Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

(Heavenly Recordings/PIAS, 8 mai 2020) On l’imagine sans peine, le passé de Mark Lanegan déborde de souvenirs pesants difficilement enfouis et de fantômes envahissants ne demandant qu’à ressurgir.  L’été dernier, il a décidé de s’y replonger courageusement en trempant la plume dans sa plaie, jamais vraiment cicatrisée. Un livre d’abord, suivi d’un disque, celui-ci, qui sortent presque conjointement. S’il jure que l’expérience n’a pas été cathartique, qu’elle n’a fait que réveiller ses démons plutôt que les exorciser, elle a en tout cas permis la naissance de ces quelques chansons, forcément chargées d’émotions, « painful as a heart attack », comme il le chante sur “This Game of Love”. Il nous l’a dit : pas question de composer un Winding Sheet 2 (du nom de son premier album solo), il n’avait pas menti. Straight Songs of Sorrow condense assez bien les influences qui ont jalonné sa carrière solo et permet de mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts. Un album long de plus d’une heure, auquel furent conviés bon nombre de musiciens de renom (Greg Dulli, Warren Ellis, John Paul Jones, Ed Harcourt, Adrian Utley, Mark Morton…) mais paradoxalement éminemment personnel… Et un tracklisting qui a dû ressembler à un casse-tête vu la diversité des morceaux.  L’album débute ainsi par “I Shouldn’t Say”, titre électro expérimental assez proche de ce qu’on pouvait entendre lors de sa dernière collaboration en date, avec le DJ Not Waving. Plus loin, les bleeps et blops se tirent également la bourre sur l’étrange “Internal Hourglass Discussion”. Le beat est enlevé, l’humeur plutôt contemplative. Mais si ses dernières lubies sont évidemment de la partie (“Bleed All Over”, entrainante et 80s en diable, est tout à fait dans la continuité de Somebody’s Knocking), Straight Songs of Sorrow ne manque toutefois pas d’évoquer également ses débuts avec certains morceaux de folk dépouillée comme « Apples From A Tree », de la trempe de ses toutes meilleures productions ou certaines collaborations avec son vieux comparse Duke Garwood lorsque sa seule alliée se résume à une guitare classique (“Hanging On (For DRC)”). Il est également de notre devoir de mettre en lumière “Daylight In The Nocturnal House” hanté par des chœurs sublimes et achevé par une électricité bluesy qui vient fendre les cieux. Au milieu de la foule d’invités prestigieux (à l’apport pas toujours limpide, confessons-le), une demoiselle se distingue : Shelly Brien qui partage sa vie avec le monsieur et lui renvoie ici la balle de fort belle manière au micro le temps d’un “This Game Of Love” élégiaque de haute tenue. À l’image de ce dernier morceau, c’est à un autre grand chanteur abimé par le poids des années, influence revendiquée par Lanegan, que l’on pense souvent : un certain Nick Cave....

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PLAYLISTS – Stay home and listen to music

PLAYLISTS – Stay home and listen to music

Ce n’est pas d’une originalité folle mais on s’est dit que vous proposer un peu de musique ne ferait pas de mal en ce moment. Voici donc trois playlists dont les titres de morceaux font écho à la situation actuelle et qui reflètent forcément nos goûts personnels. En espérant vous divertir ! Sonicdragao : À l’heure du confinement total, et parce que seule la musique est un soulagement, une petite playlist… Parce que parfois les mots sont vains… On s’inquiète pour nos proches à chaque signe physique suspect. On guette les SMS de nouvelles de nos amis obligés de travailler au cœur de l’effort national. On rage de voir et d’entendre la légèreté des inconscients qui ne pressentent pas le désastre. On aimerait dire toute notre admiration aux sacrifiés de cette crise sanitaire. Alors parce qu’on a pas forcément le talent pour le dire avec des mots et parce qu’on n’a pas envie de se regarder le nombril quand on doit être solidaire avec tout le monde… On emprunte ces chansons et on les partage. Parce que si elles ont pu nous faire du bien, on espère qu’à vous aussi. STAY HOME, TAKE CARE! Blackcondorguy : Voilà une petite playlist qui résume à peu près mon confinement (surtout avec ses titres, parfois celui de l’album, parfois les paroles). Et oui, il y a bien un morceau très 80s post-punk perdu au milieu de tout ça, ça vous montre à quel point le confinement et le manque de sommeil jouent sur ma santé mentale… Stay safe, stay home, stay free! Jonathan Lopez : Pas grand-chose à ajouter que mes camarades n’ont pas dit. Prenez soin de vous, lisez, binge watchez des séries, profitez de votre famille, écoutez beaucoup de musique, lisez nos articles… Et continuez à acheter des disques pour soutenir les artistes, labels, disquaires qui en ont bien besoin actuellement. Toutes nos...

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Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Comme il l’évoquait dans notre interview, Mark Lanegan sortira ses mémoires (Sing Backwards And Weep) fin avril et elles seront accompagnées d’un album, Straight Songs Of Sorrow, prévu pour le 8 mai prochain chez Heavenly Recordings. Un disque au sujet duquel il nous a déclaré “J’avais déjà commencé à composer ces chansons quand j’ai écrit le livre, basées sur des souvenirs évoqués dedans. (…) J’ai des chansons acoustiques mais aussi certaines qui ressemblent à celles que je compose actuellement. Il était hors de question que je sorte The Winding Sheet 2.” De nombreux invités ont participé à sa confection. Parmi eux, Greg Dulli (The Afghan Whigs, The Gutter Twins), Warren Ellis (Nick Cave & The Bad Seeds), John Paul Jones (Led Zeppelin), Jack Bates (The Smashing Pumpkins), Mark Morton (Lamb of God), Ed Harcourt… Un premier extrait “Skeleton Key”, long de 7 minutes, est en écoute. Et il est très beau. Tous nos articles sur Mark...

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Interview – Mark Lanegan

Interview – Mark Lanegan

On se fait toujours une montagne à l’idée d’aller rencontrer Mark Lanegan. Peur de tomber sur un vieil ours renfrogné qui ne nous lâchera rien. On ne devrait pas. L’homme se révèle finalement bien plus avenant et chaleureux que sa musique ténébreuse ne le laisse augurer. Et la seule difficulté pour mener à bien cette interview fut le temps accordé : 25 minutes chrono face à un artiste de cette envergure qui se livre sincèrement et dont l’actualité est aussi chargée (deux disques sortis cette année, une autobiographie accompagnée d’un nouvel album l’an prochain !), c’est un peu comme assister à un concert génial qui s’interrompt brutalement au bout d’une heure. Un moment fort, mais dont on garde un léger goût d’inachevé… “Voilà bien longtemps que je n’avais pas repensé à ma vie d’avant ces 20 dernières années, ce n’était donc vraiment pas évident… J’ai tenté de me sortir de là le plus vite possible pour que ça ne me poursuive pas.” © Travis Keller Cela fait plusieurs albums que tu intègres des influences des années 80 mais j’ai le sentiment que Somebody’s Knocking est celui où tu as assumé pour de bon cette direction et il s’agit probablement le plus réussi dans cette veine-là… Partages-tu ce sentiment ? Je n’étais pas certain de vouloir un disque qui sonnerait 80s mais je voulais en tout cas faire un double album, c’était mon souhait depuis longtemps. Je voulais y intégrer un maximum de morceaux accrocheurs, c’était comme un défi envers moi-même, savoir si j’en étais capable. J’ai réussi à enregistrer suffisamment de morceaux pour le faire et je crois que je suis parvenu à remplir cet objectif. Après, je ne tenais pas spécialement à le faire sonner comme un disque des années 80 mais ce sont mes influences qui parlent, j’ai tout piqué à Joy Division, New Order, Depeche Mode. (Rires) Au final, ce n’est pas un double album. Il te reste donc beaucoup de morceaux pour un autre disque ? Il dure quand même près d’une heure et c’est un double vinyle. J’ai déjà un autre album de prêt, il sortira en avril en même temps que mes mémoires (Sing Backwards And Weep, ndr). Je l’ai fait spécialement pour accompagner le livre. Il est donc totalement inspiré par les souvenirs et les gens de cette époque. J’allais justement en venir à tes mémoires, d’où t’est venue cette idée ? Tu l’avais en tête depuis des années ou quelqu’un t’a convaincu de franchir le pas ? Certains de mes amis sont des auteurs à succès et ils ont lu ce que j’ai écrit pour accompagner mon livre de paroles sorti il y a quelques années… (Il réfléchit) I Am The...

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Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

(Heavenly, 18 octobre 2019) Tiens, quelqu’un frappe. C’est ce bon vieux Mark Lanegan. Qu’il entre ! Il est toujours le bienvenu. « You wanna ride, you wanna take a ride? » propose-t-il d’emblée (« Disbelief Suspension »). Difficile de refuser. D’autant plus quand il y va bille en tête comme ici, à la manière d’un « Hit The City » qui donnait le ton du fabuleux Bubblegum, toujours inégalé depuis (bien qu’approché par le presque aussi fabuleux Blues Funeral). Cette fois-ci, le bon vieux Mark Lanegan est accoutré différemment, il assume pour de bon ses vieilles lubies 80s. Depuis Blues Funeral, on y avait droit de plus en plus fréquemment sur ses albums, en concert il reprenait régulièrement du Joy Division… Autant dire que ça nous pendait au nez. C’est fou ça, être un des musiciens éminents des années 90 et vouloir s’immerger à fond dans la décennie précédente (qui a connu des heures bien sombres, rappelons-le)… Toute la panoplie est donc de sortie : batteurs imitant des boites à rythme (ou l’inverse), synthés décomplexés, basse aux avant-postes… « Letter Never Sent » ne fait pas les choses à moitié et y ajoute un refrain plein de « ohohohoho ». Ça pourrait suinter la ringardise à 12 bornes mais avec Lanegan, c’est du tout bon, entrainant et efficace à souhait. N’essayez pas chez vous. En 14 titres, Mark Lanegan nous décline les années 80 pour les nuls, mais en version haute qualité. Déjà, en piochant dans ce que cette décennie a connu de meilleur : le post punk rentre dedans (« Night Flight To Kabul », « Gazing From The Shore » et leur basse-batterie totalement early Cure), la cold wave hantée (« Dark Disco Jag »). Ensuite, en y accolant des refrains qui frappent (« Stitch It Up », gonflée à bloc) et des mélodies qui marquent (« War Horse » et ses couplets scandés à la… Everlast). Enfin, en nous faisant fondre de sa voix inimitable et chaleureuse (la magnifique « Playing Nero » et ses nappes brumeuses qu’on croirait tirées de Twin Peaks – la série, pas le groupe). Plus troublés nous sommes, face à cette intro proche de l’acid house façon Underworld avant de se la jouer New Order (« Penthouse High »). Il faut s’imaginer écouter du Mark Lanegan en boite mais une fois l’idée acceptée, on se dit que pourquoi pas. Après tout, il y a tellement de merde en boite, ça ne ferait pas de mal (souvenez-vous « Ode To Sad Disco » sur Blues Funeral, encore lui. On est dans le même esprit). Il n’y a bien que « Paper Hat » qui laisse une guitare acoustique mener les débats comme à la belle époque et, sans surprise, nos cœurs sont brisés en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Malgré une fin...

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