Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Voir Thurston Moore pour moins de 15 euros à Paris, ça paraissait peu probable. Et pourtant, c’est ce que nous a proposé Gonzaï ce soir-là, et crevards comme nous sommes chez Exitmusik, un peu nostalgiques, aussi, on n’a pas su dire non. Allez, me disais-je, au pire je m’emmerderais sec pendant une heure et je me rattraperais sur un petit « Ono Soul », comme quand il a fait la première partie de Dinosaur Jr à l’Élysée Montmartre, voire un « Psychic Hearts », qui sait. Je ne suis pas difficile, je me serais contenté de n’importe quel morceau de ses deux premiers albums en échange de ses trop longs morceaux récents. Et puis c’est Thurston Moore, quand même, un mec sympa ! On sait bien qu’il aura des bons mots, et son attitude à la cool. Et puis, malgré tout, le son de guitare, la voix, le petit côté madeleine de Proust… Il y a effectivement de quoi craquer. Bon, déjà, on sait que quand l’annonceur nous promet « une soirée exceptionnelle« , semblant surpris que Thurston Moore nous propose de l’acoustique à la douze cordes et une revisite de sa carrière, il n’en sera rien : l’artiste a adopté cette disposition depuis maintenant quelques années et s’acharne à ne piocher que dans son répertoire récent ; j’ignore si c’est une erreur honnête de leur part ou un pipeautage parfaitement assumé, dans tous les cas on frise la publicité mensongère et j’espère que personne ne se sera laissé convaincre par cet argument de vente fallacieux. Une fois que c’est dit, et bien, que dire sur la soirée ? Pas grand chose, malheureusement. Thurston Moore a fait exactement ce qu’on attendait, joué des morceaux de The Best Day et de l’album à venir, rien de désagréable mais que du Sonic Youth-like qui n’a pas la saveur des vieux morceaux (sachant qu’au moins, on connait les vieux morceaux), fait 2-3 blagounettes sympas, imité Lemmy 2 secondes (le clou de la soirée), proposé une impro bruitiste en milieu de set que tes voisins viendraient gueuler si tu faisais ça chez toi mais là, c’est Thurston donc tout le monde mouille sa culotte, tenu un discours politique d’une naïveté confondante, le genre qui te met limite mal à l’aise alors que pourtant tu partages la même couleur, et est parti sans même jouer un vieux morceau (même pas de « Ono Soul », qu’il joue à chaque fois ces derniers temps) après un set paradoxalement trop court mais composé uniquement de morceaux beaucoup trop longs. Voilà, pas de quoi se plaindre parce qu’on n’a pas payé cher, mais à se demander quand même si ça valait le coup. C’est un peu comme voir ton oncle sympa, celui qui t’a fait...

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This Is Not A Love Song (Nîmes), du 03 au 05/06/16

This Is Not A Love Song (Nîmes), du 03 au 05/06/16

Il fallait la mériter cette édition 2016 du This Is Not A Love Song. Compte tenu des grèves de la SNCF, la descente en TGV en terres nimoises était rendue pour le moins mouvementée et incertaine. Mais la qualité de la programmation n’a pas eu raison de notre motivation et c’est donc dans le train de 6h gare de lyon que nous parvenons à monter, entassés comme il se doit dans le wagon bar mais heureux d’avoir accomplie la mission la plus difficile du week-end. La seconde partie se résumant à délirer entre potes, boire des canons et assister à d’excellents concerts. Rien d’insurmontable donc.     Vendredi 3 juin Mon festival commence avec Dilly Dally (après avoir pu discuter avec le groupe, interview à lire en ces pages prochainement), groupe de jeunes sauvageons et sauvageonnes canadiens alliant rugosité et fort potentiel mélodique. L’énergie est bien là mais le son des guitares est bien faiblard et les mélodies en prennent un coup. Un bon moment donc, mais en deçà des espérances. Ty Segall et ses Muggers ont déjà débuté leur set lorsque je les rejoins sur la grande scène. Malgré une sacrée dream team (King Tuff, Mikal Cronin..), ce concert de Ty manque sérieusement de piquant comparée aux fessées administrées lors de ses précédentes prestations. Voilà qui ne va pas nous réconcilier avec son dernier album, d’autant que les « vieux » classiques « Thank God For The Sinners » ou « Feel » nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps c’était le feu ce genre de concert. Ty a délaissé sa gratte pour s’adonner à des bidouillages électroniques et s’égosille tellement que ses cordes vocales ne suivent plus en fin de show, King Tuff l’épaulera sur les aigus de « Feel » et moi je file voir un bout de Car Seat Headrest dans le club Paloma. Le club est bondé, la nouvelle coqueluche indie au look de premier de la classe achève son set par « Connect The Dots » ponctué d’un tribute de « Gloria » (de Patti Smith ou Them, selon vos préférences). Audacieux le bougre ! Il me fait même regretter d’avoir opté pour la solution de facilité en lui préférant Ty Segall… Un pote m’informe que le concert de The Mystery Lights vaut son pesant de pédales fuzz, j’y accoure donc (me félicitant au passage de la distance très réduite entre les différentes scènes). Un peu juste pour juger, je constate tout de même que ces jeunes chevelus ont pour eux une belle énergie et de chouettes compos. Impression à vérifier avec la sortie prochaine de leur premier album. Nous approchons des 21h30 et il est temps de se prendre sa première grosse claque du festival. Comme à tout concert de post-rock, il...

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Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Je n’avais pas prévu d’écrire à propos de ce concert. Mais là je ne tiens plus, il faut que j’en parle. Alors me voilà parti pour vous conter une douce et belle nuit automnale. Soirée de gala au divan du monde avec Low, auteur d’un des albums de l’année et qui mène une carrière des plus admirables. C’est le songwriter australien Mike Noga qui a l’honneur d’ouvrir le bal accompagné d’un second guitariste qui prête main forte aux choeurs régulièrement. Visiblement ravis d’être là, ils nous font passer un agréable moment, avec des chansons allant « du triste au suicidaire » (c’est eux qui le disent !) avant une fin de set plus enlevée. Et puis, Low. Quelques secondes de « Gentle » suffisent à planter le décor, à nous happer dans l’univers Lowien. Le divan du monde, cosy mais plein comme un oeuf, leur va comme un gant. Le son est gargantuesque. La basse fait vibrer les murs, les chants emplissent l’espace. Puissance et clarté, frissons à tous les étages. Le concert débute comme le dernier album : « Gentle » et « No Comprende ». Autant dire, parfaitement. La voix de Mimi Parker est d’une pureté incroyable, les compos prennent encore plus sens sur scène, les versions entendues surclassant dans leur grande majorité celles sur disque. Ce n’est pas peu dire, vu les bijoux interprétés ici. Peu bavard, Alan Sparhawk se contente simplement de caresser ses cordes et de nous emporter avec sa voix d’une intensité poignante venant percer l’obscurité. Et quand les deux chants résonnent de concert… on s’accroche aux rambardes ! Oui car on est installé aux balcons, bénéficiant ainsi d’un surplomb idéal pour savourer ces moments d’osmose absolue. Le dernier album est largement représenté et une « Monkey » dévastatrice vient nous rappeler entre temps que quand Low décide de s’énerver, il ne le fait pas pour rien. « Landslide » aussi fait trembler le décor après les nombreux instants de grâce (« Lies », « Holy Ghost », « DJ »). Et de s’achever sur les longs et sublimes choeurs évanescents de Mimi. Quoi de mieux pour partir avant le rappel ? Si le public ne s’était pas montré un poil timoré (ou extatique ?), il aurait sans doute entonné à son tour les « ouhouhouhou » qui vont bien jusqu’au retour du groupe. Certains s’y sont risqués, les autres ont sans doute craint de paraître ridicules en passant après Mimi. Il est vrai qu’il y a de quoi être intimidé. Comme si ce n’était pas suffisant, Low nous offre au rappel l’inattendu « Words », ce chef-d’oeuvre du premier album qu’on n’osait même pas espérer. Qu’est-ce qu’on a bien fait pour mériter tant ? Mike Noga et son acolyte ont eux aussi dû se sentir privilégiés, c’est déjà la classe d’ouvrir pour Low mais venir jouer avec...

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Rock En Seine @ St-Cloud (92), 28/08/15

Rock En Seine @ St-Cloud (92), 28/08/15

Cela fait maintenant deux ou trois ans que ça dure. Derrière atours clinquants et noms ronflants, Rock en Seine fait désormais de l’oeil aux amateurs de rock indé le dimanche en leur concoctant une programmation au poil, plus « pointue », avec des artistes qu’on a plus l’habitude de voir au Point Ephémère ou à la Maroquinerie que dans de gros festivals. Une fois de plus on s’est donc laissé tenter. Kadavar sont les premiers à entrer en piste à 14h30 sur la grande scène. Les trois gonzigues rendent à la fois hommage à ZZ Top, avec leur barbe king size, et à Black Sabbath, avec leur son maousse. Le soleil de plomb nous procure tout de même un besoin d’air après avoir subi quantité de riffs d’acier. Kadavar (pas loin d’être) exquis mais un poil répétitif.   C’est au tour des illuminés australiens de Pond de nous filer des picotements dans les guiboles avec leur pop foutraque et alambiquée, souvent sautillante. Il faut quand même un peu de temps pour capter complètement le délire mais une fois qu’on y parvient, on est plutôt bien. Et le long titre final vient clore cette chouette parenthèse dans une humeur enfumée toute floydienne. Fuzz avait pour mission d’enflammer le parterre de la scène de la cascade, là où Cloud Nothings avait globalement échoué l’an passé, la faute à un son particulièrement miteux. De ce point de vue-là, c’est mieux sans être tout fait foudroyant non plus. L’impression d’ensemble est toutefois bien plus convaincante et ce malgré la batterie de Ty qui se fait la malle, les cordes et pédales de Mootheart qui font tout pour lui pourrir la vie… C’est toujours marrant de voir Ty beugler assis derrière sa batterie et c’est toujours sacrément bon d’entendre « Loose Sutures » s’allonger encore et encore, tant le morceau (comme beaucoup d’autres) est propice au jam. Les nouveaux morceaux se défendent très bien aussi et on scrutera comme il se doit le nouveau bestiau quand il daignera s’approcher de nos platines (fin octobre).     Après un petit break bienvenu, Marietta vient prouver à tous, notamment à ceux qui ne le savent pas encore, que son album est bien un des meilleurs de l’année. Ses morceaux, délaissent ici leur côté bricolo intimiste pour gagner en énergie et en fougue. Sa joyeuse et talentueuse troupe propulse le tout dans des versions plus garageuses, voire – osons le mot – punk par moment. « Chewing Your Bones » cartonne aux suffrages et le final tonitruant de « NBA Conspiracy » laisse tout le monde sur le carreau. Parmi les convaincus, un certain Ty Segall qui semble s’être pris au jeu et vient tailler le bout de gras avec Marietta à la fin, un vinyle à la...

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Ty Segall @ The Chapel (San Francisco, USA), 31/07/15

Ty Segall @ The Chapel (San Francisco, USA), 31/07/15

Difficile de bouder un concert de Ty Segall, encore plus quand on est en pélerinage sur ses terres et que, hasard du calendrier, il est de passage pour un petit concert « à la maison ». Il en faut déjà peu pour être heureux lors d’un voyage à San Francisco aka SF aka Frisco aka The city of the bay, et une soirée comme celle-ci tend à donner à l’ensemble une saveur particulière. Ce 31 juillet, Ty se présente donc seul, avec sa guitare sèche, sa voix et quelques pounds en trop. Très décontract’, vêtu d’une chemise à carreaux comme celles qu’on mettait pour faire de la peinture à l’école, il se lance dans une série de morceaux du remarquable Sleeper, qu’il avait pourtant promis de ne plus jouer mais qui pour le coup se prêtent idéalement à l’exercice, puisque dénués de toutes décharges électriques qui parsèment habituellement son répertoire. Ty Segall n’évite pas les fausses notes et imprécisions mais se livre à nu, avec un naturel désarmant. Comme s’il était notre pote à tous et qu’il venait nous en chanter quelques-unes au coin du feu. Il invitera un autre copain à lui, semble-t-il inconnu au bataillon mais fort habile, venant interpréter en duo d’autres morceaux tout aussi inconnus au bataillon mais fort plaisants. Le copain en question se charge de la lead guitar et les deux s’amusent durant cinq à six morceaux à changer de rythme fréquemment et à faire cracher leurs grattes à l’unisson comme si elles ne demandaient qu’à être « pluggées ». La complicité est belle à voir. Et à entendre. Et l’acoustique parfaite de The Chapel rend totalement justice au numéro qui nous est présenté. Puis le copain laisse de nouveau Ty seul, seul devant les habitants du « depraved state of california » comme il les appelle, lesquels ne perdent pas une miette du spectacle, se gaussent devant ses pitreries et en redemandent quand Ty nous quitte une première fois, sans doute à court de setlist (en avait-il seulement préparé une ?), non sans nous avoir bien mis sur le cul avec une « The Faker » tout en tension retenue, nous laissant à l’affût permanent d’un décollage imminent qui ne viendra jamais. Malin le bougre. Et diablement talentueux. Il reviendra pour un peu de rab, et notamment « Wave Goodbye », qui fonctionne bien même sans sa dose de fuzz. Après des morceaux mi-blagues mi-chansons totalement improvisées, et à moitié foireuses parfois, ponctuées par des cris aussi soudains qu’impromptus, le voilà qui nous plante cette fois pour de bon. Venant ainsi mettre fin à une plaisanterie, d’un peu trop courte durée, qui aura néanmoins enchanté tout le monde....

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