Équipe De Foot – Marilou

Équipe De Foot – Marilou

(Alter-K, 10 mai 2019) Ces gars-là n’ont rien compris. Faire de la musique par les temps qui courent : osé. Jouer dans un groupe de rock en 2019 : présomptueux. Appeler son groupe Equipe De Foot : carrément suicidaire. Déjà qu’il faut s’arracher pour exister mais si de surcroît vous optez pour un nom qui n’aide pas à être pris au sérieux en plus d’être introuvable sur Google/Facebook/Instagram/toutes ces merdes indispensables pour être médiatisé de nos jours, vous vous tirez une belle balle dans le pied. Équipe De Foot n’a probablement pas grand-chose à cirer de ces considérations marketing et on serait tenté de leur donner raison. Car, nous aussi, on s’intéresse d’abord à la musique (aussi incroyable que ça puisse paraître !) et de ce point de vue-là, le duo a des arguments solides. Son deuxième bébé, Marilou, reprend les choses là où Chanta(aaaa)l les avaient laissées. On commence donc forcément par une grosse patate en lucarne (“Bald Is When You’re Out Of Hair”). Ça met en confiance et ça place l’auditeur dans d’excellentes dispositions. Couplets apaisés, mélodies contagieuses, refrains pied au plancher, disto, clean, disto, disto, disto. La recette est connue de tous, encore faut-il savoir gérer le dosage. Pas d’inquiétude, Equipe de Foot maîtrise son sujet. Avec cet air de ne jamais se prendre au sérieux (interludes au 12e degré, “Funny Wife” et ses sifflotements à la cool…), Equipe De Foot déroule son « garunge » (mélange habile de garage et grunge), garni de refrains qui nous explosent systématiquement à la face (“I Could Go To Sleep And Die”, “The Dictionary Guys” pour les explosions les plus dévastatrices). Et la rutilante production ne fait qu’aggraver les dégâts. C’est bien simple, ce power duo pourrait coller une trempe à bien des quatuors. Très attentionné, il nous a tout de même réservé deux chouettes ballades (“Not About Winkles”, “Marilou”) pour ne pas nous mettre la tête sous l’eau en permanence. Belle attention, et belle exécution. Finalement, on s’est peut-être montré un peu trop catégorique. Avec son nom, Equipe De Foot fait des appels en profondeur aux journalistes spécialisés feignasses qui ne peuvent résister aux métaphores footballistiques et avec son style typiquement 90s dont on raffole, ils savent d’emblée qu’ils vont la mettre au fond. Ces gars-là ont tout compris. Jonathan...

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Interview – Olivier Drago (New Noise)

Interview – Olivier Drago (New Noise)

Les 14 et 15 juin prochains, le magazine new Noise (anciennement Velvet, Versus et Noise) fêtera ses 15 ans d’existence avec deux belles soirées au Trabendo (Paris). 15 ans, une éternité pour un titre qui a connu des débuts tumultueux, n’a presque jamais pu compter sur le moindre soutien, mais qui continue, vaille que vaille avec les moyens du bord, à faire la part belle aux musiques qui ne vendent pas (ou si peu). Rencontre avec Olivier Drago, rédacteur en chef passionné et homme à presque-tout faire de new Noise, dont la détermination ne faiblit pas.* “Je crois n’avoir jamais fantasmé ce métier. Voilà 15 ans qu’on me dit que les CD et la presse papier, c’est fini. Je n’ai connu que ça, donc ma vision n’a finalement pas vraiment changé.” © William Lacalmontie Quand as-tu commencé à écrire au sujet de la musique ?Vers 1999. Je venais d’obtenir un DEUST “métiers de la culture” et de refuser un poste de directeur du centre culturel de la commune où j’habitais – autant dire une salle des fêtes. Mes parents n’étaient pas enchantés : j’avais toujours été un élève plutôt médiocre, on me proposait un CDI assez bien payé à peine mes études terminées, et je le refusais. J’ai donc rapidement enchainé sur un autre DEUST, “technologies de l’information et de la communication” cette fois.  L’intitulé me paraissait assez flou et le programme suffisamment expérimental – la formation n’existait que depuis peu – pour que je puisse pas mal glander. C’était le début de la démocratisation d’Internet, que j’avais découvert un an auparavant. C’était la dèche niveau presse musicale mais sur Internet, j’étais tombé sur de nombreux webzines américains. Dans le cadre du DEUST, on nous a alors demandé de mettre en ligne une “page perso”, sur un thème librement choisi. J’ai donc commencé à écrire des chroniques de disques sur cette page. Un ami avec qui j’animais une émission de radio depuis plusieurs années et qui suivait la même formation que moi a commencé à me filer un coup de main, puis peu de temps après un autre pote graphiste nous a également aidés. On a fait de cette page un webzine du même nom que l’émission de radio : No Brain No Headache. On a commencé à être pas mal lu, de nouveaux contributeurs se sont greffés à l’histoire, et assez rapidement je me suis retrouvé à “devoir” m’en occuper tous les jours, en plus de mes études et d’un boulot de guichetier/comptable remplaçant à La Poste. Je recevais de plus en plus de promos, j’avais de plus en plus de contacts avec les labels et les groupes, en France et à l’étranger. Je voulais m’y consacrer pleinement,...

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PLAYLIST – Built To Spill en 20 morceaux

PLAYLIST – Built To Spill en 20 morceaux

Il suffit de réécouter Keep It Like A Secret, qui fête ses 20 ans cette année, pour se rendre compte de toute la qualité de composition de Built To Spill, de leur sens mélodique et se remémorer qu’on a quand même eu une flopée d’excellents disques de rock indé pendant les années 90. Mais ce serait néanmoins dommage de s’arrêter à ce disque, malgré la présence de merveilles comme “Broken Chairs”, “Carry The Zero” ou “You Were Right”, car le précédent Perfect From Now On, se défend tout aussi bien. Et tout le long de leur discographie, d’ailleurs, des perles sont disséminées de manière plus ou moins compactes. Du coup, on s’est dit que quitte à rendre hommage à leur très bon disque qui vient juste d’atteindre la vingtaine, autant vous proposer une vingtaine de titres qui sont, à notre sens, tous excellents. Petite séance de rappel pour les heureux détenteurs d’un billet pour leur concert de samedi dernier à La Maroquinerie ou de rattrapage pour ceux qui n’avaient pas cette chance. (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. Certains morceaux (ceux de Perfect From Now On et Keep It Like A Secret) ne sont présents que sur Youtube donc si vous optez pour un autre lecteur, il zappera directement au suivant (ce qui serait ballot, vu la qualité des...

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The Lemonheads @ Gibus (Paris), 10/03/19

The Lemonheads @ Gibus (Paris), 10/03/19

© Philippe Midy Ça aurait pu être le concert de l’année. En arrivant malheureusement un peu trop tard pour voir le début de la prestation de Karl Larsson de Last Days of April, j’entends dès ma descente des marches qui donnent l’accès au Gibus, dans une ruelle isolée de la rue du Faubourg du Temple, une guitare douce et chaleureuse. Hormis le contraste flagrant entre le décor et la musique, je suis surtout pris d’une hésitation ; serais-je arrivé plus tard que je ne le croyais, tant cette guitare m’évoque celle d’Evan Dando dans ses phases acoustiques ? Heureusement, la voix lève mes doutes, il s’agit bien d’un autre artiste. Néanmoins, la cohérence de la programmation est évidente, on ne peut donc être ni dépaysé, ni déçu, lorsque comme moi on découvre Larsson dans ce contexte et cette configuration. © Philippe Midy Ceci dit, c’est bien pour le groupe de Boston que je me suis déplacé, et si la première partie remplit parfaitement son office, je suis impatient de retrouver les Lemonheads qui n’avaient pas joué en France en groupe depuis 2012. Et qui m’avaient un peu laissés sur ma faim, d’ailleurs, puisque le concert s’était terminé de façon abrupte, sans rappel ni explication, car Dando “ne se sentait pas bien” selon le batteur à qui j’avais posé la question pendant qu’il rangeait son matos. Là, ça débute très bien ; le chanteur prend sa guitare acoustique et s’installe avec Larsson pour entamer une reprise (magnifiquement interprétée) de Last Days Of April. Puis le groupe se joint à eux pour enchainer sur une version électrique, cette fois, de “Down About It”. Alors s’enchainent les titres du groupe, tous excellents, et les reprises, qui ne dépareillent pas vraiment. L’interprétation est sans faille, l’ambiance alterne entre ballades, country électrifiée, pur indie rock et punk sans jamais se déparer de l’identité propre des Lemonheads. C’est vraiment la marque d’un grand groupe, et chaque morceau nous rappelle combien leur répertoire est riche en tueries. Avec tout ça, pourquoi le conditionnel passé de ma phrase d’introduction ? Et bien, c’est tout le côté frustrant de ce concert. Après un tonitruant “Stove” en groupe et un très touchant “The Outdoor Type” acoustique simplement accompagné de Chris Brokaw (car oui, ce concert était l’occasion de voir deux légendes de l’indie rock des années 90), Dando quitte la scène et un public bouillonnant avec un discret “thank you” pour ne jamais revenir. Et qu’on soit bien clairs, j’étais ravi d’entendre les 21 morceaux qui ont été joués ce soir, et je peux comprendre qu’une tournée de 3 semaines, dont c’était la dernière date, est éprouvante, qu’on puisse se sentir fatigué même quand on est une légende de...

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Joie ! L’Espace B (Paris) rouvre ses portes… demain !

Joie ! L’Espace B (Paris) rouvre ses portes… demain !

© Raw Journey Nous étions quelque peu orphelins depuis que cette petite salle parisienne à la programmation de grande qualité avait fermé ses portes jusqu’à nouvel ordre, il y a plus de 7 mois. Et bien, la bonne nouvelle est tombée hier, annoncée par Time Out alors qu’on n’osait plus trop y croire : l’Espace B va rouvrir dès demain ! La salle, qui avait fait l’objet d’une fermeture administrative pour des conditions de sécurité jugées insuffisantes, a effectué des travaux et fait peau neuve avec des rampes d’accès, des toilettes handicapés, des issues de secours agrandies, un couloir plus large. Une mise aux normes nécessaire pour cette réouverture, et quelques changements au programme. A commencer par l’équipe artistique, désormais composée d’un nouveau binôme : Vincent Cuny (passé par de grosses références indés comme le festival Villette Sonique, la Station et par ailleurs patron du label très recommandable SK Records) et Raphaël Dumont (ancien de chez Villette Sonique lui aussi, et des Nuits Sonores notamment). Les deux compères promettent “la structure la plus anarchiste et horizontale du monde, en se partageant autant la prog’ que la com'”, l’idée étant d’arriver à quelque chose “de riche et visionnaire”, comme ils l’ont annoncé à Time Out. Premier rendez-vous mercredi 13 mars, demain donc, avec une affiche concoctée par les fidèles d’En veux-tu en v’là, valeur sûre de l’indie (près de 600 soirées au compteur), qui nous proposent une soirée post punk en compagnie des british Arrows of Love, ainsi que Fleuves Noirs et In Bear Suits. Le tout pour 5 balles. Quelque chose nous dit qu’il y aura un peu de monde 16 rue Barbanègre (Paris 19) pour saluer comme il se doit cette réjouissante résurrection ! L’event FB Jonathan...

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