Paradise Lost – Obsidian

Paradise Lost – Obsidian

(Nuclear Blast, 15 mai 2020) Pendant une poignée d’années, au mitan des 90s, Paradise Lost fut mon groupe préféré. Depuis le jour où j’ai entendu « Christendom » sur l’album Icon chez un ami, ma vie de mélomane en a été transformée. Jusqu’à la fin de la décennie, le groupe d’Halifax, Yorkshire m’a permis de m’initier à tout un tas de genres musicaux, tant lui-même évoluait. Du Death lent de ses débuts à la pop sous influence Depeche Mode de Lost en passant par le metal poisseux et sabbathien en diable de Shades of Gods, Paradise Lost a toujours su éveiller ma curiosité. Paradoxalement, cette capacité de renouvellement fut ce qui scella mon divorce d’avec le groupe. Lorsque sortit One Second (1997), cela provoqua en moi un point de non retour. Ce disque, que je considère rétrospectivement comme le meilleur album de metal hybride de la période, brassait tellement large avec son chant clair courageux, ses samples et ses guitares triturées qu’il me fit écouter des choses aussi variées que Massive Attack ou les Smiths. Devant les contrées qui s’ouvraient à moi, je me mettais alors à creuser, oubliant le groupe même qui avait attisé ma curiosité en premier lieu. Dans les années 2000, je ne m’intéressais à Paradise Lost que de loin, écoutant d’une oreille distraite chaque nouvelle livraison en regrettant de ne pas y retrouver l’excitation de mes seize ans. Pas grave : d’autres prendraient la relève. Ce n’est pas que des disques comme Paradise Lost (2005) ou In Requiem (2007) soient mauvais, mais ils manquaient juste un peu de direction et de compositions marquantes. Le groupe semblait avoir du mal à se renouveler, tentant une sorte de synthèse entre ses années gothic/doom et ses années pop, sans vraiment s’engager pleinement. Alors que My Dying Bride s’était à la même époque recentré sur son « cœur de métier » (un doom bien pesant), Paradise Lost souffrait de ce qui avait fait sa supériorité dix ans plus tôt : sa versatilité. Quand arriva The Plague Within (2015), la surprise fut très bonne : boosté par des side projects intéressants (le passage de Nick Holmes chez Bloodbath, notamment), le groupe proposait un véritable disque de doom, intense et puissant, avec un retour au chant death parfaitement maîtrisé, et des chants clairs toujours plus travaillés. On avait le meilleur des deux mondes et en même temps un disque véritablement cohérent et bien foutu. Medusa (2018) enfonça le clou : Paradise Lost était de retour pour dominer à nouveau la scène metal alternative britannique. Ce « retour à la forme » allait-il se prolonger ? Obsidian constitue une nouvelle grosse – et heureuse – surprise. C’est en effet une sorte de...

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PLAYLIST – French rock is not dead!

PLAYLIST – French rock is not dead!

Loin des standards de la pop FM, le rock à la française est bel et bien vigoureux pour le plus grand bonheur de nos petites esgourdes. Nullement présent sur les autoproclamées grandes radios musicales qui nous repassent les 10 mêmes artistes soit disant « rock » depuis une bonne décennie, ces « petits » groupes sont les dignes héritiers du peuple gaulois au milieu de cet empire constitué des grosses maisons de disques et de leurs consanguines radios nationales. Nous ne pouvons qu’être admiratifs et remercier les labels indépendants (Vicious Circle, À Tant rêver du roi, Howlin Banana, Bord Bad, Influenza Records, Teenage Menopause, Rejuvenation, Et mon cul c’est du tofu ?, Kerviniou Recordz, Atypeek Music…) qui luttent pour exister et nous proposer de la musique de qualité. Espérons qu’ils ne souffriront pas trop de cette sale période et que d’ici quelques mois les artistes « rock » français survivants ne seront pas les seuls Calogero ou autre Obispo. Afin de leur rendre justice, l’équipe d’Exit Musik a consacré la semaine écoulée à ces groupes qui méritent amplement d’être écoutés, diffusés et achetés bien évidemment ! Chaque jour, un membre de la rédaction a partagé sur notre page Facebook une playlist de 10 groupes/artistes français qui lui sont chers et voici l’ensemble agrémenté de malheureux laissés pour compte pour aboutir à une grande playlist de 100 morceaux. Afin de ne léser aucun auditeur, nous avons décliné ces playlists sur deux supports (Youtube et Spotify). Celles-ci diffèrent légèrement selon les disponibilités des artistes sur ces plateformes. Et même avec (un peu plus de) 100 groupes, on n’a pas pu inclure tous ceux que nous aurions aimé (on n’oublie pas Sweat Like An Ape, Poil, Rome Buyce Night, Kataplismik, Social Square, Cosmopaark, plein de groupes de Et mon cul c’est du tofu? ou Rejuvenation Records…), c’est dire la vitalité de la scène française. Il ne tient qu’à vous de le vérifier en écoutant notre sélection. Soutenez les artistes, payez ce que vous écoutez… et achetez français...

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Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…) et Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite), nous avons posé quelques questions à Nicolas du disquaire (et label) parisien Musicfearsatan. Peux-tu te présenter en quelques mots ?Je suis Nicolas, je m’occupe de musicfearsatan depuis 2007, au départ c’était juste un site de VPC et un label puis c’est devenu aussi un magasin de disques à paris en 2010 orienté rock et metal spé et branché. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Tu continues des activités liées à la musique ?Je respecte bien le confinement donc je reste chez moi mais je vais quand même à la boutique une fois par semaine pour m’occuper des envois de commandes en ligne qui restent soutenues malgré le confinement, ce qui est assez salutaire pour mon activité Quel impact a eu le confinement sur l’activité du disquaire ?Le principal impact est la fermeture mais aussi l’arrêt ou le report des sorties de disques (donc pas de nouveauté à mettre en ligne sur le site) et l’impossibilité pratique de faire des commandes pour restocker des références-clé de la boutique donc même l’activité vente en ligne est impactée. Pour nous donner une idée, tu estimes que ton chiffre d’affaires a baissé de combien ? Cela doit représenter -60% dans mon cas (je limite la casse grâce à la VPC) mais chez d’autres disquaires qui n’ont pas de VPC ou qui en font peu cela doit être encore plus important… Existe-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?J’essaie d’envoyer le maximum de commandes pour remercier mes clients du soutien et je dois continuer aussi à faire la comptabilité (déclaration de TVA, bilan 2019) donc on va dire que je suis à moitié au chômage technique.Comment envisages-tu l’après ?C’est mitigé car je vais être soulagé de rouvrir la boutique mais ma clientèle principale n’habite pas à paris donc je suis dépendant de l’actualité concerts à Paris et des voyages touristiques or ce type de déplacements est appelé à ne pas vraiment exister d’ici la fin de l’année donc j’ai peur quand même que l’activité magasin mettre beaucoup de temps à revenir à la normale. Quel serait le meilleur moyen de vous soutenir pendant et après le confinement ?Pendant le confinement, les commandes en ligne sont un bon moyen de soutenir les disquaires car ça permet d’entretenir la trésorerie pour...

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New Noise sort un numéro en mai… et a besoin de vous !

New Noise sort un numéro en mai… et a besoin de vous !

Son existence en 2020 est déjà une incongruité, un petit miracle en soi, à l’heure où on vous regarde comme une bête de foire quand vous dites que vous achetez encore des disques, de la presse et (pire encore) de la presse musicale ! Contre vents et marées, virus et maladies, New Noise poursuit, vaille que vaille, sa mission et le numéro 53 verra bien le jour début mai, peu de temps avant la fin (supposée) du confinement avec des couvertures toujours aussi classes et un sommaire plus alléchant que jamais. Mais, si vous avez lu nos « interviews confinement », vous l’avez compris, les temps sont durs pour tout le monde et l’avenir des plus incertains. New Noise n’échappe pas à la règle, le numéro d’été est d’ores et déjà annulé, et celui à venir s’est vu amputé de la moitié de ses recettes publicitaires… Pour que l’aventure continue, le magazine qui surestime le goût des Français et se met dans le rouge un peu plus à chaque numéro, a donc besoin de votre soutien. Partagez, faites tourner l’info aux personnes de goût (et à celles pour qui tout n’est pas perdu), précommandez-le, abonnez-vous, abonnez votre oncle et votre voisin qui vous fait souffrir en écoutant PNL à fond. Bref, BOUGEZ-VOUS LE FION si vous voulez que ceux (dont je suis) qui s’arrachent pour sortir 150 pages de qualité tous les deux mois sur la musique dont personne (ou presque) ne parle dans la presse papier, continuent de vous transmettre leur passion. On n’a déjà plus de concerts, plus de bars, de restos, d’amis à aller voir, on a besoin plus que jamais de la culture. Essayons de sauver ce qui peut encore l’être. Jonathan Lopez Précommander le numéro 53 S’abonner Lire l’état des lieux posté par new Noise sur sa page...

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Faith No More – King For A Day

Faith No More – King For A Day

(Slash/Reprise, 28 mars 1995) Il est de bon ton de considérer King For A Day comme l’album ultime de Faith No More. Sa référence indépassable. Loin de moi l’idée de démonter un fait établi (a-t-on suffisamment d’amis pour commencer à se faire des ennemis ?) mais, en toute honnêteté, tenter de départager ce disque de ses deux monumentaux prédécesseurs, Angel Dust (1992) et The Real Thing (1989), me semble bien périlleux. Et inutile. Tout juste suis-je résolu à admettre que Mike Patton y est plus à l’aise que jamais, après un The Real Thing où il fallait se familiariser avec son chant nasillard, que d’aucuns (les cons sensibles) pouvaient juger irritant. Et pourquoi pas, puisqu’on est généreux, évoquer une production plus moderne, moins marquée par les années que les deux pré-cités, reproche revenant régulièrement de la part de snobinards lourdingues spécialistes ès production sonore. Mais ON S’EN FOUT. Les morceaux étaient là depuis le début et on a d’abord envie de rétorquer à tous ces jeunes gens avides de hiérarchisation (comment ça, on s’y livre plus souvent qu’à notre tour ?) qu’un groupe comme Faith No More – ou plutôt CE groupe qu’est Faith No More – échappe à toute nécessité de classement. Ce groupe au sommet de son art, ce qu’il est indéniablement entre 1989 et 1995 (si ce n’est entre 1985 et 2015, pour les fans les plus aveuglés aguerris), ne peut qu’apporter entière satisfaction et susciter perpétuelle prosternation. On l’a déjà dit, écrit, rabâché, mais une fois de plus ne fera pas de mal : ce mélange des genres unique que Faith No More a su enfanter dès sa formation et façonner au fil du temps est sa grande force et, probablement, la raison du désamour de certains. Pour ceux adhérant au « concept », il semble impossible de ne pas succomber à King For A Day, tant la folie inhérente au groupe et son leader et l’efficacité d’ensemble, sont criantes d’un bout à l’autre. L’attaque frontale de « Get Out », expédiée en 2’20, rappelle un fait essentiel : si ces gars-là sont à ranger du côté des metalleux, ils ne s’embarrassent jamais de fioritures inutiles, préférant la vitesse d’exécution et l’efficacité au bavardage lourdaud. Se faire chier en écoutant Faith No More ? Improbable. Même la mauvaise foi la plus abjecte n’oserait brandir ce genre de critique. L’intro de « Ricochet » se veut bien plus apaisée mais c’est pour mieux nous scotcher au mur le temps d’un refrain qui passe soudainement la surmultipliée. L’album est clairement plus direct et frontal qu’Angel Dust qui y allait franco sur les claviers. Ici, les grattes ont repris le pouvoir, Trey Spruance (de Mr Bungle) suppléant Jim Martin dans le rôle de tortionnaire de...

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