Lee Ranaldo – Electric Trim

Lee Ranaldo – Electric Trim

Les temps changent et les gens évoluent. Même nos héros, il faut l’accepter. La jeunesse sonique de Lee Ranaldo n’a jamais semblé si loin. Après avoir tout cassé, poussé ses guitares dans leurs retranchements parfois insoupçonnés, Lee Ranaldo souhaite désormais faire de belles chansons. Il n’y a rien de mal à ça. Déjà c’est pas tout à fait nouveau (Between The Times And The Tides et Last Night On Earth partaient déjà dans cette direction mais restaient connectés au passé) et puis c’est beaucoup plus respectable que certains virages pris récemment par des groupes qu’on aimait beaucoup (Arcade Fire, Queens Of The Stone Age ou même Beck). L’album démarre par la contemplative « Moroccan Mountains » et ses arpèges orientaux en introduction. Jolie mise en route tout en douceur, malgré quelques sursauts inopinés. Ranaldo a l’air inspiré par ses voyages après la remarquable « Lecce Leaving » qui ouvrait son précédent album. « Uncle Skeleton » est un poil plus électrique mais emprunte des sentiers forts balisés avec cette touche pop/classic rock. L’audacieux Ranaldo s’offre même quelques sonorités électroniques et un final un brin épique tous choeurs dehors. Il a parlé des Beatles comme une de ses influences principales pour ce disque, on veut bien le croire. S’il n’atteint pas toujours la magie des compos des scarabées (qui a dit jamais au fond de la salle ?), la filiation est évidemment plus évidente que celles qu’on pouvait lui prêter par le passé (Velvet Underground ou Televisionquand les guitares dissonantes étaient son dada). Les harmonies ont supplanté le bruit. Le parti pris est plus assumé que jamais. Lee Ranaldo est un homme neuf, tout propre. Son chant n’a jamais été autant en avant (comme il nous l’expliquait en interview). N’allez pas croire pour autant qu’il s’est mis à hurler son bonheur sur tous les toits avec une niaiserie confondante. Non, ce disque est fortement empreint de mélancolie (l’excellente « Let’s Start Again », « Last Looks » qui s’octroie toutefois une surprenante bouffée de fraicheur lors d’un spoken word de Ranaldo dans une ambiance quasi vahinée,  « Electric Trim » qui dessine sur notre visage un petit sourire triste – franchement triste au moment des choeurs pas très inspirés). Tout en demeurant de facture assez classique (entre pop/rock et folk), Electric Trim conserve un soupçon d’originalité avec quelques audacieux pas de côté et la patte toujours affirmée de son compositeur (bien entouré, rappelons-le, de Nels Cline de Wilco, Sharon Von Etten ou l’homme à tout faire Raul Refree). On n’ira pas vous faire croire que Lee Ranaldo n’a jamais rien sorti d’aussi génial. Vous n’êtes pas totalement des buses. Ce disque est globalement très agréable à défaut d’être tout à fait renversant. En tout cas, Lee ne regarde plus dans le rétro...

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Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Bon allez, assez ricané avec le pathétique dernier album de Queens Of The Stone Age où Josh Homme s’est pris pour un chanteur rnb. Ne nous attardons pas non plus sur son prédécesseur …Like Clockwork où il se prenait pour Elton John (il l’avait même invité !) mais séduisait quand même grâce à la qualité de sa plume, de sa voix et de son groove. Revenons à la base, la sève, le nec plus ultra : ce qui fait que QOTSA est devenu QOTSA, c’est à dire, n’ayons pas peur des mots, le plus grand groupe de rock du 21e siècle. Déjà Josh Homme la jouait collectif à l’époque et il avait bien raison vu l’escouade de luxe qu’il se trimballait. Pour rappel, pour ceux qui reviennent d’un voyage sur mars, le garçon avait ni plus ni moins Nick Oliveri et Mark Lanegan à ses côtés. Et tel un PSG blindé de dollars qataris, il avait choisi de se renforcer davantage encore avec son Neymar à lui, répondant au doux nom de Dave Grohl. Rien de tel pour dynamiter les défenses. Et pourtant contrairement à ces tocards du PSG, QOTSA avait une âme et déjà un talent fou avant de gagner au loto. Il avait pondu un premier album éponyme faisant idéalement le lien avec l’après-Kyuss et le déluge à venir. Et il avait mis à genoux tous ceux qui s’étaient frottés au monumental Rated R. De la « pop » violente, planante, galvanisante, de la pop non pas à chanter sous la douche mais à hurler entre potes tellement que ça fait du bien. Tellement que c’est bon. Alors pourquoi je vous parle de Songs For The Deaf me direz-vous ? Parce qu’il a 15 ans. Et nous, chez Exit Musik on est un peu cons, quand un disque qui nous branche fête son anniv, on dégaine la plume. Cette précision inutile étant faite, on a beau dire, on a beau faire : Songs For The Deaf est quand même un putain d’album. Songs For The Deaf est un peu (TOUTES PROPORTIONS GARDÉES) à Queens Of The Stone Age ce que Nevermind est à Nirvana (vous le dites quand je vous soule avec mes comparaisons foireuses, hein ?) : le disque qui les propulse dans une nouvelle dimension, qui ringardise les autres productions rock de son époque, le disque blindé de tubes qu’on a tous entendus 400 fois (400 000 pour Nevermind), le disque pour lequel on aime bien prendre notre air snob et hautain parce qu’il est devenu trop convenu de l’aimer. Mais surtout le disque que quand tu le remets sur ta platine, tu kiffes ta race. Et c’est quand même ça qui compte, au final. Parce que...

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The National – Sleep Well Beast

The National – Sleep Well Beast

The National. Je n’ai jamais trop aimé ni compris ce nom. Peut-être que depuis qu’ils ont débuté dans l’anonymat comme une bande de potes dans un garage, le groupe rêvait déjà d’un destin (inter)National. Aujourd’hui il y est parvenu, tout en conservant, et c’est là l’exploit le plus notable, un statut respectable, pour les amateurs d’indie rock qui n’ont pas oublié leurs débuts et n’ont pas (encore ?) été horrifié par leur évolution. Une raison toute simple à ça : The National sait écrire des chansons. Des putains de belles chansons, même. Des chansons immaculées empreintes d’une classe inimitable tout en retenue et délicatesse, et ils nous refont le coup sur ce disque (« Nobody Else Will Be There », « Walk It Back » qui pourtant se paye une intro électro qui aurait pu faire fuir les moins téméraires, les magnifiques tire-larmes « Carin At The Liquor Store » ou « Guilty Party »). A quelques exceptions près (« Day I Die » et son gimmick électrifié qu’on croirait piqué à Interpol, « The System Only Dreams In Total Darkness » et son refrain trop grandiloquent, le sirupeux « Dark Side Of The Gym », un peu trop dark side of The National), le quintet de Cincinatti joue toujours mieux que quiconque à l’équilibriste sur le fil ténu qui les sépare du rock de stade. The National partage des points communs avec Coldplay, certes, mais ne boxe assurément pas dans la même catégorie. Il conserve une exigence avec des compos recherchées, peaufinées qui évitent soigneusement la facilité (les parties de batterie toujours subtiles et incentives, « Walk It Back » et sa pincée d’électro qui vient salir le tout, « Empire Line » qui démarre de façon convenue avant un final qui grimpe en hauts cieux sans jamais perdre en finesse). Comme souvent, le ton mélancolique à outrance et la voix un brin monotone de Matt Berninger peuvent quelque peu nous faire décrocher sur la durée d’un album. En cela, le choix d’une montée d’adrénaline (« Turtleneck ») dans ce décor quelque peu policé en milieu d’album aurait pu se révéler judicieux mais ce chant criard n’est assurément pas celui qui sied le mieux à Matt. Qu’importe, loin d’être le meilleur The National, Sleep Well Beast parvient tout de même aisément à éviter l’écueil dans lequel se sont vautrés Arcade Fire et Queens Of The Stone Age cette année, et offre bien plus qu’un disque bon à jeter en pâture aux fidèles auditeurs de RTL2....

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Queens Of The Stone Age – Villains

Queens Of The Stone Age – Villains

Une fois n’est pas coutume, puisque ce disque divise la rédaction, voici deux chroniques aux avis diamétralement opposés. POUR // Voilà l’objet de la discorde, le centre de la polémique, le disque des Queens Of The Stone Age que même les fans risquent de trouver à chier, et qu’il y aura pourtant toujours des contradicteurs invétérés pour défendre. Sauf que cette fois, le contradicteur invétéré, c’est moi. C’est d’autant plus étonnant que je n’avais pas tellement aimé le dernier album en date, ni la collaboration avec Iggy Pop, et que j’ai une aversion naturelle assez forte pour le pop rock dansant, surtout quand il est teinté années 80. Ajoutez à cela que j’ai trouvé le premier morceau à avoir fuité, « Feet Don’t Fail Me » très, très mauvais à la première écoute. Bref, je n’avais a priori pas du tout le profil pour défendre cette nouvelle sortie, d’autant plus que je n’aime aucun album du groupe depuis le départ d’Oliveri, à l’exception de quelques chansons par-ci, par-là. Or, c’est peut-être justement pour ça que je suis plutôt bienveillant à l’égard de Villains. Déjà, contrairement à Lullabies To Paralyze et les albums qui ont suivi, ce n’est pas une variation sur le thème de Songs For The Deaf en moins réussi, ce n’est pas une répétition moins convaincante de la formule Queens Of The Stone Age, et c’est déjà respectable en soi. Mais le meilleur moyen d’expliquer ce qu’il y a de positif dans ce nouveau disque, c’est de le comparer au précédent. Pour moi, …Like Clockwork, fortement surestimé ici-même, était un échec. Une tentative louable pour Josh Homme de renouveler sa musique, avec de vraies incursions pop rock, mais pas assez franches. D’une part, les morceaux purement pop n’étaient pas tous réussis (« …Like Clockwork » en étant l’exemple le plus flagrant), et d’autre part, ils étaient noyés entre des morceaux typiques du rouquin complètement anecdotiques mis là comme pour rassurer les fans que c’était bien un album de Queens Of The Stone Age et des ratages complets malgré la présence de pléthore de guests (« If I Had A Tail », le pire morceau qu’ait écrit Homme ou pas loin). Au final, une seule réussite, grandiose, le titre « I Appear Missing » qui était la meilleure chanson du groupe à sortir depuis longtemps. À l’époque, je m’étais dit que Josh Homme gagnerait à assumer pleinement son envie de faire du pop rock. Cette orientation s’est confirmée avec le dernier album d’Iggy Pop, dont les plus gros défauts à mon goût étaient une influence très marquée des années 80 et une trop grande molesse. Un délire musical qui ne me plait pas avec des chansons qui ne me plaisent pas, ça ne pouvait pas décemment...

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Marietta – La Passagère

Marietta – La Passagère

Aah notre belle langue française. Nous la chérissons pour ce qu’elle représente à travers les âges, et grâce à ceux qui l’ont élevée au rang de fierté du patrimoine. Mais musicalement c’est souvent une autre histoire. De mauvais textes en français, ça pardonne moins et il n’est pas chose aisée de faire « sonner » cette langue si riche et complexe. Marietta qui s’était jusque-là contenté de la langue de Shakespeare, beaucoup moins retorse, se jette dans le grand bain. Audacieux. Et périlleux. Les illustres ainés semblent beaucoup moins nombreux que les prédécesseurs peu glorieux. Et si on salue partout dans le monde le chic de la langue de Molière, ceux qui sont parvenus à s’exporter avec un chant en français demeurent des exceptions. Pour le chroniqueur aussi, l’obstacle est de taille. Son premier album, Basement Dreams Are The Bedroom Cream, fait de bricolage bancal, de chansons brinquebalantes, gentiment lo-fi, nous avait fortement enthousiasmé (tout comme ses travaux au sein des excellents The Feeling Of Love). Il semble loin derrière. Marietta prend le pari audacieux de s’inscrire dans un registre plus classique de pop/chanson française, au risque de passer parfois pour de la variété. La frontière est mince, et Marietta, tout talentueux qu’il est, n’évite pas l’écueil. Si les textes sont assez fins et de qualité, on peine toutefois à s’emballer pour ces compositions globalement trop sages et maniérées (« L’électricité », « Nos Ventres Nus ») et certains partis pris peinent à convaincre (les velléités électroniques de « L’insecte Dans Ma Bouche », les textes crus de « La Grande Ville Malade » où le Guillaume se mue en gros dégueulasse qui « veut baiser, être défoncé, sortir (sa) bite, (…) pisser sur les voitures et éjaculer sur les tatouages »). Heureusement il reste des pop songs de qualité (« Livide La Nuit ») et quelques virées psychédéliques perçues comme autant de bouffées d’air frais (« La Carte », le voluptueux « La Passagère » et son final généreux, « La Bouche Du Vent » qui offre quelques réminiscences instrumentales de « Chewing Your Bones » nous offrant ainsi quelques regrets nostalgiques). Marietta a mis les formes à ce disque qu’on ne balancera pas aveuglément aux orties. Le garçon est doué, cela va sans dire. Il a simplement emprunté un chemin qu’il nous est parfois difficile de suivre. La tentative est louable mais la concrétisation guère convaincante. Qu’à cela ne tienne, n’enterrons pas trop vite Marietta qui a sans doute plus d’un projet dans son sac. JL   Lire la chronique de Basement Dreams Are The Bedroom Cream Lire la chronique de The Feeling Of Love – Reward Your...

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