Isis – Live VII 02.25.10

Isis – Live VII 02.25.10

Ne vous réjouissez pas trop vite, il ne s’agit pas là d’une reformation du groupe Isis, mais d’un live sorti cette année sur le label de Mike Patton, Ipecac Recordings, enregistré lors de leur tournée d’adieu en 2010. Isis n’est plus, mais comme chacun sait les déesses ne meurent jamais. Le groupe a en un peu plus de dix années d’activisme laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique et particulièrement dans le post metal. Souvent comparés à leurs ainés Neurosis et Godflesh, Isis a su bâtir sa propre identité, et jouit aujourd’hui d’une réputation sans faille dans un milieu où les nouveaux arrivants peinent à se frayer une place notable. Ce n’est donc pas sans une certaine nostalgie qu’on parle de ce groupe qui a fait le choix d’arrêter d’en découdre. Qu’on se le dise un split n’est jamais plaisant, mais parfois nécessaire, un choix qui aura peut-être permis d’éviter l’album de trop. Ce live n’en est pas moins exaltant, d’une part par sa qualité d’enregistrement et de mixage, de l’autre pour la tracklist qui propose un condensé du meilleur de leur discographie, et pour finir de l’incroyable performance d’Aaron Turner et de ses comparses. L’album Wavering Radiant est mis à l’honneur en toute logique puisqu’il s’agit de leur dernier effort enregistré en studio. 5 de ses 7 titres y sont joués. Du haut de ses 10 Minutes, « Threshold of Transformation » nous propulse dans l’univers complexe de la musique d’Isis, le fracas alterne avec des phases bien plus mélodieuses et apaisantes. Les hurlements/aboiements d’Aaron sous des montagnes de guitares compressent vos méninges, le génie du groupe s’y déploie a 100%, le temps s’arrête sur un final majestueux qui repose enfin nos neurones médusés. Aaron chante bien, très bien même, on regrette même qu’il ne ménage pas ses cordes vocales plus souvent. D’ailleurs au milieu de toute cette frénésie, un court instant vers la fin de « Wills Dissolve », sa voix m’a curieusement fait penser à celle de Chris Cornell, apparence trompeuse que je vous laisse le soin de découvrir et de juger par vous-même. La pièce maîtresse de ce live VII, est sans conteste, une version à rallonge de « Celestial », l’occasion pour le groupe de sortir de sa zone de confort et d’offrir au public un rappel hors norme de pas moins d’un quart d’heure. Je propose de laisser le soin à Mike Patton de conclure : « Isis (the band) are back with LIVE VII. A great reminder of one of my favorite all time bands on top of their game. This is a REAL live record. They were one of those bands that really delivered live and expanded what they accomplished in the studio. » J’aurais pas dit mieux....

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, « The Charm Offensive », la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (« They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars.. »). « Heaven Alive », single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec « A Hommage To A Shame » et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album « Meredith »/ »Music For A Nurse »/ »New Pin ». Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec « No Tomorrow », « Mine Host » et « You Can’t Keep A Bad Man Down ». Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (« Ornament/The Last Wrongs »). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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Body Count – Bloodlust

Body Count – Bloodlust

Voilà un disque qui a le mérite de traumatiser les esprits et de régaler les amateurs de sensations fortes. Âmes sensibles s’abstenir. Je scinderai en deux parties la fougue dévastatrice que Body Count nous jette à la gueule. D’une part, la brutalité extrême qui ressort de certains titres, notamment lorsque les pontes du métal viennent leur prêter main forte. Car oui il y a du beau monde sur ce Bloodlust. Commençons par « Walk With Me… » où Randy Blythe de Lamb of God apporte une sacrée dose d’adrénaline. Vous sentez des palpitations cardiaques, rassurez-vous c’est normal ! Rien de tel également qu’une bonne reprise, certes très conventionnelle mais toujours aussi efficace de Slayer (« Raining Blood »), on le verra plus comme un hommage, à un groupe qui compte énormément pour Ice T. D’autres invités de taille sont là, ni pour blaguer ni juste pour faire figuration. Max Cavalera que l’on ne présente plus, scande le refrain de « All Love Is Lost » puisé au fond de ses entrailles. Pas d’amour là-dedans. La violence est de mise, et Body Count nous le fait savoir dès « Civil War », premier titre de cet album qui voit le leader de Megadeth pondre un solo comme il sait les faire. Qu’on aime ou pas, on valide cette entrée en matière. Voilà pour la partie la plus dark et trash. Une autre facette plus commune à Body Count car elle définit beaucoup mieux le style du groupe depuis ses débuts, une fusion rap/métal au groove imparable qui n’apaise pas pour autant nos tympans. Oui Body Count s’en sort très bien sans guest et tant mieux, à commencer par l’excellent et accrocheur single « No Lives Matter ». La police en prend pour son grade sur  » Black Hoodie », petit clin d’œil à un grand nom du rap cette fois-ci, KRS-One, qui s’est vu subtiliser avec brio son légendaire refrain « Woop-woop! That’s the sound of da police!« . Un titre encore une fois méchamment puissant et addictif. Autre bombe « This Is Why We ride », Ill Will y martèle ses fûts au rythme des balles, Ice-T a déclaré la guerre, on assiste à un véritable carnage dans les rues de L.A. Ice-T et sa bande n’ont pas perdu l’énergie des débuts, et prouvent que l’alliance du rock et du rap que l’on pensait totalement enfouie sous terre depuis au moins 15 ans, a finalement encore de beaux jours devant elle. Dans la même veine, Prophets Of Rage, réunissant des membres de Cypress Hill, Rage Against The Machine et Public Enemy, commence à faire bon usage de leurs forces respectives, certes dans une mouvance moins hardcore que Body Count, mais aux discours toujours aussi engagés. En tout cas une chose est sûre Body Count...

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Murder Of The Universe

King Gizzard & The Lizard Wizard – Murder Of The Universe

La fin du monde approche ! Ce n’est pas moi ou Paco Rabanne qui l’annonce mais les King Gizzard & The Lizard Wizard en personne. Pour nous en persuader, ils nous livrent le 2e de leurs 5 albums prévus cette année, Murder Of The Universe, aux allures de récit de héroïc fantasy en trois tomes. Et effectivement, il y a de quoi flipper à l’écoute de ces 3 contes terrifiants lus/chantés/hurlés par Stu McKenzie, accompagné de ses habituels comparse chtarbés et d’une narratrice (Leah Senior) qui prend sa tâche très au sérieux. Fuyez jeunes fous, mais avant cela, écoutez ce disque. Le premier récit prend très vite la forme d’une cavalcade effrénée pour s’arracher des griffes de cet abominable « Altered Beast ». Après l’escapade orientale Flying Microtonal Banana moins barge (encore que), King Gizzard nous refait le coup des boucles interminables (relire les chapitres I’m In Your Mind Fuzz et Nonagon Infinity) à base de guitares déchainées, de rythmique hystérique et d’harmonicas hurleurs. La folie qui émane de ces compos est très contagieuse, l’oeuvre est haut perchée et on a envie de soutenir corps et âme Stu qui ne se dégonfle pas face à l’Altered Beast (« I see you/I want to/Seize your brain/I’d like to/Put it in my head »). Mais l’objectif de l’Altered Beast n’est pas de terrasser Stu mais de prendre possession de lui, de rentrer dans son esprit. Et à la fin de cette lutte de tous les instants aussi éprouvante pour lui qu’exaltante pour nos esgourdes, le combat est perdu comme le lui rappelle l’Altered Beast (« You lost your will and your sanity/You certainly lost your humanity/Now it’s your turn to give back to the Earth/May you return to the ground and ossify/It’s time for you to die, die, die »). C’est l’heure du second récit. Nouveau duel fratricide, qui met aux prises cette fois « The Lord Of Lightning » à « The Balrog ». Un nom tiré du Seigneur des Anneaux, auquel on pense fort d’ailleurs dans cette aventure épique face à des forces supérieures. L’ambition des King Gizzard n’a plus de limite, leur son, qui passe sans complexe à la moulinette metal, space rock, et psychédélisme, fracasse tout et efface presque à lui seul leurs précédentes oeuvres déjà protéiformes (malgré des réminiscences en forme de clins d’oeil appuyés à Nonagon Infinity). Après ce raz-de-marée dévastateur, il ne reste plus grand chose sur terre. La narratrice a été balayée et remplacée par une voix robotique pour ce troisième et ultime conte. La voix d’un cyborg du nom de Han-Tyumi (anagrame de Humanity, qui, elle, semble avoir disparu au profit de l’ère technologique). « Digital Black » annonce la couleur, carrément metal. L’heure de l’extermination. On pense alors que King Gizzard va verser...

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Interview – Pierrick Destraz

Interview – Pierrick Destraz

Des groupes rock cultes, la Suisse en regorge. Si on vous demande d’en citer un, j’imagine que ce sont peut-être les Young Gods ou Ventura qui vous viendront à l’esprit. Pourtant, avec une base de fan dévouée dans toute la francophonie, le groupe le plus culte de Suisse, Romande, en tout cas, c’est peut-être bien Explosion de Caca. Derrière ce nom improbable et ses reprises déjantées de chansons nostalgiques craignos, se cache notamment Pierrick Destraz, qui outre le fait d’être le batteur de cette bande d’allumés est également le fils d’Henri Dès. Après 15 ans de bons et loyaux service, le groupe devenu duo a décidé de mêler ces deux aspects et d’accompagner le célèbre chanteur pour enfants dans une tournée pour adultes où les plus grands tubes de l’un sont passés à la moulinette punk trash des deux autres. N’ayant pas pu le rencontrer lors de leur venue à Paris pour cause de cafouillage téléphonique, Pierrick a accepté de rattraper le coup le temps d’un long échange par whatsapp où il revient sur ces différents projets. Si on vous dit que le fils d’Henri Dès, batteur d’Explosion de Caca, est un artiste talentueux et multi-facettes, ça n’a rien d’un poisson d’avril (même en retard).     Quels sont ton parcours, ta formation musicale, tes influences ? Houla, question vaste ! J’ai commencé à me passionner pour la musique, et les percussions en particulier, vers l’âge de 7 ans. Évidemment, je suis tombé un petit peu dans la marmite vu que mon père est chanteur, depuis tout petit j’assiste à ses concerts, je vais le voir en studio et je côtoie des musiciens, ça m’a très vite parlé. J’ai eu un déclic alors que j’accompagnais mon père en Pologne, il ne faisait pas encore de chansons pour enfants, il faisait une carrière de chanteur de variété assez standard  avec pas mal de succès mais pas le succès qu’il a eu par la suite. Je me suis retrouvé à 7 ans avec lui dans un hôtel en Pologne où un groupe de jazz jouait au bar, et il y avait là un batteur qui m’a totalement fasciné. Il perdait des litres d’eau en jouant, je l’ai regardé pendant tout le concert et après il m’a proposé de monter sur ses genoux, c’est là que je me suis dit que je voulais faire ça. Ça, c’était le premier flash, et puis après je me suis amusé à me fabriquer une batterie en carton, dans ma chambre je tapais sur tout ce qui bougeait, et puis j’ai pris mes premiers cours à l’âge de 9 ans. Après, mes premières influences vraiment rock, le premier vinyle que j’ai reçu en 1980 de la part du...

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