Interview – Sweat Like An Ape!

Interview – Sweat Like An Ape!

Dans le flot continu de nouveautés que nous apporte la scène bordelaise, difficile de passer à côté de Sweat Like An Ape. A l’écoute de son deuxième album sorti chez Platinum Records on ressent immédiatement une capacité à séduire des publics avec des gouts différents. L’envie de poser quelques questions au chanteur, Sol Hess, fût-ce par email, nous est alors apparue comme une évidence.   « Lorsqu’un artiste s’épuise, c’est que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie »   Salut Sweat Like an Ape!, comment définiriez-vous votre musique ? Sol : Il se dit qu’on fait du post-punk dansant, et c’est sans doute ça : un rock à fleur de peau qui groove et qui cherche à atteindre un état de transe. Sur cette base on se laisse une belle part de liberté pour y intégrer tout ce qu’on a envie : afro, noise, free… en somme un festin joyeux qui se réserve le droit de faire appel à notre boulimie musicale.   Vous existez depuis 2013, avez deux LP et un EP à votre actif, avez fait pas mal de concerts, jouez dans d’autres formations, d’où tirez-vous cette énergie ?! Etes-vous hyperactifs ? Sol : C’est vrai que la musique occupe une majeure partie des vies des membres du groupe. Et on  joue tous dans d’autres projets car on aime vraiment explorer d’autres pistes artistiques, et que malgré ce que certaines personnes pensent, ce n’est pas s’éparpiller que de jouer dans plusieurs groupes. Au contraire, on se rend vite compte que plus on sollicite son énergie artistique plus elle est inépuisable. Et même que chaque projet se retrouve nourri par cette diversité. Je crois qu’il y a une confusion assez populaire sur l’idée que l’inspiration est tarissable, or je suis convaincu que lorsqu’un artiste s’épuise, ce n’est pas forcément qu’il en a trop fait, c’est juste que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie.   Ces compos qui donnent des envies de déhanchés, c’est intentionnel ou pas ? Sol : Oui. Si tout se passe au mieux, le déhanché sera le préliminaire d’une transe endiablée, mais un déhanché langoureux est toujours un bon début.   Comment jugez-vous votre ville, Bordeaux, et comment la comparez-vous par rapport aux autres où vous avez pu aller ?  Sol : Bordeaux est une belle ville pour un musicien, avec beaucoup de bons groupes, de structures, de labels, de disquaires… en ce sens une ville qui tire la vie musicale vers le haut. Et elle a sa belle part d’artistes...

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Interview – Slowdive

Interview – Slowdive

Slowdive respire le bonheur : deux décennies après avoir servi de punching ball à l’odieuse presse britannique, trois ans après s’être reformés à la demande générale, ils sortent le 5 mai prochain un quatrième album éponyme, très fluide et un chouia plus accessible que ses lointains prédécesseurs, et le baromètre semble au beau fixe. Votre serviteur a rencontré le très érudit Neil Halstead, chanteur et guitariste, dans le petit salon rouge (orné de couvertures du magazine Lui) d’un discret hôtel parisien.     NH : ça fait vraiment tôt pour moi ! (NdR : l’interview se passe à 9h30) Oui, pour moi aussi ! Tu as pu écouter le nouvel album ? Oui, il y a deux jours, et j’ai entendu certains des nouveaux morceaux lors du concert au Trabendo. Ils sonnent vraiment bien. Merci !   Certains morceaux sont plus rapides que sur les vieux albums, « Star Roving » notamment. Ah tiens ? Oui, c’est vrai, il y a quelques morceaux plus rapides. Je n’y avais pas vraiment pensé. Effectivement, « Star roving » est un peu plus rapide, mais il y en a des plus lents aussi, comme « Slomo », « Falling ashes », « Go Get It »… Je le perçois comme un disque assez classique de Slowdive. Il ne me semble pas qu’il y ait un gros changement au niveau de l’atmosphère ou de la manière de faire. Il fait référence à ce qu’on faisait à l’époque aussi bien qu’à quelque chose de renouvelé.   Vous avez fait des choses très différentes dans le passé. Pygmalion était différent. Oui, tous les disques ont été différents. Pour moi, celui-ci a des éléments de Pygmalion, des éléments de Souvlaki, et des éléments de quelque chose d’autre. Alors oui, peut-être que certains morceaux sont un peu plus rapides… (rires)   Votre son sur scène est plus agressif, la basse notamment, un peu comme du Mogwai ou Explosions in the Sky. Je ne sais pas, on a toujours été un groupe bruyant, c’est notre truc. Je crois qu’on a toujours sonné comme ça sur scène. J’ai rencontré Mogwai pour la première fois en 2014, et ils nous ont dit qu’ils faisaient partie de ces gamins au premier rang des concerts de Slowdive, qui essayaient de comprendre comment on créait notre son. Ils ont clairement été inspirés par Slowdive.   À partir de quand vous êtes vous rendus compte que des groupes avaient été influencés par Slowdive ? Je pense que c’est quand Morr Music a sorti cette compilation, au début des années 2000 [Blue Skied an’ Clear, un double album de reprises de Slowdive par des artistes de ce label allemand de musique électronique, ndr]. Quand elle est sortie, avec ces artistes qui reprenaient des chansons de Slowdive, ça nous a familiarisés avec l’idée que Slowdive...

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Interview – Pierrick Destraz

Interview – Pierrick Destraz

Des groupes rock cultes, la Suisse en regorge. Si on vous demande d’en citer un, j’imagine que ce sont peut-être les Young Gods ou Ventura qui vous viendront à l’esprit. Pourtant, avec une base de fan dévouée dans toute la francophonie, le groupe le plus culte de Suisse, Romande, en tout cas, c’est peut-être bien Explosion de Caca. Derrière ce nom improbable et ses reprises déjantées de chansons nostalgiques craignos, se cache notamment Pierrick Destraz, qui outre le fait d’être le batteur de cette bande d’allumés est également le fils d’Henri Dès. Après 15 ans de bons et loyaux service, le groupe devenu duo a décidé de mêler ces deux aspects et d’accompagner le célèbre chanteur pour enfants dans une tournée pour adultes où les plus grands tubes de l’un sont passés à la moulinette punk trash des deux autres. N’ayant pas pu le rencontrer lors de leur venue à Paris pour cause de cafouillage téléphonique, Pierrick a accepté de rattraper le coup le temps d’un long échange par whatsapp où il revient sur ces différents projets. Si on vous dit que le fils d’Henri Dès, batteur d’Explosion de Caca, est un artiste talentueux et multi-facettes, ça n’a rien d’un poisson d’avril (même en retard).     Quels sont ton parcours, ta formation musicale, tes influences ? Houla, question vaste ! J’ai commencé à me passionner pour la musique, et les percussions en particulier, vers l’âge de 7 ans. Évidemment, je suis tombé un petit peu dans la marmite vu que mon père est chanteur, depuis tout petit j’assiste à ses concerts, je vais le voir en studio et je côtoie des musiciens, ça m’a très vite parlé. J’ai eu un déclic alors que j’accompagnais mon père en Pologne, il ne faisait pas encore de chansons pour enfants, il faisait une carrière de chanteur de variété assez standard  avec pas mal de succès mais pas le succès qu’il a eu par la suite. Je me suis retrouvé à 7 ans avec lui dans un hôtel en Pologne où un groupe de jazz jouait au bar, et il y avait là un batteur qui m’a totalement fasciné. Il perdait des litres d’eau en jouant, je l’ai regardé pendant tout le concert et après il m’a proposé de monter sur ses genoux, c’est là que je me suis dit que je voulais faire ça. Ça, c’était le premier flash, et puis après je me suis amusé à me fabriquer une batterie en carton, dans ma chambre je tapais sur tout ce qui bougeait, et puis j’ai pris mes premiers cours à l’âge de 9 ans. Après, mes premières influences vraiment rock, le premier vinyle que j’ai reçu en 1980 de la part du...

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5 chansons, 5 disques par James Delleck

5 chansons, 5 disques par James Delleck

Dans le paysage du hip hop français, il y a peu d’artistes aussi atypiques que James Delleck. Ayant fait ses classes au milieu de la scène rap des années 90, le MC est principalement assimilé au mouvement dit alternatif qui a remué dans les années 2000 un genre musical qui commençait à s’enfermer dans un conformisme désolant. C’est à la table d’un bistrot parisien que nous avons pu le rencontrer pour parler de 5 de ses chansons et de 5 de ses albums préférés. Tellement atypique, d’ailleurs, qu’il nous en a proposé 6 !   5 Chansons   1-Ne Sois Pas Triste (L’Atelier – Buffet Des Anciens Élèves – 2003) J’ai un peu hésité pour choisir un morceau du disque plutôt qu’un autre. Sur L’Atelier, y a des histoires. Tu tombes pile sur le truc que pas grand monde connait puisqu’on nous a pas forcément demandé, on n’a pas spécialement communiqué là-dessus. En tout cas, en faisant l’album on s’est donné une espèce de dogme avant de commencer. On essayait de ne pas savoir ce qu’on allait faire en se voyant, et le lendemain matin il fallait qu’il y ait un morceau. C’est pour ça que ça s’appelle « L’Atelier ». On a vraiment pensé ça comme un atelier d’écriture, on a même des fois pris des bouquins, fait de l’écriture automatique… Il y a aussi des morceaux qui ont des sons pourris, une game boy, il y en qui sont plus ou moins produits. En tout cas, la règle était qu’on se voyait le soir chez Para One, on savait pas sur quoi on allait écrire, que ce soit en terme de musique ou en terme de thème et le lendemain matin, il y avait un morceau. C’est ce qui donne une fraicheur à cet album-là. Sur certains titres, il y en a un qui s’en sort mieux que les autres parce qu’il était moins fatigué, plus engagé, plus inspiré, et du coup je trouve que ça donne quelque chose d’assez brut, d’assez rough. Et de plus touchant, justement grâce aux imperfections qu’il pouvait y avoir. La blague, c’est qu’une fois qu’on les a enregistrés, on ne les a pas réécoutés jusqu’à la sortie du disque. On n’a fait aucune reprise, aucune retouche.   Même pour la production ? Il y avait du taf de production à partir du moment où il y avait un travail sur les instrus. Celui qui s’en chargeait faisait une première trame puis réécoutait, évidemment. Mais pour les voix, c’était one-shot. Et on n’a pas réécouté avant que le disque ne parte. Les trois à être aux manettes, c’était Para, Tacteel et moi, mais surtout Para et moi pour les sessions, puisqu’on enregistrait des trucs chez lui et...

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Interview – Le Peuple De L’herbe

Interview – Le Peuple De L’herbe

Le Peuple De L’herbe vient de fêter ses 20 ans de carrière avec un huitième album, Stay Tuned… Aucune lassitude à l’horizon, une inspiration toujours bien présente et même un nouveau visage, une nouvelle voix. Celle de l’américain Oddateee, connu auparavant pour ses collaborations passées avec High Tone, vieille connaissance du Peuple. Juste avant d’entamer une énième tournée, DJ Pee, membre fondateur du groupe, était accompagné de son nouveau comparse, pour faire un peu de promo. Ça tombe bien, on avait pas mal de choses à leur demander…   « Si tu te remets pas en cause et que tu fais pas avancer ta musique, je pense que tu deviens neuneu, ça ne devient plus intéressant. »   Bon j’ai écouté un peu votre nouvel album forcément… DJ Pee : J’espère. Beaucoup même ! (rires)   J’ai l’impression que c’est peut-être le plus carré, léché, le moins bordélique en tout cas si je puis dire. C’est quand même pas votre album de la maturité rassurez-moi ? DJ Pee : (Rires) On en a fait tellement d’albums de la maturité. Ouais, il a été mûri, on a essayé de moins se disperser, d’être plus exigeants avec nous-mêmes. c’est ce qu’on s’est dit en rentrant en studio. On s’est fait cette remarque « peut-être qu’on est trop indulgents avec nous-mêmes ». On a été super sévères (rires). On a fait de la matière pour facilement 2 albums, 2 albums et demi. On a vraiment sélectionné les meilleurs tracks.   Ah oui, donc vous en avez sous le coude… DJ Pee : On en a chié plein (rires).   Je trouve aussi – bon en même temps c’est logique – qu’il y a un côté rock de plus en plus prononcé depuis l’arrivée du nouveau guitariste, il y a carrément des morceaux où on est proches de la fusion, je pense notamment à « Abuse » sur laquelle tu rappes Oddatee…  DJ Pee : Oui un mélange de genres. C’est assez 90s, politisé…   Un petit côté Rage Against The Machine. Oddateee : Oui Rage ou Public Enemy, un mix de tout ça. Et le groupe apporte l’équilibre. Et les textes sont encore plus importants « too much abuse in your mind » et ça rend fou, ça concerne tout le monde, les français, les blacks, les chinois, le monde entier… DJ Pee : c’est influencé par ces groupes, mais c’est surtout Le Peuple et Oddatee. Il s’est cassé le cul à trouver de bons lyrics qui ont un sens. Il sait qu’on est totalement en phase avec ce qu’il dit. C’était déjà le cas avec JC (JC001 ndlr). Oddateee : oui on a clairement trouvé une harmonie entre nous, le son, l’esprit. Sur « Abuse », on a une très bonne interprétation...

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