Zëro – Ain’t That Mayhem?

Zëro – Ain’t That Mayhem?

“Ce serait pas le bordel ?” interroge Zëro dans la langue de Shakespeare. Un peu, oui. Et l’édifice branlant qui orne la (magnifique) pochette vient renforcer cette impression de grande instabilité. Ça part en tout sens, ça menace de se péter la gueule à tout moment. Mais ça tient bon. Car les architectes ont du talent (ils l’ont déjà prouvé au sein de Zëro mais aussi de Deity Guns et Bastard). Et les fondations basse-batterie sont solides. Étrangement quand on nous fait voir du pays (“Adios Texas”, “Recife, 1974”, “San Francisco”), le périple est rassurant, sans trop de secousses. On navigue dans des eaux post rockiennes paisibles, agréables et on arrive à destination sans encombre. Mais on l’a dit, le “bordel” est souvent de la partie. Et avec lui son lot d’incertitudes. Ainsi “Marathon Woman” qui semble plutôt apaisée de prime abord vire finalement à l’hystérie. La sérénité est toute relative dans une atmosphère où le coup de semonce n’est jamais loin (“Fake From The Start”). C’est parfois très beau mais jamais tout à fait innocent (“We Blew It”), quand il n’y a pas un je-ne-sais-quoi de malsain (“Deranged”), voire de carrément flippant (“Alligator Wine”). Ça pourrait presque être “pop” parfois (“Myself As A Fool”) mais pour Zëro ce serait un peu trop facile. Ça manquerait cruellement de chemins de traverse. Les lyonnais sont d’épatants architectes, des musiciens confirmés et on se plait à les imaginer également cinéastes. Tant leur musique se prête aux interprétations visuelles. Une chose est sûre, ils seraient des réalisateurs on ne peut plus audacieux, savourant faire bondir le spectateur de sa chaise, le laisser errant, le priver de repères pour mieux le cueillir à froid. Une autre chose est sûre, si une œuvre telle que Ain’t That Mayhem peinerait à conquérir le grand public, elle mériterait a minima une nomination aux oscars. Jonathan Lopez     Zëro se produira prochainement au Petit Bain (Paris) le 22 mai, au Grigri (Nantes) le 15 juin et au Jardin Moderne (Rennes) le 16...

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A Place To Bury Strangers – Pinned

A Place To Bury Strangers – Pinned

Alors que le prédécesseur Transfixiation a passé l’épreuve du temps avec succès, on avait presque oublié que nos destructeurs de tympas préférés revenaient rendre visite à notre platine en ce mois d’avril. Durant ces 3 longues années de sevrage, A Place To Bury Strangers a connu un changement d’importance : une nouvelle batteuse, du nom de Lia Simone Braswell, a rejoint le groupe. Une batteuse aux attributions larges puisqu’elle vient épauler Paul Ackerman au chant et lui donne parfaitement le change (“There’s Only One Of Us” où les deux voix se répondent et où le refrain “indus/pop” à la Nine Inch Nails fonctionne à pleins tubes). Une nouveauté bienvenue qui fournit ainsi une corde supplémentaire à l’arc du groupe, qui n’en était déjà pas dépourvu. Les voilà donc qui mettent un peu d’eau dans leur noise (l’envoûtant “I Know I’ve Done Bad Things”, le mélancolique “Was It Electric”, “Situations Changes” et sa ligne de basse démoniaque) mais ne se font pas prier pour autant pour pousser leurs instruments dans leurs retranchements et les faire gémir comme il se doit sous la torture (“Attitude” ou la spasmodique “Execution”, les pads mitrailleurs et la basse qui mène la cadence sur “Keep Moving On”). Sans remettre en cause ses fondamentaux,  A Place To Bury Strangers parvient à opérer un léger lifting avec réussite. Et voilà comment, avec 5 albums au compteur, les New-Yorkais peuvent se targuer d’un passé glorieux et tabler sur un avenir radieux. Jonathan...

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La compil mensuelle des 30 ans d’Atypeek Music en écoute exclusive

La compil mensuelle des 30 ans d’Atypeek Music en écoute exclusive

  Cela fait maintenant 30 ans qu’Atypeek Music sillonne une route bien à lui, défendant une certaine idée de la musique bruyante. Indé jusqu’au bout des ongles, Atypeek Music est né sur les cendres de Go Get Organized et Agony, labels avant-gardistes et défricheurs, piliers de la scène Noise. Au fil des années, il s’est façonné un catalogue riche, varié, exigeant, indomptable. Du hardcore au math rock en passant par la no wave la plus radicale, l’électro perchée ou le hip hop dérangé, Atypeek (ou ses anciennes entités) a compté en ses rangs des groupes de la trempe de Monster Magnet, Heliogabale, Kill The Thrill, Davy Jones Locker, Dum Dum Boys, Marvin, Doppler ou Enablers. Tous les mois, Atypeek Music sort une compil de 25 morceaux, soit 300 sur toute l’année. Une compil qui célèbre les 30 ans d’existence et le dépassement des 300 références dans son catalogue, d’où son nom : 300, en référence également à la BD de Frank Miller. En attendant sa sortie officielle dans les jours qui viennent, voici la compil de mars en écoute exclusive. Plus de 2h de son avec du Massicot, Cut The Navel String, Hoax Hoax, Witches Valley, Marvin, Owun, Pù, j’en passe et des plus tordus. Bonne régalade ! Jonathan Lopez     NB : Depuis l’an passé, Atypeek sort le magazine digital trimestriel Atypeek Mag, auquel nous (ainsi qu’une dizaine d’autres médias) collaborons.   LIRE LA CHRONIQUE DE PÙ – TUNGUSKA : LAST TRANSMISSION LIRE LA CHRONIQUE DE MARVIN –...

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Tabatha Crash – Tabatha Crash

Tabatha Crash – Tabatha Crash

Derrière un nom des plus provocateurs, Tabatha Crash (référence à l’ex-actrice X, Tabatha Cash), débarque avec un 1er EP dès à présent disponible en digital et bientôt en cd édition limité, qui s’annonce comme un véritable porno musical. Composé de 3 ex-membres de Sons of Frida (dont le split nous fait encore chialer), ce nouveau projet a pris naissance en 2016, et en guise de collation avant les fêtes, le combo nous livre 5 titres fortement addictifs. En roi de la scène Noise parisienne, qu’ils écument depuis bon nombre d’années au travers de formations comme Velocross pour Géof, Hélice Island (décidément ils aiment bien jouer avec les mots) pour Benoît ou encore les déjà cités et regrettés Sons of Frida, ils viennent frapper un bon coup pour montrer qu’ils en ont encore dans les tripes. À l’écoute de cet EP, on a l’impression constante que le groupe est compressé dans un étau qui se ressert au fur et à mesure, que tout ce qui sommeille en eux doit être livré dans l’urgence. “Caleche” nous met immédiatement dans l’ambiance, un cocktail explosif qui monte crescendo jusqu’à nous rendre ivre et accro. Puis “Panic Attack” et son rythme infernal vient nous frapper en pleine face. Si “Memories” s’avère au premier abord plus accessible, le déferlement qui s’en suit la remet vite fait dans les rangs ; la présence de cuivres n’est pas sans nous rappeler un des joyaux de Sons of Frida “Mirinda”. À sa manière “Mary” qui débute avec une somptueuse ligne de basse, débouche sur un défouloir instrumental des plus jouissifs, et on hâte de voir l’effet que pourrait générer ce titre en live et l’hystérie qu’elle pourrait procurer au public. Légèrement plus dans la retenue (quoique), “Alligator” vient clore un EP foutrement bon et encourageant. En bref, Tabatha Crash, ça tabasse cash. JR Cet EP est sorti sur le label à suivre de près Zéro Égal Petit Intérieur, qui compte parmi ses rangs un autre membre des Sons Of Frida (encore une petite larme), qui excelle lui aussi de son côté avec Dernière Transmission et son projet solo Emboe qu’on vous recommande tout autant.   LIRE LA CHRONIQUE DE SONS OF FRIDA – TORTUGA LIRE L’INTERVIEW DE SONS OF FRIDA LIRE L’INTERVIEW 5 CHANSONS, 5 DISQUES DE...

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METZ – Strange Peace

METZ – Strange Peace

Pour la première fois, METZ a choisi un nom pour son album (non, parce que II on peut pas appeler ça un nom, faut pas déconner non plus). Un nom qui a de quoi surprendre. Strange Peace de la part de cette bande de brutes épaisses c’est pour le moins… strange. D’autant qu’à l’écoute du disque on a beau chercher, on trouve difficilement une once d’accalmie dans les assauts des bûcherons canadiens. Au début du moins. METZ tronçonne, METZ ravage, METZ détruit. Et on subit. Après trois morceaux METZ pur jus, voilà un peu de répit. Un peu de nouveauté aussi, ouf. Car il faut bien le dire, à part quelques riffs bien saignants (“Drained Lake”, “Cellophane”) qui viennent épancher notre soif de violence, le schmilblick messin n’avance guère et les mêmes interrogations demeurent. Oui ce groupe sait faire du bruit, du bon boucan même, mais les mélodies se font toujours trop rares, noyées sous les décombres et pas spécialement mémorables. En cela, la comparaison avec Nirvana qui leur colle aux basques depuis leurs débuts n’est guère judicieuse. Pourtant le groupe s’est payé les services de Monsieur Steve Albini ce qui n’a rien d’illogique vu que tous les groupes qui font du rock bruyant ont dû lui envoyer leur CV un jour ou l’autre. Et sans surprise, la rencontre est des plus probantes, le son respire, bien percutant et brut de décoffrage comme il faut. Comme à son habitude, le père Steve a dû laisser le champ libre à ses poulains qui, on l’a dit, se sont un peu lâchés sur quelques morceaux. Saluons à ce titre cet essai post punk même s’il ne restera pas dans les annales (“Caterpillar”), qui n’est pas sans rappeler leurs compatriotes de Preoccupations (ex-Viet Cong), la curieuse “Sink”, bien moins énervée mais trop monotone ou la conclusive “Raw Materials”, peut-être la plus ambitieuse du groupe à ce jour qui fourmille d’idées, de riffs nerveux et s’achève dans un fatras de tous les diables. Ça a dû plaire à Albini. Dans des registres plus communs, il faut reconnaitre que “Common Trash” qui ne s’embarrasse d’aucune espèce de retenue ou la punky “Dig A Hole » font également le boulot. Bien salement. A l’heure des conclusions, soyons simples et concis. A la METZ. Est-ce qu’on passe un bon moment quand on écoute Strange Peace ? Oui. Est-ce qu’on a souvent envie de le réécouter ? Non, sauf si on a des accès de violence. Est-ce qu’on veut entendre ces nouveaux titres en live ? Oui c’est tentant. Est-ce qu’on réécoutera ce disque dans 10 ans ? Rien n’est moins sûr....

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