Sing Backwards And Weep : plongée dans les ténèbres avec Mark Lanegan

Sing Backwards And Weep : plongée dans les ténèbres avec Mark Lanegan

(White Rabbit, 28 avril 2020) Qui n’a jamais fantasmé sur cette période (les 90s) et cette ville (Seattle) qui ont vu éclore tant de grands groupes (re)mettant la guitare à l’honneur ? Hormis deux ouvrages indispensables qui se distinguent nettement : Everybody loves our town de Mark Yarm et Grunge is dead de Greg Prato qui ont le grand mérite de donner la parole aux principaux protagonistes de l’époque, nous manquions jusqu’ici cruellement d’un témoignage fort et incarné racontant de l’intérieur l’avènement puis la décadence du grunge. Un vide comblé en partie aujourd’hui par l’autobiographie du grand Mark Lanegan, que personne à l’époque n’aurait imaginé toujours debout en 2020. Le bonhomme pour le moins cabossé se livre ici à cœur ouvert sur son parcours, de l’enfance à la fin des années 90, avec une honnêteté désarmante durant près de 350 pages qui font froid dans le dos. Sa jeunesse chaotique d’abord où, quasiment livré à lui-même, en échec scolaire retentissant, il commettait des délits à la pelle, sombrait dans l’alcool à un âge où on collectionne les autocollants, évitait la prison d’un rien, vadrouillait sans but ni destination sur sa Yamaha, la vision sévèrement embuée. Il fallut la musique pour le tirer de là. Et beaucoup de chance aussi, que d’autres n’auront pas. À commencer par deux de ses grands amis, son « petit frère » Kurt Cobain, à qui il vouait une admiration sans borne et avec qui il partageait nombre d’affinités musicales et de soirées défonce. Cobain qui l’avait appelé à plusieurs reprises, en vain, la veille de ce maudit 5 avril 1994, où il a décidé de se faire sauter le caisson. De quoi vous hanter jusqu’à la fin de vos jours… Et vous faire doubler votre consommation. Autre frère, « jumeau » celui-là, Layne Staley, aussi porté que lui sur l’auto-destruction et dont l’annonce du décès vient clore ce livre, alors même que, lui, prenait enfin le dessus sur son addiction. Outre ses comparses accros à la piquouze, auxquels ont peut ajouter Dylan Carlson, lui aussi miraculeusement rescapé, on croise bon nombre d’illustres musiciens de Seattle (Jerry Cantrell, Chris Cornell, Mark Arm, Steve Turner, Mike McCready…) ou d’ailleurs (Greg Sage des Wipers, J Mascis, le héros devenu ami Jeffrey Lee Pierce du Gun Club, Liam Gallagher qui frise le passage à tabac, Johnny Cash, Nick Cave, Josh Homme, seul complice de la fin de carrière des Trees, à qui il en aura fait voir des cocasses…). Aucun sujet n’est éludé, aucun faux-semblant à déplorer et il arrive fréquemment de ressentir une gêne profonde à la lecture de ces histoires crues de sexe, drogues et, donc, de rock’n roll, heureusement. Même s’il s’agit ici principalement de ses années Screaming Trees,...

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Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

(Heavenly Recordings/PIAS, 8 mai 2020) On l’imagine sans peine, le passé de Mark Lanegan déborde de souvenirs pesants difficilement enfouis et de fantômes envahissants ne demandant qu’à ressurgir.  L’été dernier, il a décidé de s’y replonger courageusement en trempant la plume dans sa plaie, jamais vraiment cicatrisée. Un livre d’abord, suivi d’un disque, celui-ci, qui sortent presque conjointement. S’il jure que l’expérience n’a pas été cathartique, qu’elle n’a fait que réveiller ses démons plutôt que les exorciser, elle a en tout cas permis la naissance de ces quelques chansons, forcément chargées d’émotions, « painful as a heart attack », comme il le chante sur “This Game of Love”. Il nous l’a dit : pas question de composer un Winding Sheet 2 (du nom de son premier album solo), il n’avait pas menti. Straight Songs of Sorrow condense assez bien les influences qui ont jalonné sa carrière solo et permet de mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts. Un album long de plus d’une heure, auquel furent conviés bon nombre de musiciens de renom (Greg Dulli, Warren Ellis, John Paul Jones, Ed Harcourt, Adrian Utley, Mark Morton…) mais paradoxalement éminemment personnel… Et un tracklisting qui a dû ressembler à un casse-tête vu la diversité des morceaux.  L’album débute ainsi par “I Shouldn’t Say”, titre électro expérimental assez proche de ce qu’on pouvait entendre lors de sa dernière collaboration en date, avec le DJ Not Waving. Plus loin, les bleeps et blops se tirent également la bourre sur l’étrange “Internal Hourglass Discussion”. Le beat est enlevé, l’humeur plutôt contemplative. Mais si ses dernières lubies sont évidemment de la partie (“Bleed All Over”, entrainante et 80s en diable, est tout à fait dans la continuité de Somebody’s Knocking), Straight Songs of Sorrow ne manque toutefois pas d’évoquer également ses débuts avec certains morceaux de folk dépouillée comme « Apples From A Tree », de la trempe de ses toutes meilleures productions ou certaines collaborations avec son vieux comparse Duke Garwood lorsque sa seule alliée se résume à une guitare classique (“Hanging On (For DRC)”). Il est également de notre devoir de mettre en lumière “Daylight In The Nocturnal House” hanté par des chœurs sublimes et achevé par une électricité bluesy qui vient fendre les cieux. Au milieu de la foule d’invités prestigieux (à l’apport pas toujours limpide, confessons-le), une demoiselle se distingue : Shelly Brien qui partage sa vie avec le monsieur et lui renvoie ici la balle de fort belle manière au micro le temps d’un “This Game Of Love” élégiaque de haute tenue. À l’image de ce dernier morceau, c’est à un autre grand chanteur abimé par le poids des années, influence revendiquée par Lanegan, que l’on pense souvent : un certain Nick Cave....

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PLAYLISTS – Stay home and listen to music

PLAYLISTS – Stay home and listen to music

Ce n’est pas d’une originalité folle mais on s’est dit que vous proposer un peu de musique ne ferait pas de mal en ce moment. Voici donc trois playlists dont les titres de morceaux font écho à la situation actuelle et qui reflètent forcément nos goûts personnels. En espérant vous divertir ! Sonicdragao : À l’heure du confinement total, et parce que seule la musique est un soulagement, une petite playlist… Parce que parfois les mots sont vains… On s’inquiète pour nos proches à chaque signe physique suspect. On guette les SMS de nouvelles de nos amis obligés de travailler au cœur de l’effort national. On rage de voir et d’entendre la légèreté des inconscients qui ne pressentent pas le désastre. On aimerait dire toute notre admiration aux sacrifiés de cette crise sanitaire. Alors parce qu’on a pas forcément le talent pour le dire avec des mots et parce qu’on n’a pas envie de se regarder le nombril quand on doit être solidaire avec tout le monde… On emprunte ces chansons et on les partage. Parce que si elles ont pu nous faire du bien, on espère qu’à vous aussi. STAY HOME, TAKE CARE! Blackcondorguy : Voilà une petite playlist qui résume à peu près mon confinement (surtout avec ses titres, parfois celui de l’album, parfois les paroles). Et oui, il y a bien un morceau très 80s post-punk perdu au milieu de tout ça, ça vous montre à quel point le confinement et le manque de sommeil jouent sur ma santé mentale… Stay safe, stay home, stay free! Jonathan Lopez : Pas grand-chose à ajouter que mes camarades n’ont pas dit. Prenez soin de vous, lisez, binge watchez des séries, profitez de votre famille, écoutez beaucoup de musique, lisez nos articles… Et continuez à acheter des disques pour soutenir les artistes, labels, disquaires qui en ont bien besoin actuellement. Toutes nos...

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Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Comme il l’évoquait dans notre interview, Mark Lanegan sortira ses mémoires (Sing Backwards And Weep) fin avril et elles seront accompagnées d’un album, Straight Songs Of Sorrow, prévu pour le 8 mai prochain chez Heavenly Recordings. Un disque au sujet duquel il nous a déclaré “J’avais déjà commencé à composer ces chansons quand j’ai écrit le livre, basées sur des souvenirs évoqués dedans. (…) J’ai des chansons acoustiques mais aussi certaines qui ressemblent à celles que je compose actuellement. Il était hors de question que je sorte The Winding Sheet 2.” De nombreux invités ont participé à sa confection. Parmi eux, Greg Dulli (The Afghan Whigs, The Gutter Twins), Warren Ellis (Nick Cave & The Bad Seeds), John Paul Jones (Led Zeppelin), Jack Bates (The Smashing Pumpkins), Mark Morton (Lamb of God), Ed Harcourt… Un premier extrait “Skeleton Key”, long de 7 minutes, est en écoute. Et il est très beau. Tous nos articles sur Mark...

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Interview – Mark Lanegan

Interview – Mark Lanegan

On se fait toujours une montagne à l’idée d’aller rencontrer Mark Lanegan. Peur de tomber sur un vieil ours renfrogné qui ne nous lâchera rien. On ne devrait pas. L’homme se révèle finalement bien plus avenant et chaleureux que sa musique ténébreuse ne le laisse augurer. Et la seule difficulté pour mener à bien cette interview fut le temps accordé : 25 minutes chrono face à un artiste de cette envergure qui se livre sincèrement et dont l’actualité est aussi chargée (deux disques sortis cette année, une autobiographie accompagnée d’un nouvel album l’an prochain !), c’est un peu comme assister à un concert génial qui s’interrompt brutalement au bout d’une heure. Un moment fort, mais dont on garde un léger goût d’inachevé… “Voilà bien longtemps que je n’avais pas repensé à ma vie d’avant ces 20 dernières années, ce n’était donc vraiment pas évident… J’ai tenté de me sortir de là le plus vite possible pour que ça ne me poursuive pas.” © Travis Keller Cela fait plusieurs albums que tu intègres des influences des années 80 mais j’ai le sentiment que Somebody’s Knocking est celui où tu as assumé pour de bon cette direction et il s’agit probablement le plus réussi dans cette veine-là… Partages-tu ce sentiment ? Je n’étais pas certain de vouloir un disque qui sonnerait 80s mais je voulais en tout cas faire un double album, c’était mon souhait depuis longtemps. Je voulais y intégrer un maximum de morceaux accrocheurs, c’était comme un défi envers moi-même, savoir si j’en étais capable. J’ai réussi à enregistrer suffisamment de morceaux pour le faire et je crois que je suis parvenu à remplir cet objectif. Après, je ne tenais pas spécialement à le faire sonner comme un disque des années 80 mais ce sont mes influences qui parlent, j’ai tout piqué à Joy Division, New Order, Depeche Mode. (Rires) Au final, ce n’est pas un double album. Il te reste donc beaucoup de morceaux pour un autre disque ? Il dure quand même près d’une heure et c’est un double vinyle. J’ai déjà un autre album de prêt, il sortira en avril en même temps que mes mémoires (Sing Backwards And Weep, ndr). Je l’ai fait spécialement pour accompagner le livre. Il est donc totalement inspiré par les souvenirs et les gens de cette époque. J’allais justement en venir à tes mémoires, d’où t’est venue cette idée ? Tu l’avais en tête depuis des années ou quelqu’un t’a convaincu de franchir le pas ? Certains de mes amis sont des auteurs à succès et ils ont lu ce que j’ai écrit pour accompagner mon livre de paroles sorti il y a quelques années… (Il réfléchit) I Am The...

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