Funeral d’Arcade Fire a 15 ans. Chronique

Funeral d’Arcade Fire a 15 ans. Chronique

(Merge, 14 septembre 2004) Il y a quinze ans, on assistait à l’avènement d’un groupe phare des années 2000 : Arcade Fire. Le groupe canadien, originaire de Montréal, réussissait le coup de maitre de sortir un classique intemporel dès son premier album. Et son meilleur disque (?). Très tôt adoubé par David Bowie (y’a pire pour débuter dans le métier) et acclamé par la critique nord-américaine, Funeral a rapidement déferlé sur l’Europe. Déjà très amateur de la scène canadienne et du label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think…), je suis forcément tombé sur ce disque en 2005 à sa sortie européenne. Avec un nom pareil, on pouvait craindre un album sombre et les premières écoutes furent assez surprenantes. Malgré de nombreux décès survenus dans l’entourage du groupe à l’époque de la genèse du disque, c’est pourtant une énergie folle et un lyrisme incandescent qui émanent d’une bonne partie des 10 titres. Comme une furieuse envie de (sur)vivre. Malgré le deuil, le groupe va aligner hymnes (pop)-rock épiques et addictifs, alternant avec quelques titres touchants et plus introspectifs (le folk élégant de « Neighborhood#4 (7 Kettles) »). L’album est riche, plein de surprises, foisonnant d’instruments divers, et de cordes élégantes. Et malgré une production qui sonne aujourd’hui un peu « plate », le charme opère toujours. Par la grâce d’un songwriting d’orfèvre. Dès les premières notes de piano de « Neighborhood#1 (Tunnels) », on replonge. Le rythme en crescendo, le motif répétitif piano-guitare, le chant erratique mais habité de Win Butler, les envolées de cordes. Quelle ouverture d’album ! Le groupe a soigné ses effets et la clôture est tout aussi sublime avec ce « In The Backseat » explicite où la voix, tour à tour fragile et déchirante de Régine Chassagne fout le frisson. Sur le titre le plus tragique, évoquant la mort de sa mère. Si l’on peut trouver à redire sur la qualité technique et vocale du duo Butler-Chassagne, la sincérité, la fragilité et l’émotion qui émanent des titres plus intimistes emportent l’adhésion. Et le groupe est par ailleurs capable de semer un beau petit brin de folie dans des titres de facture classique comme « Une année sans lumière » ou « Crown Of Love », au final assez halluciné tout en violons. Ou de s’évader vers d’autres contrées musicales comme sur le tropical « Haiti » qui évoque (en partie en français) le pays d’origine de Régine Chassagne. Mais c’est surtout l’énergie flamboyante du septet qui irradie des titres les plus énervés. Pour un « Neighborhood#2 (Laïka) » un poil faiblard, on a un trio de titres parfaitement disséminés dans l’album pour ranimer le feu qui couve. « Neighborhood#3...

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Supergrass : un inédit, un coffret et une date à Paris

Supergrass : un inédit, un coffret et une date à Paris

Alors que les fans d’Oasis espéraient la reformation du groupe mancunien cet été à Glastonbury, c’est un autre groupe culte de la britpop qui vient d’effectuer son retour vendredi dernier en montant sur la scène de la Pilton Party du Glastonbury, j’ai nommé Supergrass. Dans la foulée, la formation pop-rock anglaise la plus talentueuse de sa génération vient d’annoncer une tournée en 2020. Une reformation assez inespérée, chacun de ses membres ayant attaqué une carrière solo. Leur grand retour à Paris se déroulera sur la scène du Casino de Paris le 4 février prochain. Les places seront en vente le vendredi 13 septembre à 9h et devraient s’arracher très vite… Le groupe a par ailleurs annoncé la sortie d’un coffret Best Of Supergrass: The Strange Ones 1994-2008 pour célébrer le 25e anniversaire de la sortie de I Should Coco le 24 janvier 2020 sur BMG. Il contiendra les six albums originaux du groupe sur picture disc LP et CD, des CD bonus de prestations live inédites, des B-sides, des remixes, des raretés studio, des démos, des versions acoustiques, quelques étrangetés, de nouveaux mixes, un livret deluxe, des posters et des badges. Au total, c’est plus de 6 heures d’inédits qui seront regroupés dans ce coffret pour le moins garni. En attendant, on s’écoute le premier titre dévoilé, une reprise de « Next to You », de The...

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PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

Après avoir célébré en grande pompe ses 40 ans de carrière l’année passée à Londres, fêté les 30 ans du chef-d’oeuvre Disintegration en juin dernier à Sydney, fait (enfin !) son entrée au Hall of Fame, The Cure continue de bâtir sa légende en 2019. Robert Smith a même récemment évoqué la sortie prochaine du nouvel album, éternel serpent de mer, 11 ans après 4:13 Dream. A deux jours de l’unique date française du groupe, à Rock en Seine, nous avons souhaité mettre l’accent sur des morceaux méconnus du répertoire des anglais, restés dans l’ombre des singles intemporels, mais qui n’en demeurent pas moins des grands titres. En veillant à piocher dans la quasi totalité de leur immense discographie, qui les a vus passer du post punk sautillant aux morceaux pop plus sucrées (un peu trop, parfois), en passant par la cold wave ténébreuse (never enough). Pensée émue pour Andy Anderson, ancien batteur du groupe, disparu en février dernier. (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. A noter que certains morceaux issus de la compil de raretés Join The Dots (“Babble”, “Fear Of Ghosts”) ne sont pas disponibles sur Spotify, ils sont remplacés par des versions alternatives instrumentales. Toutes nos chroniques et live reports de The Cure La playlist anti best of de...

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Ride – This Is Not A Safe Place

Ride – This Is Not A Safe Place

(Wichita Recordings / [PIAS], 16 août 2019) Il y a deux ans, Ride faisait son grand retour… par la petite porte avec un Weather Diaries bien décevant qu’on a très vite mis de côté, préférant se convaincre qu’il ne s’agissait plus tout à fait du même groupe. Aucun déni envisageable ici avec cette pochette qui joue avec nos sentiments en faisant ressurgir immanquablement la vague de Nowhere dans nos esprits nostalgiques et ce premier titre, « R.I.D.E. », sans équivoque. Quoique… Lorsqu’on lance l’écoute, il y a de quoi émettre de sérieux doutes. Un beat qui tabasse, une voix samplée quelque peu déshumanisée se contentant d’un simple mais percutant « RIDE ». Hormis un break brumeux aux voix lointaines, difficile de réaliser qu’on a affaire là à l’une des légendes shoegaze, et non à un quelconque DJ. S’ensuit un morceau très ensoleillé, improbable candidat au tube de l’été. Incontestablement réussi, « Future Love » joue ainsi dans un registre bien plus léger que ce qui nous avait fait succomber initialement au quatuor d’Oxford. Aucun mur du son, pas même un brin de saturation pour couvrir le chant d’un Mark Gardener étincelant, et des chœurs enjoués qui nous renvoient davantage aux 60s qu’aux heures glorieuses de la noisy pop. Passée la surprise, il faut accepter. Faire son deuil du Ride d’antan, se dire que finalement mieux vaut un groupe qui tente des choses, quitte à se planter parfois, que de vieilles gloires se reposant sur leur statut et se contentant de répéter inlassablement la même recette en employant des ingrédients de bien moindre qualité. Une fois cette réalité digérée, passons à la revue d’effectif. Et réjouissons-nous, que diable ! Car il y a indubitablement de bonnes choses sur ce disque : outre « Future Love », ne négligeons pas le planant et shoegazien en diable « Eternal Recurrence » , l’efficace (bien qu’un peu téléphoné) « Jump Jet », le nerveux et bruyant « Kill Switch » qui, lui, évoque carrément Jesus & Mary Chain, et le fait plutôt très bien… Le groupe ne fait donc pas tout à fait table rase du passé et nous procure en fin d’album une dernière réjouissance, et non des moindres, avec « In This Room » qui, après une entame quelque peu poussive, voit Ride lâcher la bride pour de bon et s’évader dans un long final éthéré qui nous pousse à lâcher prise. Du haut de ses 8’40, « In This Room » conclut en beauté et nous fait oublier les quelques ratés qui émaillent ce disque. Ce serait trop beau… Déplorons ainsi le roboratif et malheureusement bien nommé « Repetition » à la rythmique presque kraut. Un mélange des genres surprenant,...

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Thom Yorke – Anima

Thom Yorke – Anima

(XL Recordings, 27 juin 2019) “Vous avez aimé Suspiria ? Vous adorerez Anima !” Ok, vous n’êtes pas venus ici pour vous contenter d’un argument commercial digne d’un vendeur Darty, mais cette assertion sans équivoque n’a rien d’infondée. Permettons-nous même d’élargir le constat : si vous êtes sensibles aux derniers travaux de Thom Yorke (en solo ou avec son petit groupe confidentiel), cet album a largement de quoi vous séduire. En revanche, si vous vous ennuyez ferme depuis que le monsieur a emprunté une voie plus expérimentale, vous pouvez déguerpir d’emblée… mais sachez que vous avez tort ! Parce que ce disque, derrière ses atours austères, ses beats minimalistes et répétitifs, se révèle très vite envoûtant et finalement peu avare en mélodies (sur ce point-là, il offre davantage que le controversé The King Of Limbs de Radiohead et semble plus consistant que Suspiria qui souffrait de moments de creux inhérents au format B.O.). Dès « Traffic », nous voilà plongés dans le cerveau tourmenté de Thom Yorke (une fois de plus épaulé de son inséparable acolyte, Nigel Godrich). On avance à tâtons, les sonorités synthétiques s’entrechoquent, les voix démultipliées se perdent au milieu d’un maelstrom électronique. Thom Yorke bidouille, s’évade, s’engouffre dans de longues rêveries extatiques (« Last I Heard… (He Was Circling The Drain) », « Not The News » dont la menace grandit au fil des minutes). Exigeant, ce disque l’est sans nul doute, mais si de nombreuses écoutes attentives s’avèrent nécessaires pour en cerner les subtilités, certaines chansons se démarquent sans tarder. A commencer par « Twist » qui, en s’appuyant sur des rythmiques technoïdes, semble nous attirer vers le dancefloor avant que la voix presque immaculée de Yorke ne nous guide vers un émerveillement halluciné. La fascinante « Dawn Chorus » et ses synthés qui s’étirent au ralenti, s’apparente quant à elle à une lente errance emplie de mélancolie. On s’imagine au milieu de la nuit, marcher sur une route déserte, éclairée de faibles néons, aux côtés du leader de Radiohead. On se situe donc bien loin de l’épidermique et sautillante « Traffic » en ouverture qui, comme son nom l’indique, nous plongeait davantage dans un état d’agitation et de confrontation permanente. Dans un registre introspectif assez proche, « The Axe » tutoie les 7 minutes et flirte avec le sublime. Thom s’y révèle poignant lorsqu’il nous susurre « I thought we had a deal ». D’abord troublant, voire carrément anxiogène, Anima finit par captiver. Remarquablement équilibré, l’album a la bonne idée de ne pas nous réserver qu’une série de morceaux contemplatifs (qui à la longue auraient eu raison de notre attention). Pour nous éviter de fermer l’œil ou de sombrer dans des idées noires, la basse nous prend parfois par la main et vient titiller nos sens (« I Am A...

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