Lysistrata – Pale Blue Sky EP

Lysistrata – Pale Blue Sky EP

Ça tient parfois à peu de choses la découverte d’un (très bon) groupe. A un verre de plus ou de moins avant de se rendre à un concert des Sonics par exemple. J’ai la fâcheuse tendance à louper quasi systématiquement les premières parties. Pas ce jour-là. Grand bien m’en a pris. Ce jour-là donc, je vais voir des légendes garage 60s et une bande de gamins m’administre une fessée sans que je ne vois rien venir et sans trop que je comprenne ce qu’ils jouent. Assurément pas du garage 60s en tout cas. Plutôt un de ces genres avec les mots « post » ou « math » dedans. Ce qui peut en faire fuir quelques-uns mais un groupe comme Lysistrata ressemble à un antidote tout trouvé à leur fermeture d’esprit. Car si la musique de Lysistrata dégage quelque chose d’évidemment beaucoup plus cérébral que celle des Sonics, elle n’en demeure pas moins viscérale pour autant. Ces trois jeunes gens dégagent déjà une assurance et une maitrise assez bluffante pour résoudre des équations guitare-basse-batterie en apparence fort complexes, mais ils n’oublient pas la bonne dose de fun nécessaire, ni de nous imprégner des mélodies imparables dans le cerveau (le math rock taquin et fougueux de « Pierre Feuille Ciseaux » ou l’exaltante « Pantalon Pantacourt »). En seulement 4 titres et un peu moins de 20 minutes, ils en disent bien plus que certains en une heure de temps. Lysistrata aime nous prendre par la main, nous faire traverser des itinéraires sinueux avant de nous emmener dans un recoin sombre pour nous coller un bon coup de latte dans les gencives quand on s’y attend le moins. Preuve en est avec la démente « Sugar & Anxiety » qui, du haut de ses 7 minutes épiques, conclut magistralement l’aventure. Des sommets d’intensité sont atteints en convoquant dans la même pièce Fugazi, Explosions In The Sky et Shellac. Et il fait rudement chaud quand on sort de là. Nous voilà moites et tout chamboulés. Ce qui ne nous empêche pas de réclamer une portion supplémentaire. Et vite, s’il vous plait, soyez pas vaches ! JL Lysistrata sera en concert le 31 mai au Nouveau Casino (Paris) pour la release party de Pale Blue Sky....

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Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Voir Thurston Moore pour moins de 15 euros à Paris, ça paraissait peu probable. Et pourtant, c’est ce que nous a proposé Gonzaï ce soir-là, et crevards comme nous sommes chez Exitmusik, un peu nostalgiques, aussi, on n’a pas su dire non. Allez, me disais-je, au pire je m’emmerderais sec pendant une heure et je me rattraperais sur un petit « Ono Soul », comme quand il a fait la première partie de Dinosaur Jr à l’Élysée Montmartre, voire un « Psychic Hearts », qui sait. Je ne suis pas difficile, je me serais contenté de n’importe quel morceau de ses deux premiers albums en échange de ses trop longs morceaux récents. Et puis c’est Thurston Moore, quand même, un mec sympa ! On sait bien qu’il aura des bons mots, et son attitude à la cool. Et puis, malgré tout, le son de guitare, la voix, le petit côté madeleine de Proust… Il y a effectivement de quoi craquer. Bon, déjà, on sait que quand l’annonceur nous promet « une soirée exceptionnelle« , semblant surpris que Thurston Moore nous propose de l’acoustique à la douze cordes et une revisite de sa carrière, il n’en sera rien : l’artiste a adopté cette disposition depuis maintenant quelques années et s’acharne à ne piocher que dans son répertoire récent ; j’ignore si c’est une erreur honnête de leur part ou un pipeautage parfaitement assumé, dans tous les cas on frise la publicité mensongère et j’espère que personne ne se sera laissé convaincre par cet argument de vente fallacieux. Une fois que c’est dit, et bien, que dire sur la soirée ? Pas grand chose, malheureusement. Thurston Moore a fait exactement ce qu’on attendait, joué des morceaux de The Best Day et de l’album à venir, rien de désagréable mais que du Sonic Youth-like qui n’a pas la saveur des vieux morceaux (sachant qu’au moins, on connait les vieux morceaux), fait 2-3 blagounettes sympas, imité Lemmy 2 secondes (le clou de la soirée), proposé une impro bruitiste en milieu de set que tes voisins viendraient gueuler si tu faisais ça chez toi mais là, c’est Thurston donc tout le monde mouille sa culotte, tenu un discours politique d’une naïveté confondante, le genre qui te met limite mal à l’aise alors que pourtant tu partages la même couleur, et est parti sans même jouer un vieux morceau (même pas de « Ono Soul », qu’il joue à chaque fois ces derniers temps) après un set paradoxalement trop court mais composé uniquement de morceaux beaucoup trop longs. Voilà, pas de quoi se plaindre parce qu’on n’a pas payé cher, mais à se demander quand même si ça valait le coup. C’est un peu comme voir ton oncle sympa, celui qui t’a fait...

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Ex Fulgur – Noires Sont Les Galaxies

Ex Fulgur – Noires Sont Les Galaxies

De drôles de loustics ces Ex Fulgur. Ils sont 3, ils sont de Rennes, ils produisent ensemble une musique qui d’abord remue autant qu’elle fait réfléchir, et qui finalement fait réfléchir à la raison pour laquelle on se remue sans discontinuer. Odilon Violet écrit des textes un rien barrés, Saïtam triture ses machines et Mistress Bomb H maltraite ses guitares. Les trois secouent le tout et nous dégueulent le résultat à la tronche. Un résultat brut, à la fois crado et distingué. A la fois poétique et hystérique. De la frontwave qu’ils appellent ça, merci parce qu’on était un peu emmerdé pour définir le bestiau. Pour perpétuer la tradition récente de l’indé français à pondre des noms de morceaux (quand ce n’est pas de groupes) à la con, Ex Fulgur n’a pas fait les choses à moitié. Jugez plutôt : « Un Truc Dans Le Genre », « Tu N’es Pas Un Chapeau Mon Amour » ou encore « Tentative De Restitution De Tous Ceux Qui Sont Morts Avant 2133 » (qui énumère sans relâche des dates et des morts glauques et/ou improbables sur fond de guitare rouillée et d’un beat martial obsédant). Le titre de l’album, Noires Sont Les Galaxies, fait lui référence à une série française flippante des années 80 dans laquelle deux races extraterrestres se tiraient la bourre pour envahir la Terre en prenant possession de corps humains. Quand ça tournait mal, des plantes sortaient du corps des personnes infectées faisant éclater le tout. Ravissant n’est-il pas ? Ça vous donne une idée de la bonne humeur dont transpire la frontwave d’Ex Fulgur. Malgré tout, entre deux parties de roulettes russes (l’azymutée « Embrase-moi »), rien n’interdit de se trémousser. Comme sur ce (fameux) « Tu N’es Pas Un Chapeau Mon Amour » non dénué d’un certain groove et riche en révélations fracassantes (« un chapeau n’est pas un jésuite, un crachat n’est pas une huitre, une huitre n’est pas une falaise » et ainsi de suite pendant les 3 bonnes minutes qui concluent le titre). On pourrait penser qu’on nous prend bien pour des cons mais c’est tout le contraire. Ou alors c’est tellement bien fait qu’on n’y voit que du feu et on en redemande avec un sourire niais. Entre temps on s’était fait gentiment rentrer dans le chou (« Notre Chimie Du Pétrole »), on avait suivi aveuglément les synthés classieux de « No Way To Get Out » et quand on nous a dit « Nous Sommes Des Dieux », on n’était pas loin de le croire. Un dernier avertissement pour les frileux : amateurs de cold wave, prenez garde aux phases bruitistes, amateurs de noise, ne craignez pas les ambiances habitées et les synthés glaçants. Amateurs des deux styles, frottez-vous les mains et partez danser dans les ténèbres. JL...

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Usé – Chien d’la Casse

Usé – Chien d’la Casse

Inspirez, expirez. Inspirez, expirez. Inspirez, expirez. Vous voilà prêts. Prêts à affronter l’ébouriffante cavalcade qu’est le premier album d’Usé. Pardonnez-moi d’avance l’affreux jeu de mots mais s’il y a bien un qualificatif qui convient à ce disque c’est… usant. D’entrée de jeu, un cabot bien nerveux nous accueille et nous met dans le bain : la pression sera là, ne nous lâchera pas et ce sale clébard semble guetter le moindre ralentissement pour nous chiquer le mollet. Alors Usé attaque tambour battant ; rythmique martelée sans relâche et synthés indomptables sur « Nuke Moi Encore ». Il « Respire » un peu, mais « à contretemps« , débitant à vive allure, sans la moindre sérénité, entouré d’un fatras métallique. Au prix de cet effort colossal, il parvient à semer le satané clébard et ferme la porte derrière lui. Mais ça n’a pas l’air d’aller mieux (« enfermé dans cette piaule à boire toute cette gnôle » se lamente-t-il planqué « Sous (S)es Draps »). Après cette brève accalmie, nous revoilà repartis plus frénétiquement que jamais et face à bien des obstacles (« Plusieurs Collisions Par Minute »). Malgré les chocs, les bleus, Usé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Une dose d’ « Amphétamine » et il remet la gomme. 6 minutes de brutalité pure, de sonorités qui s’entrechoquent, de noise sans répit et Usé crie pour se faire entendre dans tout ce raffut. Et nous on entend (sans doute à tort mais personne ne nous en voudra) un hystérique « l’assista-l’assista-l’assistanaaaat », comme si François Fillon s’était emparé du micro pour hurler une des vieilles lubies de son cher parti. Poursuivi par un chien enragé ou un François Fillon remonté, je ne sais pas ce qu’il y a de pire. Pour Usé en tout cas, la fuite est toujours la priorité. Et ça tabasse toujours sec autour de lui. Comme encerclé par toute une panoplie d’instruments de fortune plus tranchants et incisifs les uns que les autres. Et puis après le bien nommé « Infini », la boucle infernale dans laquelle on semble prisonnier depuis une demi-heure, s’apprête à nous libérer. Au bout de ce long tunnel, une boutade. La conclusion de ce Chien d’la Casse éminemment irrespirable se nomme « C’est Si Lisse », antithèse parfaite de cette musique qui n’a cessé de nous bousculer, violenter, nous laisser sur le qui-vive permanent. Usé, lui, continue son bonhomme de chemin, désormais chez Born Bad, sans remettre en question ses fondamentaux DIY, acquis chez Et Mon C’est Du Tofu dont on ne dira jamais assez de bien, étrennés au sein de Headwar et de ses autres innombrables projets. En attendant on a échappé au clebs enragé, mais pas à Fillon et encore moins à la contagion d’un disque qui fait bien flipper au départ, mais que nos oreilles masochistes réclament ensuite à intervalles réguliers....

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Emboe – Aléa Part 1

Emboe – Aléa Part 1

On pourrait naïvement penser qu’on va avoir affaire à un groupe noisy dès qu’on entraperçoit la tignasse bouclée d’Emmanuel Boeuf (Sons Of Frida, No.on). Ce serait oublier un peu vite son amour pour la musique au sens large et de tous horizons, négliger aussi son talent à se fondre dans des projets protéiformes (le dernier en date, Dernière Transmission, sonnait comme du spoken word/new wave/noisy, ne partez pas c’était vachement cool !). Oublier aussi que le bonhomme caché sous le nom d’Emboe est capable de grand écart au sein du même EP en convoquant Rihanna aux côtés de Sonic Youth (!). Cette fois-ci point de grand écart. Ce nouvel EP qui sera suivi de 3 autres est très homogène, mais aussi très surprenant. Les textures électroniques ont remplacé les organiques. Les basses en imposent, les beats se font tantôt tapageurs (« Cold Clown » qui cache tout de même des relents indus, on ne se refait pas) tantôt feutrés (« Dreams Around »). Le fil conducteur est cohérent mais les ambiances varient et l’on apprécie toujours se prendre quelque chose d’audacieux et inattendu sur le coin de la tronche. De l’énergique « Cold Clown » à l’inquiétante « Dreams Around » en passant par la lente et langoureuse « Crash Rain », le voyage n’est pas un court fleuve tranquille. Habituellement tourmenteur de guitares, Emmanuel Boeuf s’est mué cette fois en bricoleur de machines pour poursuivre ses pérégrinations sonores, toujours avec une soif d’exploration et une maitrise certaine. De quoi aiguiser notre curiosité quand à la suite que va prendre cette nouvelle aventure… JL     L’EP s’écoute ici aléa – part 1 by emboe Mais vous pouvez aussi vous le procurer en mp3 ou CD...

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