Mogwai – Every Country’s Sun

Mogwai – Every Country’s Sun

A l’heure d’accueillir le nouvel album de Mogwai, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Le dernier album en date, Atomic, était une franche réussite… mais c’était une BO. Un exercice forcément particulier qui convient à merveille au groupe. Si on remonte au dernier “véritable” album, Rave Tapes, il y a de quoi être plus inquiet. Celui-ci ne nous avait guère enthousiasmé lors de sa sortie et on ne peut pas dire qu’avec le temps on ait revu notre jugement. A vrai dire on l’a même un peu oublié. Ajoutez à cela le départ de John Cummings, un des gratteux historiques, et ça commence à faire beaucoup d’interrogations… Mi-mai, le remarquable single “Coolverine” (qui ouvre l’album) avait toutefois passé un premier coup de balai sur nos soupçons teintés d’inquiétude. Quelques écoutes (nécessaires) du disque dans son intégralité auront raison des derniers doutes. Oui Every Country’s Sun replace Mogwai là où il se situe le mieux : tout en haut de la pyramide post rock. Mais ce disque ne s’apprivoise pas en un claquement de doigts, il s’explore et se livre petit à petit, faisant d’abord son timide, planqué derrières des nuages récalcitrants avant de percer et nous illuminer de chacun de ses rayons. L’attaque est trompeuse, tout parait simple. “Coolverine” sonne comme du pur Mogwai intemporel, aucune révolution en vue mais une composition inspirée, maîtrisée et un voyage garanti où les synthés le disputent aux guitares et cohabitent à merveille. Que demande le peuple ? Puis vient l’incongruité de ce disque, “Party In The Dark”. Dans un registre pop (!) presque dansant (ouh le vilain mot), Mogwai s’éclate sur une rythmique post punk et Stuart Braithwaite se la donne au chant. L’exercice déroute mais ne déplait pas. Après cela, les écossais repartent dans des contrées plus familières en nous offrant quelques superbes plages atmosphériques avec des mélodies qui touchent au coeur, à dominance synthétique et/ou électronique (“Crossing The Road”, “Aka 47” tout en retenue downtempo, “20 Size”, “Don’t Believe The Fife” qui semble échappé d’Atomic). On pense alors que le groupe va tranquillement nous indiquer le chemin de la sortie en nous berçant religieusement et c’est là qu’il nous expédie à coups de pieds au cul, renouant en fin d’album avec les grosses guitares saturées à mort et les déflagrations noisy d’antan (“Battered At A Scramble”, “Old Poisons” et le morceau-titre en forme de conclusion épique magistrale). On n’avait rien vu venir et on l’a senti passer ! Dense et varié, ce disque ne fera peut-être pas tomber de la chaise les amateurs de longue date du groupe écossais, préférant chérir leurs vieux classiques, mais il les rassurera sur un point : le talent est toujours là...

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : “La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.” Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, “The Charm Offensive”, la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (“They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars..”). “Heaven Alive”, single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec “A Hommage To A Shame” et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album “Meredith”/”Music For A Nurse”/”New Pin”. Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec “No Tomorrow”, “Mine Host” et “You Can’t Keep A Bad Man Down”. Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (“Ornament/The Last Wrongs”). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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Dans le bac d’occaz #13 : Gang Of Four, Faith No More, Mogwai

Dans le bac d’occaz #13 : Gang Of Four, Faith No More, Mogwai

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).*   Dans le bac d’occaz #13 : les années en 9       1979 : Gang Of Four – Entertainment! J’ai été invité, un peu forcé à squatter pour être tout à fait exact, à la table d’un chef culte, talentueux et inventif. Il nous a servi un plat extrêmement original et même assez copieux, ce qui me fait toujours peur dans ce type de cuisine qui se la pète un peu, à base d’épinards, d’aubergines, de choux de Bruxelles, d’endives cuites et de foie de veau. C’était super bien maitrisé, dressé au poil, et les convives se sont régalés. Le problème, c’est que je n’aime ni les épinards, ni les aubergines, encore moins les choux de Bruxelles et les endives cuites et je conchie carrément le foie de veau. Du coup, tout en reconnaissant le talent de notre hôte, je me suis emmerdé sec et j’ai eu du mal à finir. En écoutant ce disque de Gang Of Four, c’est exactement l’impression que j’ai eu. Je suis bien obligé de reconnaitre que la musique proposée par le groupe, un mélange de post-punk, noise, hip hop, funk, reggae est original et parfaitement maitrisé, avec néanmoins un côté rough propre aux bons groupes indé… mais ça reste un mélange de styles qui, au mieux m’indiffèrent, au pire me donnent des diarrhées. Au final, pour toute ses qualités, et sa longueur tout à fait raisonnable, Entertainment! est pour moi parfaitement indigeste. D’ailleurs, je suis incapable de choisir un titre plutôt qu’un autre, c’est JL qui s’en chargera !     1989 : Faith No More – The Real Thing J’aurais pu copier-coller exactement le même paragraphe que pour Gang Of Four en changeant à peine quelques termes, mais je ne vais pas sombrer dans la facilité. Parlons donc spécifiquement de ce disque. Déjà, je vais faire mon mea culpa : vu la réputation de Patton, j’avais d’emblée rangé Faith No More sans les écouter dans la catégorie des groupes intellectuallo-bizarroïdes chiants trop occupés à faire des performances artistiques pour prendre le temps d’écrire un bon morceau. Force est de reconnaitre que The Real Thing n’est pas chiant (quoi que “Woodpecker From Mars”…) et encore moins intellectuel (quoi que “Edge Of The World”…). Non, s’il y a un adjectif qui collerait parfaitement à ce disque, c’est déroutant....

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Mogwai paie sa tournée… et son disque

Mogwai paie sa tournée… et son disque

Un an après avoir signé la bande originale très sombre, très électro (et très réussie !) du documentaire Atomic, voilà que Mogwai annonce déjà son retour. Le successeur serait enregistré et sa sortie est à prévoir sans doute d’ici début septembre (on prend pas trop de risques), date qui marquera le début de leur prochaine grande tournée qui inclura deux haltes par chez nous : le 18 octobre à l’Aeronef de Lille et le 23 octobre au Grand Rex (Paris)....

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Minor Victories – Minor Victories (Fat Possum, PIAS)

Minor Victories – Minor Victories (Fat Possum, PIAS)

Le mariage entre Editors (Justin Lockey), Slowdive (Rachel Goswell) et Mogwai (Stuart Braithwaite), alléchant sur le papier, était aussi rudement casse gueule. On ne va pas vous refaire la liste des supergroupes prometteurs qui ont accouché d’une souris mais ils ne manquent pas. Minor Victories était donc attendu de pied ferme, mais avec un peu d’appréhension. Et parler d’échec à son propos serait allé un peu vite en besogne. Les morceaux sont tous remarquablement construits (d’autant plus quand on sait que le groupe ne s’est jamais retrouvé ensemble dans la même pièce avant le résultat final, cf notre interview), étonnamment variés (difficile de dire qu’untel a trop tiré la couverture à lui), on peut déplorer toutefois que le chant de Rachel Goswell soit poussé un peu trop loin de son domaine de prédilection. Comme sur ce “Breaking My Light” très grandiloquent, où elle se retrouve à des années lumières de son chant éthéré sublime qu’on lui connaît chez Slowdive. Le morceau est beau incontestablement, mais il aurait gagné à plus de sobriété. Sur “Cogs”, au demeurant assez enthousiasmant pour son rythme mené tambour battant, Rachel se retrouve également dans une situation inconfortable à courir derrière des instruments qui ont décidé de ne pas l’attendre et à pousser fort dans les aigus. Non sans grand talent, elle parvient à ne pas se laisser distancer. Et à nous maintenir satisfaits. Mais au-delà du chant pas toujours en totale adéquation, le problème se situe parfois ailleurs. Un morceau comme “A Hundred Ropes” (intro électro, cordes omniprésentes, cheminement épique) a tout de la machine de guerre, y compris son côté irritant. “Scattered Ashes” et sa rythmique martelée souffre du même excès de puissance. Les forces rassemblées étaient imposantes, les choses n’ont donc pas été faites à moitié. Et plutôt que de victoires mineures, on a souvent le sentiment que le groupe cherchait à conquérir le monde. Sans trop tirer sur la (les) corde(s), Minor Victories était pourtant capable de bien belles choses. “Folk Arp” et “The Thief” où l’on retrouve des ambiances chères à Mogwai, “Out To Sea” cette fois remarquable de nuances, sont parmi les grandes réussites de ce premier essai inégal. Tout comme le superbe dialogue entre Rachel Goswell et l’inénarrable Mark Kozelek, en mode comptine inoffensive, pourtant assez tordue et addictive (“For You Always”). De quoi nourrir de légitimes regrets à propos de ce disque. Minor Victories ne vient donc pas rejoindre le bataillon des supergroupes super décevants mais à vouloir frapper un peu trop fort, il a paradoxalement minimisé son impact....

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