Lights… Camera… Revolution! de Suicidal Tendencies a 30 ans. Chronique

Lights… Camera… Revolution! de Suicidal Tendencies a 30 ans. Chronique

(Epic, 3 juillet 1990) Le punk hardcore et le thrash metal ne sont pas franchement les premiers styles que j’évoquerais si je devais décrire mes goûts à une personne engageant une discussion musicale avec moi. Le côté toujours plus vite, plus fort, plus fou, c’est rarement mon délire. Je n’ai jamais fait de skate non plus (mes chevilles me remercient), encore moins porté de bandana (mon style a déjà été assez malmené comme ça) et pourtant, dès l’instant où j’ai posé mes oreilles fragiles sur Suicidal Tendencies, j’ai rejoint leur secte – ou devrais-je dire leur armée (les vrais savent). Il existe même des preuves de mon implication sur les tréfonds du dark net où l’on peut me voir beugler comme un goret « ST » après avoir investi la scène aux côtés de quelques illuminés heureux. Pour m’initier, il fallut attaquer par le nec plus ultra, l’immense The Art Of Rebellion, sixième album sorti en 1992 et qui faisait suite à ce Lights… Camera… Revolution! qui n’a pas grand chose à lui envier. Pourquoi eux ? Qu’est-ce qui m’a poussé à tomber dedans à pieds joints (hormis un pote bien intentionné qui, à quelques semaines d’intervalles, m’initiait à ST et NIN, il se reconnaitra) ? Et bien, c’est tout con. Ce groupe, à son sommet comme ici, mêle brillamment les qualités du punk et du metal, ne sombre ni dans le goth clicheton ou la roulette débile et a donc de quoi réconcilier les skaters à patchs et les metalleux à crête. Ou l’inverse. Pourtant, ce n’était pas gagné d’entrée pour ces excités qui eurent l’insigne honneur d’être désignés « pire groupe/plus grands connards » par le fanzine Flipside en 1982. Ils ne l’avaient peut-être pas complètement volé même si, dès leurs débuts, on se doutait qu’ils n’étaient pas voués à évoluer en troisième division du punk (vous vous êtes déjà mangés « Institutionalized » en pleine face ? Non ? Il est temps alors) et ont vite bifurqué vers un mélange des genres audacieux qui ne sent pas l’arrivisme, et encore moins l’approximation. Non, ce sont bien les personnalités de chacun qui ont conduit à ce crossover fameux, débordant d’enthousiasme et de spontanéité. Pourtant ce n’était pas gagné (bis), Suicidal Tendencies ayant subi autant de changements de line up que les effectifs de l’OM et du PSG réunis dans les années 2000, mais il a su conserver son éternel leader ô combien charismatique, le doux dingue Mike Muir, sans qui il aurait probablement perdu sa raison d’être. Mike Muir qui, en concours de mots débités à la minute, pourrait presque donner des sueurs froides à Eminem et est également capable de pondre des mélodies vocales formidablement contagieuses (« Alone...

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Faith No More – King For A Day

Faith No More – King For A Day

(Slash/Reprise, 28 mars 1995) Il est de bon ton de considérer King For A Day comme l’album ultime de Faith No More. Sa référence indépassable. Loin de moi l’idée de démonter un fait établi (a-t-on suffisamment d’amis pour commencer à se faire des ennemis ?) mais, en toute honnêteté, tenter de départager ce disque de ses deux monumentaux prédécesseurs, Angel Dust (1992) et The Real Thing (1989), me semble bien périlleux. Et inutile. Tout juste suis-je résolu à admettre que Mike Patton y est plus à l’aise que jamais, après un The Real Thing où il fallait se familiariser avec son chant nasillard, que d’aucuns (les cons sensibles) pouvaient juger irritant. Et pourquoi pas, puisqu’on est généreux, évoquer une production plus moderne, moins marquée par les années que les deux pré-cités, reproche revenant régulièrement de la part de snobinards lourdingues spécialistes ès production sonore. Mais ON S’EN FOUT. Les morceaux étaient là depuis le début et on a d’abord envie de rétorquer à tous ces jeunes gens avides de hiérarchisation (comment ça, on s’y livre plus souvent qu’à notre tour ?) qu’un groupe comme Faith No More – ou plutôt CE groupe qu’est Faith No More – échappe à toute nécessité de classement. Ce groupe au sommet de son art, ce qu’il est indéniablement entre 1989 et 1995 (si ce n’est entre 1985 et 2015, pour les fans les plus aveuglés aguerris), ne peut qu’apporter entière satisfaction et susciter perpétuelle prosternation. On l’a déjà dit, écrit, rabâché, mais une fois de plus ne fera pas de mal : ce mélange des genres unique que Faith No More a su enfanter dès sa formation et façonner au fil du temps est sa grande force et, probablement, la raison du désamour de certains. Pour ceux adhérant au « concept », il semble impossible de ne pas succomber à King For A Day, tant la folie inhérente au groupe et son leader et l’efficacité d’ensemble, sont criantes d’un bout à l’autre. L’attaque frontale de « Get Out », expédiée en 2’20, rappelle un fait essentiel : si ces gars-là sont à ranger du côté des metalleux, ils ne s’embarrassent jamais de fioritures inutiles, préférant la vitesse d’exécution et l’efficacité au bavardage lourdaud. Se faire chier en écoutant Faith No More ? Improbable. Même la mauvaise foi la plus abjecte n’oserait brandir ce genre de critique. L’intro de « Ricochet » se veut bien plus apaisée mais c’est pour mieux nous scotcher au mur le temps d’un refrain qui passe soudainement la surmultipliée. L’album est clairement plus direct et frontal qu’Angel Dust qui y allait franco sur les claviers. Ici, les grattes ont repris le pouvoir, Trey Spruance (de Mr Bungle) suppléant Jim Martin dans le rôle de tortionnaire de...

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Faith No More – The Real Thing

Faith No More – The Real Thing

(Slash, 20 juin 1989) C’est bien connu (et ça fera plaisir à nos amis musiciens), le bassiste ou – pire encore – le batteur n’est souvent que la douzième roue du carrosse au sein d’un groupe. Personne ne connait leur nom, personne ne retient leur visage, ils peuvent changer cinq fois au cours d’une discographie : on n’y voit que du feu. Chez Faith No More, groupe qui ne fait rien comme personne, ce sont eux les piliers, Billy Gould (4 cordes) et Mike Bordin (fûts et baguettes), alors que les chanteurs et guitaristes ont tellement défilé que personne n’est capable de tenir les comptes (tout le monde se contentant de citer Courtney Love, parce que c’est vrai que c’est rigolo). C’est en la personne de Chuck Mosley que le groupe pensait avoir trouvé la stabilité. Mais le dreadlocké n’était pas tout à fait l’incarnation du bon père de famille posé et mature… Et après deux albums (We Care A Lot, Introduce Yourself), 427 embrouilles et 612 gueules de bois, Gould s’est senti obligé de lui indiquer le chemin de la sortie. Certains groupes ne se seraient jamais remis de la perte d’un chanteur aussi déluré et charismatique, Faith No More a choisi de le remplacer par un autre, bien plus timbré encore. Mais timbré différemment ; un esprit créatif sans limites, une folie maitrisée. Des conneries à la pelle, mais pas d’excès. Et un véritable bourreau de travail. Deux semaines après avoir rejoint le groupe, Patton a torché tous les textes de The Real Thing. Jim Martin (le gratteux alors titulaire… pour peu de temps) connait l’énergumène, il a écouté des démos de Mr Bungle, groupe le plus barge de Patton, il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Non, il est même allé le chercher pour ça. Sous l’impulsion de Patton, Faith No More qui est déjà un bon groupe, s’apprête à basculer dans le profondément génial. Le vrai truc semble débarquer de nulle part (“From Out Of Nowhere”). Des synthés hystériques, une session rythmique qui tabasse en groovant, une guitare qui cisaille tout ce qui bouge. Patton, emporté par la tornade, y ajoute un chant habité qui transcende le tout. Celui qui ne bouge pas là-dessus est probablement mort. Le refrain est connu par cœur au bout de trois écoutes et au bout de 100, il fait partie de votre famille. Le son est au max, les voisins ont tous déménagé, votre femme vous a quitté… mais vous êtes heureux. Car vous avez toujours ce disque. Un disque qui ne faiblit pas, et qui semble même monter crescendo, à l’écoute de “Epic” (un des plus gros tubes du groupe, bien plus gros encore que «...

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Faith No More : bientôt un successeur à Sol Invictus ?

Faith No More : bientôt un successeur à Sol Invictus ?

Il y a trois ans Faith No More mettait fin à un break de 18 ans avec l’excellent Sol Invictus. Il se pourrait bien que celui-ci ait un successeur prochainement. Roddy Bottom, le claviériste du groupe, a en effet déclaré dans une interview qu’il allait se rendre régulièrement à San Francisco pour composer de nouveaux morceaux et jouer de la musique avec les autres membres du groupe. D’après ses dires, Sol Invictus a été très compliqué à composer mais compte tenu du vécu du groupe, il reste confiant « Nous étions super jeunes, nous avions 18-19 ans quand nous avons commencé à faire de la musique, donc nous entrons dans la pièce et nous avons un langage fort et clair, au moins entre nous trois (Mike Bordin et Billy Gould, batteur et bassiste du groupe, NdR). Je veux dire, la direction à prendre est parfois source de débats, mais nous avons un langage commun, indéniable, comme au sein d’une famille. »  Jonathan Lopez   LIRE LA CHRONIQUE DE ANGEL...

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Dans le bac d’occaz #27 : Suicidal Tendencies, Wu-Tang Clan, The Fiery Furnaces

Dans le bac d’occaz #27 : Suicidal Tendencies, Wu-Tang Clan, The Fiery Furnaces

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon des amis mélomanes et/ou des lecteurs d’Exitmusik. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).* Dans le bac d’occaz’ #27 :suggestions pour les années en 3 Suicidal Tendencies – Suicidal Tendencies (1983) : suggéré par Okérampa Cher Oké, Cela fait un moment que je connais Suicidal Tendencies, depuis ma période Metallica, en fait, et il est même fort probable que ce soit toi qui me les avais recommandés. En revanche, de ce premier album, je ne connaissais que “Institutionalized”, donc c’était une bonne occasion d’aller voir ce qu’il y a derrière. Ce qu’il y a derrière : beaucoup de punk hardcore assez bourrin, mais, comme sur le morceau en question, pas mal de tentatives. Spoken word, donc, mais aussi, cassures de rythme, ralentissements, solos de guitare limite thrash (le solo de “I Shot The Devil” qui rappelle celui de “One” de Metallica, mais 6 ans avant, donc peut-être que Metallica s’en est inspiré), inclusion vers le metal et, plus surprenant, vers ce qu’on pourrait presque qualifier de rock alternatif/grunge (“I Want More”)… Un disque intéressant, c’est certain. Mon seul reproche, c’est que le hardcore bourrin en est non seulement le cœur, mais englobe aussi tout le reste. Je préfère personnellement quand il est là dans le fond, mais limité au strict minimum dans la forme. À part ça, rien à redire, ce disque est à découvrir ne serait-ce que pour l’histoire du punk. Wu-Tang Clan – Enter the Wu-Tang (36 Chambers) (1993) : suggéré par JL Cher JL, Je dois t’avouer que, n’écoutant pas de rap dans les années 90, toute mon éducation est à refaire. En même temps, c’était peut-être du conditionnement social, mais en tant que petit babtou de classe moyenne, je ne me sentais pas du tout légitime à écouter du hip hop, et ceux qui le faisaient autour de moi, arborant tout l’arsenal ghetto street life, me paraissaient absolument ridicules. Ado on écoute surtout de la musique pour l’image, soyons honnêtes. Alors des niggaz de quartier qui revendiquaient une imagerie asiatique, en assimilant de surcroit les deux écoles d’arts martiaux les plus célèbres pour leur rivalité, ça me faisait pisser de rire. Impossible pour moi de prendre ce groupe au sérieux ! Les années ont passé et je me suis ouvert à d’autres horizons musicaux, j’ai pris conscience des carcans sociaux, et j’ai arrêté d’écouter de la musique pour l’image ou pour l’imagerie. Du coup,...

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