5 chansons, 5 disques par We Insist!

5 chansons, 5 disques par We Insist!

Après un concert toujours réjouissant à La Cave d’Argenteuil en compagnie de leurs nouveaux comparses de label Lysistrata, on a échangé avec les trois membres de We Insist!, auteur d’un nouvel excellent album cette année, à propos de 5 de leurs morceaux puis de 5 disques de leur choix. Un échange passionnant quelque peu perturbé par un impératif de rangement de matos et de déguerpissement des lieux en toute hâte. Interview fleuve, et pourtant contre-la-montre.     5 chansons   1 – Grieved (Inner Pond, 2002) Inner Pond (2002) by We Insist! Eric Martin (guitare) : on a mis peut-être 2 ans à faire ce morceau, c’est un des plus longs en gestation, vraiment une catastrophe ce morceau ! Julien Divisia (basse) : quelque part s’il a pris autant de temps c’est que c’est le moment où on commençait à chercher ce qu’on voulait faire. C’est passé beaucoup par ce morceau-là. Ça a pris un temps fou. Je pense qu’il a posé les bases de ce qu’on voulait faire plus tard. C’est un très bon choix ! Eric : c’est un morceau pour moi qui est assez raté, mais essentiel dans le sens où on a essayé de faire quelque chose de nouveau. Etienne Gaillochet (chant-batterie) : c’est vraiment le morceau où on a voulu sortir de ce truc instrumental et faire quelque chose avec les voix qui dictent le truc. C’est pour ça que je l’ai choisi. Même si c’est le 2e album, mais le premier a quasi disparu des radars, on ne le retrouve même plus sur internet… Eric : c’est interdit ! (Rires) … et c’est un de ceux qui est le plus « carré », accessible en tout cas, où le chant est effectivement plus en avant et qui ressemble un peu plus à la suite. Le reste est plus expérimental à la Zappa ou quelques projets de Mike Patton. Celui-là est plus… Julien : plus pop ! C’est tout à fait ça. On essayait d’en faire une chanson, avec un truc un peu construit. Et la voix qui porte le bazar. C’est vrai que ça a commencé avec ça. Et à l’époque c’était presque une prise de risque de miser sur la voix ? Etienne : moi je l’ai pas réécouté depuis des siècles mais je pense que si je le réécoute, je vais sans doute être surpris par ma voix. Eric : je sais pas si c’était une prise de risque mais en tout cas c’était nos premières velléités, malgré les structures complexes, de mettre la voix en avant. Julien : un peu comme un groupe de pop mais derrière ça tricote. Mais c’est vrai qu’on tâtonnait, on savait pas… Du coup Etienne s’est mis...

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TH Da Freak – Infandous

TH Da Freak – Infandous

TH Da Freak serait-il le vilain petit canard de Howlin Banana ? Non pas qu’il soit vilain (loin s’en faut) ou qu’il ait une gueule de canard (on n’oserait pas), mais il fait en tout cas figure d’incongruité au milieu de ses potes de labels qui pratiquent le garage comme religion. Mr Freak a semble-t-il été davantage biberonné aux 90s et se plaît à bricoler des chansons lo-fi, entre folk désabusée et pop grungy. Jamais départi de son ton de petit branleur sympa (“Fuck My Songs And All My Thoughts”), TH Da Freak ne semble guère se prendre au sérieux. Il serait cependant idiot de notre part d’en faire de même car le bonhomme a plus d’une mélodie dans son sac, qu’elles soient declamées avec calme et sérénité (“Dreams Are Fake” où il arbore une voix de fausset, “Night, Alone, Streets”) ou hurlées au milieu de guitares cradingues  (“Infandous”). Et le bougre qu’on pensait facile à cerner déploie même un éventail finalement plus large qu’il n’y parait. En allant rôder en terres Kraftwerkiennes (“Questions”) ou en partant explorer des paysages brumeux (“I Don’t Wanna Know If You’re Still In Love With Me”), TH Da Freak déconcerte d’abord, puis séduit. Howlin Banana n’est donc pas qu’une machine à fabriquer du Ty Segall français, le label vient de se dégoter un artiste atypique et talentueux. On ne sait pas encore s’il ira loin (on lui souhaite) mais notre platine l’apprécie déjà beaucoup. Et la vôtre devrait l’aimer tout autant. JL Infandous by TH da...

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Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

  Le Point Éphémère, c’est ce qu’on appelle un lieu de vie nocturne victime de son succès : un hangar bien rock’n’roll dans un bâtiment partagé (à leur grand dam) avec les sapeurs-pompiers de Paris, idéalement placé sur les berges du canal Saint-Martin et doté d’une programmation pointue et bien foutue, et donc souvent bien rempli. La cohésion du bâtiment est en partie assurée par quatre piliers qui constituent paradoxalement son point faible en termes d’aménagement de l’espace : les deux qui encadrent le devant de la scène limitent drastiquement le champ de vision des spectateurs situés sur les côtés, tandis que les deux autres, au fond de la salle, devant le bar d’un côté et l’entrée de l’autre, semblent dotés d’un pouvoir mystérieux : en cas d’affluence, les spectateurs s’agglutinent à leur niveau, constituant une paroi quasi infranchissable qui dessine avec la régie son un couloir étroit reliant l’entrée, le bar et les chiottes. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus en ouverture d’une chronique musicale, me direz-vous ? Parce que ce mardi soir, j’ai subi les deux inconvénients de cette configuration. Il faut dire que j’ai fait mon “journaliss profesionel”, tel que le caricature un certain David Snug, dessinateur de BD misanthrope mais néanmoins talentueux et amateur de rock : pas de réécoute en boucle de l’intégrale de la tête d’affiche dans les deux semaines qui précèdent le concert, pas d’examen préventif de la première partie, et surtout une arrivée tardive qui me positionne dans ce fameux couloir humain le temps des quatre derniers morceaux de la précitée première partie. Ce quatuor soulève d’ailleurs un enthousiasme assez impressionnant que je suis loin de partager : un rock aux accents pop-punk et post-hardcore, avec une rythmique pataude et des voix forcées : on dirait un groupe de métal qui tente d’imiter Cloud Nothings. J’apprendrai plus tard, en plus de leur nom (The Hotelier), qu’ils constituent le fer de lance américain du revival emo. J’en profiterai également pour noter les noms des fers de lance du courant originel (Jawbreaker et Sunny Day Real Estate, d’après Wikipédia) pour m’éviter à l’avenir quelques déconvenues musicales. Une fois ces jeunes gens partis, je profite du mouvement croisé des buveurs vers le bar et des fumeurs vers la sortie pour me faufiler vers l’avant, sur la gauche de la scène. Pilier oblige, je ne verrai pas le deuxième guitariste et je ne verrai le batteur que par intermittence, mais j’aurai en point de mire le bassiste et surtout Dylan Baldi, le chanteur-guitariste gringalet et binoclard de Cloud Nothings. Ce dernier apparaît sur scène au bout de quelques minutes déguisé en J Mascis, mal fagoté dans une chemise informe, cheveux mi-longs et négligés, et c’est parti...

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Superchunk de retour, single en écoute

Superchunk de retour, single en écoute

  Les excellents indie rockeurs Superchunk seront de retour le 16 février prochain avec un nouvel album, What A Time To Be Alive, chez Merge Records, le premier depuis 4 ans. Pour patienter d’ici là, le quatuor de Caroline du Nord nous offre un premier extrait éponyme. Un morceau pop punk simple et efficace. On attend la suite…...

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The Breeders @ La Gaîté Lyrique (Paris), 27/10/17

The Breeders @ La Gaîté Lyrique (Paris), 27/10/17

  Comment un groupe fait-il pour à la fois cumuler tous les classiques du mauvais concert et nous laisser aussi heureux ? Car si on y réfléchit objectivement, hormis son prix, il y aurait vraiment de quoi se plaindre du concert des Breeders ce vendredi 27 octobre 2017 : première partie sans intérêt (un énième groupe anglais qui a trop écouté de post-punk), setlist sans surprise, identique sur toute la tournée (à l’exception d’un “Iris” final dont nous avons été malheureusement privés sur les dernières dates), interprétation bancale, touche finale en demi-teinte et même certaines phrases répétées tous les soirs au fil des tournées… tout ça donne largement de quoi cartonner un groupe pour sa prestation. On a même détesté des concerts pour moins que ça. Alors, quoi ? Oui, quitter la salle au bout de quelques morceaux pendant la première partie, entendre des phrases qu’on a déjà entendues lors des concerts précédents avant les mêmes morceaux, n’avoir quasiment que des morceaux qu’on a déjà vus sur scène lors de précédents concerts, d’ailleurs, finir sur un “Walking With A Killer”, morceau récent de Kim Deal en solo, alors qu’il restait tant de la discographie du groupe à explorer, regarder la setlist le lendemain pour se rendre compte qu’elle a été identique sur toute la tournée à l’exception d’un titre, tout cela n’est pas très agréable. Mais quand on y est, quand on voit l’interprétation bancale devenir géniale, la bonne humeur communicative des sœurs Deal, qu’on se rend compte de combien leurs morceaux, même ceux qu’on a entendus un million de fois et vus à chaque concert, sont fantastiques, alors on oublie les mauvais côtés et on apprécie juste cet instant pour ce qu’il est, un concert d’un grand groupe, grand dans sa simplicité et l’authenticité de sa musique, qui nous donne plus de raisons de nous réjouir dans les quelques minutes de n’importe quel titre de Last Splash, dans un “Pacer”, “Off You”, un “Glorious”, un “I’m Decided” ou sa reprise de “Happiness Is A Warm Gun” que certains groupes en 3h de concert (je citerai bien des noms, mais je ne voudrais pas vexer JL). Kim Deal est passée de la petite amie qu’on aimerait tous avoir à la bonne copine qu’on aimerait tous avoir, puis à la tata qu’on aimerait tous avoir et sera sûrement dans quelques années la grand-mère qu’on aimerait tous avoir. Il n’empêche qu’elle est toujours radieuse et sa présence est indiscutable. Quand ses chansons retentissent, elle est simplement irrésistible. Voilà ce qui fait la différence entre les Breeders et nombre d’autres artistes, voilà ce qui fait que, quelles que soient les plaintes, on ressortira toujours de leurs concerts heureux. Comme me disait un...

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