Nine Inch Nails – The Fragile

Nine Inch Nails – The Fragile

(Nothing, 21 septembre 1999) Nous sommes en 2009. Il y a dix ans. Il y a deux siècles. Je suis encore jeune et con (mais j’ai déjà de bien meilleurs goûts que Saez, rassurez-vous). Je m’apprête à voir Nine Inch Nails pour la première fois en concert, beaucoup de choses vont changer. Le choc sera brutal. Je connais Nine Inch Nails, bien sûr. Et je les aime d’un amour certain mais encore un brin mystérieux. En bon bourrin, j’ai un gros faible pour The Downward Spiral que je réécoute plus souvent qu’à mon tour, et plus régulièrement que les autres. Et lorsque les murs du Zénith de Paris tremblent pour la première fois (et comme rarement auparavant), il me semble bien reconnaître “Somewhat Damaged” mais je ne le maitrise pas sur le bout des doigts non plus. Deux heures plus tard, je suis rincé. Et je suis un homme neuf. Nine Inch Nails intègre pour de bon le cercle fermé de mes groupes préférés et je m’impose un programme strict : TOUT RÉÉCOUTER. De A à Z, à commencer par The Fragile puisqu’il s’ouvre de la même manière que ce show inoubliable et déterminant. Je me dois de revivre cette entame, ce son prodigieux, cette montée faramineuse. Cette basse qui se rapproche, ce son électro terriblement malaisant, Trent qui déboule, soi disant « too fucked up to care anymore » mais qui nous colle pourtant une branlée monumentale. « Where the fuck were youuuu? ». Mais nous sommes là, Trent, prêts à nous faire lacérer la tronche par “The World Went Away”, prêts à subir cette disto totalement démesurée, à tendre l’oreille pour entendre les quelques cordes effleurées avant l’énorme déflagration, avant que le monde ne se casse la gueule sous nos yeux, soutenu par les “nananana” les plus apocalyptiques de l’histoire. Un disque qui commence de la sorte ne peut que s’effondrer piteusement ensuite, ou se ranger parmi les plus grands. Je vous épargne le suspense… Vient alors le diptyque indissociable : “The Frail”/”The Wretched”. Délicate mélopée au piano pour le premier qui vient planter le décor avant de se faire dévorer tout cru par son impétueux alter ego. La rythmique est offensive, les claviers en imposent, Reznor n’a pas l’air d’être venu pour blaguer. On en est conscient mais on n’est pas prêts. Pas prêts pour ce refrain monumental où les guitares en fusion se mêlent aux cris de damnés. Aux commandes de son impitoyable machine de guerre, Trent nous hurle dessus. Et ses propos sont on ne peut plus appropriés “NOOOW YOU KNOOOW, THIS IS WHAT IT FEEELS LIKE”. Nous voilà donc au 5e morceau et qu’est-ce qu’on a déjà ? Une tarte, une rouste, une...

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The Young Gods @ La maroquinerie (Paris), 22/03/19

The Young Gods @ La maroquinerie (Paris), 22/03/19

Quand on n’a jamais vu les Young Gods sur scène, que l’on revisite à rebours leur imposante discographie pour rattraper le temps perdu et demeure sidéré par la variété de leur palette, on se demande bien à quoi s’attendre lors de leur passage à la Maroquinerie. Pourtant, au fond, il ne fallait pas chercher bien loin. Leur science du son les précède ? Le son fut prodigieux. Puissant, subtil, précis, terrassant, envoûtant. Prodigieux. Leur dernier album est un bijou downtempo, beaucoup plus axé sur les ambiances que sur la violence sourde des débuts ? Les morceaux interprétés (l’intégralité du disque a été joué) furent d’une folle intensité, emprisonnant tout l’auditoire dans un voyage hors du temps. Un voyage dont personne n’oubliera le fabuleux enchaînement “Tear Up The Red Sky”- “All My Skin Standing”, aux atmosphères dub, tribales puis aux fulgurances indus, comme si Trent Reznor était sorti de la pénombre d’un coup d’un seul. Ce n’était pas lui mais bien Franz Treichler, l’un de ses maitres qui, habité tout du long tel un chaman en transe, sera même parvenu à se sortir du terrible traquenard de la déstructurée au possible “Moon Above”, qui ressemblait presque à une chanson ce soir-là, même avant que son harmonica ne retentisse et fasse frissonner les premiers rangs. Après nous avoir fait décoller très haut et négocié brillamment quelques secousses, après avoir transfiguré avec une classe folle le classique et furieux “Envoyé” en un récital tribal électro hardcore de 10 minutes, les Young Gods se sont chargés de répondre à l’une des dernières questions qui trottaient initialement dans notre esprit : toujours jeunes et fringants quand il s’agit de revenir sur leurs années folles ? Notre insolense fut balayée, terrassée par une fureur divine. La Maroquinerie s’est alors muée en fournaise irrespirable. Chacun, cheveux grisonnants ou non (oui, en grande majorité), s’entrechoquant joyeusement, savourant des retrouvailles avec quelques monuments d’antan (“Kissing The Sun”, “Gasoline Man”, “Skinflowers”). Initialement peuplée d’admirateurs extatiques, la salle n’était plus qu’une fosse aux lions à qui on aurait jeté du bœuf Kobe. Jeff Gilbert, journaliste de The Rocket, a dit un jour à propos de Nirvana “comment font trois mecs pour sonner comme s’ils étaient neuf ?“. La question se pose ici, et on aimerait ajouter comment une seule guitare, un sampler et une batterie produisent un tel raffut ? Comment Bernard Trontin fait-il pour accoupler à merveille ses parties de batterie aux machines domptées par Cesare Pizzi, au point qu’on ne sache plus tout à fait qui joue quoi (mais on n’en a sacrément rien à foutre tant on prend notre pied) ? On a donc eu les réponses aux questions qu’on se posait avant la soirée, mais de...

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The Young Gods – Data Mirage Tangram

The Young Gods – Data Mirage Tangram

(Two Gentlemen / Differ-Ant, 22 février 2019) Ils sont nombreux, et pas que des tocards, à avoir appris la vie en ponçant les premiers albums des Young Gods, à s’être passionnés pour leurs évolutions stylistiques au gré des années et s’être demandés à quelle sauce ils allaient bien pouvoir être bouffés lors du retour des (plus si) jeunes dieux suisses. Ils ne s’attendaient sans doute pas à être cuisinés de la sorte par une électro propice à l’évasion, qui prend son temps, instaure tranquillement d’étranges climats. Le retour de Cesare Pizzi (claviériste, programmateur), absent des débats depuis les deux premiers albums d’humeur explosives, n’aura donc pas eu l’effet escompté. Les Young Gods n’éprouvent ici nul besoin de faire parler la poudre, ils se “contentent” de ramener leur science. Leur science de l’expérimentation, leur maitrise du son.Les guitares se font discrètes, elles ne se révèlent que lorsque la marmite explose, lorsque la tension devient intenable (les colossales “Tear Up The Red Sky” et “All My Skin Standing”, proprement fascinantes). La violence couve, mais elle est maîtrisée. Ce disque n’offre que sept titres, c’est peu après huit ans d’attente, mais il en impose, tant il brille par sa cohérence et son homogénéité. Et en dehors des deux singles “Figure Sans Nom” (divine escapade électro rock poétique) et “Tear Up The Red Sky” qui marquent les esprits immédiatement et durablement, le reste s’offre à qui veut bien l’attendre. Car il faut prendre son mal en patience pour pénétrer “Moon Above” où un Franz Treichler cerné par une rythmique déstructurée, un fracas de bruitages incessants et une absence notable de véritable mélodie (exception faite d’un harmonica bien saugrenu qui déboule sans coup férir), se demande fort légitimement “is this the blues i’m singing?”. Ça y ressemble en effet mais qu’est ce que ça fout là ? C’est une autre histoire. Les Dieux sont tombés sur la tête et c’est bien là le meilleur moyen de nous donner la foi. De son côté, “You Gave Me A Name” dégaine de sa poche une mélodie simpliste et efficace. Les Young Gods pourraient s’en contenter. Pas vraiment le genre de la maison. Ils préfèrent répéter inlassablement ce motif, avant que soudainement l’agitation les gagne et nous embarque ailleurs, où les sonorités affluent de toutes parts. Le piège se referme alors. L’égarement est donc fréquent mais il est savoureux. Combien de disques très accrocheurs de prime abord ont rapidement pris la poussière ? Combien se sont imposés peu à peu pour devenir incontournables ? Beaucoup, dans les deux cas. Les Young Gods ont depuis bien longtemps choisi leur camp, et ce n’est pas maintenant qu’ils vont en changer. Ils ne font pas dans l’aguicheur, ils séduisent par...

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Nine Inch Nails – Bad Witch EP

Nine Inch Nails – Bad Witch EP

J’ai depuis peu élaboré une théorie pour le moins fumeuse à propos de Trent Reznor : quand il était au fond du trou, il pondait des chefs-d’œuvre et depuis qu’il a retrouvé la joie de vivre, il nous livre des bouses. J’ai un peu grossi le trait mais vous voyez l’idée. Point d’orgue de la démonstration : en 2009, Trent et Mariqueen Mandig se marièrent, vécurent heureux et les auditeurs de NIN n’eurent plus grand chose à se mettre sous la dent. Un seul véritable album, le plutôt dégueulasse Hesitation Marks. Mais depuis fin 2016, l’espoir renait. Avec Not The Actual Events et (surtout) Add Violence, les deux premiers de la série de trois EP promise, Trent renouait avec l’aspect sombre et tourmenté qui lui sied le mieux et qui nous rend tout chose. C’était imparfait mais ce retour en arrière était finalement un pas en avant. Trent avait prévenu : sur Bad Witch, il a laissé libre cours à ses envies et le lien avec les deux EP précédents n’est pas évident. Bad Witch serait, selon ses dires, à considérer comme un véritable album, et c’est, selon les nôtres, sans doute le premier vrai bon album depuis un bail (With Teeth ?). Pas de véritable single à se mettre sous la dent pourtant (même si “God Break Down The Door” était présenté comme tel, il n’a rien d’un titre easy listening) mais des sons agressifs, viciés, torturés. Je vois vos sourires carnassiers prêts à mordre à pleines dents dans cette mauvaise sorcière mais ce n’est pas aussi simple, pensez-vous. On pouvait regretter que les deux précédents aient le cul entre deux chaises, tenaillés entre une volonté de noircir un tableau devenu trop propret et celle d’y accoler des mélodies réellement marquantes (ce deuxième point étant souvent supplanté par le premier). Elles ne sont pas plus présentes ici (en tout cas, elles sont bien planquées) mais Trent semble avoir tranché et se tient à son choix, aussi osé soit-il. Tranché en faveur de la prise de risques : de l’ambient halluciné (“I’m Not From This World”, “Over And Out” où la patte d’Atticus Ros, son acolyte, se fait plus que jamais sentir), de l’indus pur et dur, de la saturation sans modération (“Shit Mirror”), de la drum’n’bass métalleuse qui savate à tour de bras (“Ahead Of Ourselves”). Clairement Reznor est de retour, et pas pour sucrer les fraises. Nouveauté au programme, la présence de saxos qui s’intègrent à merveille et sonnent parfois comme un hommage appuyé au mentor Bowie période Black Star (“Play The Goddamned Part” où les saxos luttent pour leur survie au milieu de beats écrasés) et Outside (la fascinante “God Break Down The Door” où même...

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Nine Inch Nails nous remet un coup d’EP

Nine Inch Nails nous remet un coup d’EP

Le troisième et dernier volet de la trilogie d’EPs de Nine Inch Nails, entamée par Not The Actual Events et poursuivie par Add Violence, verra le jour au mois de juin. Une sortie qui a pris du retard puisque les trois disques devaient sortir en l’espace d’un an seulement, or le premier d’entre eux a été publié en décembre 2016. Trent Reznor explique de ne pas avoir voulu précipiter les choses « pour ces 3 EP, nous avons commencé avec un concept pré établi assez rigide, sans avoir tout écrit. Et au moment de commencer à bosser sur le dernier, nous nous sommes sentis trop prévisibles. C’est comme si nous forcions les choses, sur le plan musical et narratif. La cause de notre retard est due au temps nécessaire pour que ce troisième EP se révèle à nous. » Nine Inch Nails se produira le 25 juin à l’Olympia (Paris) et aux Eurockéennes de Belfort le 6 juillet. Jonathan...

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