANE – A Shiny Day

(Twenty Something, 8 mars 2019) Ça leur avait manqué aux frères Sourice. S’enfermer dans un studio pour faire du bruit, partir en quête de la mélodie imparable, enregistrer, se planter, se marrer, recommencer. On ne doute pas que l’expérience a dû être ô combien stimulante en compagnie de deux jeunots (les frères Belin, du groupe Daria) et d’un très jeunot (Felix Sourice, fils de Pierre-Yves) ! Comme un nouveau départ en somme. Ça nous avait manqué à nous aussi, sevrés d’albums des Thugs depuis près de 20 ans. La première ration de 4 titres l’été dernier avait suffi pour raviver la flamme. Ici, le plaisir est prolongé sur 10 titres. Mais ne nous méprenons pas, ceci n’est pas le retour des Thugs. Il s’agit bien d’un nouveau groupe. Un groupe à trois guitares, de quoi foutre un bon bordel, et potentiellement se marcher sur les cordes. Il n’en est rien, et la basse de Pierre-Yves n’a peut-être jamais été si présente. L’osmose entre chacun est ici évidente. L’urgence est là, elle les guide, elle nous exalte. LANE semble avoir un train à prendre, et nous, on le prend en pleine face. La moitié des morceaux n’excède pas les trois minutes mais les mélodies sont omniprésentes, elles sautent aux oreilles dès les premières écoutes, les riffs marquent les esprits (“A Free Man” qui sonne comme un hymne) et les refrains collent aux neurones (“Clouds Are Coming”, “Winnipeg”). Même quand LANE calme le jeu, invite la mélancolie à la fête, l’émotion nous prend à la gorge, la réussite est totale (“Red Light”). En deux mots comme en 100 : ÇA TUE. Le tempo ralentit également en fin d’album (“Down The River”), la section rythmique relâche enfin l’étreinte avant d’offrir un crescendo qui, on l’imagine déjà aisément, donnera sa pleine mesure lors de fins de sets endiablés. Mais nous n’en sommes pas là. Nous voilà déjà comblés. Les frères Sourice détiennent toujours la formule, elle se marie merveilleusement bien avec celles des frères Belin. Cette union était une brillante idée, ce retour aux affaires est une bénédiction. C’était long toutes ces années, ne nous faites plus jamais ce coup-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DES THUGS – IABF Chronique à retrouver également dans le New Noise #47 Février-Mars...

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Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

(4AD, 18 janvier 2019) S’il est vrai que l’actualité du moment n’incite pas vraiment à l’optimisme, on a connu des titres d’albums plus engageants. La crainte était donc de se coltiner un Deerhunter fleurant bon la sinistrose. Heureusement il n’en est rien, ou si peu. Si la mélancolie s’avère assez prégnante sur ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared?, on retrouve une diversité fort appréciable et surtout deux des forces récurrentes de ce groupe : des morceaux qui nous semblent très vite familiers (“Element”, “What Happens To People”, “No One’s Sleeping”) et une capacité à susciter l’envie d’en explorer tous les recoins, en quête d’éventuels trésors cachés. Des trésors on n’en trouve pas toujours, pas partout et peut-être pas aussi mirifiques que ceux dénichés dans Microcastle ou Halcyon Digest, mais on revient rarement bredouille. Et les arrangements d’une grande finesse (“Greenpoint Gothic”, “Nocturne”) ne manquent pas de susciter l’enthousiasme, comme la direction inattendue empruntée par certains morceaux. Ainsi, quand en début d’album, “Death In Midsummer” nous plonge dans l’époque médiévale avec cet étrange clavecin anachronique, on reste d’abord interdit avant de se laisser embarquer. Car très vite, Bradford Cox enfile son costume de troubadour pour amuser la galerie. C’est du Deerhunter après tout, et ce n’est pas le genre de la maison de nous laisser planter là. Alors non, tout n’est pas parfait. “Détournement” ne parvient pas à susciter grand chose si ce n’est détourner notre attention, “Tarnung” nous emmerde un brin avec ses contours jazzy et globalement Deerhunter ronronne un peu trop sur la face B… Mais la pop de Deerhunter possède toujours ce truc qui fait la différence et s’il y a bien quelque chose qui n’a pas disparu à l’écoute de ce disque, c’est notre enthousiasme pour un groupe qui cultive toujours mieux que quiconque sa singularité. Jonathan...

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The Cure va sortir un nouvel album… et ce n’est pas une blague !

The Cure va sortir un nouvel album… et ce n’est pas une blague !

Un peu comme le nouveau Tool, attendu depuis des lustres et constamment repoussé, le prochain album de Cure est un éternel serpent de mer qui prend un malin plaisir à revenir régulièrement dans les conversations mais qui nous échappe depuis plus de 10 ans. Alors que le groupe de Robert Smith qui fête ses 40 ans de carrière, effectuera une tournée des grands festivals européens l’an prochain, incluant un passage à Rock En Seine fin août, et qu’il vient tout juste d’intégrer le Rock And Roll Hall Of Fame, en compagnie de Radiohead et Janet Jackson (ça sert à rien mais on imagine que ça doit faire plaisir), son légendaire chanteur-guitariste a indiqué que 4:13 Dream aurait bien un successeur l’an prochain “En voyant tous ces nouveaux groupes, j’en ai écouté quelques uns et rencontré beaucoup, ce qui m’a, en quelque sorte, inspiré pour faire quelque chose de nouveau. Donc oui, nous allons finir ce qui sera notre premier album en plus d’une décennie dans environ six semaines. Nous en sommes tous très excités.“ Nous aussi. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE DISINTEGRATIONLIRE LA CHRONIQUE DE PORNOGRAPHYLIRE LE REPORT DU CONCERT À LONDRES EN...

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Au revoir et merci Pete Shelley (Buzzcocks)

Au revoir et merci Pete Shelley (Buzzcocks)

Il était un des grands noms du punk anglais et il vient de nous quitter à l’âge de 63 ans. Pete Shelley, chanteur-guitariste des Buzzcocks, aurait succombé à une crise cardiaque jeudi 6 décembre. En 1976, il formait avec Howard Devoto les Buzzcocks à Manchester et participait ainsi à la vague punk anglaise, aux côtés des Sex Pistols et Clash, qui allait mettre un bon coup de latte dans la fourmilière rock et rebattre les cartes. Les Buzzcocks c’était l’urgence punk mêlée à l’efficacité pop de mélodies imparables, les Buzzcocks c’était des tubes à gogo, regroupés dans la formidable compil Singles Goin’ Steady revenant sur la période phare du groupe entre 77 et 79, où ils ont sorti 4 albums essentiels qui inspireront des générations entières. Après une séparation en 1981, le groupe s’était reformé 8 ans plus tard. Les Buzzcocks ont sorti leur dernier album, The Way, en 2014 et avaient célébré leurs 40 ans de carrière il y a deux ans au cours d’une grande tournée. RIP Pete Shelley Quelques classiques des...

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The Beatles – The Beatles

The Beatles – The Beatles

Noël approche à grands pas et avec lui sa cohorte de rééditions, compilations, nouveaux packaging en tous genres pour nous faire cracher une fois de plus au bassinet. Et dans ce grand déballage mercantile, une perle, un pur chef d’œuvre des sixties élaboré par LE PLUS GRAND GROUPE POP de l’histoire de la musique contemporaine. Pas besoin de le citer, vous l’avez deviné il s’agit bien entendu des Beatles et la réédition qui fracasse tout est celle de The Beatles ou White Album ou Double Blanc chez nous les Frenchies. Pour ses 50 ans, le disque s’est offert un toilettage de première classe. Mené par Giles Martin, fils du producteur historique des Beatles, Georges Martin, décédé il y a quelques années. Et en cette période propice aux cadeaux, la nouvelle livraison de ce très fameux album blanc est quasi simultanée avec le concert donné par Sir Paul McCartney à Paris, dans le cadre de la tournée « Freshen Up », rafraichissante et nostalgique prestation d’un jeune homme de 76 ans entouré de fines lames. Mais j’y reviendrai plus tard. Concentrons-nous plutôt sur The Beatles. Ce disque donc, que contient-il ? Vous le trouverez dans de multiples versions incluant DVD, inédits, chutes de studio, version acoustiques, indispensables ou superfétatoires, c’est selon et votre point de vue sur les bonus est bien entendu subjectif et très personnel. Mais THE record itself, ce génial fourre-tout dans lequel on retrouve des chansons écrites par Lennon/Macca bien sûr, mais aussi quelques merveilles de Georges Harrison (“While My Guitar Gently Weeps”), et l’unique (et pas inoubliable) composition de Ringo « Don’t Pass Me By », il est comment vous demandez-vous. Et bien loin d’être une vulgaire compilation des chansons de chacun, comme cela est colporté depuis un demi-siècle, il s’agit d’un feu d’artifice, dont certaines fusées sont sidérantes de modernité. Le travail au niveau du son qui a été fait ici contribue à sa modernité farouche. Les guitares fusent, la basse claque, les cymbales frissonnent et nous avec. Et les voix ! Chant soit apaisé, murmuré ou rugissement de fauve, renforcé par les chœurs des trois autres. C’est juste hallucinant. On ne l’a peut-être pas assez dit, alors je l’écris ! Aujourd’hui les Beatles font partie du patrimoine de l’humanité et ont écrit un paquet de chansons gigantesques. On y va. Décryptage d’un patchwork de trente titres écrits durant leur séjour en Inde. Début de la fête avec l’atterrissage d’un Boeing (à l’époque Airbus n’existe pas encore…). Moteurs hurlants relayés par la batterie épileptique de Ringo, les guitares en fête et le piano bastringue martelé par Paul. Vous avez reconnu « Back In The USSR », mélodie démente, chant et harmonies vocales à tomber. 2’44 de bonheur, et l’avion se pose pour laisser John déclamer « Dear...

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