Eels – Royal Albert Hall (E Works /PIAS Coop)

Eels – Royal Albert Hall (E Works /PIAS Coop)

On avait quitté Eels vieillissant, jouant la carte du pépère tranquille laissant derrière lui son passé (proche) de jeune fougueux. Fort logiquement, le voilà donc investissant le prestigieux Royal Albert Hall pour un concert empli de sérénité, de maturité, à défaut d’électricité. Mister E rappelle fort ironiquement qu’on lui avait refusé le droit de jouer de l’orgue lorsqu’il était venu jouer ici y a 9 ans et qu’on lui refuse de nouveau car ce n’est pas pour les groupes de rock. Un groupe de rock, Eels, vraiment ? En tout cas pas grand chose à voir avec la dernière tournée agitée du bonhomme. On ne passe pas un mauvais moment en sa compagnie, on se doute même que le public en a passé un bien meilleur que nous tant le bonhomme est toujours un entertainer hors pair, au sens de la formule et à la gouaille forts distrayantes. Entre deux vannes bien senties, Eels pioche dans son répertoire privilégiant les morceaux les plus tranquilles. Il s’en amuse lui-même annonçant régulièrement que c’est le dernier morceau de « sweet soft bummer rock » (du rock mou et chiant)… avant d’en rejouer un. Evidemment, Eels exagère, il livre ici de très belles versions avec piano et cuivres (« A Line In The Dirt », « It’s A Motherfucker », « Lockdown Hurricane ») et nous fait même redécouvrir des morceaux un peu oubliés de sa riche discographie (« Mansions Of Los Feliz »). Tout ceci est très agréable, touchant mais un poil déprimant. Je sais pas vous mais moi pendant un concert je fais régulièrement le bilan dans ma tête, ça commence souvent par un timide « pour le moment c’est pas mal… » et puis à un moment donné ça bascule définitivement du bon côté et il n’y a alors plus de question à se poser. C’est exactement ce qui se passe quand débute « A Daisy Through Concrete » qui vient réveiller un peu tout le monde avec ses cuivres enjouées. Car pour qu’une soirée avec un artiste de cet acabit marque vraiment les esprits, il est important d’être confronté à un mélange de sentiments, d’être pris de court, pour ne pas s’installer dans un certain confort. Et en cela la réjouissante « Fresh Feeling » avec sa contrebasse qui mène la danse et une « I Like Birds » frétillante à souhait font un bien fou. Dès lors sans que la tonalité de la soirée ne soit remise en question, on est plus enclin à subir d’autres « bummer rock ». Et des bummer comme « My Beloved Monster » ou « Where I’m Going », on en redemande. Et puis comme toutes les belles soirées ont une fin heureuse (ATTENTION SPOILER) Eels a finalement le droit de conclure son concert au son de l’orgue tant désiré, interprétant “The Sound Of Fear” après un rire démoniaque....

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Sleater-Kinney @ La Cigale (Paris), 20/03/15

Sleater-Kinney @ La Cigale (Paris), 20/03/15

Eté 2006 : Sleater-Kinney quitte la scène par une porte dérobée dans une relative indifférence. Septembre 2014 : les filles annoncent leur retour assorti d’une réédition de leur discographie, d’une bonne dose de promo et d’une tournée, suscitant alors un émoi assez surprenant. L’opération de com’ est indéniablement réussie. S’attendaient-elles à un tel accueil ? Pas sûr. De deux choses l’une, soit tout le monde est passé à côté de quelque chose d’énorme du temps où Sleater-Kinney était actif et se mordait les doigts depuis, attendant sans trop y croire un hypothétique retour. Soit les années 90 étaient si fournies en groupes incontournables que certains sont restés dans l’ombre et les années 2010 en sont si dépourvues que chaque retour est célébré au-delà du raisonnable. On pencherait plus pour cette explication. D’autant que sur le papier, un groupe de filles qui fait du rock c’est toujours vendeur. Toujours est-il que le 20 mars 2015 Sleater-Kinney fait salle comble à La Cigale, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ce qui est loin d’être un scandale aussi, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Sleater-Kinney étant un groupe des plus respectables au moins pour trois raisons : son talent mélodique indéniable, la rage non feinte qui habite ses membres et dernier point, non des moindres en 2015, l’authenticité qui les caractérisent. La première moitié du concert est agréable mais ne suscite pas une excitation démesurée non plus. La faute à un mix qui met beaucoup (trop) en avant le chant, et pas assez la guitare. Or on n’est pas venu pour écouter Jean-Jacques Goldman mais bien un groupe peu avare en riffs qui font du bien quand ils vous traversent l’échine. Le dernier album est évidemment au coeur des débats ce qui est autant une bonne (“Price Tag”, “Surface Envy”, “No Anthems”) qu’une mauvaise nouvelle (“Bury Our Friends” trop Black Keys, “A New Wave”, “Gimme Love” et leurs refrains trop gnagnans). Dans l’ensemble la qualité des compos très au-dessus de la moyenne du groupe fait la différence et les interprétations sont bonnes. On pardonne même les petits écarts qui ne passent pas sur disque (le pont bien vilain de “No Cities To Love” dont on vous a déjà parlé quand on en était tout chamboulé). Carrie Brownstein qui confiait qu’avant le hiatus du groupe il lui arrivait d’avoir des crises d’angoisse à cause notamment du stress des tournées, semble ici très à l’aise et forme un beau duo avec Corin Tucker. Janet Weiss tabasse le fût avec puissance et maitrise. Il y a même une 4e dame qui fait office de “complément”. Une dame dont on ne sait rien, qui officiellement ne fait pas...

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Evan Dando @ La flèche d’or (Paris), 28/02/15

Evan Dando @ La flèche d’or (Paris), 28/02/15

La popularité des Lemonheads en 2015 peut se mesurer à l’intérêt de la “communauté indie” et la mobilisation du public pour ce concert d’Evan Dando en solo. Autant dire quasiment nul. D’un côté, c’est vrai que les Lemonheads n’ont pas été sous le feu des projecteurs depuis un moment et que leur actualité depuis les années 90 n’est pas très agitée. Résultat, le groupe est souvent méconnu, et c’est dommage vu la qualité de son dernier album en 2006. De l’autre, dans une période revivaliste où on a tendance à scruter tout ce qui a été fait par les plus obscurs groupes d’une période, le manque de curiosité pour les Lemonheads, pourtant une des têtes d’affiche de leur époque, est assez surprenant. En tout cas, si la présence de monsieur Dando à Paris ce soir-là a été discrètement annoncée (rendez-vous compte que c’est sur un flyer distribué au concert des Afghan Whigs que j’ai eu vent de l’évènement), on ne prend pas beaucoup de risque à parier que les quelques personnes présentes ce soir-là n’ont pas du tout regretté le déplacement. Déjà, la première partie assurée par Sara Johnston, ancienne du collectif canadien Bran Van 3000. Oui, les canadiens n’ont pas de groupes, ils ont des collectifs. Et bien, même pour quelqu’un de plutôt réfractaire aux collectifs canadiens, ce qui est parfaitement justifiable depuis les affreux Arcade Fire, il y avait de quoi être conquis. La demoiselle nous a rappelé qu’il n’y a en fait pas besoin de grand chose pour susciter l’émotion. Des petites compos touchantes, une guitare acoustique, une voix, et le tour est joué. De quoi passer un moment fort agréable et patienter sans souci. Quant à Dando, il est arrivé seul avec sa Gibson SG, à peine le temps de s’accorder pour nous balancer “Being Around” suivi d’une sélection de titres des Lemonheads du plus bel effet. Une guitare, une voix (et quelle voix !), et là encore c’est dans la simplicité que se révèlent les morceaux. Tout au long de la soirée, on a pu se rendre compte, si besoin était, que ces morceaux sont bien parmi ce qui s’est fait de mieux en matière de pop rock. Et que tous tiennent la route dans des versions dépouillées, plus calmes, presque acoustique (même si la guitare était électrique, on ne va pas chipoter). La setlist a été parfaite, faisant étonnamment la part belle aux titres du Come On Feel The Lemonheads (les évidents “The Great Big No” ou “It’s About Time” autant que les inespérés “Style”, “Paid To Smile” ou “Dawn Can’t Decide”), ce qui rappelle au passage que c’est un grand album souvent oublié, tout en incluant les grands titres du groupe (“Mallo Cup”, “No...

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Allah-Las @ Trabendo (Paris), 22/02/15

Allah-Las @ Trabendo (Paris), 22/02/15

Dimanche 22 février à Paris. Froid et grisaille au programme. Quoi de plus normal en cette période ? Dans un élan de générosité, le Trabendo nous offre du réconfort le temps d’une soirée en convoquant les californiens d’Allah-Las venus nous apporter rayons de soleil et bonne humeur. Avant eux c’est le groupe Eerie Wanda qui se présente à nous. Des bons zicos et, à n’en pas douter, de braves gens pleins de bonnes intentions dans la vie comme sur scène. Bon là on ne peut juger que sur scène. Et on pourrait les qualifier de minis Allah-Las. Non nous n’avons pas affaire à une bande de gnomes, ils sont tous normalement constitués. Mais “minis” car ils n’ont pas (encore ?) atteint la maitrise et l’aisance mélodique de ceux pour qui ils ouvrent. Leur set n’est toutefois pas déplaisant et constitue une mise en bouche appréciable avant “le clou du spectacle”. Pour Allah-Las on sait parfaitement à quoi s’attendre et on ne tolérera aucune déception. D’autant que parallèlement se tient au Trianon une affiche hip hop très haut de gamme avec deux maîtres DJ : Shadow et Cut Chemist revisitant les vinyls d’Afrika Bambataa. N’ayant malheureusement pas le don d’ubiquité, nous avons choisi Allah-Las parce que ces jeunes gens sont incroyablement cool et leurs albums ont beaucoup plus tourné chez nous ces derniers temps que ceux d’Afrika Bambataa, on ne va pas se le cacher. Ce soir on attend donc du tube à foison (de toute façon ils n’ont que ça en rayon), de la bonne humeur et du secouage de miches. Brisons d’entrée ce suspense insoutenable : on en a eu pour notre argent et plutôt deux fois qu’une. Les Allah-Las dégagent sur scène une belle aura, un plaisir de jouer hautement communicatif et une certaine malice à entendre le public se réjouir à chaque début de morceau (comme l’intro caressée de la superbe « Sandy »).     Ambiance festive dans ce Trabendo qui se croit en 1968. Des effluves d’une plante illicite très à la mode à cette époque viennent d’ailleurs nous chatouiller les narines… Ce concert fut un peu un émerveillement constant, pas devant une quelconque virtuosité instrumentale, mais face à des choses si simples, si bien exécutées et si agréables à entendre. Mis à part une légère redondance dans l’enchaînement des morceaux, le tout fut d’une grande fluidité. Et rien n’est venu entraver la belle mécanique (pas même le capricieux pied de micro du chanteur qui dès le milieu du second morceau l’a contraint à s’agenouiller ou presque pour continuer à chanter). Le son est nickel, comme une semaine avant pour Afghan Whigs. Si les perles de Worship The Sun (« Had It All », « Ferus Gallery », « Follow You...

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The Afghan Whigs @ Trabendo (Paris), 09/02/15

The Afghan Whigs @ Trabendo (Paris), 09/02/15

Si j’avais dû vous parler d’Afghan Whigs avant ce 9 février, je vous aurais certainement parlé d’un groupe talentueux, certes, sophistiqué, sombre et classieux (cf l’album des Gutter Twins), touche-à-tout, habile pour filer des ambiances, mais je n’aurais pas parlé d’un groupe de rock énergique et primal. Pourtant, c’est exactement ça que Greg Dulli nous a démontré pendant tout un concert. Avec un line-up de 6 à 7 musiciens et des instruments type violon, violoncelle, claviers et percussions, on pouvait plutôt s’attendre à des pièces complexes à la limite du grandiloquent. Au contraire, c’est bien l’aspect essentiel de leurs compositions, et leur énergie que l’on a ressenti ce soir-là, appuyés par un son puissant, parfaitement maitrisé et l’incroyable performance de Greg Dulli que l’on n’imaginait pas avoir autant de présence et de charisme malgré son aspect de pizzaïolo avec de l’embonpoint. Dès les premières notes de “Parked Outside”, après une bref intro instrumentale, on s’est donc pris en pleine gueule un bon gros concert de rock. Tous les morceaux s’enchainent avec une cohérence incroyable, malgré des changements d’ambiance assez fréquents. Quand Dulli prend le piano, on est porté par l’émotion, quand il fait monter le crescendo de “Crime Scene Part 1”, un des clous de la soirée avec tous les (trop peu nombreux) morceaux de Black Love joués ce soir-là, on est carrément transporté ailleurs. Et c’est un peu le propre d’un grand musicien ; pouvoir nous conduire où il le souhaite. Même les morceaux moins convaincants sur disque, comme le trop pop soupe “Algiers”, passent tout seul sur scène. Et surtout, quand Dulli prend sa guitare et qu’il nous lâche un bon gros riff, on se déchaine presque autant que les musiciens sur la scène, et c’est là finalement toute l’essence d’un concert de rock. Mention spéciale pour l’enchainement “John The Baptist”/”My Enemy”, tout bonnement imparable. Comme si ce n’était pas déjà suffisant, le groupe se permet de glisser de nombreuses références, des bouts de reprises à ses morceaux. Ici, “Morning Theft” de Jeff Buckley pour introduire “It Kills”, “Tusk” de Fleetwood Mac qui complète “I Am Fire”, là une excellente incursion de “It’s Getting Better” des Beatles pour conclure “Lost In The Woods”. Cerise sur le gâteau, Dulli est très sympa, discute avec le public, lâche des blagues. Et, juste après “Debonair”, alors qu’il galère à accorder sa gratte et que quelqu’un dans le public lui lance “Don’t forget the alcohol”, il change de guitare et joue un couplet de “Miles Iz Ded” (dont c’est le refrain), juste pour le plaisir. Quand le concert s’achève sur “Faded” agrémenté d’une reprise de “Across 110th Street” de Bobby Womack, on ne peut qu’être conquis. Surtout, on se demande pourquoi,...

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