Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

  Le Point Éphémère, c’est ce qu’on appelle un lieu de vie nocturne victime de son succès : un hangar bien rock’n’roll dans un bâtiment partagé (à leur grand dam) avec les sapeurs-pompiers de Paris, idéalement placé sur les berges du canal Saint-Martin et doté d’une programmation pointue et bien foutue, et donc souvent bien rempli. La cohésion du bâtiment est en partie assurée par quatre piliers qui constituent paradoxalement son point faible en termes d’aménagement de l’espace : les deux qui encadrent le devant de la scène limitent drastiquement le champ de vision des spectateurs situés sur les côtés, tandis que les deux autres, au fond de la salle, devant le bar d’un côté et l’entrée de l’autre, semblent dotés d’un pouvoir mystérieux : en cas d’affluence, les spectateurs s’agglutinent à leur niveau, constituant une paroi quasi infranchissable qui dessine avec la régie son un couloir étroit reliant l’entrée, le bar et les chiottes. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus en ouverture d’une chronique musicale, me direz-vous ? Parce que ce mardi soir, j’ai subi les deux inconvénients de cette configuration. Il faut dire que j’ai fait mon “journaliss profesionel”, tel que le caricature un certain David Snug, dessinateur de BD misanthrope mais néanmoins talentueux et amateur de rock : pas de réécoute en boucle de l’intégrale de la tête d’affiche dans les deux semaines qui précèdent le concert, pas d’examen préventif de la première partie, et surtout une arrivée tardive qui me positionne dans ce fameux couloir humain le temps des quatre derniers morceaux de la précitée première partie. Ce quatuor soulève d’ailleurs un enthousiasme assez impressionnant que je suis loin de partager : un rock aux accents pop-punk et post-hardcore, avec une rythmique pataude et des voix forcées : on dirait un groupe de métal qui tente d’imiter Cloud Nothings. J’apprendrai plus tard, en plus de leur nom (The Hotelier), qu’ils constituent le fer de lance américain du revival emo. J’en profiterai également pour noter les noms des fers de lance du courant originel (Jawbreaker et Sunny Day Real Estate, d’après Wikipédia) pour m’éviter à l’avenir quelques déconvenues musicales. Une fois ces jeunes gens partis, je profite du mouvement croisé des buveurs vers le bar et des fumeurs vers la sortie pour me faufiler vers l’avant, sur la gauche de la scène. Pilier oblige, je ne verrai pas le deuxième guitariste et je ne verrai le batteur que par intermittence, mais j’aurai en point de mire le bassiste et surtout Dylan Baldi, le chanteur-guitariste gringalet et binoclard de Cloud Nothings. Ce dernier apparaît sur scène au bout de quelques minutes déguisé en J Mascis, mal fagoté dans une chemise informe, cheveux mi-longs et négligés, et c’est parti...

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Superchunk de retour, single en écoute

Superchunk de retour, single en écoute

  Les excellents indie rockeurs Superchunk seront de retour le 16 février prochain avec un nouvel album, What A Time To Be Alive, chez Merge Records, le premier depuis 4 ans. Pour patienter d’ici là, le quatuor de Caroline du Nord nous offre un premier extrait éponyme. Un morceau pop punk simple et efficace. On attend la suite…...

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The Breeders @ La Gaîté Lyrique (Paris), 27/10/17

The Breeders @ La Gaîté Lyrique (Paris), 27/10/17

  Comment un groupe fait-il pour à la fois cumuler tous les classiques du mauvais concert et nous laisser aussi heureux ? Car si on y réfléchit objectivement, hormis son prix, il y aurait vraiment de quoi se plaindre du concert des Breeders ce vendredi 27 octobre 2017 : première partie sans intérêt (un énième groupe anglais qui a trop écouté de post-punk), setlist sans surprise, identique sur toute la tournée (à l’exception d’un « Iris » final dont nous avons été malheureusement privés sur les dernières dates), interprétation bancale, touche finale en demi-teinte et même certaines phrases répétées tous les soirs au fil des tournées… tout ça donne largement de quoi cartonner un groupe pour sa prestation. On a même détesté des concerts pour moins que ça. Alors, quoi ? Oui, quitter la salle au bout de quelques morceaux pendant la première partie, entendre des phrases qu’on a déjà entendues lors des concerts précédents avant les mêmes morceaux, n’avoir quasiment que des morceaux qu’on a déjà vus sur scène lors de précédents concerts, d’ailleurs, finir sur un « Walking With A Killer », morceau récent de Kim Deal en solo, alors qu’il restait tant de la discographie du groupe à explorer, regarder la setlist le lendemain pour se rendre compte qu’elle a été identique sur toute la tournée à l’exception d’un titre, tout cela n’est pas très agréable. Mais quand on y est, quand on voit l’interprétation bancale devenir géniale, la bonne humeur communicative des sœurs Deal, qu’on se rend compte de combien leurs morceaux, même ceux qu’on a entendus un million de fois et vus à chaque concert, sont fantastiques, alors on oublie les mauvais côtés et on apprécie juste cet instant pour ce qu’il est, un concert d’un grand groupe, grand dans sa simplicité et l’authenticité de sa musique, qui nous donne plus de raisons de nous réjouir dans les quelques minutes de n’importe quel titre de Last Splash, dans un « Pacer », « Off You », un « Glorious », un « I’m Decided » ou sa reprise de « Happiness Is A Warm Gun » que certains groupes en 3h de concert (je citerai bien des noms, mais je ne voudrais pas vexer JL). Kim Deal est passée de la petite amie qu’on aimerait tous avoir à la bonne copine qu’on aimerait tous avoir, puis à la tata qu’on aimerait tous avoir et sera sûrement dans quelques années la grand-mère qu’on aimerait tous avoir. Il n’empêche qu’elle est toujours radieuse et sa présence est indiscutable. Quand ses chansons retentissent, elle est simplement irrésistible. Voilà ce qui fait la différence entre les Breeders et nombre d’autres artistes, voilà ce qui fait que, quelles que soient les plaintes, on ressortira toujours de leurs concerts heureux. Comme me disait un...

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Interview – Birth Of Joy

Interview – Birth Of Joy

Le 10 novembre prochain, pour célébrer nos 5 ans d’existence, nous aurons l’immense honneur d’accueillir Birth Of Joy, ainsi que Wonderflu et The Blind Suns, pour une soirée qui s’annonce d’ores et déjà inoubliable à Petit Bain (Paris). Birth Of Joy, actuellement en tournée en Europe de l’Est, vient tout juste de terminer l’enregistrement de son nouvel album. L’occasion d’échanger à ce propos avec le batteur Bob Hogenelst dans un riche entretien téléphonique. Elle s’annonce bien cette soirée…   « On va essayer de revenir plus dans l’esprit de Prisoner avec des morceaux plus courts, un peu plus d’énergie et de puissance. » Alors ça y est le nouvel album est enregistré. Oui il est enregistré, le mix est terminé. Il est en train d’être masterisé. Ça devrait être fini la semaine prochaine, il va partir au pressing pour être mis sur CD et vinyle. La sortie est prévue pour quand ? En février 2018. J’ai vu que sur Facebook vous aviez demandé de l’aide à vos fans pour trouver le titre du disque. Ça y est vous l’avez ? Oui c’était il y a deux mois environ. On n’avait aucune idée à l’époque. Maintenant on a quelques idées mais on n’est pas complètement sûrs. OK, vous avez besoin d’encore un peu de temps. Oui, d’ici une semaine ou deux, ça devrait être bon. Qu’est-ce qu’on peut attendre de ce nouveau disque ? Vous allez tenter d’évoluer à nouveau par rapport à Get Well ? Get Well était un peu plus expérimental et avait des chansons plus longues, assez différent de Prisoner. Je pense qu’avec ce nouveau disque on va essayer de revenir plus dans l’esprit de Prisoner avec des morceaux plus courts, un peu plus d’énergie et de puissance. Il y a un morceau plus long que le reste mais on essaye d’avoir la même énergie en studio qu’en live, on essaie de retranscrire ça sur ce disque avec des morceaux plus courts et plus d’énergie. Donc ça devrait sonner parfaitement en concert ! Oui ça devrait ! On ne les a pas encore joués sur scène donc à vérifier. Mais les albums précédents étaient déjà enregistrés live non ? Oui, les bases de morceaux on les a jouées ensemble live. On a ensuite fait quelques arrangements et overdubs mais la plupart de l’enregistrement a été fait live, comme auparavant. Et vous êtes retournés dans cette église comme pour les précédents ou vous êtes revenus en studio pour une formule plus classique ? Non, pas dans l’église cette fois. Prisoner et Get Well étaient tous les deux enregistrés dans cette vieille église du nord de la Hollande. Pour celui-ci on a cherché un nouveau studio parce qu’on avait besoin d’un...

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Sonic Youth – Dirty

Sonic Youth – Dirty

Bon, il faut se rendre à l’évidence, on est vieux. Quand on écoute un disque comme ça, qui fleure bon les années 90, par un Sonic Youth qui explore les contrées d’un rock alternatif en plein succès commercial, produit par Butch Vig, et qu’on y voit à la fois quelque chose d’incroyablement cool et dans l’air du temps, une sorte de bande son indémodable de sa vie, ça doit être qu’on est vieux. Parce que quand même, 25 ans. Aujourd’hui, le rock alternatif, on n’en parle même plus, c’est devenu du rock indé. Et ce n’est plus vraiment en plein succès commercial. Et Butch Vig, ça va faire un moment qu’il n’a rien fait. De bien, du moins. Et Sonic Youth n’existe même plus, d’ailleurs. Bref, les disques cool de notre jeunesse sont devenus de vieux disques, voire des disques de vieux, et ça, ça fait mal. Ou du moins, ça donne un coup de vieux. À l’époque, pour juger Dirty, il y avait deux écoles. D’abord, celle des puristes qui connaissaient déjà Sonic Youth depuis leurs années indépendantes et qui estimaient que ce disque n’était que trahison de tout ce que représentait le groupe. Vous imaginez, Sonic Youth, faire des morceaux accessibles !!! Ceux-là ont peut-être changé d’avis avec le temps, mais à la limite, on s’en fout : les plus récalcitrants doivent avoir un quadruple pontage vu le nombre d’infarctus qu’ont dû leur provoquer les disques du groupe depuis, de plus en plus pop. Et il y avait l’autre école, celle des petits jeunes qui découvraient à peine le groupe et qui trouvaient forcément que ce disque était une tuerie. Car Dirty contient un bon lot de tubes indéniables. Une théorie, c’est que Butch Vig a rendu le son du groupe moins abrasif, comme il l’avait fait avec TAD en 91. Cependant, vu que Goo, le disque précédent, n’était pas non plus un modèle de carnage sonore, j’en déduis plutôt que Vig était un choix du groupe pour coller avec une volonté de faire des chansons plus pop, et pas l’inverse. Quoi qu’il en soit, les longues plages expérimentales ont quasiment disparu, et le bordel sonore se retrouve surtout sur la reprise « Nic Fit » et « Youth Against Fascism », deux des morceaux que j’aime le moins. Ce dernier est un bon tube, mais un peu trop mou dans sa version studio. Pour le reste, c’est un presque sans faute : « 100% » ou « Sugar Kane » sont des tubes ultimes, Kim Gordon est magistrale (« Drunken Butterfly », « Swimsuit Issue », « Shoot », « On The Strip ») et Ranaldo n’est pas en reste avec un « Wish Fulfillment » super cool. Pour ma part, c’est le disque du groupe qui tient le mieux une écoute entière, et...

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