5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

C’est avec Pascal Benvenuti, directeur du label Et Mon Cul C’est Du Tofu? et membre unique du groupe Besoin Dead que nous inaugurons un nouveau style d’interview : d’abord, nous posons des questions à un artiste sur 5 chansons choisies dans sa discographie, puis c’est lui qui nous parle de 5 albums de son choix. C’est chez lui, autour d’un thé, que Pascal s’est prêté au jeu, au cours d’une discussion où il est à la fois question de l’éducation des années 80, d’enregistrement analogique et du marché de la cassette audio en Pologne. Entre autres choses…     5 Chansons   1 – Rock’n Roll (Micropenis – À Peu Près Comme Ça – 2005) Live at Montreuil by Micropenis Ce n’est pas ton premier groupe, si j’ai bien compris, mais pas loin? Pas loin… Le premier groupe vraiment avec de la composition. Les autres étaient essentiellement des groupes de reprises. Enfin, c’est un peu inexact car j’avais aussi deux groupes au lycée avec lesquels on composait : Sloth et Teenage Riot.   Le morceau est sur votre live, mais je n’ai pas trouvé de titre officiel.  Il s’appellait « Rock’n Roll », mais il n’est pas crédité sur le disque. Il apparaît en morceau caché. Il est un peu à part. Le riff de base, c’est une copine, Julia du groupe Missfist, qui l’a écrit mais elle n’en faisait rien donc à un moment je l’ai récupéré. C’était un riff tout bête. Le morceau peut sembler un peu débile, un peu second degré sur ce qu’est le rock’n roll. C’est à la fois ironique par rapport au DIY et surtout très sarcastique par rapport au monde mainstream du rock et ses contradictions.   Qui chante dessus ? Car ça ne chante pas tout le temps, sur votre album. C’est moi. Quand ça chantait, c’était souvent moi. Sur le disque il y a aussi des invités, car on était quand même un groupe à moitié instrumental.   C’était par choix ? C’est surtout venu d’une réflexion d’arrêter de chanter en anglais. D’ailleurs, je crois que ce morceau est le dernier que j’ai écrit en anglais. La première fois que je suis allé aux États-Unis et que j’ai fait écouter une démo de Micropenis à des amis, ils m’avaient dit « c’est vachement bien, mais pourquoi tu chantes en anglais ? On ne comprend rien à ce que tu dis. » Et puis, j’ai pas mal réfléchi, je me suis aussi demandé pourquoi on reproduisait la domination culturelle anglo-saxonne nous aussi alors qu’on était déjà assez sous-exposés comme ça par rapport à tous les groupes anglo-saxons. Si en plus on se mettait à chanter en anglais… Du coup, cette réflexion a commencé, sauf que ce n’était pas si évident...

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Pixies @ Zénith (Paris), 23/11/16

Pixies @ Zénith (Paris), 23/11/16

Maintenant que je commence à prendre de l’âge, de la bouteille, du bide et à perdre des cheveux, je me retrouve dans la situation de ces fans aux cheveux gras et éparses, avec un pull miteux et la mine renfrognée que tu croises toujours avant les concerts de leurs groupes préférés et te racontent qu’ils les ont vu plein de fois et que, grosso merdo, c’était mieux avant. Alors, avec ma petite expérience des Pixies, j’en avais surtout déduit que le groupe de Frank Black vivait sa vie à pile ou face, ou il passe ou il casse, et comme j’avais été globalement déçu de leur première tournée post Kim Deal, statistiquement, cette date s’annonçait sous de bonnes auspices. Ajoutons à cela que j’ai plutôt aimé le dernier disque et la bonne intégration de Paz Lechantin à la place de la légendaire Kim Deal. Comme l’a dit Santiago de Wonderflu, maman Kim ne sera jamais remplacée, mais Paz se révèle être une belle-mère sympa. Tout ça pour dire que j’étais plutôt dans de bonnes dispositions en me rendant au Zénith en ce soir de novembre. Et là, vous vous attendez forcément au couac, à l’élément perturbateur, et vous avez presque raison. Celui-ci prit la forme de la première partie, FEWS, un groupe de rock indé britannique (avec du suédois et du californien dedans, mais profondément anglais dans le son) qui nous joua comme des centaines de groupes actuellement une musique rock à fort relents post-punk années 80, bref le genre de musique qui me fait vomir des oreilles. Je reconnais que FEWS est en place, fait bien son travail et dégage une énergie indéniable, mais pour moi c’est comme me servir des tartines de merde : elles peuvent être parfaitement préparées et superbement dressées, ça reste de la merde, et je n’ai aucune envie d’en manger. J’aurais pu faire l’analogie avec des épinards, mais quitte à être subjectif et de mauvaise foi, allons au bout. Bref, la nouvelle sensation du rock indé m’irrite un peu, mais je garde en tête que je vais voir juste après un concert des Pixies sans Kim Deal, et que ça peut être quand même très cool. Malheureusement, une fois sur scène, après avoir expédié « Where Is My Mind? » histoire de jarter les tubes, et malgré une entrée en matière de haut niveau (« Brick Is Red », « Break My Body », « Nimrod’s Son », « Mr Grieves »…), ils s’entêtent à vouloir jouer les pires morceaux du dernier album. Pourtant, je l’aimais et je le défendais, ce disque, mais c’est très difficile de le faire quand on entend « Bel Esprit » ou « Tenement Song » entouré de bombes comme « Gouge Away » ou « Rock Music ». Le pire vient quand ils entament leur...

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Pixies – Head Carrier

Pixies – Head Carrier

Que celui qui attend encore quelque chose d’un album des Pixies sans Kim Deal en 2016 lève la main. Personne ? Tu n’oses pas parce que tu sais que tes amis mélomanes vont encore se foutre de ta gueule, que tu vas essuyer des vannes à base d’Indie Cindy par-ci, d’embonpoint de Frank Black par-là ? Et bien tu as tort, car réjouis-toi, la cuvée 2016 des lutins de Boston est plutôt bonne ! Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. On ne va pas tomber dans les démonstrations de fougue éculées en affirmant que ce disque est du niveau des quatre premiers, ou que l’absence de Kim Deal ne se fait pas sentir. Ce serait de la mauvaise foi, et totalement faux. Ceci dit, ce ne serait pas plus honnête et vrai que de soutenir que ce disque est une bouse juste parce qu’il n’arrive pas au niveau de ses ainés. Car depuis 2014, le groupe a tourné, s’est trouvé une bassiste officielle, Frank Black a pris ses marques, et tout ça se ressent. Du coup, on se retrouve avec un disque de qualité assez constante, pas d’une originalité folle quand on connait un peu la patte du gros chauve, mais qui s’écoute d’un bout à l’autre avec un vrai plaisir. Le « Head Carrier » d’introduction nous signale qu’on est en terrain connu, et hospitalier, puis on a le morceau pop limite FM « Classic Masher » dont le refrain pourrait en exaspérer quelques-uns, vite contrebalancé par le morceau bourrin obligatoire, « Baal’s Back » plutôt réussi, le morceau porté par la basse et les deux voix « Might As Well Be Gone » qui prouve que Paz Lechantin a pris sa place, « Oona » à la mélodie imparable, « Talent » où Santiago nous rappelle tout ce qu’il apporte au groupe… Je ne vais pas toutes vous les faire, mais Head Carrier pourrait bien être un guide explicatif des Pixies pour ceux qui n’auraient pas compris de quoi il en retourne, en 12 morceaux. Surtout, même si Indie Cindy n’était pas non plus la catastrophe qu’y voyaient certains, son successeur évite les ratés qui parsemaient le disque, ne contient pas de chanson tout à fait insipide, et n’a pour seule faute de goût que cet hommage à Kim Deal chanté par Paz Lechantin, sorte de remake de « Where Is My Mind? » (avec « oooh » de circonstances), dont on ne sait pas s’il est parfaitement assumé ou totalement maladroit. Heureusement, il est suivi de l’excellent « Um-Chagga-Lagga » et de « Plaster Of Paris » qui nous ramènent directement à Trompe Le Monde (en face b, pour la seconde, mais c’est déjà pas mal !). Bref, on n’allait pas attendre des Pixies sans Kim Deal un album du...

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Les Pixies annoncent leur album et offrent un premier extrait

Les Pixies annoncent leur album et offrent un premier extrait

  On savait que les Pixies étaient en studio, on a désormais la confirmation qu’un album verra le jour. Head Carrier, sixième du nom, deuxième depuis la reformation du groupe en 2014, est prévu pour le 30 septembre chez PixiesMusic et PIAS. Enregistré avec le producteur Tom Dalgety, il comprendra douze titres (tracklist ci-dessous), parait-il inspirés de l’histoire de France et de Paris. Tout un programme. A l’instar d’Indie Cindy, Kim Deal ne sera pas de la partie, c’est Paz Lechantin que l’on retrouvera à la basse. Pas vraiment une surprise puisqu’elle accompagnait le groupe sur scène depuis deux ans maintenant. Puisqu’on parle de scène, rappelons que Pixies est actuellement en tournée estivale avec une date prévue aux Vieilles Charrues le 15 juillet et aux Nuits de Fourvière (Lyon) le 20. Ça c’est pas nouveau. Ce qui l’est, en revanche, c’est le concert annoncé au Zénith de Paris le 23 novembre. Ouverture des ventes vendredi 8 juillet à 10h. Premier extrait de l’album, « Um Chagga Lagga » La tracklist : 1/ Head Carrier 2/ Classic Masher 3/ Baal’s Back 4/ Might As Well Be Gone 5/ Oona 6/ Talent 7/ Tenement Song 8/ Bel Esprit 9/ All I Think About Now 10/ Um Chagga Lagga 11/ Plaster Of Paris 12/ All The Saints  ...

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The Breeders – Pod (4AD)

The Breeders – Pod (4AD)

Pour beaucoup, les Breeders c’est d’abord Last Splash. A ceux-là j’ai envie de répondre « oui, mais pas que. » OK Last Splash est un putain d’album et il contient le tube interplanétaire « Cannonball » que tout le monde connaît sans connaître. En soirée quand vous la passez, on vous demandera immanquablement « c’est quoi ça déjà ?« , vous répondrez du ton condescendant qui vous caractérise « les Breeders », ce sur quoi votre interlocuteur repartira tout penaud et vous lancera un triste « ah ok » avant de se diriger vers le buffet pour reprendre du taboulé. L’interlocuteur en question fuira la confrontation de peur d’être humilié par votre science infuse mais se dira intérieurement « encore un groupe qui a sorti un bon tube et rien fait d’autre de sa carrière« . ET BEN NON CONNARD ! Réduire les Breeders à « Cannonball » c’est comme réduire les Pixies à « Where Is My Mind ? ». C’est un crime. Les réduire à Last Splash c’est déjà moins grave mais ça mérite tout de même sanction. Car avant, il y a eu Pod, messieurs dames, et il n’y a rien à jeter sur ce disque. Et puis, Pod est représentatif du son ninetiiiieees, le fameux, celui qu’on aime tant. Parce que c’est le premier Breeders, la première infidélité de Kim Deal envers ses « amis » les lutins*. Et parce qu’on aime Kim Deal. Surtout à cette époque. En 1990, quand paraît Pod, les Pixies qui ont sorti coup sur coup deux albums gigantesques (Surfer Rosa et Doolittle) ont besoin d’un break. Car Kim Deal prend de la place, et Frank Black n’a pas très envie qu’on lui pique la sienne. Il la trouve très bien derrière sa basse à venir chantonner les chœurs quand il lui demande. Il aime un peu moins quand ses fans lui disent que « Gigantic » (qu’elle a écrit et où elle assure le lead vocal) est le meilleur morceau de Pixies. Tout ce petit monde va donc souffler un coup dans son coin. Mais Kim veut faire de la musique. Elle rameute sa pote Tanya Donnelly des Throwing Muses, refile sa basse à Josephine Wiggs, et s’occupe cette fois comme une grande de la guitare, du chant et du songwriting. Elle rappelle par ailleurs MONSIEUR Steve Albini à la prod, comme pour Sufer Rosa. L’aventure Breeders commence. La voix lointaine de Kim, les doigts de Josephine caressant une adorable ligne de basse. Et le crescendo qui va bien. « Glorious », première bombinette. La patte de Kim est partout, les fans de Pixies ne sont pas déboussolés (« Doe », « Hellbound » ou « Iris » ont clairement de faux-airs pixiens et sur « Opened » on jurerait qu’elle a réenfourché sa 4 cordes). On retrouve le triptyque qui tue : lenteur relative, mélancolie sous-jacente, explosion soudaine. Ce qui...

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