Le “This Is Not A Love Song” marque une pause

Le “This Is Not A Love Song” marque une pause

C’est un festival que nous apprécions énormément, auquel nous nous sommes rendus entre 2015 et 2017 et dont nous saluons chaque année sa programmation pointue de grande qualité. C’est donc avec une pointe de tristesse que nous avons appris que le This Is Not A Love Song a décidé de faire l’impasse sur l’édition 2020 pour mieux revenir l’année suivante avec de nouvelles ambitions, comme les organisateurs l’ont expliqué dans un communiqué “les éditions qui se succèdent machinalement, n’ont jamais fait partie de nos promesses, ni de nos envies. Une vraie liberté ne se proclame pas, elle s’exerce. Nous pensons aujourd’hui qu’il est temps, temps de réécrire un nouvel album, temps de trouver de nouvelles inspirations, de se dessiner une nouvelle aventure. Parce qu’il faut continuer de savoir rêver, innover et se réinventer, TINALS en 2020 se met au vert et se pose, le temps d’une saison, pour se projeter dans le futur, imaginer à quoi pourrait ressembler notre/votre festival de demain.” Une remise en question jugée nécessaire pour faire face à plusieurs problématiques actuelles “peut-on porter un événement de type festivalier dans un contexte d’urgence écologique ? Après 7 ans d’existence, sommes-nous toujours libres et indépendants dans nos choix artistiques ? Quelles nouvelles expériences collectives proposer à des citoyens éclairés et responsables ? Comment interagir avec les nouvelles pratiques culturelles ? Face à l’augmentation constante des coûts artistiques, des frais de sécurité, quelles solutions économiques pour continuer à porter un festival singulier ?”. Quoiqu’il en soit, les responsables de la salle Paloma et de Come On People qui organisent l’évènement se tournent déjà vers l’avenir : “prendre la liberté de ne pas faire le festival sous sa forme originelle en 2020, mais proposer des rendez-vous musicaux décalés, des performances artistiques, des ateliers de réflexion, des rencontres et tables rondes, qui rythmeront la saison. Réfléchir ensemble et mieux revenir dès 2021 pour de nouvelles aventures, engagées, passionnées, passionnantes, joyeuses, festives et conviviales.” Il n’y a plus qu’à prendre notre mal en patience. Jonathan...

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Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ? Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle. Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints.  Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée. Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois...

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Big Thief – Two Hands

Big Thief – Two Hands

(4AD/Beggars, 11 octobre 2019) On venait à peine de digérer U.F.O.F., le troisième album du quatuor folk-rock new-yorkais emmené par la talentueuse Adrianne Lenker, que Big Thief remet le couvert avec son second disque de 2019. Précédé par un single de 6 minutes, « Not », Two Hands s’annonçait très différent de son prédécesseur. En effet, alors que U.F.O.F. était dominé par une ambiance cotonneuse, ses chansons se présentant comme de petites miniatures fragiles – à l’exception d’un « Jenni » plus tendu – , « Not » semblait plutôt marcher sur les terres du Neil Young électrique avec trois minutes de solo prodigieux sur deux notes à la manière du loner. Le groupe allait-il maintenir cette tension sur l’ensemble de l’album ? Oui et non, comme on va le voir. L’argument promotionnel de Two Hands est qu’il aurait été enregistré en urgence et d’une traite dans un ranch du Texas. Aussi propose-t-on au chroniqueur de l’écouter en deux plages de 16 et 22 minutes respectivement. Si le son est globalement plus brut que sur le précédent, la différence n’est en réalité que de degré plutôt que de nature. Les guitares se font en effet plus électriques et l’album ne possède pas les textures de fond qu’avait U.F.O.F et qui conférait à ce dernier une unité et une forme de confort d’écoute. Tout n’y est pourtant pas aussi intense que sur « Not ». La véritable différence se situe en revanche dans le chant de Lenker, beaucoup plus rauque et pouvant à l’occasion dérailler, ce qui lui donne une charge émotionnelle peu entendue depuis Masterpiece, le premier album du groupe. Après un démarrage en douceur (« Rock and Sing »), la formation propose avec « Forgotten Eyes » une première montée en puissance, portée notamment par les aigus de Lenker sur le refrain. « The Toy » ressemble à une version boostée de « Terminal Paradise » sur le disque précédent. Le refrain, qui voit Lenker mélanger sa voix à celle de Buck Meek, a quelque chose d’un peu dada, on ne sait pas vraiment ce que veut dire « The toy in my hand is real » mais c’est déclamé avec beaucoup d’intensité en tous cas. James Krivchenia fait des merveilles sur le morceau-titre. Il s’affirme de plus en plus en digne successeur de Glenn Kotche (œuvrant notamment au sein de Wilco), c’est-à-dire comme l’un des batteurs les plus sensibles de l’indie pop américaine. On sent qu’il utilise la batterie, non pas comme un instrument unique, mais comme une palette sonore. Il alterne ainsi frappe de fond de temps et breaks plus légers. D’une manière générale, il y a quelque chose de merveilleusement organique chez ce groupe, comme...

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Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

© Philippe Midy Un concert de Sebadoh à Paris, c’est une bonne occasion pour tous les amateurs de rock indé de la capitale de se rassembler. Certes, ça fait aussi un petit choc de voir que les plus jeunes de la salle affichent une bonne trentaine, mais au moins ceux qui sont là ont vécu les années 90 sans les fantasmer et savent donc qu’un concert de Sebadoh, le haut du panier à l’époque, ça ne se loupe pas. En première partie, The Dearly Beloved envahit la scène, presque littéralement puisqu’ils sont 6, pour nous proposer du punk rock à la limite de l’emo ou du californien. Bien en place, et bien fait, mais qui rappelle un peu trop de choses douteuses pour vraiment nous convaincre. On se demande un peu pourquoi ce groupe est l’heureux élu en terme de cohérence stylistique, mais on est forcé de reconnaitre qu’ils font le taf de leur mieux. Une fois que Lou Barlow a fini de signer des vinyles et serrer des mains, avec sa simplicité habituelle, le trio entre enfin en scène et nous propose une entrée en scène on ne peut plus jouasse : “Beauty Of The Ride”, jouée avec une énergie et une bonne humeur palpables. Puis viennent “Not A Friend” et “Soul And Fire” qui, contrairement à ce qu’on croirait ne calment pas vraiment le jeu. Finalement, un groupe de punk rock en première partie, ce n’était pas si illogique. © Philippe Midy La structure du concert suit celle de la tournée, Lou et Jason Loewenstein enchainent 5 morceaux chacun, avec une entrée en matière qui ressemblerait presque à un rappel avant d’enchainer les compos du dernier album (et “I Will” au milieu). L’ambiance est bonne, le groupe communique, nous répète qu’il regrette de ne faire qu’une date en France et s’excuse même de jouer autant de nouveaux morceaux après nous avoir remercié de les écouter. “C’est pas comme si vous aviez le choix…vous auriez pu partir !“, plaisantent-ils… “Au secours, Sebadoh joue de nouveaux morceaux ! Jetez les canots à la mer ! Les gens hurlent “Gimmie Indie Rock” en s’enfuyant !” ajoute Lou. Et ça ne loupe pas, certains dans la foule crient le nom du morceau en réponse. Jason, quant à lui, rassure le public sur le fait que “Lou reviendra chanter dans quelques chansons“, ne comprenant pas que c’est de jouer “Not Too Amused” qu’on lui réclamait. D’ailleurs si on doit trouver un défaut à cette soirée, c’est celui-ci : Jason semble avoir oublié qu’il a dans son répertoire une flopée de tubes, ne préférant jouer que des titres des 2 derniers disques (et demi, puisque “My Drugs” est sur le Secret EP) hormis...

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Shannon Wright – Providence

Shannon Wright – Providence

(Vicious Circle, 20 septembre 2019) On ne va pas faire comme si on était totalement tombés des nues non plus. Cela fait un bail que Shannon Wright joue des morceaux au piano et son album précédent, le bouleversant Division, était annonciateur de la direction prise sur Providence. Les débuts folk sont loin, les bourrasques noise sont oubliées, même les incursions électroniques ont été mises de côté. Un piano, une voix. Et c’est marre. Un choix audacieux mais quand on a la voix de Shannon Wright, on peut envisager les choses avec sérénité. En dépit des doutes qui l’assaillent régulièrement (voir notre interview), elle peut faire confiance à son talent, laisser parler sa sensibilité, exposer sa fragilité, pour partir à la conquête des pauvres âmes des auditeurs. Et le début de cet album lui donne raison. “Fragments” se saisit immédiatement de nous et ne nous laisse guère le choix. Il faut accepter, partir avec elle. Sans retenue. Moins de sobriété pour “These Present Arms” avec des chœurs qui viennent renforcer la dramaturgie et le crescendo du refrain qui nous flingue pour de bon. L’intensité est énorme, c’est somptueux. Shannon qui se plaît à maltraiter les guitares, joue au piano de manière très déliée. Et sa voix se marie tout aussi bien à la délicatesse des notes effleurées, même si on retrouve son goût pour les notes graves. Sur “Close The Door”, elle laisse son piano s’évader seul durant un long moment et le morceau-titre est même totalement instrumental. La confiance est là, donc. La maitrise et l’émotion également. Mais… Mais l’exercice a ses limites. Après les joyaux précités du début d’album, l’euphorie redescend d’un cran. On a beau aimer éperdument la musique de Shannon Wright, être touché au cœur par son chant si authentique, se montrer admiratif devant sa maitrise de ce noble instrument qu’est le piano, le constat est là : cet album n’a simplement pas le même effet sur nous qu’avait eu Division. Il ne dégage pas la même force. La mise à nu lui sied admirablement mais finit par la desservir quelque peu. On ne réclame pas forcément de l’électricité à cors et à cris mais une surprise, un sursaut à même de rompre la monotonie qui s’instaure lentement mais inexorablement. Difficile de parler d’échec pour autant, tant Providence comporte de vrais moments forts. Il faut simplement se faire à l’idée de n’apercevoir les sommets que furtivement et quand on est habitués à les côtoyer durablement, cela peut être difficile à accepter. Jonathan Lopez Shannon Wright sera au Trianon de Paris le 14 octobre, au Théâtre Comédie Odéon (Lyon) le 20 et au Krakatoa (Mérignac) le 22. Tous nos articles sur Shannon...

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