Interview – Theo Hakola

Interview – Theo Hakola

© Jérôme Sevrette On le connaît comme leader dégingandé et charismatique d’Orchestre Rouge et Passion Fodder, comme producteur/réalisateur artistique des débuts d’un groupe bordelais en devenir avec l’album Où veux-tu qu’je r’garde ? (on vous laisse deviner tout seuls), mais aussi comme romancier et homme de théâtre. Theo Hakola, le plus français des chanteurs américains (ou inversement), vient de sortir en ces temps troublés un tout nouvel opus, Water Is Wet, qui s’ajoute à la longue liste de belles réussites sur disque qu’il accumule depuis ses débuts en solo, en 1993, avec Hunger of a Thin Man (et sa jolie référence à Bob Dylan). Rencontre avec celui que nos confrères surnomment le Baudelaire du rock, autour de son art musical, de ses envies cinématographiques et des mystères qui se cachent dans le nouvel album. On te présente souvent comme le chantre d’un rock poétique sombre, ce qui me semble un peu réducteur. Par exemple, ton dernier album Water Is Wet est très enjoué, même si les paroles peuvent paraître sombres et plombantes d’un premier abord, l’ensemble est vraiment entraînant. L’impression que tu en as est peut-être due aussi au fait qu’il y a de l’humour, il y en a toujours eu. Les gens ratent parfois un peu les nuances. On ne voit pas l’ironie derrière. Je pense qu’il y en a pas mal dans ce que je fais. Un morceau comme “Who the Hell?”, c’est presque un blues quelque part, dans la pure tradition thématique “Mon bébé m’a quitté”, mais je me moque de ma tristesse dans cette chanson, ainsi que de la tristesse de tous ceux qui chantent très sérieusement “Mon bébé m’a quitté”. Il y a une citation de Beckett, dans une de ses pièces que j’adore, c’est : “Rien n’est plus drôle que le malheur… c’est la chose la plus comique au monde”. Je le pense aussi, donc, dans cette chanson, je me moque de ma propre misère. “L’époque Georges Bush Jr nous apparaît presque comme une sorte d’Eden, la “Belle Époque” ! (Rires) À côté de Trump, c’était quelqu’un de plus ou moins décent, il avait faux sur toute la ligne, politiquement parlant, mais ce n’était pas un monstre. Il voulait faire du mieux qu’il pouvait pour le pays. (…) Ce n’est aucunement le cas de Trump, il ne marche que pour lui. Les braves crétins qui croient encore en Trump, il se fout complètement d’eux.” Cela m’étonne que cet humour ou cette ironie ne soient pas souvent mentionnés. Alors qu’ils sont bien présents dans ton œuvre, comme une distanciation nécessaire à la noirceur inhérente. Je suis content quand on relève l’humour dans mes œuvres. Ce n’est pas souvent le cas, mais si c’est la...

Lire la suite

Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (QOTSA, Kyuss, Mondo Generator…), Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite) et Nicolas du disquaire Musicfearsatan, nous avons interrogé Nicolas Cuinier, programmateur de Petit Bain, l’une de nos salles de concerts parisiennes préférées. Comment vis-tu le confinement au quotidien ?Malgré ce contexte assez étrange et même surréaliste, je le vis pas si mal. Je m’habitue à ce rythme différent, au télétravail que je connaissais déjà un peu, à me faire à manger à chaque repas, à avoir mes soirées libres pour m’occuper en lisant, regardant des films ou séries ou en écoutant de la musique, je me réinvente un autre rythme que celui boulot/concerts ou sorties/dodo qui peut être assez fatigant parfois. C’est presque comme des vacances forcées dans un lieu qu’on n’a pas choisi et dans une zone limitée…  Tu continues des activités liées à la musique ?Oui, bien sûr, j’essaye de rattraper mon retard en termes d’écoutes, on est moins sollicités en ce moment du coup j’écoute beaucoup de choses assez différentes. Je maintiens une certaine veille pour Petit Bain, notamment les premières semaines, on a eu énormément de reports à gérer, des événements prévus au printemps à décaler sur l’automne 2020 ou sur 2021. Et puis dès que je trouve un moment où j’en ai l’envie et la motivation, je me fais des petites répétitions à la maison, en mode guitare-voix, et j’essaye même un peu d’enregistrer des maquettes (NdR : Nicolas est guitariste et chanteur du groupe In My Head. Leur dernier EP s’écoute ici).   Quel impact a eu le confinement sur l’activité de la salle ?La salle a dû tout simplement fermer ses portes dès que les lieux de plus de 100 personnes ont dû fermer, comme beaucoup de salles d’ailleurs, et on a pris la décision “préventive” de fermer également la partie resto-bar, la “Cantine de Petit Bain” avant même la fermeture des bars et des restos, ça nous semblait plus cohérent et plus prudent. Et on a dû annuler ou plutôt reporter à ce jour environ 130 événements entre les concerts en salle, les clubbings et les événements (DJ-sets, concerts “légers” ou autre) qui devaient avoir lieu à la Cantine, ainsi que les événements jeune ou tous publics et ceux qui devaient avoir lieu hors les murs. Économiquement, c’est très compliqué. Comme beaucoup de structures, on n’a pas énormément de trésorerie et quand même des frais assez nombreux, même en chômage partiel, on...

Lire la suite

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…) et Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite), nous avons posé quelques questions à Nicolas du disquaire (et label) parisien Musicfearsatan. Peux-tu te présenter en quelques mots ?Je suis Nicolas, je m’occupe de musicfearsatan depuis 2007, au départ c’était juste un site de VPC et un label puis c’est devenu aussi un magasin de disques à paris en 2010 orienté rock et metal spé et branché. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Tu continues des activités liées à la musique ?Je respecte bien le confinement donc je reste chez moi mais je vais quand même à la boutique une fois par semaine pour m’occuper des envois de commandes en ligne qui restent soutenues malgré le confinement, ce qui est assez salutaire pour mon activité Quel impact a eu le confinement sur l’activité du disquaire ?Le principal impact est la fermeture mais aussi l’arrêt ou le report des sorties de disques (donc pas de nouveauté à mettre en ligne sur le site) et l’impossibilité pratique de faire des commandes pour restocker des références-clé de la boutique donc même l’activité vente en ligne est impactée. Pour nous donner une idée, tu estimes que ton chiffre d’affaires a baissé de combien ? Cela doit représenter -60% dans mon cas (je limite la casse grâce à la VPC) mais chez d’autres disquaires qui n’ont pas de VPC ou qui en font peu cela doit être encore plus important… Existe-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?J’essaie d’envoyer le maximum de commandes pour remercier mes clients du soutien et je dois continuer aussi à faire la comptabilité (déclaration de TVA, bilan 2019) donc on va dire que je suis à moitié au chômage technique.Comment envisages-tu l’après ?C’est mitigé car je vais être soulagé de rouvrir la boutique mais ma clientèle principale n’habite pas à paris donc je suis dépendant de l’actualité concerts à Paris et des voyages touristiques or ce type de déplacements est appelé à ne pas vraiment exister d’ici la fin de l’année donc j’ai peur quand même que l’activité magasin mettre beaucoup de temps à revenir à la normale. Quel serait le meilleur moyen de vous soutenir pendant et après le confinement ?Pendant le confinement, les commandes en ligne sont un bon moyen de soutenir les disquaires car ça permet d’entretenir la trésorerie pour...

Lire la suite

Interview confinement – Charly Lurat (Kongfuzi/My Favorite)

Interview confinement – Charly Lurat (Kongfuzi/My Favorite)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…), la parole est à Charly Lurat, booker chez Kongfuzi et My Favorite, deux agences majeures en France qui comptent dans leurs rangs plus de 200 artistes parmi lesquels (en vrac) Chelsea Wolfe, Frustration, Godspeed You!Black Emperor, Swans, Damien Jurado, Daughters, Jessica93, Mudhoney, Neurosis, Tortoise et qui ont dû faire face à de très nombreuses annulations de tournée. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Peux-tu continuer à travailler ?Il me manque peut-être un petit extérieur mais franchement je ne suis pas à plaindre. Et oui je continue mes activités professionnelles, mais je travaille habituellement depuis la maison donc pas de changement majeur de ce coté-là. Quel impact a eu le confinement sur l’activité de Kongfuzi/My Favorite ?Alors pour te donner quelques chiffres sur la période de mi-mars à fin mai, il y a un impact sur environ 160 de nos concerts. Et pour la seconde vague qui est en train d’arriver et qui va toucher l’été (puisque le premier décret concernait les dates jusqu’à mi avril seulement), il faudra rajouter encore 120 à 130 dates. Je crois qu’on fait en moyenne 600 concerts dans l’année, donc en gros on parle ici de 50% de notre activité. On va essayer de reporter au mieux pour limiter la casse mais on sait déjà que certaines tournées resteront en l’état annulées et qu’on part sur de nombreux mois sans revenus. Y a-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?Non je ne suis pas au chômage, je continue à travailler. C’est juste le boulot en lui même peut-être qui est différent, car au lieu de monter des tournées, on s’occupe principalement du suivi des annulations avec les salles, les groupes, bref c’est beaucoup de mails pour annoncer de mauvaises nouvelles à tout le monde. Comment envisages-tu l’après ?Pff, franchement j’en sais rien. Certains jours je suis plein d’espoir, et le lendemain j’ai envie de tout arrêter pour ouvrir une pizzeria à la campagne, dans les montagnes. Sinon, j’espère que cette crise permettra à certaines personnes de l’industrie de se détendre un peu. Des fois c’est compliqué, tu as l’impression de parler à des robots obnubilés par les billets. Cette crise touche absolument tout le monde et ce, de façon significative. Peut-être qu’ils vont redescendre un peu et remettre un peu d’humain dans le bordel. Dans une...

Lire la suite

Interview confinement – Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss)

Interview confinement – Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. On commence avec Nick Oliveri. Ancien membre des Queens Of The Stone Age et Kyuss, il a aussi joué ou collaboré avec les Dwarves, Svetlanas, Moistboyz, Turbonegro, Winnebago Deal ou encore Slash. Il dirige son groupe Mondo Generator depuis plus de 20 ans aujourd’hui (dont l’excellent Fuck It est sorti fin février) et fait aussi régulièrement des tournées solos sous le nom Death Acoustic. (ENGLISH VERSION BELOW) Comment vivez-vous le confinement au quotidien ? Continuez-vous des activités liées à la musique ? J’ai un studio à Los Angeles et je vais en voiture de Joshua Tree à L.A. tout le temps. Même pendant le confinement ! On ne m’arrêtera pas ! Hahaha. C’est cool, sans les embouteillages. Je croise des militaires, la police, des camions de pompiers, des ambulances et des poids lourds, mais la plupart des gens sont terrorisés par les médias et restent isolés. Quel impact a eu le confinement sur votre activité ? Déjà, ça a salement touché les finances de la tournée en annulant les deux derniers concerts et on a dû acheter des vols retours à partir du Royaume-Uni, alors qu’on avait des hôtels et de quoi vivre pour quelques jours de plus. Et ça m’a encore frappé parce qu’une partie des tournées de Mondo Generator et des Dwarves ont été annulées. C’est mon boulot, et c’est avec ça que je paie mes factures. Là, je suis au chômage jusqu’à septembre et ça fait beaucoup de jours et de mois sans AUCUNE rentrée d’argent, et il n’y a pas d’aide gouvernementale pour les musiciens car nous sommes auto-entrepreneurs et beaucoup d’entre nous n’ont pas un statut d’entreprise. Donc aucune aide, on est juste fauchés. Mais on survit… j’imagine. Je veux juste dire que les maladies arrivent partout dans le monde et tout le temps. Parfois, c’est une grippe qui tue CERTAINES personnes, parfois la guerre, parfois le cancer, la drogues… cette fois, c’est le COVID-19. Quand ton heure est venue, ton heure est venue (ça vaut pour moi aussi). Il y a beaucoup de gens dans le monde, et c’est une manière de réguler la population. C’est ce que font les gouvernements depuis toujours. C’est (probablement) une maladie créée en laboratoire pour “réduire” un peu le nombre. Parce que c’est ce que nous sommes pour eux, un taux, un nombre. Pour ma part, je n’ai jamais vécu enchainé par la peur de dieu, de la maladie ou...

Lire la suite