Kaviar Special – #2 (Howlin Banana)

Kaviar Special – #2 (Howlin Banana)

La recette dite “garage” est bien connue de tous. Les druides l’ont façonné avec grand talent à une époque qui nous parait aujourd’hui ancestrale. A tel point qu’en 2016 il faut faire preuve de justesse et de maitrise pour éviter de lui donner un arrière-goût rance et périmé dans le palais. Le savoir-faire de druides nouvelle génération pour retrouver la saveur d’antan a été salué à maintes reprises du côté de San Francisco, mais il semblerait qu’on marque un peu le pas actuellement sur la côte ouest américaine (le célèbre cuistot Segall, de peur de livrer une recette fade, en a trop mis dans son ragoût au point de le rendre indigeste). Qu’importe, sur la côte nord-ouest française (du côté de Rennes en particulier), on maitrise le sujet et on se refile les petits secrets de fabrication avec gourmandise. On s’échange même les cuistots (l’un deux vient de quitter les Madcaps pour Kaviar Special). Résultat on se retrouve avec des saveurs fort appréciables en bouche (“Starving”, “Sleep Thoughts” à avaler en quatrième vitesse, “I Wouldn’t Touch You With A Stick”, “Mad”, “Yolove” pour siffloter en mangeant), toujours disséminées en petites portions (les 3’30 rudimentaires de cuisson ne sont presque jamais dépassées) afin de ne pas laisser poindre de lassitude. Certains ne resteront pas dans les annales (“Morning Light”) mais ils perpétuent la tradition, non sans respect et avec la petite touche personnelle du chef. Dans le marmiton des Kaviar Special donc, de la fuzz en grande quantité pour épicer suffisamment mais surtout une bonne dose de spontanéité, de dynamisme et de plaisir de cuisiner. Et y a pas de secret, avec ou sans Kaviar, quand un petit plat est confectionné avec amour comme celui-ci, on prend toujours plaisir à le déguster....

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Interview – The Madcaps

Interview – The Madcaps

On vous parle régulièrement des groupes de Howlin Banana, et désormais on n’est plus parmi les seuls à le faire. La renommée grandissante de ce label français garage pop est tout sauf imméritée et bientôt il faudra peut-être se battre pour décrocher une interview des Madcaps. Cette fois on a réussi, et ça valait le coup tant l’échange avec Thomas Dahyot, leur chanteur-guitariste, fut instructif et passionné.   « Je suis pas très bon à la guitare, j’ai aucune théorie musicale. Je vois ça comme une faiblesse qui est une force. Avec les contraintes tu écris des choses que tu aurais pas faites si tu as 50 000 possibilités… »   Vous venez de Rennes. Il y a une scène rock assez vivante en Bretagne, non ? Toute la Bretagne je sais pas mais Rennes c’est certain. Surtout depuis 4-5 ans il y a une chouette émulation, des groupes qui ont démarré, d’autres qui ont suivi. Y a eu une première vague, une deuxième, là une troisième avec des petits groupes qui démarrent, des mecs qui ont 17, 18 piges. Dans le milieu un peu garage rock c’est une grosse bande de copains, ça peut être aussi pas mal incestueux, pas mal de gens ont des groupes avec d’autres gens… C’est une ville très agréable à vivre pour son côté esthétique et culturel (beaucoup de concerts s’y passent) et pas mal de groupes avec une idée de scène quelque part. Pas que du garage, même si nous forcément ça nous touche un peu plus parce que c’est notre came mais tu vas y trouver de la pop music, des choses un peu plus électroniques… C’est assez bien pourvu.   Tu peux nous faire un peu de name-dropping ? Alors pour les gens de ce label, qui devient un peu un label rennais d’ailleurs, il y a les Kaviar Special qui sortent un album en avril et sont des bons copains, les Sapin qui vont sortir un album aussi, eux sont plutôt dans un espèce de country garage, les Kaviar Special plutôt dans un garage un peu plus punk. Toujours chez Howlin Banana, nous avons les Baston qui font un truc un peu plus psyché/shoegaze. Dans un registre un peu plus psychédélique les Sudden Death of Stars qui sont pas sur le même label. Y a les darrons aussi, les Bikini Machine qui ont plutôt genre 45 piges et qui eux sont ces derniers temps dans une espèce de soul music de blancs becs. Et puis les vétérans du garage, encore chez Howlin Banana : les Combomatix.   C’est cool ça nous fait pas mal de groupes à écouter… Pour parler un peu du petit dernier, Hot Sauce, il est super bien produit...

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The Madcaps – Hot Sauce (Howlin Banana)

The Madcaps – Hot Sauce (Howlin Banana)

Le monde a beau ne pas tourner bien rond en ce moment, les Madcaps ne dévient pas de leur trajectoire et continuent de délivrer à qui mieux mieux du bonheur en pack de 12. 12 vraies bonnes chansons, à la fibre pop affirmée, à la maîtrise éclatante, solidement mises en valeur par une production impeccable. Voici ce dont recèle ce Hot Sauce, deuxième album des rennais. Les 60s sont une fois encore dans tous les esprits, les chœurs sont joyeux et omniprésents. L’énergie est belle et non feinte. Ça m’embête de devoir le dire, de sans cesse ressasser le passé mais on a invariablement des références qui sautent à l’esprit. Vous savez les K..ks ou encore les B….es (indice : ce ne sont ni les Kooks ni les Bee Gees. Ouf). Voilà on ne les a pas cités mais on y a songé très fort. Les mélodies bien troussées se succèdent sans baisse de régime à déplorer. Fourbe et décontract’ (“Taco Truck”), se prélassant sur fond de guitares paresseuses (“Too Afraid To Give Up”), ou au contraire branché sur le mode pile électrique (“Crack Me Up”), les plaisirs sont variés et le groupe a dû être bien emmerdé pour déterminer le single à mettre en avant tant l’ensemble est homogène. “Rainy Days” y va, elle, de sa petite ritournelle implacable avant de s’offrir un final décapant, toutes guitares dehors. Nouveauté au programme, par rapport au déjà remarquable premier album, des cuivres remarquées qui se font une place intelligemment au royaume du refrain qui tue (le solo de “Taco Truck”). L’affaire se boucle sur une note tout aussi heureuse avec “Walking Back Home” et sa ligne de basse caressante, son refrain à chanter sous la douche ou sous un marronnier, dans sa bagnole ou dans un métro bondé. Y a pas de mystère, si ce Hot Sauce est parvenu régulièrement à se frayer un chemin jusqu’à nos oreilles, alors que depuis 10 jours on était fortement tenté de se retaper (avec délice mais de façon un brin monomaniaque) la discographie d’un seul et même artiste, c’est bien qu’il est sacrément cool. Alors on applaudit des deux mains les cuistots et on réclame son supplément de sauce piquante....

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Baston – Gesture EP (Howlin Banana)

Baston – Gesture EP (Howlin Banana)

Synthé vintage annonçant une déferlante post punk… Elle ne viendra pas. Dès les notes suivantes de “Maybe I’m Dead” on est en terrain familier. On est dans le garage de Howlin Banana et on est bien. Le label commence à accumuler les découvertes intéressantes et on n’hésite plus beaucoup avant de les suivre les yeux fermés. Pourtant cet EP de Baston va tâter des horizons un peu plus inhospitaliers et déroutants. On pense notamment à “Decay” et son chant lointain, “Holotape” et sa pop hallucinée, presque shoegaze par instants (où l’on s’imagine entouré d’une multitude de papillons multicolores). Ce 7 titres qui s’enfile d’une traite comme un bon shot de rhum ananas contient par ailleurs une reprise inspirée du “Little Honda” des Beach Boys, , devenu ici “Honda”, déjà repris (et déjà avec talent) par Yo La Tengo. Gesture ne bouleversera pas l’histoire du rock comme les Beach Boys, certes. Et pour atteindre l’aura d’un Yo La Tengo, il y a encore du chemin à faire mais cet EP a le mérite de positionner Baston parmi les bons élèves qui obtiendront si ce n’est les félicitations, au moins les encouragements. Tout ceci est bien produit, intelligent, efficace. “Sword” est un bel exemple de l’habileté du trio, offrant un beau condensé d’énergie, un break planant et nous faisant finalement entendre bien des choses en 3’30, là où d’autres auraient tapé dans les 8 minutes (et nous auraient sans doute emmerdé). Choix judicieux, science de l’épure. Une bonne Baston n’a pas besoin de durer une éternité pour laisser des traces. Quelques gnons bien placés et l’affaire est entendue. JL Gesture by...

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Wild Raccoon – Mount Break (Howlin Banana)

Wild Raccoon – Mount Break (Howlin Banana)

Le sable (californien ?) nous brûle les pieds, les guitares vont et se retirent doucement au même rythme que les vagues. « Next Summer ». Voici comment nous souhaite la bienvenue ce raton sauvage, une des dernières trouvailles du « label français qui monte », Howlin Banana, déjà responsable entre autres de Volage et The Madcaps. Celui-là vient de Lille et fait tout tout seul. Sur scène ou dans sa cave, peu importe. Batterie au pied, guitares, basse, chant. Enregistré homemade, avec la touche lo-fi qui va bien mais qui n’oublie pas de bastonner. Car cette intro de « Next Summer » est trompeuse. Wild Raccoon aime bercer son auditeur, le caresser dans le sens du poil mais c’est pour mieux le faire sursauter de son siège, lui faire déchausser ses tongs lorsque surviennent de soudaines bourrasques électriques (« I Said We Said We Said », « Fuck Fuck The Bankers »). Cette pop garage mâtinée de surf est d’abord agréable. Juste agréable lors des premières écoutes distraites. Mais elle se révèle finalement bien plus riche et variée qu’elle n’y parait (il y a même une sitar qui pointe le bout de ses cordes à la fin de l’explosive « Rain Drops »). Et ce, même si ce jeune homme qui fuck les banquiers et qui, de son propre aveu « aime niquer », ne se prend guère au sérieux (l’euphorisante « Montreal Gets The Blues » et son « i’d like to make love with yououou », « Weapon Of Love » avec une femme excédée qui beugle des insanités « t’as des boutons plein le cul, espèce de gros bâtard », « Wild Animal Rising » et sa succession de prononciations de « the » à la Jean-Pierre Bacri, ou ce « because we act like fucking cocks » qui précède des rafales de grattes noyées sous une tonne de fuzz !). Symbole de la spontanéité et de la fraicheur qui animent ce disque, le conclusif « Fries N Chocolate » guidée par une basse obsédante et une batterie métronomique, s’offre 11 minutes aventureuses garnies à souhait de fuzz et reverb, pour un final psyché explosif et bien plus goûtu que ne le laissait supposer l’écœurante recette annoncée. Mount Break est donc la première oeuvre jubilatoire du facétieux raton sauvage qui jusqu’ici s’éclatait tout seul dans son coin et qui, finalement apprivoisé par Howlin Banana, a décidé de nous faire partager son délire. C’eût été vraiment dommage pour nous, pour la France, pour le rock qu’il reste reclus à faire le spectacle épisodiquement à l’attention de quelques privilégiés…   JL   Amis parisiens, Wild Raccoon se produira aux Nautes sur les quais de Seine le 8 juillet lors du Psychotic Reaction Fest avec Cheap Riot et Porno Cop-Porno Cub (entrée 5 €). The Madcaps y joueront le lendemain.   Mount Break by Wild Raccoon and his One Striped...

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