Seldom Colin – The Romantic Egotist (Last Exit)

Seldom Colin – The Romantic Egotist (Last Exit)

Tous les ans c’est la même rengaine. L’hiver est long, les journées courtes et la lueur des prochaines vacances bien lointaine. On est en plein dans la période de l’année où le spleen guette et s’incruste aisément dans nos pensées. Un regard par la fenêtre suffit à nous faire deviner le froid qui nous saisira à peine passé le pas de la porte. Pas grand chose à quoi se raccrocher, une bonne douche le matin, une tasse de thé/café bien chaude avant de se mettre en route, un bon film blotti sous la couette en rentrant. C’est à peu près tout. Et accessoirement un bon disque peut aussi se révéler bien réconfortant. Surtout quand on ne l’a pas du tout vu venir. C’est le cas de ce Romantic Egotist signé Seldom Colin. Seldom Colin, qui comme son nom ne l’indique pas, est français. Seldom Colin dont on ne savait rien, et qui vient de balancer mine de rien un premier album très maîtrisé. A défaut de pouvoir le classer dans un genre prédéfini, on qualifiera le bonhomme de tisseur d’ambiances. Pratique, et plutôt juste comme définition plutôt que de citer pêle mêle diverses influences qu’on retrouve ça et là (jazz, electro, trip hop… et merde on les a cité quand même). Seldom Colin aime le travail bien fait et a concocté une palanquée d’instrus de premier choix pour ses nombreux invités, lesquels se sont empressés de venir pousser la chansonnette. Et on les comprend. En résulte un album assez varié, aérien, à la beauté constante et aux coups de grâce fréquents (la merveilleuse « Silhouette » qui bénéficie de la présence magnétique de Marion Mayer, la très rétro « Step Away » avec Edurne Arizu ou encore le titre éponyme où sévit brillamment Sandy Lavallart). Et quand il se la joue solo, Seldom enchante toujours, que ce soit quand il se regarde dans « Le Miroir », appuyé par un sample nippon ou sur la cotonneuse « Twice Upon A Time » dont la basse fait vrombir les murs. L’album est un peu court mais a l’avantage de ne pas s’éparpiller ni céder à la tentation du remplissage. La prochaine fois, si Seldom Colin veut bien nous offrir une double ration du même calibre, on ne s’en plaindra pas. Et l’hiver nous paraitra moins long....

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David Bowie – Blackstar (Columbia)

David Bowie – Blackstar (Columbia)

Le 26ème album studio de David Bowie est finalement son cadeau de départ, son testament musical. « I’m a Black Star », gémit-il sur le titre éponyme qui donne son nom à l’ultime contribution de ce géant à la musique. Cet album secrètement préparé et enregistré (comme le précédent The Next Day), livré au monde avec une mise en scène très étudiée, le jour du 69ème anniversaire de la star, est chargé de nombreuses références à la maladie et la mort. En tout cas physique. Car on ne doute pas un seul instant que l’âme de Ziggy Poussière d’Etoile flotte pour l’éternité dans les cieux, attentive à l’art sous toutes ses formes. Chroniquer ce disque n’est pas chose facile aujourd’hui*, tant j’ai le cœur lourd depuis l’annonce de la disparition de David Bowie. J’avoue ne pas y avoir cru tout d’abord, pensant qu’il s’agissait d’une de ses facéties, entre faux départ et retours miraculeux, rumeurs de maladie et de mort. Finalement, Bowie est humain, donc mortel. Les images du clip de « Lazarus » mis en ligne hier, l’annonçaient et résonnent de manière sinistre ce matin. On y voit Bowie, alité, amaigri, les yeux bandés, tremblant, en proie à de sinistres angoisses. « Look up here, I’m in heaven. I’ve got scars that can’t be seen. I’ve got drama, can’t be stolen. Everybody knows me now. Look up here, man, I’m in danger. I’ve got nothing left to lose ». Ces paroles sonnent comme une évidence désormais. Il s’agit bien du testament de Bowie. Il nous a fait le coup de l’artiste qui meurt sur scène ou quasiment. Ce disque donc, qui restera comme le dernier témoignage vivant de Bowie, est très bon. Meilleur que le précédent, car plus « risqué », sans concession aucune au business et aux modes. Ce disque sombre et complexe se mérite et se pénètre au fil des écoutes. Influences Free Jazz, musique contemporaine ou drum’n bass, sur lesquelles les cuivres (saxo, flutes, hautbois) et les cordes (basse larvée, guitares saturées) se mélangent, et zigzaguent sur des morceaux menaçants, inquiétants comme ce « Girl Loves Me » au texte incompréhensible, parsemé de vocabulaire « nadsat », cher à Anthony Burgess. Le rock et la pop semblent bien loin des préoccupations de l’icône et rien de simple ni d’accessible à la première écoute ici, et sûrement pas « Blackstar », morceau d’une grande complexité de près de 10 minutes, le second le plus long de sa discographie, qui se perd en méandres jazzy, saxo en rut, batterie épileptique, cordes aux sonorités orientales, et chant éthéré, quasi religieux. La voix de Bowie justement. Ici encore une fois magistrale sur cette dernière œuvre. Jusqu’au bout envoûtante. Deux belles ballades entrelacées pour refermer l’album et laisser pour l’éternité des titres de la...

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Zarboth – There’s No Devils at All, it’s Just the System (NATO)

Zarboth – There’s No Devils at All, it’s Just the System (NATO)

Zarboth, un curieux nom pour une curieuse invention. À sa tête, Etienne Gaillochet, chanteur-batteur de We Insist! et Phil Reptil, guitariste de La Théorie Du Reptile. There’s No Devils at All, it’s Just the System clame un petit chat mécontent sur la pochette de ce troisième album. Et il faut s’accrocher et se tenir prêt avant de le coller dans ses oreilles. On trouve beaucoup de choses dans ce disque. Influences jazz, noise, math rock… Rap aussi avec la venue de l’irlandais Macdara Smith qui se montre à la hauteur de la « folie » instrumentale présentée ici (« Come Give Me The Things (I Need For My Journey) » où le rap cadencé côtoie la poésie habitée, avec allusion au Remain In Light des Talking Heads en option). « Fetch This Kelp » ou « Downfall » flirtent quand à elles dangereusement, mais plutôt habilement, avec la fusion. Sur « Popeye » on croirait assister à la rencontre improbable entre Primus, We Insist! (ça c’est moins surprenant) et… Emir Kusturica quand des cuivres décomplexées se pointent en fin de morceau. Voilà donc un disque foutrement barré, complexe mais qui évite soigneusement de virer à la prise de tête. En cela, le talent d’Etienne Gaillochet pour nous coller des refrains dans la trogne fait encore mouche ici, et fait un bien fou, pour faciliter l’accès à ces puzzles de 7000 pièces (« Black Water », « Popeye »…). On n’adhère pas forcément à tout (« Oatmeal », un peu Mike Pattonesque mais sans lui) mais difficile de reprocher à ces deux gaillards de sombrer dans la facilité. Je ne garantis pas que je l’écouterai trois fois par semaine (je tiens tout de même à ma santé mentale et mon équilibre personnel) mais il est évident qu’un petit rappel de temps en temps ne fera pas de mal. Quand le revival est sur toutes les langues et envahit les platines, Zarboth se fait plaisir, fait fi des modes éphémères et navigue au gré de ses envies, multiples, un peu dingues aussi (qui a dit trop ?). C’est parfois foutraque, c’est très dense, ça questionne, ça surprend. En tout cas ça ne laisse pas de marbre. JL Zarboth sera au Petit Bain (Paris) le 16 décembre pour sa Release Party. There’s No Devils at All, it’s Just the System by...

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David Bowie dévoile « Blackstar », son premier single

David Bowie dévoile « Blackstar », son premier single

David Bowie a mis en ligne jeudi à minuit le clip de « Blackstar », premier extrait de l’album du même nom. Morceau long de 10 minutes, très loin des standards rock, il évolue plutôt dans un univers jazz et expérimental, pouvant rappeler certaines compositions d’Outside. Le clip très étrange, où Bowie apparaît tour à tour dans un rôle d’illuminé puis de prophète dans un univers onirique et lugubre, a été mis en scène par le suédois Johan Renck, réalisateur de la série Panthers dont le générique reprenait justement une courte partie de « Blackstar ». Le 26e album de l’anglais, sortira le 8 janvier prochain, jour de son 69e anniversaire, et quatre ans après The Next Day. JL  ...

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Bärlin – Emerald Sky (Vailloline)

Bärlin – Emerald Sky (Vailloline)

Vous aussi, ça vous énerve cette manie qu’ont les gens à toujours vouloir tout classer dans des cases, à estampiller d’une étiquette forcément réductrice ? En musique c’est pareil, les genres ne suffisant pas, il a fallu créer des sous-genres pour y insérer les groupes afin que l’individu lambda puisse s’y retrouver. A l’écoute de cet Emerald Sky on sourit d’avance aux casse-têtes qu’ont dû éprouver/qu’éprouveront les « classeurs » en chef. Qu’est-ce donc que cette chose-là ? La formation n’est déjà pas des plus banales : une batterie, une basse, une clarinette. Un chant atypique, parfois deux, voire même trois. Semblant s’exprimer dans un langage qui lui est propre. Le nom, Bärlin, renvoie irrémédiablement (et volontairement) à une certaine ville allemande qui a eu (et a toujours) un sacré impact sur le monde de la musique… Les données étant clarifiées (si tant est qu’elles soient clarifiables), que nous dit la musique de Bärlin ? Elle nous invite à fermer les yeux et à nous laisser guider dans un bien mystérieux voyage. Un voyage où la quiétude est toute relative, où les regards interdits se dessinent progressivement sur nos visages, ne comprenant pas bien à quelle sauce on est en train d’être mangé. Serions-nous dans les rades du vieux Berlin ? Pas impossible. A moins que l’on soit dans la peau de ce renard en proie à des menaces indicibles, devant fuir l’obstacle dans cette forêt mystérieuse et intimidante ? Rien n’est moins sûr. Mais l’essentiel est ailleurs. La seule certitude, c’est qu’on est ici face à une musique inclassable (range-moi donc ton étiquette on t’a dit), aussi intrigante que fascinante. On s’y sent constamment sur le qui-vive, comme guidé par de vieux chamans très aguicheurs mais au demeurant très inquiétants. Et cette clarinette ensorceleuse ne nous aide pas à nous détacher de l’emprise. Aie confiance, nous chuchotent-ils. Et ils ont raison. On se doit d’avoir confiance, car l’épopée est unique en son genre. Il est important de rendre justice à cette oeuvre, de ne pas se livrer à une chronique bête et méchante, à citer tel ou tel morceau, pour les sensations qu’il procure, à décrire leur construction. Ne pas chercher à étiqueter, ne pas se mettre en quête d’une éventuelle comparaison hasardeuse, Bärlin suggère une autre lecture, pousse à oublier tous préjugés, à balancer aux orties les a priori. Alors il suffit d’y aller, subir pour mieux appréhender, puis se livrer sans compter. Apprécier Emerald Sky tel qu’il s’offre à nous, dans son intégralité, tout sens en éveil, simplement profiter de cette symphonie occupant un si grand espace, d’une profondeur insoupçonnée.   JL   Emerald Sky by...

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