RIP Adam Schlesinger (Fountains of Wayne)

RIP Adam Schlesinger (Fountains of Wayne)

À part les spectacles où m’ont trainé mes parents quand j’étais gamin, j’avais 15 ans lorsque j’ai vu mon premier VRAI concert. Mon grand frère avait accepté de m’emmener voir CAKE dont nous étions ultra-fans à l’époque (et que nous aimons toujours très fort aujourd’hui). Pour un petit gars de banlieue rurale périurbaine avec une éducation musicale à base de chanteurs hippies et de Chéri FM, c’était la folie furieuse. En première partie, il y avait un groupe complètement inconnu pour moi (même si sans le savoir un de leurs tubes était déjà entré dans ma tête de façon subliminale) qui nous a joué un pop rock qui m’avait vraiment marqué, au point qu’on avait voulu acheter leur disque pendant la pause. C’est là qu’on a appris que le groupe s’appelait Fountains of Wayne et défendait son nouvel album Utopia Parkway (mais ils ne vendaient pas de disques au merch ce soir-là). Quelques mois après, mon grand frère a acheté l’album et je l’ai saigné pendant au moins deux ans. À l’époque, si vous me demandiez mon groupe préféré, j’aurais sans doute répondu Korn ou un truc du genre, mais en fait j’ai beaucoup plus écouté Utopia Parkway ou le premier Fountains of Wayne que je n’ai écouté aucun album de Korn… ça faisait moins badass, malheureusement. (Utopia Parkway a fait un flop, au passage, et je crois que le groupe n’est quasiment jamais revenu jouer en France). Je me suis détaché de Fountains of Wayne avec l’âge, j’ai moins accroché à leurs albums suivants et j’ai même parfois un peu renié ceux que j’avais poncé au point qu’ils ne passaient même plus dans ma chaine hi-fi ; et que j’ai quand même rachetés, preuve que je ne les reniais pas tant que ça. Aujourd’hui, j’apprends le décès d’Adam Schlesinger, le bassiste et compositeur du groupe, à 52 ans à peine à cause de ce putain de virus, et j’ai presque l’impression que c’est un bout de mon adolescence qui s’en va. Merde. Du coup, je vais réécouter Utopia Parkway et peut-être enfin m’avouer, après des années à me croire mature, que j’adore ce disque comme l’ado que j’étais....

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De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

Pour cesser de vous ennuyer comme des rats morts et de mater daube sur daube sur Netflix, on a trouvé une solution pas vilaine. Enfin, on peut surtout remercier Sonic Youth qui a mis en écoute sur son bandcamp de nombreuses archives live. Pour les collectionneurs de MP3, c’est loin d’être donné mais si vous voulez simplement revivre ces concerts, rendez-vous sur leur bandcamp d’archives live où vous retrouverez 11 concerts datés d’entre 1987 et 2011. Live In Brooklyn 2011 by Sonic Youth Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sonic Youth (chroniques et itw de Lee...

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Big Thief @ Cabaret Sauvage (Paris), 25/02/20

Big Thief @ Cabaret Sauvage (Paris), 25/02/20

Je suis en nage dans un Cabaret Sauvage plein à craquer à proximité du bar et des journalistes musicaux. Je ne vois la scène que par intermittence. J’ai passé les deux dernières heures à courir pour attraper le Transilien, le RER E, le métro. Puis j’ai couru de la Porte de la Villette jusqu’au Canal de l’Ourcq pour arriver sur place avant le début du set de Big Thief. Existe-t-il salle plus loin de tout à Paris ? Je ne suis pas le seul à m’être fait surprendre par les derniers mètres, à en juger par la petite queue à l’entrée du chapiteau. Je reconnais un couple d’amis juste devant moi mais je n’arriverai jamais à remettre la main dessus au milieu de la foule. Après quelques tentatives infructueuses de me glisser au milieu de la masse des spectateurs pour m’approcher un peu, je finis par me poser derrière les consoles, un cameraman qui filmera les deux tiers du set me cachant occasionnellement la vue. Ces conditions, ainsi qu’une foutue sciatique qui me fait traîner de la jambe depuis près d’un mois, auraient pu me ruiner le concert de la dernière sensation du rock indépendant. Cerise sur le gâteau (façon de parler), j’ai vu passer la setlist, confiée aux ingénieurs son et lumière ainsi qu’à l’équipe de tournage et je vois donc le plaisir qu’apporte l’attente d’une chanson préférée me passer sous le nez. C’était compter sans la force de persuasion d’Adrianne Lenker et ses comparses. Dès les premiers accords de « Masterpiece », je sais que je vais assister à un concert énorme. Déjà, il faut rendre hommage à la salle. Le champ de vision est certes limité sous ce chapiteau mais le son est parfait. La voix d’Adrianne, tour à tour fragile, autoritaire, éraillée, ressort magnifiquement ainsi que le son de sa guitare électrique demi-caisse, rond, plein, gorgé de saturation juteuse. On lit évidemment quantité de conneries sur les réseaux sociaux mais il faut quand même voir le nombre de fois où il y est écrit qu’elle chante ou joue faux. Alors, oui, c’est parfois faux, mais c’est faux comme du Neil Young. C’est donc faux en bien. On est d’ailleurs en territoire « crazyhorsesque » en début de set, celui-ci faisant la part belle aux deux premiers albums du groupe. La dynamique de la formation, déjà impressionnante sur disque, fonctionne ici à plein régime : basse précise, batterie en apesanteur. Ce n’est pas insulter Buck Meek que d’affirmer que son rôle est relativement limité par rapport à ses deux camarades. Sa guitare est un élément additif mais les textures qu’il tricote sont superbes. Visuellement, le groupe, spécialisé dans les excès en tous genres – le bassiste...

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Interview – The Guru Guru

Interview – The Guru Guru

Après avoir vu leurs potes de label It It Anita prendre une autre dimension en 2018 et leurs amis de longue date Brutus (avec qui ils ont enregistré un split EP il y a quatre ans) prendre leur envol l’an passé, The Guru Guru se disent que 2020 est peut-être leur année. Et on serait tentés également de mettre une pièce sur eux (d’ailleurs on l’a un peu fait puisqu’on les fait jouer ce samedi avec Zarboth et Coude à l’Espace B !). Si le quintette belge a dû faire face au départ de son bassiste, il a conservé son amour du grand écart et son talent pour construire des morceaux aussi alambiqués que diablement accrocheurs. Tout porte ainsi à croire que Point Fingers, successeur d’un Pchew déjà remarqué en 2017, devrait faire grand bruit. Le contraire serait fort injuste (mais on n’est pas à une désillusion près dans ce domaine…). En tout cas, Tom Adriaenssens, chanteur impressionnant d’intensité capable d’endosser plusieurs personnalités au sein d’un même morceau, n’a pas ménagé ses efforts. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir à l’autre bout du fil que ce leader si excentrique et charismatique sur scène est en fait un garçon extrêmement posé et réservé. “Si on emploie le terme de rock borderline, c’est aussi parce que l’un de nos membres a souffert de troubles de la personnalité limite. Il passait d’une émotion à l’autre en quelques secondes, et c’est ce que nous voulons retranscrire en musique.” Le communiqué de presse qui accompagne votre nouvel album évoque des influences de METZ, Deerhoof, Pere Ubu, Jesus Lizard, The Mars Volta… et Andy Kaufman ! Grand n’importe quoi ou assez bon résumé ? Il y a certainement quelque-unes de nos influences là-dedans. On a tous des influences différentes. Personnellement, je n’écoute pas beaucoup Deerhoof ou METZ mais c’est le cas de notre guitariste (Jan Viggria, ndr). J’écoute toutes sortes de musique et je suis un très grand fan d’Andy Kaufman. On a chacun nos trucs qu’on adore et on rassemble le tout dans notre propre groupe. Je te dis ça parce qu’en écoutant votre nouvel album et le précédent, je me suis dit que ça ne devait pas être évident pour votre attaché de presse de faire la promotion du disque en évoquant des ressemblances avec d’autres groupes… Ce n’est vraiment pas simple de vous catégoriser. C’est vrai, on a tout un tas d’inspirations différentes, on essaie de construire quelque chose de nouveau, c’est donc peu évident de trouver des comparaisons avec d’autres groupes. Vous vous considérez comme un groupe de « rock borderline », c’est peut-être ça la définition qui vous sied le mieux car votre musique est assez instable et un peu...

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…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

(Dine Alone, 17 janvier 2020) Autant le dire tout de go : si j’avais écrit cette chronique il y a quelques semaines, mon avis aurait sans doute été moins enthousiaste. Il faut dire qu’…And You Will Know Us By The Trail of Dead (que l’on se limitera à désigner par « ToD » dans le reste de cet article) a, depuis plus de quinze ans, toujours eu le chic pour entretenir les malentendus à son sujet. Apparu à la fin du siècle précédent, le groupe d’Austin triompha (artistiquement) grâce à son deuxième album, Madonna, sorti chez Merge en 1999, puis Source Tags and Codes, son premier disque pour la major Interscope, auréolé d’un 10 chez Pitchfork en 2002. Mélangeant la rage post-hardcore et emo d’un At The Drive-In avec l’indie rock racé de Sonic Youth, tout en ajoutant un brin de southern gothic, la formation emmenée par Conrad Keely et Jason Reece, deux multi-instrumentistes se relayant au micro, à la guitare et à la batterie, se devait de réaliser son disque de la consécration avec Worlds Apart, sorti en 2005. Malheureusement, ce dernier représenta un premier tournant déconcertant pour le groupe. Clairement porté par la vision de Conrad Kelly, quand le prédécesseur était une œuvre plus collaborative, ce disque offrait une production plus claire, des voix en avant et de gros refrains mélodiques que n’auraient pas renié un Green Day. Ce tournant plus « commercial » (malgré quelques morceaux longs et ambitieux) ne découragea pas tous les fans, loin de là, mais provoqua l’ire de la presse musicale branchée qui se mit à taper sur le groupe qu’elle avait tant loué trois ans auparavant. So Divided, plus progressif mais restant dans la veine « emo » du précédent, mit fin à la période Interscope : le groupe, qui avait perdu les faveurs de la critique, n’avait pas conquis un public suffisamment large pour se hisser au niveau d’un Queens of the Stone Age. Depuis une grosse dizaine d’années et son retour dans le monde des indépendants, ToD a toujours semblé être un groupe convalescent, cherchant à se remettre de sa mésaventure sur Interscope en enchaînant les bons disques sans toutefois faire de l’ombre aux chefs-d’œuvre des débuts. X: The Godless Void and Other Stories, sorti six ans après IX – quelle originalité ! – allait-il enfin représenter un retour aux vertes années de Madonna et ST&C ? La première écoute, comme je l’ai suggéré au début de cet article, suscita un sentiment de frustration. Je ne reconnais pas la voix de Conrad Keely. Il ne chante pas mal, bien au contraire, mais il n’est pas lui-même : il sonne comme un mélange de Lee Ranaldo et de Bob Mould....

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