Eels – The Deconstruction

Eels – The Deconstruction

On avait quitté Eels, tout penauds, frustrés comme il faut par le très (trop) sinistre The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett. Bonne nouvelle : The Deconstruction, s’il ne chamboule aucunement nos repères Eelsiens, est bien plus souriant et démarre sous de meilleures auspices. Un Eels, requinqué et fringant, se permet même d’improbables “chalala” et “choubidoubidou” dès la deuxième piste (“Bone Dry”). Bien dans ses bottes le bonhomme ? N’exagérons rien. Eels a morflé, ce n’est un secret pour personne (surtout pas pour ceux qui ont lu son autobiographie) et il n’est pas prêt de se départir de ses ballades introspectives. Après tout, un de ses meilleurs albums (Electro-Schock Blues) en était presque rempli. Mais aujourd’hui, il ne parvient plus vraiment à nous toucher droit au cœur. On ne voudrait pas passer pour de gros bâtards insensibles mais il n’y a rien qui ressemble plus à une ballade de Eels qu’une autre ballade de Eels et il apparait clairement que ses plus belles sont derrière lui. J’en veux pour preuve les poussives “Sweet Scorched Earth” et “In Our Cathedral”, l’épouvantable “The Epiphany” ou la quelconque “There I Said It”. Puisqu’il faut bien une exception qui confirme la règle : le morceau-titre qui ouvre l’album est lui une vraie belle réussite avec ses superbes arrangements de violon. On en redemande, et on en aura.. très peu. Heureusement toutefois que l’ami E n’oublie pas que la vie a aussi ses bons côtés et nous offre quelques friandises pop, reçues comme autant de bouffées d’air frais (“Bone Dry” donc, mais aussi la groovy en diable “Today Is The Day” qui contrebalance efficacement la désespérante “The Epiphany”). L’énergique et roublarde “You Are The Shining Light” nous rappelle aussi pourquoi notre attachement à cet artiste est grand. Citons enfin l’un des meilleurs morceaux, “Rusty Pipes”, et ses chœurs à la Morricone qui rajoutent une dimension épique, sans en faire trop. On signe, mais on va devoir se contenter de ça. Pas de quoi faire des triples saltos arrière d’enthousiasme mais il y a au moins matière à sauver les meubles et équilibrer quelque peu un bilan qui demeure bien terne. Jonathan...

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King Tuff – The Other

King Tuff – The Other

Quand on aime, on ne compte pas, dit-on. Il semblerait que ce ne soit pas tout à fait vrai. Je compte. Dix ans depuis le dernier album de Witch et surtout depuis que j’ai découvert rétroactivement le précédent, qui doit être dans le top 20 de mes disques préférés aujourd’hui, et qui a éveillé mon intérêt pour Kyle Thomas. Six ans depuis le deuxième album de King Tuff, le premier sorti chez Sub Pop, qui enchaine les tubes power pop teintés de glam 70s, qui démontrait un savoir mélodique et une capacité à composer des pépites pop rock hors pair et qui surtout m’avait mis une sacré claque, au point de faire rentrer Kyle Thomas dans ma liste des artistes à suivre coûte que coûte. La seule chose que je ne peux pas compter, c’est le nombre d’écoute des disques sus-cités. Quatre ans depuis le dernier disque de King Tuff, chroniqué ici, et depuis une interview intéressante où l’artiste nous donnait quelques pistes pour entrer dans son univers, notamment son envie de ne jamais vraiment refaire la même chose. Et un écart deux fois plus grand entre le disque qui sort cette année et Black Moon Spell qu’entre ce dernier et celui d’avant. Depuis, une tournée mondiale dans le groupe de son pote Ty Segall, dont je trouvais que la musique avait tendance à déteindre sur Thomas, et de longs mois d’interrogations sur ce qu’allait bien pouvoir devenir King Tuff. Puis trois singles présentés en avance et des réponses qui laissent presque plus de questionnements sur ce qu’allait être le disque. The Other s’ouvre par le morceau éponyme, qui ne respire pas la joie de vivre, longue ballade monotone qui pourra paraitre aussi chiante à celui qui y reste hermétique que sincèrement émouvante. Étonnamment, je suis passé après quelques écoutes de la première à la deuxième catégorie. Après cela, le reste est plutôt homogène, mais paradoxal : c’est toujours de la pop marquée par les années 70, dansante et enjouée à  l’exception des ballades, on sent la patte de King Tuff dans les compositions, mais le style général est plus tourné vers ce qu’on pourrait qualifier de “disco” sans faire vraiment musique de boite, les chansons restent simples mais l’instrumentation plus complexe ; et paradoxal pour moi, l’ensemble est indéniablement de qualité mais ne m’accroche pas du tout. Mine de rien, deux disques déjà de l’artiste avec lesquels je me sens en décalage. Et pourtant, même s’il ne me plait pas trop, je ne peux pas m’empêcher d’y revenir un sourire aux lèvres, de l’écouter avec bienveillance et intérêt. Je ne connais pas Kyle Thomas personnellement, mais j’ai l’impression d’écouter le disque d’un ami qui serait dans un délire musical...

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5 chansons, 5 disques par J.C. Satàn

5 chansons, 5 disques par J.C. Satàn

Changement de bassiste ou pas, certaines choses sont immuables. J.C. Satàn t’en met toujours plein la tronche sur scène. Et les nouveaux morceaux du fraichement sorti Centaur Desire, font le poids avec les hymnes (le mot est lâché) précédents. Avant cette nouvelle démonstration de force à La Clef (St-Germain) où ils partageaient l’affiche avec Jessica93, on a parlé autour d’une bouteille de Jack de 5 chansons de J.C. Satàn puis de 5 albums de leur choix. Et on a disgressé. Beaucoup. C’est bien parfois de disgresser. 1 – Loin De Moi (Satan EP, 2010) C’est le seul écrit en français. Parce que c’est hyper chaud d’écrire en Français ? Arthur (guitare, chant) : parce qu’elle était italienne et ne parlait pas encore aussi bien le français que maintenant. C’était vachement plus charmant je trouve, son texte est vachement plus touchant dit comme elle le dit que n’importe quel français qui l’aurait écrit comme un français. Paula (chanteuse) : c’est trop gentil. C’est toujours plus compliqué de trouver de la musicalité dans le français. C’est pas un obstacle qui s’est présenté par la suite ? Arthur : j’aime pas comment les français utilisent la langue dans la musique, sauf dans certains styles où ça marche. Je trouve qu’un étranger est beaucoup plus touchant. Paula : c’était vraiment un des premiers morceaux qu’on a faits, peut-être le 2 ou 3e. On savait même pas que c’était un groupe, on faisait juste des choses pour rigoler. Et je parlais encore plus mal le français parce que j’habitais pas encore en France. Vous étiez que tous les deux à la base ? Paula : quand on a fait les tout premiers morceaux, oui. Le but n’était pas de faire un groupe, c’était juste pour s’amuser entre potes. Lui avait déjà de la musique enregistrée, il savait pas quoi faire avec. Il m’a demandé de chanter dessus. (A Arthur) Même pour toi c’était difficile de chanter en français. Arthur : oui, tu te rappelles ! C’était hyper dur. Moi quand je chantais ses textes, j’avais envie de faire les mêmes fautes de français pour se détacher. Le français c’est une langue qui se regarde écrire, parler, qui s’écoute beaucoup parler. Il y a une vraie poétique dans l’écriture du français. Romain (batterie) : en anglais, tu chantes beaucoup plus du nez et en français c’est beaucoup plus dans les basses. Du coup en termes de fréquence, c’est pas du tout facile à mixer. Dorian (claviers) : ça ressort moins. Arthur : le français a souvent été mieux utilisé par les belges. Ça se déclame, y a une écriture dans la métrique, la façon de placer les mots. Il y a des accents en anglais...

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Volage – Sittin’ Sideways

Volage – Sittin’ Sideways

Lorsque j’ai appris que Volage sortait un second album je me suis dis “ça peut être sympa, ils vont nous refaire le coup du Ty Segall à la française.” Le 1er single “Permanent Feeling” m’a vite confirmé cette impression de déjà vu comme aiment le dire nos amis d’Outre-Manche. C’est du garage maîtrisé qui pourrait être sur Manipulator de ce cher Ty. Puis, sort leur second single “Never Heal” et là ils font exploser mes préjugés sur ce nouvel album et me donnent plein d’espoir. Ce single est une merveille pop avec des arrangements piano cordes rappelant le meilleur de la pop anglaise des 60’s. Une fois ma curiosité attisée et à la demande de notre rédac’ chef de lui pondre un article, je décide de me jeter dans l’écoute de cet album. Récit. “Permanent Feeling”, dont nous avons déjà parlé, ouvre la première face dans la continuité de Heart Healing (premier album sorti il y a 4 ans tout de même). Puis vient “Sittin’ Sideways” qui donne à la fois son nom à l’album et annonce également sa touche pop empreinte de nostalgie. “Spleen” et “Whispers” reviennent sur des sentiers plus balisés et énergiques. Le premier, avec la participation de Nathan Roche du Villejuif Underground, martèle sa rythmique efficace digne d’un bon vieux Black Rebel Motorcycle Club. Le second, segallien à souhait (on n’oublie pas si facilement ses premiers amours), se distingue tout de même par son refrain soigné quand la fuzz s’efface au profit de la mélodie. La seconde partie de l’album confirme cette touche pop plus affirmée dans le garage de Volage. L’enjouée “Fever” se révèle parfaite pour un dimanche matin rempli d’insouciance, quand la folk “Handkerchief Waver” nous entraine au coin du feu. “Sally’s Code”, plus complexe qu’elle n’en a l’air, pourrait s’apparenter à une fusion entre un morceau des Doors et un refrain des Beach Boys. Osé, et réussi. “Never Heal”, quant à elle, clôt magnifiquement l’album. Un vrai tube pop qui donne le sourire telle la photo toutes dents dehors (signée Martin Parr) qui illustre l’album. Volage a grandi, Volage a mûri en s’éloignant de cette image de « faiseur » de garage-psyché (registre très encombré) pour trouver une identité garage-pop plus affirmée, et beaucoup plus prometteuse, dont on pouvait déjà percevoir les prémices sur Heart Healing, avec “Wait” ou “Love Is All”. La production est soignée avec de nombreux arrangements de cordes et piano. Les 4 gars de Touraine sont dans le vent et ont choisi une direction artistique qui leur va à merveille. Un bonheur. Alain Dutertre   LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – HEART...

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Délage – Loverboy Beatface

Délage – Loverboy Beatface

Qu’il est bon parfois d’envoyer valser ses préjugés. Si j’avais lu le communiqué de presse, je n’aurais peut-être jamais cliqué sur le lien de “Loverboy Creation”. De la pop à synthés, brrr. Même si je ne rejette pas en bloc toute musique synthétique (vouant même un culte à un certain Robert S.), j’ai globalement beaucoup de mal quand ils prennent le pas sur les guitares. Alors, une pop romantique très synthétique, il y avait de quoi me faire fuir. Et finalement ce Délage (un allemand comme son nom ne l’indique pas) a un je ne sais quoi qui m’accroche bien l’oreille. Une voix caverneuse et réconfortante qui nous susurre des mots doux (sans une once de niaiserie) sur des instrus pour le moins lo-fi et tout à fait chaleureuses (on s’imagine bien danser en tongs un cigare au bec sur “Sweet Tender Summer Apricote”). Si la nostalgie est bien présente (“Sun Keeps Raining Down”), rien de pompeux ni de plombant dans ce disque, Délage se distingue au contraire par une simplicité somme toute rafraichissante. Ne nions pas qu’une certaine monotonie peut pointer le bout de son vilain nez par moments (on vous a dit qu’il y avait beaucoup de synthés ?), mais au final le plaisir d’écoute l’emporte haut la main (la guillerette “I Need Love” ou la délicate mélopée enfumée de “Dream Of Me”). Et les imparables tubes “Loverboy Creation” et “Call Me Today” achèvent de convaincre. On a beau dire, on a beau faire, de bonnes mélodies ça reste l’arme ultime en musique… Et avec ça on peut flinguer bien des préjugés. Jonathan Lopez Délage – Loverboy Beatface by...

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