Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

(4AD, 28 septembre 2018) Comme le disait Jacques Séguéla, éminent spécialiste du rock indépendant « si tu n’as pas tous les premiers albums des Pixies en CD, vinyle et MP3, t’as raté ta vie ». C’était un peu radical certes, mais on est au moins d’accord pour dire que t’as raté ta discothèque. Fort heureusement, Frank Black et 4AD n’étant pas les derniers à courir après les biftons, la discographie des Pixies (à laquelle nous avions consacré un colossal article il y a quelques temps) fait l’objet de rééditions tous les 5 ans environ. Cette fois, il s’agit des deux premiers faits d’armes des bostoniens qui sont à l’honneur : le premier EP, Come On Pilgrim, et le premier album Surfer Rosa, sorti il y a 30 ans. Pourquoi faudrait-il donc se ruer sur ces disques, s’interrogent les incultes ? On vous explique. Viens donc Pilgrim, tu sais qu’on t’aime et on va raconter un peu ce que t’as dans le bide. Des mélodies délicieuses (“Ed Is Dead”) mêlées à une furieuse énergie punk (les hispaniques hystériques “Vamos”, “Isla de Encanta”), des refrains éternels (“Caribouuuuuuuuuuuu”)… Come On Pilgrim c’est décousu, c’est foutraque, c’est énervé, ça se chantonne autant sous sa douche que ça se pogote dans son salon (“you are the son of a motherfuckeeeer“). “Levitate Me” boucle ces 20 premières minutes géniales avec ce grain de folie qui ne quittera plus le groupe (enfin si, il le quittera en même temps que Kim Deal). 8 titres, 20 minutes et un bon paquet de promesses. Pas grand chose à demander de plus et pourtant quelques mois plus tard, Pixies enfonçait le clou au marteau piqueur avec Surfer Rosa. A l’époque, tout le monde se cognait de “Where Is My Mind?” qui n’est qu’un (grand) morceau parmi d’autres. Il y a tout sur Surfer Rosa, une intro de disque merveilleuse avec déjà une pure ligne de basse de Kim Deal, une doublette Black/Deal au chant qui fait merveille, des cris de demeurés du gros aux envolées éthérées de la petite. Des riffs incontrôlés, une hystérie permanente (“Something Against You”, “Broken Face”), une maitrise confondante (“River Euphrates”), un “Cactus” bien piquant qui mettra tout le monde à genoux, Bowie compris (qui le reprendra respectueusement). Des lignes de basse que tu peux apprendre en trois minutes mais que t’aurais jamais pensé à composer. Plus c’est con, plus c’est bon. Fabuleux disque pop expédié façon punk. Des morceaux bourré d’idées géniales, saugrenues, ou les deux, qui en disent bien plus en deux minutes que beaucoup le font en cinq. Surfer Rosa c’est aussi l’une des plus grandes chansons jamais écrites par Kim Deal : “Gigantic”. La formule loudQUIETloud à son paroxysme. On prend tous notre...

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Trainfantome – Mature Immature

Trainfantome – Mature Immature

Voilà un artiste qui ne rebrousse pas chemin devant le premier obstacle venu. Tout seul chez lui, comme un grand, Olivier Le Tohic aka Trainfantome, a décidé de faire un disque. Sans tergiverser plus que de raison, il a appuyé sur REC et enregistré ce qu’il avait dans les tripes. Bon, n’enjolivons pas trop le tableau non plus, le nantais s’est tout de même appuyé sur son entourage pour que son disque ne ressemble pas (trop) à un ensemble de démos sans prétention bricolées dans sa chambre. Pas moins de 9 batteurs se sont ainsi succédés derrière les fûts (en vrac, on trouve des gars de Bantam Lyons, TOTORRO, The Missing Season…) et 5 bassistes lui ont également prêté main forte. Et on peut dire que le bonhomme s’est bien démerdé tant les 10 morceaux qui composent ce Mature Immature conservent une certaine homogénéité dans le désordre, un certain agencement dans la créativité débridée. Au fond, ce n’est pas très surprenant que Trainfantome ait tapé dans l’oreille du (très recommandable) label parisien Influenza Records (Wonderflu, Tennis Bafra, Polarbird, Pile, T-Shirt…), eux qui ne sont pas du genre non plus à attendre qu’on leur présente un projet tout cuit dans les pattes pour le mener à bien. Chez Influenza, le DIY on connait et on maitrise. Le son 90s, dont Trainfantome est fortement imprégné, on en raffole. Il n’est pas impossible non plus que le label ait fait le rapprochement avec l’un de ses éminents poulains, Pile (from Boston, Massachusets), dont le chant grave et lancinant est parfois assez similaire (parallèle saisissant sur l’impeccable « Ghost » en ouverture, notamment). Pour le reste, Trainfantome propose un rock tendu tendance grungy (« One Trick Pony », « Frisbee ») et dispose en stock de quelques chouettes mélodies à chérir en ces rudes soirées hivernales (« David After Dentist » ou « Dictatorship Of Fun » et son intro très slowdivienne). Un synthé malicieux vient parfois même s’immiscer sans qu’on ne trouve rien à y redire (« Sad Dance », « PluieVent »), et ce n’était pas forcément gagné (allez avouons, on est plus mitigé sur « Champ-pain »). Impossible d’achever le tour du propriétaire sans citer « Terror 404 » qui, dans le registre du bon vieux tube indie qui n’en a pas l’air, s’impose rapidement comme un incontournable (toujours avec ce petit synthé vintage bien senti que n’aurait pas renié Grandaddy). Alors forcément, à l’heure du bilan, on se réjouit que le gars qu’on appelle Trainfantome ne soit pas resté cloîtré dans sa chambre à ruminer ses chansons et on espère qu’il sera épaulé d’acolytes réguliers sur son prochain disque. Mais s’il s’entoure uniquement de collaborateurs occasionnels comme ici, ça nous va aussi. La méthode a l’air efficace. Jonathan Lopez La release party de l’album aura lieu aujourd’hui,...

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Sonic Youth – Daydream Nation

Sonic Youth – Daydream Nation

Que celui qui était teenager dans les 90s et n’a pas vécu son dépucelage rock par Nirvana lève la main. Personne, évidemment. Après cela, vous êtes comme tout le monde, vous avez écouté tout ce qui venait de Seattle et vous avez jeté une oreille sur tout ce que le blondinet revendiquait comme influences (et il était assez loquace sur le sujet). Parmi celles-ci, le nom de Sonic Youth revenait avec insistance. Un nom qui, forcément, vous disait déjà quelque chose mais que vous aviez toujours prévu d’écouter, repoussant régulièrement l’échéance, un peu comme le bouquin “sûrement passionnant” offert par votre oncle il y a 3 Noël de cela, mais sans doute un peu chiant aussi. Et puis, un jour vous vous êtes jetés à l’eau. Suivant les conseils avisés de rockeurs qui en connaissent un rayon sur l’alternatif, vous êtes allés choper le CD de Daydream Nation au rayon alternatif (parce que le vinyle était mort et le mp3 pas encore né). Et là… le bide. Il y a bien “Teenage Riot” auquel vous avez de suite accroché, parce qu’elle est fantastique d’efficacité avec son riff qui tourne en boucle sur l’intro, “Spirit desire… we will fall” et compagnie. Puis ce démarrage en trombe totalement jouissif. Vous avez bien capté ce qui plaisait à Kurt et vous vous êtes dit que ce groupe pourrait peut-être même détrôner le sien dans votre cœur… avant de déchanter devant la suite du menu, trop radical pour vos petites oreilles mal formées. Mais c’est normal, vous êtes humains. Le connard qui vous a dirigé vers Daydream Nation aurait dû privilégier Goo ou Dirty, portes d’entrée bien plus aguicheuses. Vous avez trouvé en Daydream Nation tout ce que Nevermind (et sa prod) avait gommé en Nirvana (au grand dam de Cobain). Nul compromis ici et de quoi flipper sévère quand on est jeune ado rebelle simplement désireux de bouffer du gros riff de la mort et du refrain qui tue. Ce qui vous a effrayé c’est l’absence de structures couplets/refrain, les mélodies sont là mais elles s’effacent bien souvent au profit du bruit et de l’expérimentation. Les guitares se croisent, échangent, s’entrechoquent, le calme précède les récurrentes tempêtes (“Cross The Breeze”), les morceaux s’étirent, le tempo fait le yoyo, le chant déboule au bout de deux ou trois minutes, Kim Gordon parle d’ailleurs plus souvent qu’elle ne chante… Et quand elle se décide à chanter, elle le fait mal. Les amplis sont dans le rouge, les cordes vocales aussi et les accordeurs sont pris de panique. Lee Ranaldo déclame des vers sans queue ni tête* (“Eric’s Trip”) au milieu d’un grabuge de tous les diables et d’une wah wah incontrôlée. Vous ne comprenez...

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Cloud Nothings – Last Building Burning

Cloud Nothings – Last Building Burning

S’il figure sans conteste parmi les groupes les plus excitants de ces dernières années, Cloud Nothings est aussi l’un des plus frustrants. Son troisième album, Attack On Memory, fut le premier coup d’éclat. Un disque sombre et rempli de rage qui s’ouvrait par deux monuments mais ne parvenait pas à (ne pouvait décemment pas ?) maintenir un tel niveau tout du long. Son successeur, Here And Nowhere Else, moins inégal, conservait un léger goût d’imperfection. Pas loin mais pas encore l’album ultime non plus. Alors, l’an passé, Dylan Baldi a tout rasé pour nous pondre un Life Without Sound tout propre sur lui et il faut bien le dire, tout vilain (même si tout le monde n’était pas de cet avis). Au diable l’urgence, les incartades noisy, les cris viscéraux, la saturation faite reine, place au punk FM calibré pour collégiens en quête de sensations fortes. Un coup de massue terrible, une déception immense qui se devaient d’être vite effacés sous peine de rayer de la carte ce vil usurpateur. Et bien, épongez les gouttes de sueur qui perlent de votre front, Dylan Baldi a entendu nos pleurs. Conscient qu’il avait un peu trop forcé sur la guimauve, il nous revient vénère comme jamais. Point de tergiversation ici, Cloud Nothings nous prend à la gorge d’emblée et ne desserre quasiment jamais l’étreinte. En résulte un album forcément un peu étouffant mais ô combien revigorant. Pour ne pas passer pour des bourrins de service, le quatuor nous a quand même réservé quelques relatifs moments de répit comme cet « Offer An End » un poil moins rentre dedans mais on reste loin (et on s’en félicite !) des petites ritournelles innocentes et gonflantes du disque précédent. Totalement ressuscité, Cloud Nothings nous rappelle également sa science du break qui brise la nuque avant de poursuivre dans les cris et la fureur (« The Echo Of The World »). Dommage que le traditionnel morceau montagnes russes (« Dissolution » qui frime du haut de ses 10’51) ressemble davantage à un passage obligé désormais. On est loin, très loin des sommets qu’étaient « No Future/No Past » et « Wasted Days », il y a bien longtemps… Et les mélodies dans tout ça ? Elles sont bien présentes et demeurent efficaces (« Leave Him Now », « Offer An End »), même si elles ne brillent pas toujours par leur originalité. Baldi se fait bien passer pour Joe Strummer au début de « Another Way Of Life » (c’en est presque troublant) mais il tombe vite le masque et retombe sur ses pattes pop/punk version Cloud Nothiennes, sans sombrer pour autant dans ses récents égarements. C’est du Cloud Nothings, pas de doute là-dessus mais du bon, et le doute était permis à ce sujet. S’il ne paie pas de...

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Exit Musik for a night : It It Anita, Equipe de Foot, Emboe le 12/11 au Klub

Exit Musik for a night : It It Anita, Equipe de Foot, Emboe le 12/11 au Klub

  L’an passé, on avait passé une très chouette soirée à Petit Bain pour arroser dignement nos 5 ans avec Birth Of Joy, Wonderflu et The Blind Suns… On a pris goût à l’organisation d’évènements et comme ça nous touche énormément de voir des gros smiles sur les visages des gens grâce à une soirée qu’on a initiée, on remet ça quasiment un an après jour pour jour…   Demandez le programme :   Exit Musik présente Exit Musik for a night…   LUNDI 12 NOVEMBRE AU KLUB   IT IT ANITA (BE – Indie rock/noisy/punky/stoner/90s) Particulièrement bruyant, instable voire complètement hystérique… Si Laurent n’était pas le nom du nouvel album de It It Anita, on s’inquièterait quelque peu pour sa personne. Mais Laurent n’en finit plus de recueillir les éloges. Puisant son inspiration dans tout un tas d’influences recommandables (Sonic Youth, Fugazi, Queens Of The Stone Age…), It It Anita vient de mettre tout le monde à l’amende en sortant un des albums les plus percutants, jouissifs ET mélodiques de l’année. Et il tient à nous démontrer que sa réputation scénique est tout sauf usurpée. EQUIPE DE FOOT (FR – indie rock/garage) Si le jeu de l’équipe de France de foot ne cesse d’alimenter les critiques, celui d’Equipe de Foot ne souffre d’aucune contestation possible : un duo en parfaite osmose qui distribue les tubes à base de mélodies qui tuent, d’accélérations soudaines et de riffs puissants qui viennent se loger en pleine lucarne. Dans le jargon, on les appelle les girondins de Pixies. Pas encore champions du monde mais déjà éminents représentants de l’indie rock made in France. EMBOE (FR – noise expérimentale) Derrière ce nom énigmatique se cache Emmanuel Boeuf. Un guitariste chevelu aux idées longues, passé par Sons Of Frida, A Shape ou encore Dernière Transmission. Fan absolu de Sonic Youth, il partage leur goût pour le bruit, les expérimentations et la maltraitance de guitare. Mais Emboe sait également se montrer délicat et façonner des ambiances singulières, lorgnant volontiers vers la musique électronique. Le voyage ne s’annonce pas de tout repos mais si vous êtes prévoyants et venez avec vos boules quies, ça devrait bien se passer. Il est même fort probable que vous en redemandiez… Ouverture des portes à 19h30, premier concert à 20h. Voilà vous savez tout, on espère vous y voir nombreux et vous claquez la bise en cette belle occasion.   L’event FB La billetterie LIRE LA CHRONIQUE DE IT IT ANITA – LAURENT LIRE L’INTERVIEW 5 CHANSONS, 5 DISQUES D’EMBOE LIRE LA CHRONIQUE DE EMBOE – ALEA LIRE LA CHRONIQUE DE EMBOE – THE COVERS...

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