Kate Tempest – The Book Of Traps And Lessons

Kate Tempest – The Book Of Traps And Lessons

(American Recordings, 21 juin 2019) Il faut savoir se faire violence parfois. Faire confiance au talent. Même si, sur le papier, un disque de spoken word n’est pas ce qu’il y a de plus exaltant. Même si, parfois on s’interroge : écoute-t-on un livre ou de la musique déclinée en mots ? Qu’importe, finalement. L’essentiel est ailleurs. L’essentiel : Kate Tempest vient de frapper très fort. Plus fort encore, elle le fait avec finesse. Après l’incandescent Let Them Eat Chaos (rien que le titre…) qui comportait notamment l’immense « Europe Is Lost », instantané saisissant de la drôle d’époque dans laquelle nous vivons, voici donc le mesuré The Book Of Traps And Lessons (rien que le titre…). Kate s’est pourtant entourée cette fois du producteur superstar Rick Rubin mais certainement pas pour ruer dans les brancards, elle opte ici pour une épure maximale. Ce qui ne l’empêche pas de faire grand bruit. Elle opte pour les mots, cette arme dévastatrice dont beaucoup de rappeurs semblent avoir oublié la force de frappe. Chaque mot est pesé, martelé, prononcé avec force et conviction, avec une intensité qui ne faiblit pas. L’un des grands talents de Kate Tempest : parler de sujets lourds et complexes en des termes simples. Ses textes sont limpides et ne s’embarrassent d’aucune lourdeur ou détours alambiqués. Ses récits où se mêlent amour (maladroit et complexe dans « Thirsty », léger dans « I Trap You »), colère et injustice (« Brown Eyed Man » et les exactions policières, notamment) sont empreints d’une grande humanité à même de parler à chacun d’entre nous. Ils s’enchainent, comme une succession de chapitres, sans pause mais via des transitions ciselées (« Keep Moving Don’t Move » répété à maintes reprises à la fin du titre du même nom et suivi dans la foulée d’un glaçant « don’t move a muscle, stay exactly where you are » à l’entame de « Brown Eyed Man »). L’impact des mots est tel qu’il nous incite à cesser toute activité séance tenante pour mieux les écouter religieusement, s’en imprégner, en mesurer la puissance. A se demander si on ne deviendrait pas membre d’une secte soudainement aveuglé par ce gourou si charismatique. La musique, elle, apparait puis s’efface, au gré des besoins de Kate. Disparaissant totalement lorsqu’elle doit rester seule avec ses mots (« All Humans Too Late », entièrement a capella). C’est Dan Carey (à l’oeuvre récemment aux côtés de Black Midi) qui occupe ce rôle presque ingrat mais essentiel pour planter le décor, instaurer les ambiances idoines. Quelques notes de piano et synthés flottant dans les airs sur « Thirsty » ou dessinant l’incertitude de « Keep Moving Don’t Move ». De taciturnes violons (« Brown Eyed Man »), un piano déchirant (« People’s Faces ») ou au contraire une humeur frivole et désuète (« I Trap You »)… Sur...

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Beastie Boys – Paul’s Boutique

Beastie Boys – Paul’s Boutique

(Capitol, 25 juillet 1989) Après le carton aussi phénoménal qu’inattendu de Licensed To Ill, Beastie Boys regagne les studios en 1988 pour écrire le deuxième chapitre de sa jeune histoire. L’idylle avec Def Jam a fait long feu, les Beastie se sont laissés séduire par les sirènes de Capitol et ont quitté leur Grosse Pomme natale pour la cité des anges. Tout est allé très vite, les attentes sont désormais immenses et il n’est plus question de regarder derrière. Pas question non plus de rester assimilés à une bande de petits cons à l’humour douteux (la bite géante gonflable présente sur toute la tournée digne de rock stars de Licensed To Ill a marqué les esprits…) bons qu’à pondre quelques tubes et à prôner le droit de faire la fête en toutes circonstances (« you gotta fight… », vous voyez hein). Alors non, les Beastie ne se sont certainement pas transformés soudainement en hommes d’affaires implacables et en astrophysiciens chiants comme la pluie. Les textes de Paul’s Boutique regorgent une fois de plus (et encore plus) de traits d’esprit, de fraicheur et spontanéité. Sans oublier des références multiples aux légendes du rock (Elvis, les Beatles, Hendrix, Dylan…). Les trois semblent s’arracher le micro des mains pour compléter les propos du poto et à la production, il y a la volonté de franchir un cap. Ce sont les Dust Brothers, prodiges du sampling, qui furent chargés de cette lourde tâche. Et à nos oreilles, la collaboration coule de source. Les Beastie se sont trouvés de parfaits alter ego dans le registre de la coolitude absolue, avec des sons plus groovy et moins agressifs que sur son prédécesseur. Les samples fusent de toutes parts, se répondent entre eux, forment un kaléidoscope passionnant illustrant parfaitement l’érudition musicale de nos anciens punks devenus stars du rap. Tout y passe, de Led Zep à Sly & The Family Stone, en passant par Alice Cooper ou Kool&The Gang, sans oublier les Meters, James Brown, Run DMC… Ça coûtait moins cher les samples à l’époque… Après une intro adressée aux demoiselles (« To All The Girls ») (peut-être dans le but d’effacer cette image misogyne drainée par le peu finaud « Girls » de l’album précédent), un roulement de batterie annonce « Shake Your Rump ». Funky à mort, bourrée de breaks qui font travailler les articulations, cette dernière invite finalement à bouger ta croupe sur ce refrain au son électro aussi étrange que massif. Ça ne fait que commencer mais c’est déjà la promesse d’un disque qui ne tient pas en place, un disque aussi limpide que complètement débridé. On trouve de tout dans la boutique de Paul, dans tous les recoins. Ça respire le funk, la...

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Les Beastie Boys sortent six EP pour les 30 ans de Paul’s Boutique

Les Beastie Boys sortent six EP pour les 30 ans de Paul’s Boutique

Il y a 30 ans, les Beastie Boys sortaient Paul’s Boutique, leur indispensable deuxième album. Pour célébrer cet anniversaire, les New-Yorkais vont publier six EP de b-sides, remixes et inédits issus de cette période sur les sites de streaming. Deux d’entre eux sont déjà en ligne : An Exciting Evening At Home With Shadrach, Meshach And Abednego et Love American Style EP. Les voici : RETROUVEZ TOUS NOS ARTICLES SUR LES BEASTIE...

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L’envoûtante – L’envoûtante

L’envoûtante – L’envoûtante

(Modulor, 17 mai 2019) On ne va pas s’en cacher : on a un peu de mal à s’enthousiasmer pour des artistes de rap français ces derniers temps. Peut-être qu’on prend aussi moins le temps d’aller fouiner là où il faut, préférant se concentrer sur d’autres genres mais ce qui arrive à nos oreilles est bien souvent déprimant. Et puis, sans coup férir, deux inconnus déboulent, affublés d’un patronyme intrigant : L’envoûtante. Comme son nom ne l’indique pas, L’envoûtante fait dans le rap énervé, qui ne regarde pas ses pompes et n’exhibe pas sa chaine en or (qui brille) mais crie sa colère à qui veut bien l’entendre. D’entrée de jeu,« Hymne aux irrassemblables », forte d’une instru corrosive, donne envie de brandir le poing et de repartir de l’avant, d’oublier la nausée causée par le résultat des européennes. Une bonne odeur de soufre se dégage de ce début d’album, la « Nouvelle méthode » déployée ici n’est pas sans rappeler celle de Zone Libre, malgré un effectif bien plus réduit ou même Dälek quand le ciel se couvre (« En vrai »). Sonorités rock ou électro aussi soignées qu’exaltantes, appuyées par les rythmiques incisives du batteur Sébastien Tillous et enflammées par le flow survolté (qui fleure bon la sincérité) de Bruno Viougeas. Mais cette attaque virevoltante est trompeuse car le duo ne se contente pas toujours de prendre les armes. Certains morceaux, aux instrus plus purement hip hop, instaurent une atmosphère sombre et fonctionnent tout aussi bien (l’excellente « Vite stressé » et la classieuse « Moments de grâce » qui semble évoluer en apesanteur). Le duo s’est bien trouvé. Bruno a des choses à dire et les exprime avec une science de la rime affutée (on pense furtivement à Marc Nammour de La Canaille), les instrus de Sébastien sont suffisamment variées pour stimuler constamment l’oreille et l’apport de la batterie est indéniable (« Voilà où naissent ces putains d’textes » où les pionniers NTM et Assassin ne sont pas oubliés). Au final, trois quarts d’heure de bon gros rap comme on l’aime, infiniment supérieur à la grande majorité des groupes du genre qui percent. On souhaite donc à L’envoûtante de faire grand bruit, et d’attirer bon nombre de prétendus irrassemblables qui pourraient bien s’y retrouver. Jonathan...

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Atmosphere @ La Bellevilloise (Paris), 24/04/19

Atmosphere @ La Bellevilloise (Paris), 24/04/19

© Julien Robin C’est plus fort que nous, on ne peut réfréner une certaine appréhension avant un concert hip hop. Si les bons souvenirs demeurent largement majoritaires, certaines désillusions ont été si fortes qu’elles restent gravées (oui, Onyx on pense à vous) et font ressurgir des échanges de regards incrédules qui signifiaient “euh, c’est vraiment fini là ?“. Avant Atmosphere toutefois, plusieurs éléments étaient de nature à rassurer : le duo a sorti l’an passé un album en tout point remarquable et Slug et Ant sont réputés pour leur professionnalisme et… bon nombre de comparses guillerets sont à mes côtés pour un avant concert des plus animés. La mousse coule à flot, les vannes pourries fusent, les rires sont tonitruants et, cherry on the cake, Slug nous salue (!) lorsqu’il passe devant notre joyeuse troupe au coin de la rue qui abrite deux des meilleures salles parisiennes : la Maroquinerie et la Bellevilloise, où nous nous rendrons.. quelques verres plus tard. Trois premières parties signées Rhymesayers (Dj Keezy, Dem Atlas et The Lioness) ne seront pas de trop puisque sans elle on aurait (encore) été capables de manquer le début. A notre arrivée, les discussions enflammés se poursuivent mais doivent soudain s’interrompre lorsque Slug est accueilli chaudement au sous-sol. Le bonhomme affiche un air décontracté. Une vingtaine d’années à enchainer les concerts, ça rode. Son acolyte Ant est posté derrière ses platines. Un autre DJ dont nous tairons le nom (puisque nous ne le connaissons pas) l’épaule. Le concert débute par “Jerome”, morceau d’ouverture du dernier album, Mi Vida Local, et single redoutable. Le son n’est pas sursaturé par les basses, les instrus aisément reconnaissables et le chant parfaitement intelligible. Bref, certains des écueils récurrents de concerts de rap sont évités. Ça commence bien. D’autant que ce cher “Jerome” n’a pas son pareil pour motiver les troupes. “I’m cool” scande Slug entre deux beats qui claquent. Il l’est, indéniablement. La très offensive “Stopwatch” poursuit sous les meilleurs ensuite auspices ce début de concert copie conforme à celui de l’album. La setlist va survoler la quasi totalité de leur discographie, sans lésiner sur les classiques “Lovelife”, “Fuck You Lucy” et “God Loves Ugly” issu de l’album masterpiece du même nom. Avant “Virgo” et sa boucle de de guitare acoustique immédiatement reconnaissable (très Everlast), Slug déroule un très bon freestyle avec la classe qu’on lui connait, ce qui a le don d’exciter quelque peu un public, il faut bien le dire, un peu trop sage jusque-là. Et quoi de mieux que du tube pour secouer tout ce petit monde ? “Always Coming Back Home To You” et sa somptueuse instru vient alors ouvrir un rappel de folie.  Une fois rejoint par...

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