Interview – Sebadoh

Interview – Sebadoh

Avoir Lou Barlow au téléphone pour une discussion d’une demi-heure, pour le fan que je suis de l’ensemble de ses projets musicaux, ça avait de quoi mettre le trac. Surtout qu’à l’heure prévue, seul son répondeur décroche. Je me retrouve donc à laisser un message, opération toujours pénible, dans une langue qui n’est pas la mienne à un de mes artistes préférés ! Quand il me rappelle, échaudé par mon expérience avec Donita Sparks, je commence par une notice explicative « J’adore ce que vous faites, donc je serais peut-être un peu intimidé, et j’enregistre la conversation, mais je serais peut-être amené à reformuler vos réponses pour m’assurer de les traduire correctement. » Il acquiesce. Heureusement, après cette entrée en matière laborieuse, grâce à la simplicité et l’honnêteté du bonhomme, le reste de l’entretien se déroule de façon parfaitement fluide, presque détendue, pour aborder aussi bien le dernier disque de Sebadoh et les habitudes d’écriture de Lou Barlow que son fils, les Ramones ou Ariel Pink ! Pre-scriptum : ayant déjà lu la réponse de Lou Barlow sur leur changement récent de label dans d’autres interviews, j’ai préféré garder du temps pour d’autres questions. L’explication est donnée dans notre critique de Act Surprised. “C’est un vrai challenge d’être un groupe démocratique (rires). C’est un énorme challenge de tenir au fil du temps.” © Justin Pizzoferrato Vous venez de sortir le dernier album de Sebadoh… Enfin, jusqu’au prochain… (Rires). Je me demandais si c’était le 8e ou le 9e ? En fait, Weed Forestin compte-t-il ? Je pense qu’il compte comme un de nos albums. Quand il est sorti, c’était sous le nom de Sentridoh, mais quand notre maison de disque a sorti le vinyle, ça s’appelait Sebadoh. Donc, Act Suprised est le 9e album. J’en ai compté 10, hier, mais je ne sais pas. En fait je crois que ça fait 10 aux États-Unis, et sûrement 9 en Europe. Il y en a un aux États-Unis qui s’appelle Smash Your Head On The Punk Rock, qui a dû sortir comme EP ou quelque chose de ce genre en Europe. Vous avez dit que c’était votre album le plus collaboratif puisque vous aviez tous travaillé ensemble sur toutes les chansons. Pensez-vous que cela ait un impact sur le disque ? Oui, je pense. L’album est plus homogène, le groupe semble plus soudé d’une chanson à l’autre et c’est sûrement notre album le plus cohérent en termes de texture depuis longtemps, voire depuis toujours (rires). Est-ce que cela a changé votre manière de travailler avec Sebadoh ? Allez-vous garder cette manière de faire ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que nous allons faire après. Nous devons partir en tournée. Après avoir...

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Sebadoh – Act Surprised

Sebadoh – Act Surprised

(Dangerbird/Fire, 24 mai 2019) Pour un groupe qui a une aussi longue carrière que Sebadoh sans jamais se fourvoyer ni exploser auprès du grand public, il y a deux manières d’aborder un nouvel album. Soit vous faites partie de ceux qui s’en foutent (Seba-quoi ? Connais pas !), soit vous faites partie de ceux qui y prêteront de l’intérêt, voire qui attendent fébrilement de pouvoir l’écouter. Car, si le groupe n’a jamais eu trop d’exposition, ceux qui l’écoutent ne tarissent pas d’éloges à son sujet ; à tel point que je ne pense pas avoir lu un seul avis négatif au sujet d’un de leurs disques (hormis chez Pitchfork, mais depuis quand leur avis nous intéresse-t-il ?)… Cette chronique ne dérogera pas à la règle, donc si vous vouliez lire quelqu’un leur casser du sucre sur le Seba-dos (ok, ce jeu de mot est minable), il faudra chercher ailleurs. On pourra, à la limite, parler du fait divers de leur changement de label de dernière minute, qui a fait couler un peu d’encre. Pour résumer, Joyful Noise leur a reproché d’être partis chez Dangerbird Records sans les prévenir et sans leur faire de contre-proposition. Lou Barlow s’est justifié en interview : le choix était démocratique au sein du groupe, la somme proposée par Dangerbird Records bien plus importante, et il n’avait pas envie de faire monter les enchères auprès de Joyful Noise qui est un petit label avec peu de moyens. Bref, en terme de saloperie croustillante, vous pouvez également passer votre chemin. Maintenant, si ce qui vous intéresse, c’est d’écouter un album de Sebadoh, alors là, vous pouvez y aller les yeux fermés. Ça se met dans la platine, ou ça se lance dans le lecteur mp3, et c’est partie pour une collection de morceaux Barlow-Loewenstein de grande qualité, à la fois sincères, mélodiques et efficaces. N’oublions pas Bob d’Amico, qui signe un “Leap Year” hyper bien troussé. Même si chacun a toujours sa patte identifiable, et une façon de chanter à lui, le tout est remarquablement cohérent et ce n’est pas un hasard puisque pour une fois les musiciens ont travaillé ensemble l’album de bout en bout (d’habitude, chacun vient avec ses morceaux, ils enregistrent le tout et c’est plié). Si on y perd peut-être, en conséquence, la capacité des précédents disques à partir dans de multiples directions (sans jamais vraiment s’égarer, ce qui est très fort), on y gagne en contre-partie leur album le plus…”album”, dans le sens où le tout semble bien construit pour aller ensemble. Et franchement, ça fonctionne tout aussi bien. Je pourrais vous faire la liste de mes morceaux préférés (et je vous citerai au moins “Reykjavik”, qui clôt le disque en...

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Troy Von Balthazar – It Ends Like Crazy

Troy Von Balthazar – It Ends Like Crazy

(Vicious Circle, 29 mars 2019) Après avoir connu la frénésie des grandes villes (Los Angeles, Berlin) et du sud de la France, Troy Von Balthazar s’est reclus dernièrement dans un coin paumé du fin fond de l’Europe pour retrouver la quiétude. Un cadre qui, au vu de son caractère très réservé et de ses compositions, semble coller on ne peut mieux avec le personnage. Car depuis qu’il a débranché sa guitare et cessé de faire du bruit avec Chokebore (au grand dam des gens de goût), TvB nous offre à intervalles réguliers des œuvres éminemment personnelles et profondément touchantes (pour le plus grand bonheur des gens de goût). It Ends Like Crazy ne déroge pas à la règle. Enfin, pas tout à fait. Admettons-le d’emblée, ce nouvel album ne semble pas avoir la puissance émotionnelle de ses prédécesseurs. La raison est aussi simple que terriblement frustrante : il en a trop mis. Sur Knights Of Something, Troy s’était dégoté un ancêtre enregistreur, le Tascam 388, et il faisait joujou avec des synthés désuets. Ici, il a poussé le délire un peu plus loin encore. Un peu trop loin à notre goût. L’épure est souvent son meilleur allié et sur ce disque, si les moyens semblent comme d’habitude dérisoires, si le tout sonne très lo-fi, certains morceaux sont un peu trop chargés, pour ne pas dire pompeux (“Love Me Don’t”, “Lullaby For Psycho” ou “Hell”, noyés sous les effets et les nappes synthétiques). TvB met pourtant toujours autant de cœur dans ses chansons et sa voix constamment sur un fil fait mouche. Comme si elle pouvait céder d’un instant à l’autre, comme si son monde menaçait à tout moment de s’écrouler. Mais obnubilé par sa quête de nouvelles sonorités, son désir d’enrober le tout joliment, il en aurait presque oublié qu’il sait jouer de la guitare (et plutôt très bien). Nous on s’en souvient, et cela nous manque un peu parfois. Ainsi, quand il nous offre de menus arpèges (“Impale”) ou quand il se contente d’une mélodie sobre et raffinée (“Big Fat Tear”, “I Put Out”, “Filthy Days”), on retrouve notre Troy adoré, celui à qui il suffit d’un rien pour nous briser le cœur. Celui qui se fait malheureusement un peu trop rare sur cet album. On n’osera rien reprocher à cet artiste qui fait ici tout lui-même, persiste à fuir la modernité comme la peste et demeure d’une sincérité sans faille. Et maintenant qu’il a sorti autant d’albums solos que de disques de Chokebore (cinq), il est plus que jamais légitime à mener sa barque comme il l’entend. On espère juste qu’il reviendra bientôt à plus de minimalisme ou renouera avec ses bonnes vieilles guitares d’antan (comme dans...

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PLAYLIST – Sebadoh en 20 morceaux

PLAYLIST – Sebadoh en 20 morceaux

Sebadoh, c’est 30 ans de rock lo-fi qui fait le grand écart entre l’intimiste déchirant et le bruit déjanté, porté par trois compositeurs (même si l’un des trois a lâché le groupe il y a bien longtemps) qui écrivent chacun une musique totalement personnelle, une tambouille qui se fait presque chacun dans son coin et produit au final un répertoire de morceaux qui se retrouvent dans le haut du panier en termes de musique rock au sens large. Pour célébrer cette longévité et patienter un peu avant la sortie imminente de leur nouvel album, nous nous sommes lancés dans la lourde tâche de ne retenir que 20 titres de leur excellente discographie. LIRE LA CHRONIQUE DE DEFEND YOURSELF LIRE LA CHRONIQUE DE LOU BARLOW – BRACE THE WAVE LIRE LE REPORT DU CONCERT DE LOU BARLOW AU POINT EPHEMERE EN 2015 ECOUTEZ LA PLAYLIST DES 30 ANS DE SUB...

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Hélice Island – Hélice Island

Hélice Island – Hélice Island

(Zéro égal petit intérieur, 25 janvier 2019) On l’avait connu plus énervé. Lorsqu’il chantait pour feu Sons Of Frida, Benoit prenait un malin plaisir à nous malmener. Avec ses collègues turbulents, il avait pris pour habitude de fracasser des riffs sur nos pauvres têtes, de pondre des lignes de basses tendues comme des strings, de nous gueuler dessus comme si on avait commis l’irréparable. Sur sa petite île, accompagné d’Aurore et Florence, Benoit a trouvé l’apaisement. Après un “Anytime” un rien trompeur, tout en énergie contenue, le chant devient murmure, les sons s’étirent, la délicatesse vient supplanter la violence. Je vous vois venir, bande de gros bourrins, vous vous dites “ça y est il est devenu mou du genou, on va s’emmerder sec“. Nullement. Il faut simplement aborder l’œuvre différemment. Pas de choc frontal ici mais une séduction progressive, à mesure que l’on s’immerge dans cet univers envoûtant. Plus de superposition de guitares sursaturées (malgré quelques percées), des cuivres, des cordes et de douces mélopées chantées par deux voix complémentaires (la magnifique et poignante “Back In The Room” et son violoncelle qui diffuse une terrible mélancolie). Se réclamant davantage de Low que de Fugazi, Hélice Island lorgne il est vrai sur les terres du slowcore. Mais ce sont d’autres pensées furtives qui nous traversent : “The Queen Of The River”, armé d’une trompette désabusée, se situe non loin des belles ballades folk lo-fi d’un Lou Barlow. Et c’est plutôt à Arab Strap qu’on pensera avec ce texte déclamé sans la moindre émotion apparente mais empli de vague à l’âme, ce rythme lancinant, et ce violoncelle, toujours lui, qui vient nous saper le moral  (“Wrong”). Sur le final, la tension monte d’un cran, les cordes sont malmenées et gémissent. Nos esgourdes égoïstes ne trouvent, elles, rien à redire. Si ce n’est en réclamer davantage car comme avec tout bon EP, on n’est pas rassasié. En plus d’être le roi du calembour douteux, Hélice Island fait donc preuve d’une belle maitrise et d’une certaine sagesse. Certains appellent ça la maturité. Plutôt que d’employer des gros mots, on parlera simplement de talent. Jonathan Lopez https://heliceisland.bandcamp.com/album/h-lice-island LIRE LA CHRONIQUE DE SONS OF FRIDA – TORTUGA LIRE L’INTERVIEW DE SONS OF...

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