Dakiniz – Raging Shouts

Dakiniz – Raging Shouts

(Epicerie Libre, 27 mars 2020) Première chronique écrite en cette période de confinement et ces temps bien incertains. Le hasard a voulu que ce soit pour un groupe qui a intitulé son album Raging Shouts. Et qui pratique un rock viru(s)lent et urgent, parfait pour notre état d’esprit du moment. Dakiniz, trio parisien, publie ici un deuxième album qui donne furieusement envie de hurler sa frustration. De péter la gueule aux discours anxiogènes. De repousser les murs. De retrouver ses potes au milieu d’un pogo dans une salle de concert. Bref, du rock comme on en a bien besoin ces derniers jours. Basse en avant, guitares aux riffs tranchants, batterie qui claque, chant enragé. Recette qui peut paraître éculée mais hautement efficace… Servi par une production impeccable et sans fioritures. C’est calé au millimètre. Le groupe maîtrise son sujet et a en plus bien ménagé ses effets. Une entrée tonitruante et sans préliminaires avec l’excellent « NWO » qui n’est pas sans rappeler le QOTSA de Josh Homme (notamment le chant). Une fin de disque dantesque avec le bien nommé « The Last One », 7 minutes 30 de haute volée avec une outro du plus bel effet. Et une petite bombe aux riffs et refrains addictifs avec l’imparable « Handbrake » que l’on a bien envie de mettre à donf fenêtres ouvertes pour expliquer au voisinage avec quelle hargne on va tous repousser le virus. Certes un peu court avec 9 titres, dont 7 qui flirtent à peine avec les 3 minutes, le disque est néanmoins solide et propose un rock anguleux et cinglant qui n’est pas sans rappeler les américains de Jesus Lizard (« Abigail », la basse de « Fucked for Ages »), Fugazi voire les regrettés frenchies de Sloy. C’est joué sans calcul (« Zulu Radio Star », les 2 minutes pas inoubliables de « Sputnik » et son intro très QOTSA, là encore), à l’énergie (le furieux « Score One For Satan »), ça riffe à mort (« The Mario Bros Nemesis », « Abigail »). Mais le groupe est encore plus convaincant quand il prend son temps, allonge un peu ses compos (« NWO »), qu’il brouille les pistes, et essaye plusieurs chemins (« The Last One ») pour y perdre son rock furieux. On sent même poindre la tentation de quelques velléités mélodiques voire de carrément céder au refrain fédérateur (« Handbrake », « The Last One ») qui se propage comme une épidémie. Parfois, un disque vous ramène à un évènement marquant de votre vie. J’espère que le groupe Dakiniz ne m’en voudra donc pas de ramener son deuxième album à cette foutue pandémie mondiale… Quand j’y repenserais une fois l’épreuve...

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Human Impact – Human Impact

Human Impact – Human Impact

(Ipecac, 13 mars 2020) En voilà un qui tombe à pic. Alors que tout part à vau-l’eau, que chaque jour le nombre de morts augmente sensiblement, que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait et quand on pourra repointer son nez dehors, Human Impact arrive avec son premier album, anxiogène à mort. Si avec ça, vous avez envie de sortir, c’est que vous aimez le danger. Ce supergroupe (parce qu’il faut bien l’appeler ainsi) était forcément destiné à nous en mettre une belle. Prenez un Unsane (Chris Spencer, guitare-chant), deux Cop Shoot Cop (Phil Puleo à la batterie, Jim Coleman aux synthés/samplers), un Swans (Chris Pravdica à la basse) et vous voilà plongé en apnée dans le New-York sale, rugueux et puant. On longe les murs. On salue les rats qui feraient presque figure d’alliés plus fréquentables. Cet album malmène autant nos tympans qu’il stimule notre imaginaire visuel. Les images affluent constamment. Comme sur le fabuleux « E605 », truffé d’éléments d’ambiance crispants. Son industriel, riffs rampants, la guitare n’est que fines lames aiguisées. « What will you do to survive » interroge un Spencer à cran. Nul besoin de hurler, de jouer au bonhomme. L’auditeur n’a de toute façon aucune envie de la ramener. On se fait également refaire le « Portrait » via une longue intro sur rythmique presque tribale, des mécanismes se mettent en branle, au cœur d’une usine qui turbine sans relâche. Le final est, lui, totalement chaotique, entre cris, sonorités qui se percutent, robots qui se rebellent contre leur créateur. Si on reconnaîtra sans peine l’apport de chacun, le rôle de Chris Spencer est assez loin de ses habituelles mises à l’amende prodiguées par (feu) Unsane. C’est peut-être là la plus grande surprise de ce disque. Le chanteur nous mène à la baguette sans tergiverser mais ménage malgré tout ses cordes vocales et se met volontiers en retrait. Même sa six-cordes avec laquelle il nous a tant martyrisé y va avec soin et parcimonie. Excepté la fantastique « Cause » – qui ne sera pas sans tonitruante(s) « Consequences » – où la guitare la ramène plus que ses petits camarades en poussant ce qui s’apparente à des cris de damnés, les vrais leaders ici semblent être les instruments parfois injustement considérés comme seconds couteaux dans des groupes censés faire grand bruit : une basse omniprésente qui ne relâche jamais l’étreinte et la resserre aussi souvent que nécessaire (« November », « Consequences ») et des synthés des plus inspirés qui distillent l’angoisse, instaurent le mal-être durablement (« E605 », « Protester » ou… « Respirator ». Tiens donc qu’est-ce qu’on disait déjà à propos du timing du disque ?). Cela dit,...

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The Guru Guru : premier extrait de Point Fingers

The Guru Guru : premier extrait de Point Fingers

Ils s’appellent The Guru Guru, ils sont belges, copains comme cochons (et de label) avec It It Anita (Luik Records) et Lysistrata (Grabuge Records) et pratiquent un mélange un peu taré de noise/indie/math rock. Pour vous faire une idée… ou y voir encore un peu moins clair, le communiqué nous souffle dans l’oreillette les noms de METZ, Pere Ubu, Deerhoof, The Jesus Lizard, The Mars Volta et Andy Kaufman. Sinon, vous pouvez tout simplement écouter cet excellent “Chramer”, extrait de Point Fingers, à paraitre le 30 janvier...

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Echoplain – Echoplain EP

Echoplain – Echoplain EP

(Atypeek, 15 septembre 2019) Qui sont donc les trois salopards qui sévissent dans Echoplain ? Deux anciens fils de Frida, Emmanuel Boeuf (guitare-chant) et Clément Matheron (basse), cajoleurs d’esgourdes sans pareil, accompagnés de Stéphane Vion (La Diagonale Du Fou, Velocross), copain batteur à la frappe lourde mais au cœur tendre. Trois hommes, trois morceaux, trois parpaings. Tâchons de nous montrer aussi concis qu’eux : des lignes de basse qui suintent l’anxiété, des fûts violentés, une guitare hurlante qui ne veut rien céder et ne jamais s’épancher. De l’urgence, de la douleur, de la tension, des cris saccadés, des phrases en suspens, des sentences scandées. Allez, reconnaissons de temps à autre une éclaircie, un joli petit break tout ce qu’il y a de plus accrocheur (délicatement délicieux sur “This is”). Rassurant et trompeur, évidemment. Car la raclée se termine toujours comme elle avait commencé. Fesses rouges et yeux baissés. Et un sentiment bien ancré : ces salopards-là ne nous épargneront rien. Et alors qu’on commençait à se dire qu’ils ne nous veulent finalement que du bien, ils nous laissent en plan, avec trois misérables chansons à faire tourner. On ne tiendra pas longtemps. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sons Of Frida Tous nos articles sur...

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Pamplemousse – High Strung

Pamplemousse – High Strung

(A Tant Rêver Du Roi, 19 avril 2019) Ne pas tergiverser, foncer dans le tas. Telle pourrait être la devise de Pamplemousse. On serait tentés de ricaner à la simple évocation de leur nom, mais on est calmés d’emblée par “High Strung”, déferlante noisy punk monstrueuse d’efficacité, jouée couteau entre les dents. Plus personne ne moufte alors. Pour collecter tout son jus (premier et dernier jeu de mots douteux), Pamplemousse est passé entre les mains de Peter Deimel, expert ès administrations de torgnoles qui a prodigué ses services à des poètes comme Shellac, Chokebore, Cows ou We Insist!, plus près de chez nous. En résulte un album particulièrement massif et généreux en dissonances jouissives. On ne peut décemment pas rester de marbre face à ces réunionnais qui prennent parfois l’accent de Chicago ou Washington (“Space Out” et son break Fugazien, dont la basse nous fait boire le calice jusqu’à Lally). Fabuleux exutoire, “Losing Control” porte remarquablement son nom. Le chanteur aime bien nous gueuler dessus et le fait avec un certain aplomb, quand il n’évolue pas aux confins de l’hystérie (“Porcelain” où l’assaut des guitares est tel qu’on comprend aisément qu’il puisse y perdre son latin). Les amplis en chient, les guitares sont au supplice, les fûts martelés jusqu’à plus soif, mais cela ne nous prive pas de subtilités (la basse bluesy vicelarde de “Heebie Jeebies” où des records de vitesse sont pourtant battus, “Back In LA” qui nous amadoue habilement avec son intro sur la retenue… seuls les plus naïfs n’auront pas vu venir la dérouillée qui suit). High Strung constitue un formidable cocktail de rage et puissance, comme on l’affectionne du côté de Metz (les canadiens, pas les lorrains). Du bruit, beaucoup de bruit mais jamais pour rien puisque les mélodies ne manquent pas à l’appel, pêché parfois pas si mignon de ces mêmes canadiens. Une fois les 33 minutes défilées vitesse grand v, nous voilà cul par terre, langue pendue et yeux hébétés. On dit alors 33 et on quémande la prochaine raclée. Jonathan Lopez Chronique à retrouver également dans New Noise #48...

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