Pixies @ Zénith (Paris), 23/11/16

Pixies @ Zénith (Paris), 23/11/16

Maintenant que je commence à prendre de l’âge, de la bouteille, du bide et à perdre des cheveux, je me retrouve dans la situation de ces fans aux cheveux gras et éparses, avec un pull miteux et la mine renfrognée que tu croises toujours avant les concerts de leurs groupes préférés et te racontent qu’ils les ont vu plein de fois et que, grosso merdo, c’était mieux avant. Alors, avec ma petite expérience des Pixies, j’en avais surtout déduit que le groupe de Frank Black vivait sa vie à pile ou face, ou il passe ou il casse, et comme j’avais été globalement déçu de leur première tournée post Kim Deal, statistiquement, cette date s’annonçait sous de bonnes auspices. Ajoutons à cela que j’ai plutôt aimé le dernier disque et la bonne intégration de Paz Lechantin à la place de la légendaire Kim Deal. Comme l’a dit Santiago de Wonderflu, maman Kim ne sera jamais remplacée, mais Paz se révèle être une belle-mère sympa. Tout ça pour dire que j’étais plutôt dans de bonnes dispositions en me rendant au Zénith en ce soir de novembre. Et là, vous vous attendez forcément au couac, à l’élément perturbateur, et vous avez presque raison. Celui-ci prit la forme de la première partie, FEWS, un groupe de rock indé britannique (avec du suédois et du californien dedans, mais profondément anglais dans le son) qui nous joua comme des centaines de groupes actuellement une musique rock à fort relents post-punk années 80, bref le genre de musique qui me fait vomir des oreilles. Je reconnais que FEWS est en place, fait bien son travail et dégage une énergie indéniable, mais pour moi c’est comme me servir des tartines de merde : elles peuvent être parfaitement préparées et superbement dressées, ça reste de la merde, et je n’ai aucune envie d’en manger. J’aurais pu faire l’analogie avec des épinards, mais quitte à être subjectif et de mauvaise foi, allons au bout. Bref, la nouvelle sensation du rock indé m’irrite un peu, mais je garde en tête que je vais voir juste après un concert des Pixies sans Kim Deal, et que ça peut être quand même très cool. Malheureusement, une fois sur scène, après avoir expédié « Where Is My Mind? » histoire de jarter les tubes, et malgré une entrée en matière de haut niveau (« Brick Is Red », « Break My Body », « Nimrod’s Son », « Mr Grieves »…), ils s’entêtent à vouloir jouer les pires morceaux du dernier album. Pourtant, je l’aimais et je le défendais, ce disque, mais c’est très difficile de le faire quand on entend « Bel Esprit » ou « Tenement Song » entouré de bombes comme « Gouge Away » ou « Rock Music ». Le pire vient quand ils entament leur...

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Thee Oh Sees @ La Cigale (Paris), 14/09/16

Thee Oh Sees @ La Cigale (Paris), 14/09/16

Les Oh Sees sont devenus hype, c’est un fait. Ceux qui les suivent depuis le début doivent éprouver une pointe de fierté (ou d’amertume, c’est selon) à les voir truster l’affiche d’une salle de la dimension de La Cigale. 950 personnes quand même. Pour un concert de garage qui sue à grosses gouttes ça commence à faire. Ça doit bien faire marrer John Dwyer aussi. Remarquez on ne peut pas dire qu’il se soit ménagé pour en arriver là. 11 albums en 8 ans, il n’y a guère que son pote Ty Segall (l’autre éminent représentant du « renouveau de la scène californienne » comme on peut le lire partout dans les magazines rock importants) pour rivaliser. Ce même Segall qui avait lui aussi rempli la Cigale il y a 2 ans. Et d’ailleurs en y songeant à nouveau, on avait un peu vécu le même type de soirée. En clair, dans les deux cas : on a perdu 14 litres de sueur, reçu à peu près autant de litres de bières sur la tronche, on a sacrément rigolé et à la fin on s’est dit « putain, ça c’est ce que j’appelle un bon gros concert de ROCK« . On a cru apercevoir ce bon vieux Philippe Manoeuvre juste derrière nous avant le concert mais ce n’était qu’un vulgaire sosie : Philman en a vu d’autres mais maintenant il prend soin de ses vestes en cuir. Non mais. Ça c’est pour l’anecdote (qui sert à rien, certes). Thee Oh Sees donc. Deux batteurs désormais et c’est pas vraiment pour la déco car les bougres font un boucan de tous les diables et accaparent presqu’autant notre attention que ce bon vieux John Dwyer au style inimitable (pour ceux qui voient pas le tableau, guitare remontée juste en dessous du cou, micro quasiment gobé et gesticulations incessantes). Energie féroce et puissance dévastatrice, ces gars-là sout sauf des petites frappes. Ouverture rêvée avec « The Dream ». Pour le jeu de mot on repassera mais pour nous mettre dans le bain il n’y avait pas mieux. Le feu en quelques secondes. « The Dream », ça devrait être ça obligatoirement : ouverture ou clôture de concert. Le ton est donc donné d’entrée et on ne va jamais redescendre de cette douce euphorie qui s’est emparée de nous. Un concert des Oh Sees c’est toujours pareil : ça hurle, ça joue vite, fort et bien. Dans le public, d’énormes pogos s’enchaînent et la scène est envahie constamment. Au grand dam d’une sécurité qui fait ce qu’elle peut mais a bien du mal à contenir un tel enthousiasme. Sans grande surprise, les morceaux du dernier album sont ceux qui envoient le bois (« Plastic Plant », « Ticklish Warrior »), on pourrait déplorer cet « oubli » d’escapades...

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Pearl Jam @ Fenway Park (Boston), 07/08/16

Pearl Jam @ Fenway Park (Boston), 07/08/16

Il y a quelque chose de bizarre autour de Pearl Jam que je ne m’explique pas. Les réactions sont souvent excessives à propos de ce groupe. Les fans les adulent de façon démesurée, quand d’autres leur vouent une haine implacable. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que je me situe plutôt du côté des admirateurs sans borne. Sans tomber dans le béni oui oui non plus (je n’ai aucun mal à reconnaitre que leurs derniers albums ne sont pas spécialement indispensables), je fais partie de ceux prêts à vendre un rein pour assister à leurs concerts. C’est ce que j’ai fait il y a trois semaines (déjà !), légitimant ainsi les enflures qui se font leur beurre au marché noir sur le dos de pauvres fans asservis dont je suis. Mais aujourd’hui je m’en fous. J’ai certes un rein en moins, mais j’ai vu Pearl Jam pour la 10ème fois (les 5 dates de l’été 2014 ont bien fait grimper le compteur). Le reste… Car comme chacun sait (ou pas), une date de Pearl Jam est unique car elle ne ressemble jamais tout à fait à la précédente. Prenez les deux dates de Boston : 67 morceaux joués au total, 4 en commun. Normal. Bon, moi j’étais à la deuxième. Et évidemment, pourri gâté que je suis, je préfère la setlist de la première. Si j’étais allé à la première, ça aurait peut-être été l’inverse. Allez savoir… Ce 7 août, le Fenway Park, stade mythique des Red Sox, est comble pour la deuxième date d’affilée (à croire que bon nombre de places hors de prix comme la mienne ont trouvé preneur). Nous sommes situés à 47 kilomètres de la scène (pour moins de 10 km, il fallait vendre également son foie…), mais on voit pas trop mal, mieux qu’on pouvait le craindre en tout cas. Et certainement beaucoup mieux que ce pauvre bougre à notre gauche qui est pile poil derrière un poteau… On a tellement pitié de lui qu’on lui filerait presque nos places, mais faut pas déconner non plus. Tout commence pour le mieux avec « Pendulum » (meilleur morceau du dernier album) et surtout un enchainement merveilleux « Off He Goes » (plus beau morceau de l’univers ou pas loin) et « Nothing As It Seems » (au solo d’un autre univers). « Nothingman » est toujours très belle, et ce soir elle l’est encore plus. La voix d’Eddie est là, aucun doute là-dessus. Sentiment partagé toutefois puisqu’à ce moment-là on comprend que nos rêves les plus fous de voir un Vitalogy interprété dans l’ordre (puisque récemment Vs., Ten, No Code et Yield l’ont été…) s’envole. Une autre fois, mais on n’y sera certainement pas. Après ce démarrage en douceur ponctué par « Wishlist »...

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Interview et live report – Mudhoney

Interview et live report – Mudhoney

Il fallait me voir l’œil hagard devant l’Aeronef de Lille samedi 23 mai, à l’heure au rendez-vous mais inquiet devant une porte close et un tour manager sur répondeur. Je n’en menais pas large. Et puis la porte s’est ouverte… Et j’ai pu rencontrer Mark Arm et Steve Turner, le chanteur et le guitariste de Mudhoney. Deux grands messieurs du rock qui évidemment ne se considèrent pas comme tel. A l’opposé de la caricature de la rock star, ils se sont entretenus longuement sans l’once d’une prétention, peu avares en anecdotes et en fous rires à l’heure d’évoquer des souvenirs de leur longue et irréprochable carrière. Interview où il est question d’Iggy Pop, de Bill Clinton, de skinheads et de sandwichs au poulet.     Bon j’ai fait un petit calcul : le groupe existe depuis 27 ans, vous avez donné au moins dix interviews par an… donc je suis le 271e… (ils se marrent)  Qu’est-ce que je peux bien vous demander qu’on ne vous a encore jamais demandé ? Steve : je ne sais pas, il va falloir que tu nous surprennes. Ça dépend de toi ! (rires)   OK je vais essayer… La première n’est pas très surprenante. Vous avez déjà commencé à travailler sur le nouvel album ? Steve : on a rassemblé quelques riffs. C’est la première étape. Mettre le plus de riffs possible sur cassette et essayer ensuite d’ajouter les éléments nécessaires à la structure de morceaux. Mark : On a en a deux qui semblent aboutis mais on ne les connait pas encore assez bien pour les jouer en live.   Qu’est-ce qu’on pourra attendre de cet album ? Du Mudhoney « classique » ? Mark : On ne sait pas encore ! Steve : on ne sait pas !   Vous avez deux morceaux ! Mark : mais on ne sait pas à quoi va ressembler le reste. Et on ne sait pas si ces deux morceaux seront sur l’album. Qui sait ? Ce seront peut-être les deux morceaux les plus merdiques ou les meilleurs ! (rires)   Ça fait déjà deux ans que Vanishing Point est sorti, vous êtes toujours en tournée. Vous avez vraiment besoin d’être toujours sur la route, vous n’avez jamais envie d’une pause ? Steve : non, on ne tourne pas tant que ça. Il y a deux ans c’était une année chargée car c’était notre 25e anniversaire, puis celui de Sub Pop donc on a fait plus que d’habitude, ensuite on a un peu ralenti. On a des boulots et trois d’entre nous ont des enfants, on ne s’en va pas tant que ça. Mark : on fait généralement une tournée européenne de 3 semaines environ, on n’a...

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Eels – Royal Albert Hall (E Works /PIAS Coop)

Eels – Royal Albert Hall (E Works /PIAS Coop)

On avait quitté Eels vieillissant, jouant la carte du pépère tranquille laissant derrière lui son passé (proche) de jeune fougueux. Fort logiquement, le voilà donc investissant le prestigieux Royal Albert Hall pour un concert empli de sérénité, de maturité, à défaut d’électricité. Mister E rappelle fort ironiquement qu’on lui avait refusé le droit de jouer de l’orgue lorsqu’il était venu jouer ici y a 9 ans et qu’on lui refuse de nouveau car ce n’est pas pour les groupes de rock. Un groupe de rock, Eels, vraiment ? En tout cas pas grand chose à voir avec la dernière tournée agitée du bonhomme. On ne passe pas un mauvais moment en sa compagnie, on se doute même que le public en a passé un bien meilleur que nous tant le bonhomme est toujours un entertainer hors pair, au sens de la formule et à la gouaille forts distrayantes. Entre deux vannes bien senties, Eels pioche dans son répertoire privilégiant les morceaux les plus tranquilles. Il s’en amuse lui-même annonçant régulièrement que c’est le dernier morceau de « sweet soft bummer rock » (du rock mou et chiant)… avant d’en rejouer un. Evidemment, Eels exagère, il livre ici de très belles versions avec piano et cuivres (« A Line In The Dirt », « It’s A Motherfucker », « Lockdown Hurricane ») et nous fait même redécouvrir des morceaux un peu oubliés de sa riche discographie (« Mansions Of Los Feliz »). Tout ceci est très agréable, touchant mais un poil déprimant. Je sais pas vous mais moi pendant un concert je fais régulièrement le bilan dans ma tête, ça commence souvent par un timide « pour le moment c’est pas mal… » et puis à un moment donné ça bascule définitivement du bon côté et il n’y a alors plus de question à se poser. C’est exactement ce qui se passe quand débute « A Daisy Through Concrete » qui vient réveiller un peu tout le monde avec ses cuivres enjouées. Car pour qu’une soirée avec un artiste de cet acabit marque vraiment les esprits, il est important d’être confronté à un mélange de sentiments, d’être pris de court, pour ne pas s’installer dans un certain confort. Et en cela la réjouissante « Fresh Feeling » avec sa contrebasse qui mène la danse et une « I Like Birds » frétillante à souhait font un bien fou. Dès lors sans que la tonalité de la soirée ne soit remise en question, on est plus enclin à subir d’autres « bummer rock ». Et des bummer comme « My Beloved Monster » ou « Where I’m Going », on en redemande. Et puis comme toutes les belles soirées ont une fin heureuse (ATTENTION SPOILER) Eels a finalement le droit de conclure son concert au son de l’orgue tant désiré, interprétant « The Sound Of Fear » après un rire démoniaque....

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