Bitpart – Eat Your Mess

Bitpart – Eat Your Mess

(Destructure/Boslevan, 31 janvier 2020) Difficile, quand on parle de groupes qui font du rock influencé années 90 de ne pas tomber dans la foire aux références. Comme tous les mauvais journamateurs, je tombe régulièrement dans ce travers, et j’avais certainement dû le faire en parlant du dernier album de Bitpart sur ce site ou un autre (il semblerait que ce soit un autre, ndrc). Sauf que, merde, Bitpart a presque une décennie de bons et loyaux services, même plus si on compte Fat Beavers, le précédent groupe de Julie Appéré et Eric Bricka, et aurait quand même le droit d’être considéré comme un groupe à part entière. Eat Your Mess, leur 3e album, sort après presque 4 ans d’attente, mais 4 ans qui n’ont pas été chômés avec notamment des concerts dans toute la France. De là à dire que cet album a été rôdé avant même d’être enregistré, il y a un pas que je ne franchirais pas, n’ayant aucune idée de sa genèse (tiens, c’est intéressant, il faudrait peut-être qu’on les interviewe pour leur poser la question). En revanche, on peut dire qu’on sent sur ce disque, surtout quand on sait qu’il a été enregistré assez vite si on se fie aux liner notes, un groupe parfaitement en place. Ça ne trompe pas, et le temps passé ensemble à jouer a certainement dû aider à obtenir ce résultat. Ce qui fait plaisir, avec cet album, c’est de sentir que le groupe est de plus en plus à l’aise loin du hardcore de ses débuts. Le travail du son est toujours aussi impeccable, ce qui est la moindre des choses dans un registre musical qui met un point d’honneur à intégrer le bruit et les dissonances dans ses harmonies, et les mélodies sont de plus en plus assumées, ce qui dans l’ensemble donne encore un super album. Par ailleurs, les paroles fournies dans le disque sont dans un anglais excellent, bien écrites et intelligentes, ce qui est toujours un plus. Seule petite déception, il me semble que les harmonies vocales entre Julie et Eric sont moins mises en avant (à part sur de trop rares moments comme le refrain de “Since You Left”). C’est un peu dommage, mais ne gâche en rien les morceaux qui sont d’un très haut niveau. À mon avis, la force de Bitpart comparé aux autres groupes qui officient dans le rock 90s, c’est d’avoir emprunté le même parcours que les meilleurs du genre : venus du punk hardcore pour se tourner vers une musique pop qui s’assume sans renier ses origines. Car oui, quelque part, Bitpart comme beaucoup d’autres (vous le sentez, l’effort pour ne citer aucune référence ?) ne serait-il pas avant...

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The Men – Mercy

The Men – Mercy

(Sacred Bones / Differ-Ant, 14 février 2020) The Men a toujours mis un point d’honneur à être un groupe créatif qui fait à peu près ce qu’il veut et se joue complètement des cases dans lesquelles on voudrait le ranger. En effet, en écoutant tous leurs albums depuis le premier, Immaculada, il y a maintenant plus de 10 ans, bien malin celui qui pourra définir leur style et prédire ce que donnera leur prochaine sortie. En revanche, force est de constater que depuis Tomorrow’s Hits, hormis un Devil Music qui commence à ressembler à un accident imprévu, leur musique est moins enthousiasmante. Enfin “on”, je ne sais pas, mais moi, j’ai clairement du mal à y trouver ce qui me retournait complètement sur leurs disques précédents. La faute ne vient pas uniquement de la variété de styles, qui était présente quasiment dès le départ, mais peut-être à un équilibre moins évident entre morceaux calmes, parfois beaucoup trop plan-plan, et les morceaux énervés ou planants qui restent à mes yeux la grande force du groupe. Quand, retrouvant leur envie d’expérimenter, ils avaient sorti les synthés, j’avais décidé de tourner les talons. Pourtant, Drift (l’album en question) ne se limitait pas à un énième disque lorgnant beaucoup trop du côté des années 80 et avait même des compos plutôt sympas, mais pour y avoir droit, il fallait s’en taper 4 dans des styles que je déteste viscéralement. C’était au-dessus de mes forces. Je décidais pourtant d’attendre le disque suivant pour laisser tomber, puisque le groupe a toujours été capable de prendre ses auditeurs à contre-pied. Le voici, et effectivement, ce ne sont pas les synthés qui sautent aux oreilles à l’écoute de Mercy. Bon, le single de l’album “Children All Over The World” est une chanson pop fm 80s à laquelle je suis hautement réfractaire, mais hormis ce titre, rien n’évoque ce type de musique.Et puis, en dehors de la ballade au piano “Fallin’ Thru”, la guitare est revenue à l’honneur, que ce soit dans les solos sur une ou deux notes de “Wading In Dirty Water”, les rythmiques folk de “Cool Water” ou “Mercy”, la country emportée de “Call The Doctor” ou la plus classiquement punk (pour le groupe) “Breeze”. Dans l’ensemble surnage une tonalité country-folk, qui ne concerne pas tous les titres mais donne une ambiance générale. Le problème, enfin mon problème, c’est que si cette ambiance me convient mieux sur le papier que la foire aux synthés, je trouve la plupart des compositions assez peu marquantes. Par conséquent, j’ai du mal à rentrer dedans, à l’exception des deux dernières. “The Breeze” qui, si elle ressemble à des choses que le groupe a déjà fait, se trouve dans mon...

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Un album hommage de Built To Spill à Daniel Johnston

Un album hommage de Built To Spill à Daniel Johnston

Built To Spill qui reprend Daniel Johnston, voilà une riche idée. L’album, sobrement intitulé Built To Spill Plays The Songs Of Daniel Johnston, sortira le 1er mai chez Ernest Jenning Record Co et rendra hommage au chanteur qui nous a quittés en septembre dernier. Le groupe avait été invité à jouer avec lui lors de sa dernière tournée en 2017, nous aurons donc droit aux enregistrements des répétitions ayant précédé la tournée. Et voici “Bloody Rainbow”, premier extrait en écoute Built To Spill Plays The Songs Of Daniel Johnston by Built To...

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The Guru Guru – Point Fingers

The Guru Guru – Point Fingers

(Luik/Grabuge, 31 janvier 2020) Que feriez-vous à notre place ? Une bande de barjots belges qui vous pointent du doigt et se ruent vers vous pour vous présenter leur nouveau bébé braillard. Vous prendriez vos jambes à votre cou, évidemment. Peu téméraires que vous êtes. Nous, on choisit de s’accrocher. Car s’ils foutent un peu les jetons de prime abord, si notre boussole ne répond plus face aux revirements incessants du quintet, on retrouve vite quelques éléments communs auxquels se raccrocher. Une basse indomptable qui mène la danse, une guitare à laquelle on soutire des grognements aigus, un chant mi-parlé mi-rappé, un refrain pop en diable, des cris de damnés en option. C’est parfois violent, souvent accrocheur et finalement toujours totalement instable. N’est-ce pas là le plus excitant ? Dès « Mache », on croit se raccrocher à un riff de brutasse et on se dit qu’on va se contenter de headbanger béatement pendant trois minutes et puis la basse nous prend par la main, nous dit que ce n’est pas par là, qu’il faut suivre ce drôle de bonhomme avant un refrain plus-aigu-tu-meurs qui déboussole d’abord et colle aux basques ensuite. Etonnant, mais bien vu. Tom Adriaenssens qu’on imagine gesticuler dans tous les sens, pris de sursauts épileptiques ou du syndrome de la Tourette (« FIRE! PEPPER! TURMOIL! » sur la démentielle « Chramer ») guide sa troupe comme un gourou gourou gentiment timbré timbré mais sacrément charismatique. Et quand chacun souhaite faire plus de boucan que lui, il va s’isoler avec sa guitare acoustique et s’évade dans une chouette ballade, en toute quiétude, se demandant à juste titre si c’est bien lui qui a enfilé le costume du songwriter mature (« And I’m Singing, Aren’t I »). Et finalement, nul besoin d’une quinzaine d’écoutes pour succomber au trip math/indie/noisy un brin crazy – qu’il convient d’appeler borderline rock – proposé par The Guru Guru. Quand au bout de trois tours de platine, on sifflote des refrains tout seul dans son coin, c’est que l’affaire est bien engagée, non ? Quand on considère initialement que les compos sont alambiquées avant de les trouver totalement limpides, c’est que les gars ont un truc, n’est-ce pas ? Point Fingers dégage cette très plaisante (et trop rare) impression d’un groupe qui a laissé libre cours à sa créativité, sans calcul, ne s’est rien refusé et est parvenu à accoucher d’un résultat totalement instinctif, finalement à même de parler à chacun d’entre nous. Pas étonnant qu’ils aient tapé dans l’oreille de Lysistrata qui les a accueillis sur leur label. À présent, démerdez-vous pour vous dépêtrer des soubresauts diaboliques entre douces mélodies et coups de sang hargneux de « Delaware », « Mache », « Chramer », « Origamiwise », des arpèges innocents de « Know No », de « Skidoo » et...

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The Folk Implosion – One Part Lullaby

The Folk Implosion – One Part Lullaby

(Interscope, 7 septembre 1999) Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques. Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement. Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement. Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à...

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