PLAYLIST – French rock is not dead!

PLAYLIST – French rock is not dead!

Loin des standards de la pop FM, le rock à la française est bel et bien vigoureux pour le plus grand bonheur de nos petites esgourdes. Nullement présent sur les autoproclamées grandes radios musicales qui nous repassent les 10 mêmes artistes soit disant « rock » depuis une bonne décennie, ces « petits » groupes sont les dignes héritiers du peuple gaulois au milieu de cet empire constitué des grosses maisons de disques et de leurs consanguines radios nationales. Nous ne pouvons qu’être admiratifs et remercier les labels indépendants (Vicious Circle, À Tant rêver du roi, Howlin Banana, Bord Bad, Influenza Records, Teenage Menopause, Rejuvenation, Et mon cul c’est du tofu ?, Kerviniou Recordz, Atypeek Music…) qui luttent pour exister et nous proposer de la musique de qualité. Espérons qu’ils ne souffriront pas trop de cette sale période et que d’ici quelques mois les artistes « rock » français survivants ne seront pas les seuls Calogero ou autre Obispo. Afin de leur rendre justice, l’équipe d’Exit Musik a consacré la semaine écoulée à ces groupes qui méritent amplement d’être écoutés, diffusés et achetés bien évidemment ! Chaque jour, un membre de la rédaction a partagé sur notre page Facebook une playlist de 10 groupes/artistes français qui lui sont chers et voici l’ensemble agrémenté de malheureux laissés pour compte pour aboutir à une grande playlist de 100 morceaux. Afin de ne léser aucun auditeur, nous avons décliné ces playlists sur deux supports (Youtube et Spotify). Celles-ci diffèrent légèrement selon les disponibilités des artistes sur ces plateformes. Et même avec (un peu plus de) 100 groupes, on n’a pas pu inclure tous ceux que nous aurions aimé (on n’oublie pas Sweat Like An Ape, Poil, Rome Buyce Night, Kataplismik, Social Square, Cosmopaark, plein de groupes de Et mon cul c’est du tofu? ou Rejuvenation Records…), c’est dire la vitalité de la scène française. Il ne tient qu’à vous de le vérifier en écoutant notre sélection. Soutenez les artistes, payez ce que vous écoutez… et achetez français...

Lire la suite

Dakiniz – Raging Shouts

Dakiniz – Raging Shouts

(Epicerie Libre, 27 mars 2020) Première chronique écrite en cette période de confinement et ces temps bien incertains. Le hasard a voulu que ce soit pour un groupe qui a intitulé son album Raging Shouts. Et qui pratique un rock viru(s)lent et urgent, parfait pour notre état d’esprit du moment. Dakiniz, trio parisien, publie ici un deuxième album qui donne furieusement envie de hurler sa frustration. De péter la gueule aux discours anxiogènes. De repousser les murs. De retrouver ses potes au milieu d’un pogo dans une salle de concert. Bref, du rock comme on en a bien besoin ces derniers jours. Basse en avant, guitares aux riffs tranchants, batterie qui claque, chant enragé. Recette qui peut paraître éculée mais hautement efficace… Servi par une production impeccable et sans fioritures. C’est calé au millimètre. Le groupe maîtrise son sujet et a en plus bien ménagé ses effets. Une entrée tonitruante et sans préliminaires avec l’excellent « NWO » qui n’est pas sans rappeler le QOTSA de Josh Homme (notamment le chant). Une fin de disque dantesque avec le bien nommé « The Last One », 7 minutes 30 de haute volée avec une outro du plus bel effet. Et une petite bombe aux riffs et refrains addictifs avec l’imparable « Handbrake » que l’on a bien envie de mettre à donf fenêtres ouvertes pour expliquer au voisinage avec quelle hargne on va tous repousser le virus. Certes un peu court avec 9 titres, dont 7 qui flirtent à peine avec les 3 minutes, le disque est néanmoins solide et propose un rock anguleux et cinglant qui n’est pas sans rappeler les américains de Jesus Lizard (« Abigail », la basse de « Fucked for Ages »), Fugazi voire les regrettés frenchies de Sloy. C’est joué sans calcul (« Zulu Radio Star », les 2 minutes pas inoubliables de « Sputnik » et son intro très QOTSA, là encore), à l’énergie (le furieux « Score One For Satan »), ça riffe à mort (« The Mario Bros Nemesis », « Abigail »). Mais le groupe est encore plus convaincant quand il prend son temps, allonge un peu ses compos (« NWO »), qu’il brouille les pistes, et essaye plusieurs chemins (« The Last One ») pour y perdre son rock furieux. On sent même poindre la tentation de quelques velléités mélodiques voire de carrément céder au refrain fédérateur (« Handbrake », « The Last One ») qui se propage comme une épidémie. Parfois, un disque vous ramène à un évènement marquant de votre vie. J’espère que le groupe Dakiniz ne m’en voudra donc pas de ramener son deuxième album à cette foutue pandémie mondiale… Quand j’y repenserais une fois l’épreuve...

Lire la suite

The Schizophonics – People In The Sky

The Schizophonics – People In The Sky

(Pig Baby, 31 octobre 2019) Deux petites années après The Land Of The Living, voici le grand retour des Schizophonics avec leur nouveau LP intitulé People In The Sky. Et ils frappent fort ! On se demandait s’ils sortiraient de cette proximité avec le son du MC5 et la réponse est évidente dès le deuxième morceau, “Steely Eyed Lady”, qu’on croirait avoir déniché sur un vieux 45T de Hot Rod. Ça va vite, très vite, le gimmick sonore sur les voix fait mouche, ainsi que cette drôle de distorsion guitare audible au casque. Alors, bien entendu, notre couple de tourtereaux font des réguliers allers-retours San Diego/Detroit mais ce n’est que pour mieux ré-attaquer avec une louche de soul sudiste ou un coup de British Invasion : le riff Kinks-ien de “The One I Want”, très efficace, ou encore “Not Gonna Change My Mind” démarrant avec notre ami Pat Beers déclarant, déjà essoufflé avant de commencer “Brainwashed… and hypnotized!!“. Et c’est comme cela qu’on ressort de l’écoute de cette petite bombe de fin 2019, la cervelle atomisée et les sens annihilés !...

Lire la suite

Interview – Mikal Cronin

Interview – Mikal Cronin

Ami inséparable de Ty Segall, qu’il accompagne dans la plupart de ses méfaits discographiques (et ce dernier le lui rend bien) ainsi qu’en tournée, Mikal Cronin était de passage à Paris le mois dernier pour deux concerts en compagnie de son vieil acolyte. Mais Mikal n’a pas besoin de Ty pour exister et faire parler de lui. Preuve en est, son quatrième et dernier album, Seeker, n’a guère en commun avec les habituelles sorties de la scène garage californienne mais il pourrait bien être le plus abouti mélodiquement de ces dernières années. Il semblerait en tout cas que son auteur ait pris grand plaisir à le composer et, à l’entendre, il n’est pas peu fier de son nouveau bébé. “C’est probablement mon disque le plus mature. C’est aussi lié à ma situation dans la vie, à ce que j’écoute. (…) J’ai pensé à faire aussi un groupe rock à trois, vraiment garage-punk. Je devrais le faire aussi. J’aime garder toutes les possibilités ouvertes, je ne veux pas être catalogué.” © Max Mendelsohn Ce dernier album est né dans des conditions très particulières, tu vivais isolé depuis quelques mois dans une petite ville au cœur de la forêt. Tu étais totalement coupé du monde à ce moment-là, en mode Into The Wild ? Oui, c’était un peu ça. J’étais en dehors mais proche d’une petite ville. J’y allais donc une fois par semaine pour acheter à manger, éventuellement parler à quelqu’un, ou pas. Au caissier de l’épicerie, par exemple. C’était un mois où j’étais vraiment seul, focalisé sur mon truc. C’était le but initial, j’imagine. Avant tout pour la musique ou pour toi aussi ?Pour la musique, principalement. Je me suis dit que ce serait intéressant, je voulais m’éloigner d’où je vivais à Los Angeles. J’ai loué cette cabane quand j’étais en tournée. Je manquais d’intimité pour écrire de la musique. C’était une véritable expérience, je craignais de ne pas parvenir à mes fins car c’est compliqué de se dire “je vais écrire une chanson” et de le faire. Parfois, ça vient de façon impromptue. Mais j’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’inspiration. Tu avais donc apporté ton matériel d’enregistrement et tes instruments avec toi ou simplement un carnet de notes et ta guitare ?J’ai apporté beaucoup de choses. Une batterie, des claviers, des guitares. J’avais quasiment un petit studio. C’est de cette façon que j’aime travailler, jouer de la guitare acoustique puis de la batterie, réfléchir aux arrangements… C’est là-dessus que je passe le plus de temps. Une fois que j’ai la structure d’une chanson, j’aime beaucoup le processus de la recherche d’arrangements. C’est le premier album qui porte un “vrai” nom (après Mikal Cronin, MCII, MCIII), Seeker. Qu’est-ce...

Lire la suite

Mikal Cronin – Seeker

Mikal Cronin – Seeker

(Merge, 25 octobre 2019) Et si c’était lui le plus intéressant de la bande ? Dans le jeu des 7 familles du garage californien, on demande rarement Mikal Cronin mais il est pourtant dans tous les bons coups. En solo, Mikal y va à son rythme, à des années lumières des stakhanovistes Ty Segall ou (Thee) Oh Sees, les deux mastodontes de la scène. Si on a arrêté de compter les albums de ces derniers (et un peu arrêté de nous passionner pour chacun d’entre eux aussi, il faut bien le dire), Cronin vient seulement de publier son quatrième disque. En huit ans. Rien de honteux mais rien de comparable non plus. Et après deux premiers albums de très bonne facture mais dans une veine garageuse assez classique (plus axée power pop que punk, toutefois), Mikal avait commencé à verser davantage dans la sophistication que dans l’énergie pure et dure sur MCIII. Il en est de même ici sur ce Seeker, sans doute son disque le plus personnel et introspectif, que Mikal est allé chercher en s’isolant dans une cabane au fin fond d’un bled paumé de Californie, avec pour seule compagnie les forêts et montagnes alentours. En résulte un disque minimaliste au possible à s’écouter au coin du feu ? Tout l’inverse, à vrai dire puisque le californien n’a jamais poussé aussi loin son désir d’enrichir ses morceaux, de les embellir avec minutie et un brin de grandiloquence aussi. Ainsi, le brillant premier single « Show Me » qui aurait pu se contenter d’un riff simple et efficace (Neil Youngien et Tom Petty-esque en diable, de son propre aveu) et d’un refrain imparable (c’est déjà beaucoup), nous en met plein la vue en s’embarquant dans une virée impromptue où les cordes et le piano s’octroient une place prépondérante. La grande classe. Une dimension orchestrale nouvelle qui orne également « Shelter » aux accents orientaux non loin du « Kashmir » de Led Zep, l’intonation au chant de Mikal se rapprochant d’ailleurs de celle d’un Plant. Si Cronin a dû quitter précipitamment son ermitage en raison d’incendies menaçants, il a eu le temps de rapporter dans ses valises quelques morceaux extrêmement touchants (« Feel It All » où sa voix fait merveille, « Fire » dont les cuivres mélancoliques viennent contrebalancer la tension des guitares, « Lost A Year » qui démarre piano avant de s’offrir un final fougueux presque New Orleans). Plus loin, les enlevés « I’ve Got Reason » et « Caravan » rehaussent le tempo et renouent avec les accents garage chers au compositeur, sans perdre une once d’efficacité… et se révèlent bien plus riches qu’ils n’y paraissent de prime abord (pont bien senti sur le premier, cuivres...

Lire la suite