Deftones – Around The Fur

Deftones – Around The Fur

Voilà comment une bande d’ados de Sacramento s’est offert un destin incroyable. Accros à la fumette et à la planche à roulette, leur passion commune pour la musique leur donne l’idée de fonder un groupe en 1988, alors qu’ils sont encore étudiants. Deftones est né, enchaîne les concerts dans les bars et petites salles, enregistre une démo en 1993. Ils parviennent à signer un contrat chez Maverick l’année suivante. Sous le regard bienveillant du producteur Terry Date, véritable visionnaire et dénicheur de talents, ils livrent leur premier album Adrenaline. Une fois encore Date a misé sur le bon cheval. Les critiques sont bonnes, le succès est au rendez-vous. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de profiter de la mouvance qui se trame autour de la scène nu metal, pour viser plus haut et voir plus loin. Around The Fur sort en octobre 1997, 10 titres ou plutôt 11 si l’on compte “Damone”, chanson cachée. “My Own Summer (Shove it)” qui ouvre l’album est choisi comme single. En rotation lourde sur MTV et les radios universitaires, tout comme “Bored” deux ans plus tôt, elle permet au groupe une exposition qui ne se limitera pas à l’Amérique du Nord cette fois-ci mais à l’international. Le second single “Be Quiet and Drive (Far Away)” marque un tournant important dans la musique de Deftones, évoluant vers des sphères planantes où les mélodies se heurtent à des passages plus agressifs. Deftones est devenu en quelques mois un groupe en vogue, et leur nom vient s’inscrire en haut des affiches de festival. Ils séduisent avant tout un public d’adolescents en quête d’identité, qui se retrouvent aussi bien dans la musique que dans l’image véhiculée de son leader Chino Moreno et de sa bande. Le groupe est également dans cette recherche constante de se démarquer, et de se détacher des étiquettes qu’on leur colle, afin de bâtir sa propre identité musicale et d’être reconnu pour ça. En cela, l’arrivée de Franck Delgado derrière les platines aidera à faire évoluer leur son. Bien sûr on retrouve sur Around The Fur, toute l’énergie de son prédécesseur, la force de frappe d’Abe Cunningham, les riffs ravageurs de Stephen Carpenter, accompagnés par le regretté Chi Cheng, alors bassiste du groupe. La preuve sur “Headup” moment fort de cet album où Max Cavalera s’invite tout juste après son départ de Sepultura. On assiste à un choc frontal de hurlements, une collaboration hors norme dont le refrain donnera peu de temps après son nom au futur groupe de Max, Soulfly. Mais derrière les morceaux les plus virulents que sont “Lotion”, “Rickets” ou encore “Lhabia”, difficile de ne pas constater que Deftones a gagné en maturité si l’on compare à Adrenaline qui se veut plus incisif. Chino est pour beaucoup dans ce...

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5 chansons, 5 disques par We Insist!

5 chansons, 5 disques par We Insist!

Après un concert toujours réjouissant à La Cave d’Argenteuil en compagnie de leurs nouveaux comparses de label Lysistrata, on a échangé avec les trois membres de We Insist!, auteur d’un nouvel excellent album cette année, à propos de 5 de leurs morceaux puis de 5 disques de leur choix. Un échange passionnant quelque peu perturbé par un impératif de rangement de matos et de déguerpissement des lieux en toute hâte. Interview fleuve, et pourtant contre-la-montre.     5 chansons   1 – Grieved (Inner Pond, 2002) Inner Pond (2002) by We Insist! Eric Martin (guitare) : on a mis peut-être 2 ans à faire ce morceau, c’est un des plus longs en gestation, vraiment une catastrophe ce morceau ! Julien Divisia (basse) : quelque part s’il a pris autant de temps c’est que c’est le moment où on commençait à chercher ce qu’on voulait faire. C’est passé beaucoup par ce morceau-là. Ça a pris un temps fou. Je pense qu’il a posé les bases de ce qu’on voulait faire plus tard. C’est un très bon choix ! Eric : c’est un morceau pour moi qui est assez raté, mais essentiel dans le sens où on a essayé de faire quelque chose de nouveau. Etienne Gaillochet (chant-batterie) : c’est vraiment le morceau où on a voulu sortir de ce truc instrumental et faire quelque chose avec les voix qui dictent le truc. C’est pour ça que je l’ai choisi. Même si c’est le 2e album, mais le premier a quasi disparu des radars, on ne le retrouve même plus sur internet… Eric : c’est interdit ! (Rires) … et c’est un de ceux qui est le plus « carré », accessible en tout cas, où le chant est effectivement plus en avant et qui ressemble un peu plus à la suite. Le reste est plus expérimental à la Zappa ou quelques projets de Mike Patton. Celui-là est plus… Julien : plus pop ! C’est tout à fait ça. On essayait d’en faire une chanson, avec un truc un peu construit. Et la voix qui porte le bazar. C’est vrai que ça a commencé avec ça. Et à l’époque c’était presque une prise de risque de miser sur la voix ? Etienne : moi je l’ai pas réécouté depuis des siècles mais je pense que si je le réécoute, je vais sans doute être surpris par ma voix. Eric : je sais pas si c’était une prise de risque mais en tout cas c’était nos premières velléités, malgré les structures complexes, de mettre la voix en avant. Julien : un peu comme un groupe de pop mais derrière ça tricote. Mais c’est vrai qu’on tâtonnait, on savait pas… Du coup Etienne s’est mis...

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Gruntruck – Gruntruck

Gruntruck – Gruntruck

Et voilà je suis retombé dedans. La scène de Seattle s’était pourtant rappelée à mon bon souvenir uniquement avec la nouvelle tragique du décès de Cornell cette année. Pas de nouveau Mudhoney*, pas de tournée de Pearl Jam… Bon il y a eu du Melvins certes mais pas de raison d’outrepasser ma ration annuelle de 6300 écoutes de “grunge”, nécessaire à mon bon fonctionnement. Et puis, voilà que débarque un “nouveau” disque d’une des figures méconnues de cette scène, Gruntruck, que j’avais inexplicablement ignoré jusque-là. Gruntruck qui n’est plus en activité, Gruntruck dont le chanteur est mort (jusque-là ça colle plutôt bien avec la plupart de ses voisins bruyants) mais Gruntruck qui vient de publier, grâce à MONSIEUR Seattle sound, Jack Endino, qui l’a ressorti de ses cartons, un album d’inédits qui répond au doux nom de… Gruntruck. Jack Endino qui, on l’espère, aura un jour une statue pour ce qu’il a apporté à la musique, voire à l’humanité. Gruntruck, donc, comblera de bonheur ceux qui sont sensibles à l’équation cheveux longs et sales, riffs gras et envolées vocales. Le riffeur en chef n’est autre que Tommy Niemeyer, ex-The Accüsed et autant dire qu’il connait son métier. Le gueulard en chef n’est autre que feu Ben McMillan (ex-Skin Yard, premier groupe de… Jack Endino) et autant dire qu’il n’est pas avare en mélodies vocales de haut vol. Vous savez tout, ne vous reste plus qu’à succomber aux refrains imparables de “War Flower”, “Bar Fly”, “Trip”, prendre votre pied sur les riffs violents et maladifs de “It’s Alright”, “Spy”, “Noise Field”, à vous demander pourquoi Ben McMillan n’est jamais cité au panthéon des grandes voix de Seattle (il est vrai qu’il y a concurrence féroce), et surtout pourquoi donc vous n’aviez jamais posé une oreille sur ce groupe remarquable ! Ce Gruntruck qui rassemble des titres inédits écrits entre 1997 et 2003 mérite tout sauf l’appellation de recueil de fonds de tiroir, ou alors on meurt d’envie de connaitre ce qu’il y avait d’autre dans leurs tiroirs. Si l’évocation des noms d’Alice In Chains, Soundgarden, Tad, Screaming Trees vous fait tressailler de bonheur et que vous ne connaissiez pas les premiers albums du groupe, il y a fort à parier que vous pouvez vous ruer sur ces derniers. En tout cas, moi, c’est ce que je m’empresse de faire. JL *mais on va bien se rattraper l’an pochain...

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Isis – Live VII 02.25.10

Isis – Live VII 02.25.10

Ne vous réjouissez pas trop vite, il ne s’agit pas là d’une reformation du groupe Isis, mais d’un live sorti cette année sur le label de Mike Patton, Ipecac Recordings, enregistré lors de leur tournée d’adieu en 2010. Isis n’est plus, mais comme chacun sait les déesses ne meurent jamais. Le groupe a en un peu plus de dix années d’activisme laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique et particulièrement dans le post metal. Souvent comparés à leurs ainés Neurosis et Godflesh, Isis a su bâtir sa propre identité, et jouit aujourd’hui d’une réputation sans faille dans un milieu où les nouveaux arrivants peinent à se frayer une place notable. Ce n’est donc pas sans une certaine nostalgie qu’on parle de ce groupe qui a fait le choix d’arrêter d’en découdre. Qu’on se le dise un split n’est jamais plaisant, mais parfois nécessaire, un choix qui aura peut-être permis d’éviter l’album de trop. Ce live n’en est pas moins exaltant, d’une part par sa qualité d’enregistrement et de mixage, de l’autre pour la tracklist qui propose un condensé du meilleur de leur discographie, et pour finir de l’incroyable performance d’Aaron Turner et de ses comparses. L’album Wavering Radiant est mis à l’honneur en toute logique puisqu’il s’agit de leur dernier effort enregistré en studio. 5 de ses 7 titres y sont joués. Du haut de ses 10 Minutes, “Threshold of Transformation” nous propulse dans l’univers complexe de la musique d’Isis, le fracas alterne avec des phases bien plus mélodieuses et apaisantes. Les hurlements/aboiements d’Aaron sous des montagnes de guitares compressent vos méninges, le génie du groupe s’y déploie a 100%, le temps s’arrête sur un final majestueux qui repose enfin nos neurones médusés. Aaron chante bien, très bien même, on regrette même qu’il ne ménage pas ses cordes vocales plus souvent. D’ailleurs au milieu de toute cette frénésie, un court instant vers la fin de “Wills Dissolve”, sa voix m’a curieusement fait penser à celle de Chris Cornell, apparence trompeuse que je vous laisse le soin de découvrir et de juger par vous-même. La pièce maîtresse de ce live VII, est sans conteste, une version à rallonge de “Celestial”, l’occasion pour le groupe de sortir de sa zone de confort et d’offrir au public un rappel hors norme de pas moins d’un quart d’heure. Je propose de laisser le soin à Mike Patton de conclure : “Isis (the band) are back with LIVE VII. A great reminder of one of my favorite all time bands on top of their game. This is a REAL live record. They were one of those bands that really delivered live and expanded what they accomplished in the studio.” J’aurais pas dit mieux....

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : “La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.” Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, “The Charm Offensive”, la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (“They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars..”). “Heaven Alive”, single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec “A Hommage To A Shame” et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album “Meredith”/”Music For A Nurse”/”New Pin”. Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec “No Tomorrow”, “Mine Host” et “You Can’t Keep A Bad Man Down”. Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (“Ornament/The Last Wrongs”). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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