NYC Ghosts & Flowers de Sonic Youth a 20 ans. Chronique

NYC Ghosts & Flowers de Sonic Youth a 20 ans. Chronique

(Geffen, 16 mai 2020) Quand on considère rétrospectivement la carrière au long cours d’un groupe, on pourrait être facilement tenté de ranger certains de ses disques dans la catégorie plus ou moins foireuse des « disques ratés » et/ou des « œuvres de transition ». Alors à l’heure de fêter les 20 ans de NYC Ghosts & Flowers, tentative de réhabilitation de cet album décrié de Sonic Youth. Et d’emblée, il me semble au contraire qu’il faille le considérer comme un album charnière de la carrière des new-yorkais, à la croisée des chemins après des 90’s qui ont chamboulé le paysage musical US à tout jamais. Pour deux raisons ; l’une plutôt banale dans la vie d’un groupe : une collaboration. C’est en effet sur ce disque qu’apparait pour la première fois Jim O’Rourke, musicien et producteur, qui va accompagner le groupe et même devenir un 5e membre à part entière et influent sur les deux disques suivants (les excellents Murray Street et Sonic Nurse). Le côté arty et expérimental de cet album n’est sans doute pas étranger à sa venue. La deuxième raison est beaucoup plus étonnante et va avoir un impact majeur sur la genèse de ce disque. En Juillet 1999, les new-yorkais en tournée se font voler une partie de leur équipement (guitares, pédales d’effets…). Alors vous me direz, big deal. Pour beaucoup de groupes lambda, on repasse chez le marchand et ni vu ni connu ou presque. Sauf que le groupe s’appelle Sonic Youth et en 2000, compte près de 20 ans de carrière derrière lui et surtout des wagons de guitares (parfois cheap) accumulées au fil des rencontres, des dons et autres achats. Et que chaque instrument est parfois accordé et utilisé spécifiquement pour certains titres bien précis. Ce qui a participé d’ailleurs au grain caractéristique du son Sonic Youth autant que leur attrait pour les accordages alternatifs. Délesté donc d’une partie de leur matériel, le groupe doit investir dans du nouveau matériel et leur « routine » de composition va en être affectée. Ce que le groupe après coup va considérer comme une vraie opportunité. D’où le caractère particulier de certains des 8 titres de l’album, et cet aspect parfois dissonant. Comme si le groupe en utilisant de nouvelles guitares s’était retrouvé dans sa position de début de carrière, où il expérimentait les possibilités soniques de ses instruments plus que les tentations pop qu’ils ont ensuite développé au sein de leur noisy-rock. Le groupe a aussi son propre label Sonic Youth Records (SYR) depuis la fin des années 90 et développe en marge de ces albums « officiels » son penchant expérimental dans des jams noisy joués sans contraintes. Si bien qu’on en trouve des bribes aussi...

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E – Complications

E – Complications

(Silver Rocket/Lokal Rekorc, 21 avril 2020) On ne se lassera jamais de retrouver le timbre singulier de Thalia Zedek et ces dernières années, entre ses albums solos, la reformation de Live Skull l’an passé (même si sa participation se limitait à quelques morceaux) et son (super)groupe qu’on appelle E qui vient tout juste de nous offrir une troisième friandise, nous sommes gâtés. D’autant que le rythme soutenu de sorties n’altère nullement la qualité. On se demande même chaque fois, passé le temps d’acclimatation nécessaire, si les nouveaux albums ne supplantent pas ses prédécesseurs. Une chose est sûre ici, le trio (qu’on ne devrait plus avoir à vous présenter) qu’elle forme avec Gavin McCarthy (Karate) et Jason Sanford (Neptune) est d’une osmose criante, partageant les rôles idéalement, se refilant le micro constamment et ce Complications, tout varié qu’il est, ne manque jamais sa cible. La fabuleuse « Sunrise » se démarque d’emblée comme une très grande qui appelle au repeat frénétique. Zedek s’y montre extrêmement touchante, et le riff minimaliste mais addictif fait le reste. La mélancolie est prégnante (comme sur « Caught » en ouverture où Thalia se chargeait déjà de dresser les poils) mais la luminosité du morceau contraste avec l’ensemble, plus aride et nullement rigolard. Sanford y est pour quelque chose, car si les chants sur le fil, peu mis en avant, ressemblent à des instruments parmi d’autres, la voix de ce dernier sur « Gelding » transpire l’insécurité. On le serait à moins, entourés d’harmoniques faussement rassurants, d’une batterie à cran et mis à mal par un break qui suinte l’angoisse où la basse (analogique puisque nul bassiste ne rôde ici) ronfle avec une ampleur démesurée. Un inconfort déjà initié par l’ami Jason sur cette boule de nerfs qu’est « Acid Mantle » où culminent ses cris incantatoires sur un refrain qui aurait certainement comblé Michael Gira. Mais pas de quoi se faire dessus non plus, ni se heurter constamment à un mur (du son). Les instrumentations anguleuses, jamais évidentes, volontiers claustrophobes, finissent par révéler, planquées derrière les barbelés, des mélodies à chérir amoureusement (le refrain enlevé de « Like A Leaf », morceau mené habilement par Gavin McCarthy qui martèle son phrasé avec le même aplomb que lorsqu’il maltraite ses fûts ou « Apiaries Near Me » en guise de conclusion qui, pendant 1 minute 30, nous fait croire à un tutoriel du parfait instrumental post-hardcore noisy avant que Jason et Thalia ne s’y mettent à deux voix pour nous agenouiller). Avec tout ça, on en oublierait presque d’évoquer l’un des redoutables singles, « Contagion Model », à l’efficacité et immédiateté prouvées, dont les mots scandés par McCarthy résument parfaitement l’album et résonnent étrangement à l’heure actuelle : « It’s contagious, spread...

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Sonic Youth – Discographie (1ère partie : 1981 – 1988)

Sonic Youth – Discographie (1ère partie : 1981 – 1988)

Confinement oblige, on sort les vieux projets des cartons. Et avant de me lancer dans l’écriture d’un triple album psyché-stoner-garage-lo-fi-hip hop à textes sur l’impact de la crise sanitaire (qui ne devrait pas voir le jour, pour le bien de l’humanité restante), je me décide à déterrer la chronique (modeste et entamée il y a longtemps) de la carrière d’un groupe majeur de la scène américaine des 4 dernières décennies : SONIC YOUTH! 1ère partie : Les années indie, de l’underground au succès critique. Découvert par le biais de Nirvana, qui les citait régulièrement comme influence et parrain (il signe chez Geffen, qui publiera Nevermind, sur leur recommandation), Sonic Youth est un des groupes majeurs de ma vie de mélomane. Le groupe dont la discographie essentielle a changé ma vision du rock, ma façon d’envisager la musique en général. Grâce à eux, j’ai plongé dans le rock underground américain toutes décennies confondues.  Velvet Underground, Television, Dinosaur Jr, Pavement… et tant d’autres. J’ai vu sous un autre angle la manière même de jouer de la guitare. J’ai découvert Andy Warhol et le pop art, la littérature américaine de Jack Kerouac et la beat generation à la SF de Philip K. Dick. Ils ont constitué une passerelle culturelle vers d’autres univers qui m’étaient inconnus. Quoi de plus logique pour un groupe new-yorkais né dans le bouillonnement créatif de la Grosse Pomme au tout début des années 1980. Leur riche carrière discographique s’étend sur 4 décennies et épouse les dernières explosions créatives de la scène américaine (la no wave et le punk US fin des 70’s, l’indie rock des 80’s et 90’s voire le revival rock du début des années 2000). Avant d’entamer un tour d’horizon de leur carrière discographique (à travers les albums studios essentiellement, sinon on bascule dans le travail quasi archéologique), revenons dans un premier temps sur la genèse du nom. Fusion de Big Youth (chanteur reggae des années 70) et du Sonic Rendez vous Band de Fred « Sonic » Smith, leader des MC5, tout un programme déjà. Pour une musique que Thurston Moore théorise dans le 1er communiqué de presse du groupe en 1981 de la manière suivante : « Des rythmes denses intensifiés en les accidentant et en les broyant, juxtaposés avec des morceaux d’ambiance façon bande-son. Évoquant une atmosphère que l’on ne pourrait décrire que comme un modernisme expressif et brouillon. Et ainsi de suite ». Une autre formule résume bien l’ambition du groupe et en même temps son sens de l’humour rarement souligné (que l’on peut mieux entrevoir dans le mythique documentaire 1991 : The Year Punk Broke). Sonic Youth c’est « un truc expérimental, mais en même temps, c’était un peu du style...

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De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

Pour cesser de vous ennuyer comme des rats morts et de mater daube sur daube sur Netflix, on a trouvé une solution pas vilaine. Enfin, on peut surtout remercier Sonic Youth qui a mis en écoute sur son bandcamp de nombreuses archives live. Pour les collectionneurs de MP3, c’est loin d’être donné mais si vous voulez simplement revivre ces concerts, rendez-vous sur leur bandcamp d’archives live où vous retrouverez 11 concerts datés d’entre 1987 et 2011. Live In Brooklyn 2011 by Sonic Youth Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sonic Youth (chroniques et itw de Lee...

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E (Thalia Zedek, Jason Sanford et Gavin McCarthy) revient le 21 avril

E (Thalia Zedek, Jason Sanford et Gavin McCarthy)  revient le 21 avril

Le supergroupe E composé de Thalia Zedek (Come, Live Skull, Uzi), Jason Sanford (Neptune) et Gain McCarthy (Karate) reviendra le 21 avril prochain avec son troisième album, Complications, le successeur du remarquable Negative Work. Composé de 9 titres, Complications a été enregistré par Andy Hong (Kimchee Records) et mixé par Seth Manchester (Lightning Bolt, Battles, The Body) au studio Machines with Magnets. Il promet d’aborder les nouvelles significations de maladies, virus et autres infections (c’est d’actualité) ainsi que l’espoir dans le futur et l’auto-médication. Et voici sa pochette : Jonathan Lopez Nos articles sur Come Nos articles sur Thalia Zedek (chroniques,...

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