The Folk Implosion – One Part Lullaby

The Folk Implosion – One Part Lullaby

(Interscope, 7 septembre 1999) Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques. Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement. Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement. Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à...

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Emily Jane White – Immanent Fire

Emily Jane White – Immanent Fire

(Talitres, 15 Novembre 2019) Exercice délicat que celui de la chronique. Sans cesse tiraillé entre l’objectivité que requiert l’exercice, et la subjectivité forcément présente quand on est face au travail d’un artiste avec lequel on a un vécu. Pour cet album d’Emily Jane White, le nommé Immanent Fire, à l’artwork sombre et soigné, place aux territoire inconnus. Première découverte avec l’œuvre de la californienne pour ma part… et très belle surprise ! La bio de l’artiste indique une veine folk et des thématiques sombres liées à la problématique climatique. Pas si évident pour un artiste aujourd’hui de s’attaquer à un sujet aussi majeur. L’initiative est à saluer et le résultat est à la hauteur. J’avoue un (gros) faible pour les voix féminines et je dois dire que la voix aérienne et parfois inquiète d’Emily Jane White a fait son petit effet au long des 10 titres de l’album. Dès l’inaugural « Surrender », ses arpèges lointains et délicats, ses arrangements subtils, la voix de la californienne fait des merveilles. Non sans rappeler Mazzy Star, pour ce même goût pour une musique acoustique crépusculaire. Le son se fait ensuite plus ample sur le court mais excellent « Drowned », aux arrangements de cordes élégants. Et plus inquiétant sur « Infernal », comme un orage électrique prêt à éclater sur une pluie de cordes. Superbe numéro vocal au passage. On atteint l’intensité d’une PJ Harvey sur ses derniers disques. Ça situe un peu le niveau et laisse estomaqué. Comme ce « Dew » sublime, à la sobriété délicate. Une voix, un piano. Ça me rappelle que le dernier Shannon Wright m’attend toujours. Le disque ne se cantonne pas au folk acoustique et les arrangements sont suffisamment riches (piano, cordes…) pour offrir une belle variété à l’ensemble (le court mais réussi « Entity », tout en cordes). C’est subtil, élégant (« Washed Away » aux lyrics superbes), parfois chargé d’une sourde tension (le sublime « Metamorphosis » aux belles envolées de guitares électriques ou le premier single « Light » à la batterie puissante). La pluie tombe même sur « Shroud », et le piano inquiétant n’annonce pas de beaux jours ensoleillés. À l’image des titres de certains morceaux (« Drowned », « Washed Away »…), ça sent même plutôt le déluge. Et on est presque prêt à prendre place à bord de l’arche sur « The Gates At The End », ultime joyau où la californienne achève de nous convaincre de l’urgence. Joie immense que l’exercice de la chronique. Parti à l’aventure d’un disque inconnu, nous voilà revenu avec un petit trésor au détour d’un beau voyage. Emily Jane White signe un album qui fera date. En 2019 déjà. Et sûrement...

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Shannon Lay – August

Shannon Lay – August

(Sub Pop, 23 août 2019) Le bonheur a des moyens étranges de vous trouver. En 2012, je rencontre Jonathan a un concert pourri de Thurston Moore et Lee Ranaldo. Plus tard dans l’année, Jonathan, qui sait qu’on ne peut plus m’arrêter quand je parle de musique, m’invite à contribuer à son webzine pour lequel il est en manque de rédacteurs. De 2012 à 2019, je charrie régulièrement Jonathan pour son amour de la scène garage californienne (ou « scène Ty Segall ») dont je me désintéresse totalement, vu que les quelques disques que j’en ai écouté m’ont laissé froid. Il comprend que, d’une manière générale, ce n’est pas à moi qu’il faut proposer d’écouter les sorties de ses divers membres. En 2019, Jonathan fait une interview de Mikal Cronin, membre de la scène sus-citée. Mikal Cronin lui parle de Shannon Lay, qui fera sa première partie l’année prochaine. Après l’interview, Jonathan, curieux, écoute son disque et le trouve très bon. Quelques temps après, un jour où je suis bien luné, il me vante les mérites du disque de Shannon Lay, et j’ai l’ouverture d’esprit nécessaire pour dépasser mes préjugés. Voilà, sans cette suite d’évènements, je n’aurais jamais écouté August et ce serait bien dommage parce que la folk de Shannon Lay est magnifique, rappelant une tendresse propre et l’intimité d’Elliott Smith ou Nick Drake, pour citer les références galvaudées. J’ai tenté de placer le terme de « douce mélancolie lumineuse » quelque part, mais j’avais vraiment trop l’impression que ma chronique et ma réputation en général en prendrait un coup. Il parait que Ty Segall est partout sur l’album, mais on s’en fout (d’une manière générale, je me fous de Ty Segall). La star, ici, c’est Shannon, et sa voix ; sur ce genre de musique, c’est à peu près tout ce qui compte, la propension qu’a la voix de l’artiste mêlée à l’ambiance mise en place pour vous filer des frissons. Et les compositions, bien sûr. Je ne vois donc pas trop ce que je peux dire d’autre pour vous convaincre d’écouter le disque. C’est vraiment le genre d’album avec qui vous développerez une relation toute personnelle, selon qu’il touchera ou non votre corde sensible. Pour ma part, vous avez bien compris que ça a fait mouche. Ainsi, je me retrouve pour la première fois de ma vie à m’intéresser (de près ou de loin) à la scène Ty Segall. Tout arrive. Le bonheur aussi. Même s’il a parfois des manières étranges de vous trouver....

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Wilco – Ode To Joy

Wilco – Ode To Joy

(dBpm, 4 octobre 2019) À partir de quel moment peut-on légitimement se demander, au sujet d’un artiste ou d’un groupe, si son nouvel album est un bon cru ? Qu’est-ce qui nous autorise à faire usage de cette analogie viticole ? Faut-il être prolifique ou régulier ? Faut-il avoir sorti beaucoup d’albums ? Je crois qu’on a le droit de se poser la question si l’artiste ou le groupe en question a fini par tomber dans une certaine routine. Cette routine, on ne l’attendait pas particulièrement de la part de Jeff Tweedy. Ce dernier a en effet toujours, du moins jusqu’à un certain de stade de sa carrière, créé dans l’adversité. Chamboulé – écœuré, même – par une séparation avec Jay Farrar dont il ne fut pas à l’origine, Jeff s’est construit comme l’angry young man du duo. La presse spécialisée voyait Farrar comme le véritable artiste d’Uncle Tupelo et misait tout sur Son Volt. Elle allait voir ce qu’elle allait voir. D’abord Tweedy allait lui asséner un chef-d’œuvre crépusculaire en forme de double album (Being There en 1996). Ensuite, quand son groupe serait sacré roi de l’alternative country, il leur en mettrait une bonne en virant pop (Summerteeth en 1999). Et puisque la pop ne suffirait pas, en fin connaisseur de l’histoire des parias de la musique américaine, le leader de Wilco se réincarnerait en digne successeur d’Alex Chilton. Yankee Hotel Foxtrot serait donc son Third/Sister Lovers, un disque malade, réalisé dans l’antagonisme et l’angoisse. Et si pour cela il fallait sombrer dans la drogue, se mettre tout son groupe à dos, y risquer sa santé mentale, et bien il le ferait. En concert, Wilco, c’était un peu pareil : dans certains pays, notamment l’Angleterre, Tweedy affrontait le public, se le mettait à dos. Depuis cette période, qui s’est achevée par un quasi-renouvellement du groupe et un disque rédempteur, A Ghost is Born, le musicien de l’Illinois a préféré laisser son rôle d’anti-héros à d’autres. Il y aurait toujours un Ryan Adams pour jouer le connard de service. Tweedy, lui, se convertirait en père aimant, en mari attentionné et en leader d’un groupe stable et équilibré, constitué uniquement de pointures. En live, ce groupe fait chaque soir des miracles. Nels Cline triture sa guitare durant de longues minutes sur « Impossible Germany » ; Glenn Kotche matraque les fûts sur « Spiders » ; la rythmique brille de tous feux sur « Monday » ou « I’m the Man Who Loves You » ; tout ce beau monde maîtrise la dynamique et le bruit blanc sur des classiques tels que « I’m Trying to Break Your Heart » ou « Via Chicago ». Sur disque, en revanche, Wilco...

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Big Thief – Two Hands

Big Thief – Two Hands

(4AD/Beggars, 11 octobre 2019) On venait à peine de digérer U.F.O.F., le troisième album du quatuor folk-rock new-yorkais emmené par la talentueuse Adrianne Lenker, que Big Thief remet le couvert avec son second disque de 2019. Précédé par un single de 6 minutes, « Not », Two Hands s’annonçait très différent de son prédécesseur. En effet, alors que U.F.O.F. était dominé par une ambiance cotonneuse, ses chansons se présentant comme de petites miniatures fragiles – à l’exception d’un « Jenni » plus tendu – , « Not » semblait plutôt marcher sur les terres du Neil Young électrique avec trois minutes de solo prodigieux sur deux notes à la manière du loner. Le groupe allait-il maintenir cette tension sur l’ensemble de l’album ? Oui et non, comme on va le voir. L’argument promotionnel de Two Hands est qu’il aurait été enregistré en urgence et d’une traite dans un ranch du Texas. Aussi propose-t-on au chroniqueur de l’écouter en deux plages de 16 et 22 minutes respectivement. Si le son est globalement plus brut que sur le précédent, la différence n’est en réalité que de degré plutôt que de nature. Les guitares se font en effet plus électriques et l’album ne possède pas les textures de fond qu’avait U.F.O.F et qui conférait à ce dernier une unité et une forme de confort d’écoute. Tout n’y est pourtant pas aussi intense que sur « Not ». La véritable différence se situe en revanche dans le chant de Lenker, beaucoup plus rauque et pouvant à l’occasion dérailler, ce qui lui donne une charge émotionnelle peu entendue depuis Masterpiece, le premier album du groupe. Après un démarrage en douceur (« Rock and Sing »), la formation propose avec « Forgotten Eyes » une première montée en puissance, portée notamment par les aigus de Lenker sur le refrain. « The Toy » ressemble à une version boostée de « Terminal Paradise » sur le disque précédent. Le refrain, qui voit Lenker mélanger sa voix à celle de Buck Meek, a quelque chose d’un peu dada, on ne sait pas vraiment ce que veut dire « The toy in my hand is real » mais c’est déclamé avec beaucoup d’intensité en tous cas. James Krivchenia fait des merveilles sur le morceau-titre. Il s’affirme de plus en plus en digne successeur de Glenn Kotche (œuvrant notamment au sein de Wilco), c’est-à-dire comme l’un des batteurs les plus sensibles de l’indie pop américaine. On sent qu’il utilise la batterie, non pas comme un instrument unique, mais comme une palette sonore. Il alterne ainsi frappe de fond de temps et breaks plus légers. D’une manière générale, il y a quelque chose de merveilleusement organique chez ce groupe, comme...

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