Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Retour attendu de Dear Eyes, trois ans après l’EP Happy Sad. Frank Woodbridge auteur compositeur, seul maître à bord dans l’aventure Dear Eyes, assure ici quasiment toutes les parties musicales et vocales sur les onze titres de l’album, en dehors de quelques renforts ponctuels : voix féminines (Anne-Laure Woodbridge), guitare ou claviers (Bastien Burger). Dès les premières notes de synthé de “We Love The Songs”, la voix caressante et chaude de Franck nous embarque pour une ballade sensuelle sur une superbe mélodie qui s’insinue lentement mais sûrement dans l’esprit. Belle entrée en matière. Dans la continuité, avec l’enchaînement de titres aux réminiscences évidentes (cold wave, dream ou electro pop), un constat s’impose, l’écriture de Frank Woodbridge a évolué, et tant mieux. Il est loin le temps de la rage rock’n’roll (Backstab, Jenny In Cage), Super Times Wow est le disque de la maturité qui livre ici une collection remarquable de hits potentiels. Autant de jolis moments sur un seul disque est assez rare pour être souligné, voire crié. Faites le savoir autour de vous, cette galette est un petit bijou. A l’aise dans tous les registres Frank Woodbridge chante remarquablement, que ce soit sur les titres dansants ou sur les errances poétiques (remarquable “Lemonade”). Les rythmes syncopés de “Solitude Mondaine”, ou les percussions de “Buttons” invitent incontestablement à se trémousser, et la seule reprise de l’EP “Go Train Fast Love” n’est évidemment pas en reste. Titre très dansant, boîtes à rythmes, percussions, refrain scandé, et guitare très Cure. Tu l’as fait écouter à Robert Smith, Frank ? Au rayon ballades, c’est l’embarras du choix pour trouver celle sur laquelle rêver ou planer. “Murakami Dreams”, qui pourrait accompagner toute lecture de l’œuvre onirique du génial écrivain japonais, “Lemonade” pétillante et sucrée comme un verre de limonade glacée, ou “Summer Girls”, sublime morceau qui monte crescendo avec un final toutes guitares dehors, à faire pâlir tant de songwriters qui essaient de vain de d’accoucher d’une telle chanson dans toute leur carrière. Frank Woodbridge fait preuve d’une aisance incroyable pour torcher des mélodies intrusives qu’on fredonne après deux écoutes. Enfin, je ne résiste pas à l’envie de réécouter en boucle la dernière chanson du disque, car ce “Sunny Little Song” m’évoque personnellement un groupe qui figure au panthéon et que je chéris particulièrement, je veux parler du Velvet Underground. Petite clochette, chant délicat, guitare acoustique, et enfin ce tambourin qui scande le rythme comme Mo Tucker. Géniale clôture de l’album. La qualité de l’écriture et des arrangements font de ce Super Times Wow incontestablement la bande-son de l’été et ce ne sont pas les superbes photos de pochettes (recto et verso) qui contrediront ce sentiment. Un conseil, emportez ce disque sans faute sur la...

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Dernière Transmission – Dernière Transmission (Zéro Égal Petit Intérieur)

Dernière Transmission – Dernière Transmission (Zéro Égal Petit Intérieur)

La musique est un travail d’équipe. Bien sûr, il y a des exceptions, certains excellent en solo, composant tout intégralement mais bien souvent la magie d’une musique provient de l’alchimie trouvée par un groupe où chacun connait l’autre et sait ce qu’il va pouvoir lui apporter. Le trio qui forme Dernière Transmission en est bien conscient, puisque chacun des membres n’en est pas à son coup d’essai. A vrai dire, ils n’en sont même pas à leur première collaboration. Emmanuel Boeuf (Emboe, feu Sons Of Frida) avait déjà croisé le fer avec Guillaume Collet et Jérôme Orsoni, le temps d’un EP commun (très réussi) entre Sons Of Frida et Rome Buyce Night. Les voici cette fois au sein d’un étrange et ambitieux attelage. Synthés et boite à rythme métronomique (Guillaume Collet) donnent l’illusion d’une construction bien carrée, immuable que rien ne viendra perturber. Et puis il y a la guitare d’Emmanuel Boeuf, empêcheur de tourner en rond qui s’amuse à démolir l’édifice, détricoter patiemment et finalement emmener ces morceaux dans des contrées inattendues. Pour couronner le tout Jérôme Orsoni vient poser sa voix, là où on ne l’attendait pas. Car son chant n’est que parole et Jérôme, à l’exception de quelques haussements de ton bienvenus, déblatère, imperturbable, au milieu de tout ce raffut. L’attelage est étrange, perturbant au début, l’équilibre paraît précaire… Mais tout ceci fonctionne. Pourtant, les textes de Jérôme Orsoni, au demeurant riches et intéressants, pourraient user à la longue tant ils paraissent sombres, mécaniques et parfois – osons le mot – quelque peu dénués de musicalité. Ils parviennent toutefois à s’intercaler à merveille dans ce chaos, comme si sa voix venait s’ajouter en instrument supplémentaire et que la répétition des mots agissait comme une sentence inexorable. Parfois l’acharnement noisy qui nous tombe dessus est difficile à encaisser (« Apprendre à Commencer » un brin rude et irritante, « Un Matin » et son terrible « colonne dressée par une étoile tissée » répété à l’envi). Quand, en revanche, les mélodies claires-obscures parviennent à se faire une place, qu’on ne sait plus vraiment si Robert Smith ou Thurston Moore tient la guitare, le mélange devient savoureux (« L’amour Des Éclipses »), les couches de guitare s’additionnent alors avec bonheur au fracas électronique, et les mots s’insinuent avec davantage d’efficacité (« Seule Façon De Vivre Avant De Disparaitre »). Parfaite conclusion, « La Grande Communion » ne pouvait pas mieux porter son nom, elle, qui parvient grâce à une impressionnante montée en puissance finale à se faire une place dans notre esprit, de plus en plus réceptif. Dernière Transmission aurait pu se perdre dans sa volonté d’explorer, quelque part entre new wave, electro, noise, post rock et spoken word (si avec ça vous arrivez à vous y retrouver…). Ils ont...

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DIIV – Is The Is Are (Captured Tracks)

DIIV – Is The Is Are (Captured Tracks)

Is The Is Are fait partie de ces albums qu’on a envie de prendre avec soi pour une virée nocturne en bagnole. Composé de 17 morceaux, cet album est long, ce qui nous permet d’entreprendre une virée d’une bonne heure vers des directions lumineuses et mélodieuses au beau milieu des années 80. Le chanteur et producteur de l’album Zachary Cole Smith nous propose quatre ans après la sortie de l’excellent Oshin un deuxième album aux tonalités new wave/dream pop très agréable à l’écoute. DIIV a su conserver ce que les eighties avaient de meilleur, un son planant nous portant vers les plus hauts sommets soutenu par une rythmique impeccable. Le titre d’ouverture « Out of Mind » nous montre le chemin à suivre et c’est sur un riff de guitare cristallin et aérien que nous nous mettons en route. « Under the Sun », single dévoilé par le groupe fin 2015, est tout aussi efficace. « Bent (Roi’s Song) » nous offre une escale très plaisante flirtant délicatement avec le shoegaze. Un style que nous retrouverons sur « Mire (Grant’s song) » nous entraînant au beau milieu d’une magnifique route embrumée où l’obscurité est plus belle que jamais. Les lignes de basse de Devin Ruben Perez, mélodieuses et entêtantes, rappellent indéniablement celles de Simon Gallup (The Cure). On ne peut s’empêcher de trouver beaucoup de similitudes durant l’écoute de l’album avec ceux du groupe de Robert Smith période Kiss me Kiss me Kiss Me et Disintegration. Bien que les deux chanteurs portent le même nom, et qu’il est clair que Zachary Cole Smith a dû être fortement influencé par The Cure, leur style de chant n’a rien en commun. Sur « Valentine », le chant nonchalant de Zachary Cole Smith est néanmoins plein de finesse. Ce titre est l’un des meilleurs que nous propose DIIV sur ce nouvel album. Encore une fois les riffs de guitare nous imprègnent immédiatement. Pas facile de s’en défaire après écoute. La mélancolique « Take Your Time », autre pépite, est tout aussi captivante. Sky Ferreira, alias Madame Zachary Cole Smith, pose sa voix sur « Blue Boredom (Sky’s Song) », un titre cold wave aux intonations pouvant étrangement rappeler Sonic Youth. Le dernier morceau de l’album « Waste of Breath » met fin au voyage. La voix trainante de Smith entre parfaitement en alchimie avec une ligne de basse ténébreuse et un superbe riff de guitare viendra peaufiner le tout. Les deux interludes « Fuck » et « Napa » n’étaient quand à elles pas forcément nécessaires… Beaucoup de belles surprise se dissimulent dans ce long album qui manque un poil de diversité. Lors d’une première écoute, certains morceaux peuvent sembler répétitifs. Il retient néanmoins toute notre attention en ce début d’année grace à ses mélodies captivantes qui feront de ce Is The Is...

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Jennylee – Right On ! (Rough trade / Beggars / Wagram)

Jennylee – Right On ! (Rough trade / Beggars / Wagram)

Bassiste, un métier de chien. C’est vrai quoi, il n’y en a toujours que pour le chanteur ou le gratteux. Éventuellement le batteur s’il a un maximum de style et se démarque de la masse. Mais le bassiste, que pouic. A moins d’être une nana dans un groupe de mecs et de s’appeler Kim (jurisprudence Gordon/Deal) mais alors une bassiste femme dans un groupe de femme, c’est perdu d’avance. Jennylee avait déjà tenté les cheveux roses pour retenir l’attention au sein des Warpaint. En vain. Elle restait une (jolie) bassiste au sein d’un (bon) groupe de filles. Cette fois-ci elle va plus loin, avec carrément un album solo. Et un bon tant qu’à faire. L’auditeur habitué de Warpaint ne sera pas déboussolé outre mesure retrouvant les ambiances cotonneuses chères au quatuor (“He Fresh” ou ce “Blind” vaporeux délicatement susurré en ouverture d’album). Jennylee opte pour un chant éthéré et évanescent sur fond de compos new wave de bon calibre (à l’exception du nerveux “Riot” où elle s’agite davantage). Le single “Never” et sa ligne de basse imparable nous avait promis de belles choses. On ne retrouve pas de morceaux aussi immédiatement fédérateurs mais tout ceci est bien léché et agréable (“Offerings” occupe bien l’esprit). La jeune dame est talentueuse, c’est indéniable. Pour un premier essai, ce Right On! remplit donc le cahier des charges. Rien de foncièrement inoubliable mais rien à jeter aux orties non plus. Jennylee a trouvé un moyen sûr de faire parler d’elle. Reste à savoir si elle est capable d’aller plus loin désormais. JL  ...

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Team Sleep – Woodstock Sessions Vol.4 (Woodstock Sessions)

Team Sleep – Woodstock Sessions Vol.4 (Woodstock Sessions)

Team Sleep est un projet parallèle de Chino Moreno, chanteur de Deftones, dont la seule sortie remonte à 2005. Depuis cette date les nouvelles concernant la formation devinrent rarissimes, à la plus grande déception de ses fans éprouvant un légitime sentiment d’inachevé tant son premier effort avait été bien accueilli par le public et les critiques. Un retour semblait donc inespéré, jusqu’à ce milieu d’année et l’arrivée de Woodstock Sessions Vol.4. Un album enregistré en live, non pas au festival de Woodstock, mais dans un studio en compagnie de quelques fans. Les morceaux interprétés sont pour la plupart issus de l’album éponyme, et de quelques démos d’époque. 10 ans d’attente, et rien de bien nouveau, de quoi se sentir quelque peu frustré. Dans un premier temps, on pouvait même se demander le réel intérêt de cette sortie. Une fois le bouton play enclenché, on se rappelle très vite nos bons souvenirs, ces morceaux planants, et la voix légère de son frontman. On le sait, le live offre souvent une dimension supérieure à la musique, on n’aurait pu imaginer a quel point la magie opérerait aussi bien avec Team Sleep. Le concert débute en douceur avec l’excellent “Your Skull Is Red” qui monte peu à peu en puissance pour aboutir à un final explosif. Un effet crescendo que l’on retrouvera sur la quasi totalité des titres interprétés. Chino est dans un grand soir, son chant est d’une justesse remarquable. On en regretterait presque que 3 titres sur les 9 en soient dépourvus même si les instrumentales “Formant” et “O.P.” restent des moments très forts de ce live. “Princeton Review” qui oscille entre trip hop et new wave, est la preuve parfaite que la musique de Team Sleep s’adapte idéalement a la scène. Et pour mettre tout le monde d’accord, il y a le titre “Blvd. Nights” qui prend une ampleur incroyable. Zach Hill s’en donne à coeur joie en martelant ses futs, Chino lui, monte le ton comme durant un concert de Deftones. Un court instant d’exaltation avant un “Death Of Plane” beaucoup plus calme et mélancolique, dont l’interprétation n’en demeure pas moins somptueuse. En guise de bouquet final, “Live From The Stage” qui s’étend sur plus de 8 minutes, est l’ultime moment magique de cet enregistrement, offrant encore une fois un final endiablé. Cette sortie rassurera ceux qui croyaient Team Sleep mort, et ravivera l’espoir qu’un jour ses membres prendront le temps de nous concocter cette suite tant attendue. Et puis pour le coup ça nous aide également à patienter avant l’arrivée du prochain Deftones…   JR Pour rappel Deftones sera en concert au Bataclan (Paris) le 15, 16 et 17 novembre 2015....

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