Warpaint – Heads Up

Warpaint – Heads Up

Il revient de loin ce disque ! Séduit par le dernier album en date de Warpaint (bien qu’inférieur à The Fool), je m’étais empressé d’écouter le nouveau single, « New Song »… Un morceau littéralement affreux et indigne. Je me suis alors dit « ça y est elles ont changé pour de bon, elles cherchent à sortir le tube de l’été, je lâche l’affaire. » Incorrigible, j’ai quand même voulu, une fois la rage retombée, voir ce que donnait ce dernier disque. Et grand bien m’en a pris ! Heads Up comporte de bien belles choses. Si vous aussi, vous aviez hurlé seul(e) chez vous « traitresseeeees, on ne m’y reprendra plus !« , sachez que ce « New Song » ne reflète en rien le contenu du disque. On retrouve avec bonheur ce qui fait qu’on était tombé sous le charme des demoiselles il y a quelques années : basses rondelettes, voix caressantes, et nous voilà bien blottis dans notre lit douillet musical entre new wave et dream pop. En ce sens, « Whiteout » et « By Your Side » font le boulot, même sans atteindre les plus belles réussites précédentes. Suffisamment pour rassurer en tout cas. S’il n’est guère surprenant que Warpaint s’en sorte toujours haut la main quand il s’agit de dérouler ses acquis, on peut tout de même s’enthousiasmer que l’inspiration soit au rendez-vous (« Heads Up » et sa basse qui ne tient pas en place, la délicate ballade folk « Today Dear »). Et surtout, réjouissons-nous que lorsqu’elles effectuent d’autres incartades hors des sentiers balisés Warpaintiens (toutefois déjà empruntés précédemment), bien moins radicales et putassières que celle qu’on appelle désormais l’affreuse, elles parviennent également à séduire (« So Good » qui se la joue groovy, « Dre » et son beat hip hop, la superbe « Don’t Let Go », et son écrin folk propulsé vers les cimes par un duo basse-batterie toujours implacable). Si on fait les comptes, hormis le furoncle déjà bien trop évoqué précédemment, il n’y a rien d’infamant et pas mal de bien fameux sur ce disque, qui vieillira sans doute très bien et viendra s’intercaler fièrement aux côtés de ses deux prédécesseurs… Allez ça va pour cette fois, filez… mais la prochaine fois, pas de blague hein !...

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Dans le bac d’occaz #7 : Siouxsie And The Banshees, PJ Harvey, Wilco

Dans le bac d’occaz #7 : Siouxsie And The Banshees, PJ Harvey, Wilco

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite). Dans le bac d’occaz #7 : les années en 2     1982 : Siouxsie And The Banshees – A Kiss In The Dreamhouse Dans la myriade de citations faussement attribuées à Albert Einstein, on retrouve en substance celle-ci : « La folie, c’est refaire sans cesse la même chose en s’attendant à un résultat différent. » Je ne sais pas qui en est réellement l’auteur, mais cela aurait tout à fait pu être quelqu’un qui aurait écouté les conseils insistants de ses amis à écouter de la pop des années 80 alors qu’il n’aime pas ça à la base. Pas besoin d’épiloguer, ce disque comme tout ce que j’ai écouté de Siouxsie And The Banshees, c’est exactement ça. Vous pouvez me dire que c’est de la pop baroque et sophistiquée, des disques intemporels et inclassables, j’entends une superposition de gimmicks typiques des années 80, gimmicks que je trouve personnellement insupportables. Un peu comme si Nina Hagen poussait la chansonnette sur du Joy Division. L’envie de vomir est exactement la même. Ce disque a-t-il des qualités ? Certainement ! Est-il un classique ? Pourquoi pas ! Désolé si j’ai craché sur le son de toute votre adolescence, si je suis dur avec vos premiers fantasmes rocks, pour moi ce disque et ce groupe (car même le plus tolérable The Scream reste beaucoup trop post punk pour que je puisse l’écouter) sont tout bonnement insupportables, je n’y peux rien, c’est épidermique. Je vous rassure, vous serez sûrement vengés quand dans 10 ans un jeune chroniqueur attaché aux années 2000 crachera sur les premiers Hole ou Babes In Toyland en n’y entendant qu’une bouillie affreusement 90s insupportable. Mon tour viendra. En attendant, je vais me replonger dans le son de mon adolescence et mes premiers fantasmes rocks.     1992 : PJ Harvey – Dry La première écoute des disques du bac à occaz se fait toujours en mp3, les trois albums à la suite. Voilà, c’est pour le making of. Du coup, je me suis surpris à penser « Ah, en fait, le dernier morceau du Siouxsie n’est pas si mal ! » En réalité, c’est l’album de PJ qui commençait. Je dois reconnaitre que leurs plus grands points communs sont d’être britanniques et de sexe féminin, mais même si les instrus sont clairement marquées des années 90...

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Suicide – Suicide (Red Star)

Suicide – Suicide (Red Star)

Quelle meilleure occasion de célébrer Suicide, qu’à la mort de son cofondateur ? Les disquaires vont s’en donner à coeur joie, alors faisons de même. Alan Vega s’en est allé, mais la musique de Suicide restera. Pour son impact, déjà. Indéniable. Sur la musique électronique évidemment, sur la noise, l’indus, le punk, la new wave, aussi. Deux petits mecs, des machines, et pourtant tant de choses à dire, d’émotions mêlées à l’écoute de ce premier album qui reste un monument, et un point d’ancrage pour beaucoup. Sombre et hanté comme du Joy Division. Hypnotisant comme de la transe. Rageur comme un bon vieux Stooges. Vega était d’ailleurs fasciné par les Stooges et leurs concerts qui pouvaient virer en émeutes, une habitude qui deviendrait celle des shows de Suicide*. Oui, il y avait quelque chose de suicidaire à s’y rendre. Quelque chose de sulfureux aussi, à voir débarquer un Alan Vega brandissant une chaîne de moto avant de se faire canarder d’objets en tout genres. Ces soirées-là n’étaient jamais de tout repos. Et ce disque est tout sauf une innocente promenade de santé. Ce disque est une invitation au malaise. Suicide se propose gentiment de racler notre boîte crânienne à la truelle pour y faire entrer ses étranges incantations. Et ce, dès l’entame, bien punchy, avec un « Ghost Rider » tout en électricité, en saccades infernales. « America, America’s killing its youth » scande Vega, en bon prédicateur dont nous buvons les paroles. Pas vraiment le choix vu la déferlante. En 1977, alors dans la fleur de l’âge, Vega jouait déjà au fantôme, chuchotant entre les échos et les infrabasses (« Rocket USA »). Il n’a pas fini de nous faire flipper. Plus tranquilisante pour nos pauvres âmes malmenées, « Cheree » cachait toutefois un amour certain pour le malsain. Derrière un xylophone suspect et des « i love you » susurrés, la comptine avait quelque chose de tourmentée. Un appât séduisant et un piège qui se referme, voilà qui pourrait assez bien résumer la musique de Suicide quand elle se voulait « romantique ». Sur « Girl », mêmes causes, mêmes effets. Une basse qui fait le boulot de défrichage, rigoureusement, Martin Rev qui sort son clavier/orgue à la Manzarek, Vega qui gémit « oh girl turn me on ». Dangereusement sexy. Sur cette première galette suicidaire, au son martelé, primitif, on peut également entrevoir les prémices new wave, avec les aspects douteux que cela peut comporter (encore plus évident sur le morceau bonus « Keep Your Dreams »** et sa boîte à rythmes bien kitsch). Mais l’épreuve la plus redoutable est la piste 6, « Frankie Teardrop ». Vega, en mode schizophrène, y campe un travailleur précaire, se tuant à la tâche dans une usine. Martin Rev maintient une tension de tous les instants, nous propulse dans la...

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Alan Vega (Suicide) est mort

Alan Vega (Suicide) est mort

Alan Vega, chanteur et co-fondateur avec (Martin Rev) du groupe Suicide est mort hier dans son sommeil à l’âge de 78 ans. C’est Henry Rollins qui a annoncé la nouvelle sur son site internet, déclarant à son propos qu’il « a toujours créé, écrivant de la musique et peignant jusqu’à la fin mais il était aussi unique, et ce depuis le début».  En 1977, Suicide sortait un premier album très abrupt et dérangé, entre punk et électro, à ne pas mettre entre toutes les oreilles mais très influent sur les scènes noise et new wave. Il a publié 5 albums avec Suicide, le dernier, American Supreme, en 2002. RIP...

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Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Retour attendu de Dear Eyes, trois ans après l’EP Happy Sad. Frank Woodbridge auteur compositeur, seul maître à bord dans l’aventure Dear Eyes, assure ici quasiment toutes les parties musicales et vocales sur les onze titres de l’album, en dehors de quelques renforts ponctuels : voix féminines (Anne-Laure Woodbridge), guitare ou claviers (Bastien Burger). Dès les premières notes de synthé de « We Love The Songs », la voix caressante et chaude de Franck nous embarque pour une ballade sensuelle sur une superbe mélodie qui s’insinue lentement mais sûrement dans l’esprit. Belle entrée en matière. Dans la continuité, avec l’enchaînement de titres aux réminiscences évidentes (cold wave, dream ou electro pop), un constat s’impose, l’écriture de Frank Woodbridge a évolué, et tant mieux. Il est loin le temps de la rage rock’n’roll (Backstab, Jenny In Cage), Super Times Wow est le disque de la maturité qui livre ici une collection remarquable de hits potentiels. Autant de jolis moments sur un seul disque est assez rare pour être souligné, voire crié. Faites le savoir autour de vous, cette galette est un petit bijou. A l’aise dans tous les registres Frank Woodbridge chante remarquablement, que ce soit sur les titres dansants ou sur les errances poétiques (remarquable « Lemonade »). Les rythmes syncopés de « Solitude Mondaine », ou les percussions de « Buttons » invitent incontestablement à se trémousser, et la seule reprise de l’EP « Go Train Fast Love » n’est évidemment pas en reste. Titre très dansant, boîtes à rythmes, percussions, refrain scandé, et guitare très Cure. Tu l’as fait écouter à Robert Smith, Frank ? Au rayon ballades, c’est l’embarras du choix pour trouver celle sur laquelle rêver ou planer. « Murakami Dreams », qui pourrait accompagner toute lecture de l’œuvre onirique du génial écrivain japonais, « Lemonade » pétillante et sucrée comme un verre de limonade glacée, ou « Summer Girls », sublime morceau qui monte crescendo avec un final toutes guitares dehors, à faire pâlir tant de songwriters qui essaient de vain de d’accoucher d’une telle chanson dans toute leur carrière. Frank Woodbridge fait preuve d’une aisance incroyable pour torcher des mélodies intrusives qu’on fredonne après deux écoutes. Enfin, je ne résiste pas à l’envie de réécouter en boucle la dernière chanson du disque, car ce « Sunny Little Song » m’évoque personnellement un groupe qui figure au panthéon et que je chéris particulièrement, je veux parler du Velvet Underground. Petite clochette, chant délicat, guitare acoustique, et enfin ce tambourin qui scande le rythme comme Mo Tucker. Géniale clôture de l’album. La qualité de l’écriture et des arrangements font de ce Super Times Wow incontestablement la bande-son de l’été et ce ne sont pas les superbes photos de pochettes (recto et verso) qui contrediront ce sentiment. Un conseil, emportez ce disque sans faute sur la...

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