Mudhoney – Morning In America EP

Mudhoney – Morning In America EP

(Sub Pop, 20 septembre 2019) Une sortie de Mudhoney est toujours (pour moi, au moins) une occasion de se réjouir. Je crois que je commence toutes mes chroniques du groupe ainsi. Oui, mais, après un live en demi-teinte pour faire patienter, ils avaient enchainé avec un album génial, qui à mon sens n’est pas loin en qualité des sommets du groupe. De quoi être donc très enthousiaste pour la suite. Et la suite ne s’est pas faite attendre, puisqu’à peine un an après, Mark, Steve, Guy et Dan enchainent avec un EP qui reprend en fait un certain nombre de titres sortis de façon plus ou moins exclusive (compilation ou 45 tours vendus sur la tournée). On pourrait critiquer la facilité de sortir une compil’, surtout quand celle-ci ne contient que 7 titres dont une version alternative d’un morceau de l’album. D’accord, mais c’est de Mudhoney dont il s’agit ! Quand ces gars ont-ils sorti un disque pourri et inutile juste pour le fric ? Même leur live « en demi-teinte » est super, même leurs démos de Piece Of Cake en exclu vinyle sont jouissives. Alors forcément, là, encore, on prend notre pied. Et vu que les titres en question étaient quasiment introuvables, c’est une bonne initiative de les réunir pour ne pas avoir à débourser un bras pour les ajouter à sa collection ! Parlons de la musique : les morceaux sont dans la veine de Digital Garbage, forcément, mais montrent assez bien l’éventail du groupe, du punk direct introductif (« Creeps Are Everywhere ») au blues swampy final (« One Bad Actor » et « Vortex Of Lies »), en passant par les influences garage et ce qu’on qualifiera simplement de « grunge » par faiblesse journalistique. Le tout avec une énième démonstration de leur sens du riff inné. Même les morceaux qui pourraient sembler les plus inintéressants, la reprise des Leather Nuns « Ensam I Natt » et la version alternative de « Kill Yourself Live » rebaptisée « Kill Yourself Live Again », sont des réussites. La première a été traduite en anglais par son auteur original et apporte la patte Mudhoney à cette tuerie punk d’une efficacité redoutable, la seconde vire le farfisa et offre donc une version plus proche du live qui n’enlève en fait rien à la qualité ni à la pertinence du morceau. Bref, plus qu’une compilation ou qu’un nouveau disque, on a l’impression d’avoir droit à du rab de Digital Garbage ; même les paroles semblent encore très engagées. Du coup, les mauvaises langues pourraient dire que cet EP n’a que peu d’intérêt. Pour ma part, l’album étant un de mes préférés de la décennie, je profite goulument comme un gamin...

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Nirvana – Bleach

Nirvana – Bleach

(Sub Pop, 15 juin 1989) Imaginez la joie quand vous parvenez enfin à sortir un premier album. Vous êtes passés par tous les états : espoir, démotivation, excitation, coup dur, accomplissement… Vous avez claqué du fric, des batteurs, raturé les textes, modifié une ligne de basse, apposé les dernières retouches mais au bout d’un moment : on n’y touche plus, il est bouclé, dans la boite, prêt à affronter le monde impitoyable des critiques et du public. Quand vous vous appelez Nirvana, que vous faites du rock sale et nerveux sans grande prétention, vous pouvez toujours vous dire que, même imparfait, l’album passera relativement inaperçu, c’est un premier essai, un moyen de mettre le pied à l’étrier. Certains aimeront, d’autres moins, mais personne ne se fera chier à décortiquer cet album 30 ans plus tard. Oh, bien sûr, le disque sort chez Sub Pop, vous passez après Mudhoney, donc il y a quand même un minimum d’attente. Il est temps d’essayer de se faire un nom. Impossible de faire mieux que Superfuzz Bigmuff bien sûr mais faire partie des figures du label serait déjà une belle récompense. Et puis, il a des atouts cet album, indéniablement. Vous y avez mis vos tripes, vous l’avez garni en riffs puissants, vous y avez apposé de belles mélodies. Le public se dira peut-être que vous vous prenez un peu trop pour les Beatles avec vos beaux refrains, alors que vous n’êtes qu’un mec énervé de plus qui sait à peine jouer. So what, est-ce qu’on l’emmerderait pas un peu le public ? Est-ce que jouer fort et énergiquement interdit de faire de belles chansons ? Certainement pas. Sera-t-il capable de faire la fine bouche face à « School » ou « About A Girl » ? Qu’il essaye (on l’entend d’ici crier « you’re in high school agaaaaiiiin »). Est-ce qu’il ne fermera pas bien sa gueule face à la rage et au riff qui tue de « Negative Creep » ? Probablement. Trois minutes, pas le temps de s’ennuyer et franchement il y a tout ce qu’il faut. Des cris viscéraux, une grosse énergie, un refrain qu’on retient, un riff qui cogne. Il aime le rock le public ? Il aimera ça. Ou il sera définitivement bon à rien. Il y a des trucs auxquels il aura peut-être plus de mal à adhérer, comme « Sifting » avec son riff qui longe les murs en arrachant la peinture. « Blew » et « Paper Cuts » ne font pas de cadeau non plus. Mais est-on là pour faire des cadeaux ? Pas que je sache. On est là pour faire chialer les amplis, pour péter des cordes, pour maltraiter des fûts,...

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Équipe De Foot – Marilou

Équipe De Foot – Marilou

(Alter-K, 10 mai 2019) Ces gars-là n’ont rien compris. Faire de la musique par les temps qui courent : osé. Jouer dans un groupe de rock en 2019 : présomptueux. Appeler son groupe Equipe De Foot : carrément suicidaire. Déjà qu’il faut s’arracher pour exister mais si de surcroît vous optez pour un nom qui n’aide pas à être pris au sérieux en plus d’être introuvable sur Google/Facebook/Instagram/toutes ces merdes indispensables pour être médiatisé de nos jours, vous vous tirez une belle balle dans le pied. Équipe De Foot n’a probablement pas grand-chose à cirer de ces considérations marketing et on serait tenté de leur donner raison. Car, nous aussi, on s’intéresse d’abord à la musique (aussi incroyable que ça puisse paraître !) et de ce point de vue-là, le duo a des arguments solides. Son deuxième bébé, Marilou, reprend les choses là où Chanta(aaaa)l les avaient laissées. On commence donc forcément par une grosse patate en lucarne (“Bald Is When You’re Out Of Hair”). Ça met en confiance et ça place l’auditeur dans d’excellentes dispositions. Couplets apaisés, mélodies contagieuses, refrains pied au plancher, disto, clean, disto, disto, disto. La recette est connue de tous, encore faut-il savoir gérer le dosage. Pas d’inquiétude, Equipe de Foot maîtrise son sujet. Avec cet air de ne jamais se prendre au sérieux (interludes au 12e degré, “Funny Wife” et ses sifflotements à la cool…), Equipe De Foot déroule son « garunge » (mélange habile de garage et grunge), garni de refrains qui nous explosent systématiquement à la face (“I Could Go To Sleep And Die”, “The Dictionary Guys” pour les explosions les plus dévastatrices). Et la rutilante production ne fait qu’aggraver les dégâts. C’est bien simple, ce power duo pourrait coller une trempe à bien des quatuors. Très attentionné, il nous a tout de même réservé deux chouettes ballades (“Not About Winkles”, “Marilou”) pour ne pas nous mettre la tête sous l’eau en permanence. Belle attention, et belle exécution. Finalement, on s’est peut-être montré un peu trop catégorique. Avec son nom, Equipe De Foot fait des appels en profondeur aux journalistes spécialisés feignasses qui ne peuvent résister aux métaphores footballistiques et avec son style typiquement 90s dont on raffole, ils savent d’emblée qu’ils vont la mettre au fond. Ces gars-là ont tout compris. Jonathan...

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Interview – Swervedriver

Interview – Swervedriver

Rapide court d’histoire : au début des années 90, Swervedriver sortait deux grands albums toutes guitares dehors, Raise et Mezcal Head, toujours indispensables aujourd’hui. Jamais reconnu à sa juste valeur, jamais bien stable en termes de line-up, le groupe opérait sur les deux albums suivants un virage pop, plutôt bien négocié mais à l’issue aussi malheureuse que prévisible : le split. Il y a onze ans, ils étaient les premiers à se reformer parmi tous ces groupes shoegaze qui vivent aujourd’hui une seconde jeunesse. Shoegaze, Swervedriver ? La question s’est toujours posée. Tant qu’à faire, autant demander directement au principal intéressé, Adam Franklin, chanteur-guitariste particulièrement loquace à l’autre bout du fil, notamment quand il s’agit d’évoquer ses deux albums post-reformation, dont le petit dernier, Future Ruins, tient encore très bien la route. “Nous étions associés à Creation, My Bloody Valentine et tous ces groupes shoegaze. Certains n’ont pas dû aimer Swervedriver après avoir lu que c’était un groupe shoegaze puisque ce n’est pas vraiment le cas… Mais ça a forcément dû aider à élargir notre base de fans.” © Steve Gullick Future Ruins me semble être une progression logique par rapport à I Wasn’t Born To Lose You. Deux disques plus calmes, plus pop, moins chargés de gros riffs que vos deux premiers albums (Raise et Mezcal Head) tout en étant assez différents des deux albums suivants (Ejector Seat Reservation et 99th Dream). Tu es d’accord avec ça ? Etait-ce votre volonté au moment d’entrer en studio ? Oui, il va de pair avec le précédent. Ils sont effectivement assez différents des disques antérieurs, ne serait-ce que parce que ce sont nos premiers disques depuis longtemps et la technologie, les techniques d’enregistrement ont beaucoup évoluées. Nos deux premiers disques avaient ce côté heavy mais aussi, déjà, des morceaux plus calmes. Et il y a aussi des morceaux rapides et énervés sur ce nouveau disque, la principale différence c’est sans doute qu’il y a plus d’espace qu’auparavant, les morceaux respirent plus. Oui c’est quelque chose dont tu parlais déjà au moment de 99th Dream, tu disais avoir appris à laisser plus de champ libre aux morceaux, à ne pas vouloir systématiquement tout « remplir » comme à vos débuts. Oui, notre son a toujours été assez frénétique. Mais le « vieux Swervedriver » était sans doute un groupe plus punk. On continue à jouer des morceaux très rapides mais parfois quand j’écoute nos premiers albums, je suis stupéfait par la vitesse de certains morceaux. C’est une évolution assez naturelle, on ne s’est pas spécialement concertés pour se dire « on devrait faire ceci ou cela ». On s’est juste mis au boulot pour voir ce qui sortait. Mais je suis d’accord, c’est plus pop. La voix...

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PLAYLIST – Nirvana, l’anti best of

PLAYLIST – Nirvana, l’anti best of

© Charles Peterson Voilà 25 ans qu’on nous rebat les oreilles avec le suicide de Kurt Cobain et il est fort probable, du moins si vous avez de la chance et un minimum de bon goût, que vous ayez écouté au moins 25 fois les 4 albums de Nirvana (on n’est pas radin chez Exitmusik, on considère Incesticide comme un album). Il n’empêche que, trop entendus ou non, Kurt Cobain a composé de son vivant un nombre impressionnant de titres pas piqués des hannetons (on n’est pas radin chez Exitmusik, on ressort les expressions de mémé pour tous ceux qui les aiment ou qui voudraient les remettre à la mode). On vous a donc concocté une petite playlist des titres de Nirvana que vous avez peut-être moins écoutés que les autres mais qui défoncent tout quand même. Et c’est cadeau, on n’est pas radin chez Exitmusik… (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) Blackcondorguy *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. Certains morceaux ne sont présents que sur Youtube donc si vous optez pour un autre lecteur, il zappera directement au suivant. ÉCOUTEZ LA PLAYLIST DES 30 ANS DE SUB POP ÉCOUTEZ LA PLAYLIST SUR LE SEATTLE SOUND LIRE LA CHRONIQUE DE NEVERMIND LIRE LA CHRONIQUE DE IN UTERO LIRE LA CHRONIQUE DU MTV...

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