Neutral Milk Hotel – In The Aeroplane Over The Sea

Neutral Milk Hotel – In The Aeroplane Over The Sea

Un morceau qui commence par “I love you Jesus Chriiiist, Jesus Christ i love you” soit ça craint pas mal, soit ça cache quelque chose de pas net. Avec Neutral Milk Hotel, on penche pour la deuxième option. Les textes de Jeff Mangum (dont l’une des principales inspirations admises est le journal d’Anne Frank) parlent autant de garçon à deux têtes, que de roi carotte, de soeurs siamoises dévorées par un monstre, de parents cannibales, d’enfants enterrés vivants… que de Jesus Christ. Alors vous l’interprétez comme vous voulez mais le coup de l’admiration béate pour le divin enfant on a bien du mal à y croire. De l’admiration béate c’est toutefois ce que vous éprouverez sans doute si vous avez le bonheur – comme moi il n’y a pas si longtemps – de découvrir l’œuvre immense que constitue ce survol de la mer en aéroplane. Jeff Mangum et ses comparses se livrent à un gigantesque bordel foutraque où la folk débraillée le dispute au punk lo-fi débridé. Il n’y a pas deux groupes comme Neutral Milk Hotel mais il existe de multiples raisons de les aimer. Les réfractaires au folk un peu trop sérieux trouveront là des jerricans d’essence pour enflammer leurs préjugés, les allergiques au punk “trop répétitif” jubileront face à la richesse de ces compos, qui conservent l’esprit punk originel de part sa spontanéité et embellit l’affaire avec une prose inégalée et des détours en territoire champêtre, à grands renforts de cuivres tantôt hystériques tantôt désabusés. Jeff Mangum n’en fait pas des caisses, ne cherche pas la justesse à tout prix, il balance aux orties tout carcan, tue dans l’œuf toute idée furtive d’autocensure, n’hésitant pas à s’envoler dans des aigus qu’il est bien incapable d’atteindre sans partir en vrille complet. Il vit sa musique à 1000%, y laisse son âme, ses tripes, son sang, sa bile, et ses cordes vocales, mises volontairement à rude épreuve. C’est beau à en pleurer (“Communist Daughter”, la déchirante “Oh Comely”, la faussement simple mais véritablement grandiose “In The Aeroplane Over The Sea”), c’est renversant d’intensité (l’irrésistible “Holland, 1945” et sa fuzz qui vient pimenter les débats) et c’est parfois même tout ça à la fois (“The King Of Carrot Flowers, pt 2”, l’invraisemblable “Untitled” où se mêlent cornemuse, grosse disto et tour de manège désenchanté). Cette omniprésente (mais bien accompagnée) guitare acoustique semble être jouée devant nous, dans notre chambre, comme si chaque chanson nous était adressée directement, que l’on partageait quelque chose d’intime avec son auteur, qui nous a accordé le privilège de nous ouvrir la porte de son univers. C’est trop d’honneur qui nous est fait et trop de bonheur qui nous est offert....

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Eels : nouvel album, single en écoute

Eels : nouvel album, single en écoute

  4 ans après le décevant The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett, Eels sera de retour le 6 avril prochain avec The Deconstruction (chez E Work et PIAS). Le morceau d’ouverture, éponyme, a été dévoilé (cf ci-dessous). Ce nouveau disque c’est E qui en parle le mieux : « Voici 15 nouveaux morceaux de EELS qui vont peut-être vous inspirer et vous faire bouger. Ou Pas. Le monde est devenu fou. Mais si on la cherche bien, il y a toujours de la beauté à y trouver. Parfois, on n’a même pas besoin de la chercher. Sinon, il faut essayer de la créer soi-même. Et puis il y a des fois où il faut détruire quelque chose pour trouver de la beauté à l’intérieur. ». Une tournée mondiale a été annoncée avec notamment un passage à l’Olympia (Paris) le 9 juillet. JL...

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OCS – Memory Of A Cut Off Head

OCS – Memory Of A Cut Off Head

On ne présente plus John Dwyer, mentor de la scène garage de San Francisco, créateur en 2003 du label indépendant Castle Face Records et leader des incontournables Thee Oh Sees. Après un nouvel album (Orc) des Thee Oh Sees (devenu Oh sees) cet été, notre cher John vient de ressusciter son projet folk OCS, muet depuis 2005. Il retrouve à cette occasion son ex-comparse des Thee Oh Sees, Brigid Dawson avec qui il n’avait plus travaillé depuis le génial Floating Coffin. C’est avec plaisir que l’on renoue avec leur chant à 2 voix qui se marient à merveille pour cet album intimiste aux accents baroques et 60’s. Loin du garage psyché des Oh Sees et de l’électro de Damaged Bug, John Dwyer évolue ici en mode intimiste avec guitare acoustique, clavier, violons, harpe et saxophone. Dès les premières notes et paroles de « Memory Of A Cut Off Head » (« Oh, what a day, I lost my body / A feast for beast and all mankind »), la thématique de cet album est plantée. John Dwyer nous dévoile magnifiquement sa facette folk en nous racontant la nostalgie d’une reine déchue qui, face à la foule venue assistée à ses derniers instants, se remémore ceux de son monde avant qu’il ne s’écroule. Au menu, de belles ballades comme « On And On Corridor » qui évoque l’amour perdu entre les deux têtes couronnées errant dans les couloirs de leur palais, ou « Neighbor To None », où la révolution gronde et arrive jusqu’à leur porte. Sur « The Fool », le souvenir d’un amour impossible, difficile de ne pas voir naitre une larme à la première écoute de la voix de Brigid. (« Everytime we say goodbye / I feel like a fool / Baby, baby what can we do? Everytime I close my eyes / I see you / Baby, baby, what do I have to do? ») On ne peut s’empêcher de penser aux Beatles en écoutant la magnifique « The Remote Viewer » avec son clavecin baroque et ses harmonies de voix ainsi que « Lift A Finger By The Garden Path » qui n’aurait pas déplu à McCartney. « Chopping Block » rend, quant à elle, hommage au « Space Oddity » de Bowie alors que cette reine imaginaire fait face à son bourreau et à la foule. Cet album dégage une atmosphère nostalgique avec des titres pop imparables (« The Remote Viewer » et « Chopping Block ») et d’autres moins essentiels comme l’instrumentale « Baron Sleeps And Dreams » ou « Time Tuner » mais vous l’aurez compris le bilan demeure largement positif. Memory Of A Cut Off Head est le 20ème album de John Dwyer en 20 ans, toutes formations confondues. On ne peut que rester admiratif devant un artiste aussi prolifique qui réussit à se renouveler loin...

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TH Da Freak – Infandous

TH Da Freak – Infandous

TH Da Freak serait-il le vilain petit canard de Howlin Banana ? Non pas qu’il soit vilain (loin s’en faut) ou qu’il ait une gueule de canard (on n’oserait pas), mais il fait en tout cas figure d’incongruité au milieu de ses potes de labels qui pratiquent le garage comme religion. Mr Freak a semble-t-il été davantage biberonné aux 90s et se plaît à bricoler des chansons lo-fi, entre folk désabusée et pop grungy. Jamais départi de son ton de petit branleur sympa (“Fuck My Songs And All My Thoughts”), TH Da Freak ne semble guère se prendre au sérieux. Il serait cependant idiot de notre part d’en faire de même car le bonhomme a plus d’une mélodie dans son sac, qu’elles soient declamées avec calme et sérénité (“Dreams Are Fake” où il arbore une voix de fausset, “Night, Alone, Streets”) ou hurlées au milieu de guitares cradingues  (“Infandous”). Et le bougre qu’on pensait facile à cerner déploie même un éventail finalement plus large qu’il n’y parait. En allant rôder en terres Kraftwerkiennes (“Questions”) ou en partant explorer des paysages brumeux (“I Don’t Wanna Know If You’re Still In Love With Me”), TH Da Freak déconcerte d’abord, puis séduit. Howlin Banana n’est donc pas qu’une machine à fabriquer du Ty Segall français, le label vient de se dégoter un artiste atypique et talentueux. On ne sait pas encore s’il ira loin (on lui souhaite) mais notre platine l’apprécie déjà beaucoup. Et la vôtre devrait l’aimer tout autant. JL Infandous by TH da...

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Interview – Mark Lanegan

Interview – Mark Lanegan

On est forcément un peu impressionné quand on s’apprête à rencontrer le grand Mark Lanegan. Grand par sa stature, grand par son talent, immense par sa carrière et sa voix rauque inimitable. Alors quand, quelques heures avant un énième concert magique au Café de la danse, on se rend dans sa loge de 3m2, qu’on lui demande si on peut fermer la porte et qu’il nous répond “si tu veux mourir de suffocation, à toi de voir“, on se dit qu’on va soit se faire bouffer tout cru par le grand méchant Mark soit se retrouver face à un bonhomme posé, capable de bienveillance et de traits d’esprit. Et c’est à la deuxième facette que nous avons eu droit. Interview.   “(Mes influences électro/new wave) C’est plus marrant à chanter, c’est le genre de musique que j’aime écouter. Je suis content d’avoir survécu pour pouvoir faire des disques que j’aime !” Gargoyle semble être une évolution logique de ce que tu avais entamé sur Blues Funeral puis poursuivi sur Phantom Radio. Tu sembles de plus en plus dans ton élément avec ces atmosphères électro/new wave … A quel moment tu t’es dit que tu souhaitais évoluer de cette façon-là, et pourquoi ? C’est le genre de musique que j’écoutais depuis les années 80. Quand j’ai commencé à faire des albums, j’ai fait le genre de disques que j’étais capable de faire. Maintenant je peux faire des choses plus sophistiquées musicalement et je veux faire des albums qui correspondent à ce que j’ai envie d’écouter. J’apprécie mes premiers albums mais j’ai fait beaucoup de disques calmes, encore une fois parce que c’est ce dont j’étais capable, je m’éclate à faire les disques que je fais aujourd’hui. C’est plus marrant à chanter, c’est le genre de musique que j’aime écouter. Je suis content d’avoir survécu pour pouvoir faire des disques que j’aime ! Et ce changement de direction est due aussi aux personnes avec qui tu travailles ? Comme Rob Marshall sur ce disque, qui a visiblement eu une influence prépondérante. Oui, il a écrit la musique de plus de la moitié du disque. Rob m’avait donné de la musique à faire pour son disque (le projet Humanist, ndr), six mois avant ça. Je ne savais même pas qui c’était – c’est son management qui m’a transmis ce qu’il faisait – j’ai vraiment aimé, c’était tout à fait mon genre. Donc je m’y suis mis très vite et lui ai renvoyé 3 chansons. Puis il m’a envoyé un mail en me disant que si j’avais besoin de morceaux pour mon propre groupe, il serait ravi de le faire. J’étais en train de finir ce qui allait devenir Gargoyle. Il me restait...

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