Sonic Youth – Dirty

Sonic Youth – Dirty

Bon, il faut se rendre à l’évidence, on est vieux. Quand on écoute un disque comme ça, qui fleure bon les années 90, par un Sonic Youth qui explore les contrées d’un rock alternatif en plein succès commercial, produit par Butch Vig, et qu’on y voit à la fois quelque chose d’incroyablement cool et dans l’air du temps, une sorte de bande son indémodable de sa vie, ça doit être qu’on est vieux. Parce que quand même, 25 ans. Aujourd’hui, le rock alternatif, on n’en parle même plus, c’est devenu du rock indé. Et ce n’est plus vraiment en plein succès commercial. Et Butch Vig, ça va faire un moment qu’il n’a rien fait. De bien, du moins. Et Sonic Youth n’existe même plus, d’ailleurs. Bref, les disques cool de notre jeunesse sont devenus de vieux disques, voire des disques de vieux, et ça, ça fait mal. Ou du moins, ça donne un coup de vieux. À l’époque, pour juger Dirty, il y avait deux écoles. D’abord, celle des puristes qui connaissaient déjà Sonic Youth depuis leurs années indépendantes et qui estimaient que ce disque n’était que trahison de tout ce que représentait le groupe. Vous imaginez, Sonic Youth, faire des morceaux accessibles !!! Ceux-là ont peut-être changé d’avis avec le temps, mais à la limite, on s’en fout : les plus récalcitrants doivent avoir un quadruple pontage vu le nombre d’infarctus qu’ont dû leur provoquer les disques du groupe depuis, de plus en plus pop. Et il y avait l’autre école, celle des petits jeunes qui découvraient à peine le groupe et qui trouvaient forcément que ce disque était une tuerie. Car Dirty contient un bon lot de tubes indéniables. Une théorie, c’est que Butch Vig a rendu le son du groupe moins abrasif, comme il l’avait fait avec TAD en 91. Cependant, vu que Goo, le disque précédent, n’était pas non plus un modèle de carnage sonore, j’en déduis plutôt que Vig était un choix du groupe pour coller avec une volonté de faire des chansons plus pop, et pas l’inverse. Quoi qu’il en soit, les longues plages expérimentales ont quasiment disparu, et le bordel sonore se retrouve surtout sur la reprise « Nic Fit » et « Youth Against Fascism », deux des morceaux que j’aime le moins. Ce dernier est un bon tube, mais un peu trop mou dans sa version studio. Pour le reste, c’est un presque sans faute : « 100% » ou « Sugar Kane » sont des tubes ultimes, Kim Gordon est magistrale (« Drunken Butterfly », « Swimsuit Issue », « Shoot », « On The Strip ») et Ranaldo n’est pas en reste avec un « Wish Fulfillment » super cool. Pour ma part, c’est le disque du groupe qui tient le mieux une écoute entière, et...

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The National – Sleep Well Beast

The National – Sleep Well Beast

The National. Je n’ai jamais trop aimé ni compris ce nom. Peut-être que depuis qu’ils ont débuté dans l’anonymat comme une bande de potes dans un garage, le groupe rêvait déjà d’un destin (inter)National. Aujourd’hui il y est parvenu, tout en conservant, et c’est là l’exploit le plus notable, un statut respectable, pour les amateurs d’indie rock qui n’ont pas oublié leurs débuts et n’ont pas (encore ?) été horrifié par leur évolution. Une raison toute simple à ça : The National sait écrire des chansons. Des putains de belles chansons, même. Des chansons immaculées empreintes d’une classe inimitable tout en retenue et délicatesse, et ils nous refont le coup sur ce disque (« Nobody Else Will Be There », « Walk It Back » qui pourtant se paye une intro électro qui aurait pu faire fuir les moins téméraires, les magnifiques tire-larmes « Carin At The Liquor Store » ou « Guilty Party »). A quelques exceptions près (« Day I Die » et son gimmick électrifié qu’on croirait piqué à Interpol, « The System Only Dreams In Total Darkness » et son refrain trop grandiloquent, le sirupeux « Dark Side Of The Gym », un peu trop dark side of The National), le quintet de Cincinatti joue toujours mieux que quiconque à l’équilibriste sur le fil ténu qui les sépare du rock de stade. The National partage des points communs avec Coldplay, certes, mais ne boxe assurément pas dans la même catégorie. Il conserve une exigence avec des compos recherchées, peaufinées qui évitent soigneusement la facilité (les parties de batterie toujours subtiles et incentives, « Walk It Back » et sa pincée d’électro qui vient salir le tout, « Empire Line » qui démarre de façon convenue avant un final qui grimpe en hauts cieux sans jamais perdre en finesse). Comme souvent, le ton mélancolique à outrance et la voix un brin monotone de Matt Berninger peuvent quelque peu nous faire décrocher sur la durée d’un album. En cela, le choix d’une montée d’adrénaline (« Turtleneck ») dans ce décor quelque peu policé en milieu d’album aurait pu se révéler judicieux mais ce chant criard n’est assurément pas celui qui sied le mieux à Matt. Qu’importe, loin d’être le meilleur The National, Sleep Well Beast parvient tout de même aisément à éviter l’écueil dans lequel se sont vautrés Arcade Fire et Queens Of The Stone Age cette année, et offre bien plus qu’un disque bon à jeter en pâture aux fidèles auditeurs de RTL2....

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RIP Grant Hart

RIP Grant Hart

  Je ne vais pas faire pleurer dans les chaumières ni m’inventer une vie pour jouer l’érudit que je ne suis pas. Je ne vais pas vous faire croire que j’ai grandi avec Grant Hart, que sa mort m’affecte autant que celle d’un Chris Cornell, comme un bout de ma jeunesse qui se tire. Non, je n’écoute pas Hüsker Dü depuis ma plus tendre enfance, Hüsker Dü est plutôt un groupe qu’on découvre avec le temps quand on cherche à parfaire ses connaissances musicales, à retourner à la source, à chercher les pionniers qui ont précédé les Dinosaur Jr., Pixies ou Nirvana, qui oeuvraient dans l’ombre quand les guitares n’étaient plus les bienvenues dans les charts. Comme beaucoup, c’est donc en grandissant que je me suis penché sur Zen Arcade, l’oeuvre majeure du groupe, il y a de ça quelques années, vérifiant au passage que son statut culte n’avait rien d’usurpé. Et creusant par la suite le reste de la discographie, où trônent également les incontournables Flip Your Wig et New Day Rising. Hüsker Dü était important, c’est indéniable, l’histoire et ses héros en attestent. Hüsker Dü était aussi un groupe très talentueux et n’importe qui peut s’en convaincre à l’écoute des disques sus-cités, aussi pétris de bonnes mélodies que gorgés d’énergie féroce. Grant Hart oeuvrait à la batterie mais c’est aussi lui qui se partageait les compositions avec Bob Mould, et donnait de la voix régulièrement. Sa carrière solo qui s’ensuivit n’est pas passé inaperçue non plus avec notamment l’acclamé The Argument en 2013. Grant Hart s’en est donc allé ce 14 septembre 2017 des suites d’un cancer. Il n’avait que 56 ans et avec lui c’est un nouveau pan du rock alternatif qui vient de foutre le camp. Fuck. JL...

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Liars – TFCF

Liars – TFCF

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Gageons qu’Angus Andrew, retrouvé seul dans le navire Liars depuis le départ d’Aaron Hemphill, ne s’est pas lamenté bien longtemps avec cette citation de Lamartine en tête. Si Liars a déjà touché à presque tout musicalement (souvent avec brio) on aurait pu craindre que le père Angus choisisse de simplifier la donne n’ayant plus de comparse avec qui partager ses délires et idées saugrenues. Il n’en est rien. Pourtant, les instruments à sa disposition sont réduits comme peau de chagrin : une gratte sèche omniprésente et des machines pour s’adonner à quelques bidouillages électroniques. C’est à peu près tout, si l’on excepte les coups de main épars de quelques copains. Mais inutile d’escompter un frein quelconque à son imagination débordante : ce TFCF a tout pour lui, excepté son affreuse pochette. A commencer par une atmosphère globale hypnotique, étrangement envoutante, un je ne sais quoi qui procure un grand attachement pour tout un tas de morceaux qui ne paient pas de mine de prime abord. Comme souvent chez ce groupe. L’univers Liars se retrouve dépouillé mais fourmille toujours d’idées. Et de bonnes chansons. Citons pèle mêle « Cliche Suite » aux allures médiévales, les errances mystiques d’un Angus tourmenté sur fond de beat d’abord rachitique puis épileptique (« Face To Face With My Face »), la mélancolie palpable de « No Help Pamphlet », la simplicité tubesque de « No Tree No Branch » dans un délire drum&bass, « Cred Woes » entre electro et hip hop, avec un chant rappelant Beck (!), tout en s’octroyant un break qui semble emprunté… au « My Sharona » des Knacks ! Ça fait beaucoup pour un seul disque. Et ça confirme que l’entité Liars conserve toute son âme, sa singularité et vient d’ajouter une réussite de plus à sa fascinante discographie....

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Sollomon Hollow – Sollomon Hollow EP

Sollomon Hollow – Sollomon Hollow EP

Nostalgique des vacances ou besoin d’évasion ? Nous avons la bande son idéale pour une petite virée en voiture. Artiste solo originaire de Petaluma en Californie, Sollomon Hollow a sorti son premier EP éponyme fin juillet. Il nous propose un format court post-grunge avec une production brute et épurée, tout en livrant des mélodies efficaces. Dès l’entame du disque, il nous emmène en ballade sur les routes californiennes avec « Joy ride ». Le voyage se poursuit avec « Cheese » et sa fin grungy, sa voix éraillée qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Kurt Cobain. Nous roulons ensuite tout en douceur avec « Young Skin » avant d’arriver à la perle de l’album « Reunion (Josh/Bay Street) », parfait condensé du talent de l’artiste écorché et de son sens de la mélodie. Arrivée à destination avec « Small Town Cops » teintée de pop music qui vient conclure ce premier EP très prometteur. Malgré quelques transitions abruptes cet EP a le charme d’un premier essai réussi, il ne reste plus à Sollomon Hollow de le confirmer avec ses prochaines compositions. Keep on rocking Sol’ AD Sollomon Hollow by Sollomon...

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