Interview – Shannon Wright

Interview – Shannon Wright

Nous avons besoin d’artistes comme Shannon Wright. Pour garder foi en l’indie rock, le vrai, pas celui qu’on cherche à nous vendre à tout bout de champ, de manière souvent galvaudée. Une artiste qui ne vit pas de sa musique mais qui ne vit que pour elle, qui se livre sans fard ni calcul, qui surprend de disque en disque. Alors qu’on ne savait trop où la caser entre folk intimiste et rock enragé, elle a créé une nouvelle case pour son précédent disque qui mettait à l’honneur le piano et les bidouillages électroniques. Cette fois-ci, avec Providence, album se reposant uniquement sur son piano et sa voix (quelle voix !), on se demande bien si elle ne serait pas devenue musicienne classique. Mais l’essentiel est ailleurs, l’essentiel c’est que Shannon persiste à creuser un sillon qui lui est propre et que l’inspiration ne faiblisse pas. Pas d’inquiétude, nous avons pu vérifier à la faveur d’un long entretien téléphonique que l’envie est toujours intacte et la passion ardente. “Ce qui compte le plus, ce sont les chansons. Elles priment sur tout, quel que soit le genre ou les instruments auxquels tu joues. Les gens qui se focalisent sur le fait que je joue ou non de la guitare, ce ne sont pas des vrais fans, ils ne comprennent pas ce que je fais.” © Jason Maris Avant d’écrire Division, ton album précédent, tu as eu des moments très difficiles, où tu étais désespérée et pensais arrêter. Dans quel état d’esprit te trouvais-tu avant d’enregistrer ce nouveau disque ? Honnêtement, je suis toujours comme ça. (Rires) Ce n’est pas facile, j’adore ce que je fais mais je ne gagne pas d’argent. C’est purement pour l’amour de la musique. Je me suis dit plusieurs fois que j’allais arrêter. Mais j’ai ça en moi, c’est très difficile à expliquer, c’est comme si une seconde peau poussait. Quand je pense à arrêter, je peux mentalement le décider mais la musique est toujours présente… Durant cette période en particulier, on m’avait demandé de jouer avant un groupe, c’était vraiment leur concert, pas le mien, parce que le promoteur voulait que j’y sois. C’était un groupe de hippies, très sympas mais pas vraiment du même genre que moi. J’étais contente du concert mais à la fin en backstage, j’étais très triste et je me suis dit « ok, c’est fini, je ne peux plus continuer. C’est trop difficile. » Puis, Katia Labèque m’a rejoint en backstage et elle était très enthousiaste, je lui ai dit que j’appréciais ses compliments mais que j’allais arrêter car je ne gagnais pas d’argent, que je le faisais depuis si longtemps et que c’était trop difficile. Elle s’est montrée très...

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Daniel Johnston est mort

Daniel Johnston est mort

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Daniel Johnston mardi soir d’une crise cardiaque. Il avait 58 ans. Popularisé (faut le dire vite) par le documentaire The Devil and Daniel Johnston sorti en 2005 (qui mettait autant en lumière sa musique que son caractère dépressif et schizophrène) et par… Kurt Cobain qui arborait régulièrement un t-shirt Hi How Are You? (son sixième album, sorti en 1983), Daniel Johnston était de ces artistes indie cultes restés dans l’ombre mais adulés par sa horde de fidèles. Songwriter de grand talent à l’extrême sensibilité, Johnston enregistrait la plupart de ses chansons chez lui, sur cassette ; il incarnait l’esprit lo-fi, DIY, la débrouille, l’indépendance et était admiré par bon nombre de ses contemporains (ses chansons ont été reprises par Tom Waits, Pearl Jam, Beck, Eels, Teenage Fanclub et autres… Lana Del Rey). Sa santé s’était fortement détériorée ces derniers temps et ses séjours à l’hôpital étaient fréquents. Daniel Johnston a sorti la bagatelle de 17 albums, dont les plus fameux Fun, 1990 et donc Hi How Are You?. Son dernier en date, Space Dudes, est sorti en 2012. RIP Daniel & thanks for the...

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Pixies – Beneath The Eyrie

Pixies – Beneath The Eyrie

(Infectious/BMG) La carrière de Frank Black ne serait-elle qu’une gigantesque leçon d’ironie ? Pensez-y : – Les Pixies ont été beaucoup snobés par leurs pairs plus friands de noise rock pur et dur et n’ont obtenu qu’un succès d’estime du temps de leur première carrière. – Le groupe s’est séparé avant de pouvoir bénéficier de l’effet Nevermind, alors que Cobain et Novoselic criaient sur tous les toits que “Smells Like Teen Spirit” était un plagiat éhonté de leur formule loudQUIETloud.– Ses premiers albums ont bien mieux marché que les 4 du groupe à l’époque, mais on a commencé à lui reprocher de faire moins bien qu’avec les Pixies.– C’est Kim Deal qui s’est payé la part du lion avec les tubes des Breeders.– Quand il a réuni les Pixies en 2004 en clamant haut et fort que c’était pour l’argent, personne ne s’est plaint, mais maintenant qu’il a vraiment l’air de se faire plaisir à ressortir de la musique avec Lovering et Santiago, on lui reproche de ne faire ça que pour le fric. Allez comprendre… Pourtant, il y en a eu du chemin depuis Come On Pilgrim, et même pas mal de parcouru depuis la fameuse reformation de 2004. Et le temps passe vite, mais ça fait déjà six ans qu’on s’est pris dans la face le départ de Kim Deal et les singles qui allaient devenir Indie Cindy. Aujourd’hui, c’est le 3e album de la formation sans Kim, et mine de rien la bande à Frankie continue son petit bonhomme de chemin vaille que vaille en cherchant son propre rythme. Et fichtre, peut-être bien qu’ils l’ont trouvé cette fois-ci ! Indie Cindy tentait pas mal de choses, mais ne réussissait pas toujours, le résultat était donc mitigé. Head Carrier donnait l’impression d’être en pilotage automatique, sans aucune prise de risque, mais n’avait aucun vrai raté (on oublie le sous “Where Is My Mind?”, d’accord ?). Beneath The Eyrie semble lier le meilleur des deux : sortir un peu des sentiers battus pour se créer une identité sonore propre sans se perdre avec des morceaux douteux (pas d'”Andro Queen” ou de “Ring The Bell”, ouf !). Malgré une production tirant un peu trop sur les années 80 à mon goût, le disque a une identité assez cohérente qui me rappelle les premiers albums solo de Frank Black, mais dont certains titres m’évoquent Leonard Cohen (“Bird Of Prey”), Ennio Morricone ou, plus étonnant, du vieil Alice Cooper (This Is My Fate”) ; bref, pas vraiment ce qu’on s’attend à trouver en premier lieu chez les Pixies, même si ce n’est pas la dose de surf sec, les solos concis de Santiago et la patte mélodique de Black sont bien...

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Last Train – The Big Picture

Last Train – The Big Picture

(Deaf Rock/Caroline International, 13 septembre 2019) Ah le fameux cap du deuxième album ! Classique écueil pour tout groupe qui aspire à une carrière au long cours. Voici qu’arrive The Big Picture, l’attendu deuxième essai d’un groupe français qui monte : Last Train. Précédé d’une (très) solide réputation scénique et d’un premier disque marquant (Weathering), les alsaciens sont attendus par de nombreux observateurs comme les leaders d’un rock français à nouveau fringant. Le groupe capable de réconcilier les puristes du rock indé et le public rock plus mainstream. Ajoutez à cela que le quatuor, à l’instar des gascons de The Inspector Clouzo, a choisi un fonctionnement do it yourself (du vrai rock indé quoi !) et qu’ils organisent même leur propre festival en septembre du côté de Lyon ! Avant d’aller (re)goûter sur scène l’énergie du groupe et le voir défendre la rage au ventre cet album, penchons-nous sur ces 10 titres. Superbe teasing que les 2 titres déjà dévoilés ces dernières semaines et qui offraient un bon aperçu du talent du quatuor. D’abord l’élégant et délicat « The Idea Of Someone », parfaite bande-son pour l’artwork sobre et monochrome de la pochette. Pas de fioritures, de belles mélodies, chant splendide, un peu d’électricité sur la fin. Sobre. Classe. Derrière, « Disappointed » met sa bonne claque. Last Train balance sa spéciale : le rock urgent et rageur, qui m’évoque ici les anglais de Royal Blood. Addictif. A l’image de Weathering qui ne choisissait jamais entre rock furieux et mélodies imparables, Last Train creuse le même sillon (« Right Where We Belong »). Avec une dose plus prononcée de mélancolie cette fois-ci. L’album réserve toutefois quelques petites nouveautés comme un instrumental de piano triste (« A Step Further Down ») ou ce « Tired Since 1994 », ballade (presque) acoustique assez sublime. Intro sobre et délicate, mid tempo languissant, bribes de guitares et cette belle envolée finale avec cordes élégantes. La production, un poil (trop) lisse sur les titres les plus apaisés, ne néglige heureusement pas l’électricité plus abrasive. Dès l’inaugural et tubesque « All Alone », le son est ample, guitares en avant, on met quand même plus de volume (on se fait plaisir !) et on compte les jours avant de voir ça sur scène. L’album est solide, sans temps faible (peut-être « I Only Bet On Myself ») et même un « Scars » a priori faiblard à la première écoute finit par convaincre avec un solo inspiré. Et c’est tout ? Non, puisqu’on a aussi droit à deux morceaux de bravoure que le groupe affectionne (remember « Fragile ») et qui vont faire grimper la cote de ce disque. Avec « On Our Knees », Last...

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Un nouvel album pour Big Thief dès octobre !

Un nouvel album pour Big Thief dès octobre !

Celle-là, on ne l’avait pas vu venir ! Alors qu’ils a sorti un formidable troisième album, U.F.O.F., début mai, Big Thief a annoncé que son successeur sortirait dès le mois d’octobre ! Two Hands, qui fut enregistré dans des conditions plus live et brutes, sera ainsi disponible le 11 octobre prochain chez 4AD. Un premier extrait, le superbe “Not”, joué régulièrement en live, est en écoute ci-dessous. Le groupe jouera le 24 février prochain à l’épicerie moderne (Lyon) et le 25 au cabaret sauvage...

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