Grandaddy – Last Place

Grandaddy – Last Place

Notre grand-père préféré est de retour ! Ça fait 11 ans qu’on l’attendait, ses petites histoires nous avaient manquées. Bien sûr il avait continué de nous en conter mais il ne voulait plus qu’on l’appelle grand-père, il préférait qu’on l’appelle par son vrai nom, Jason Lytle. C’était chouette mais ça n’avait pas tout à fait la même saveur. On a beau avoir fait un long break, quand il entame son histoire on a le sentiment qu’il ne nous a jamais quitté. Le voilà qui fait plein de bruitages, au début on se dit qu’il se paie un peu notre tête mais finalement il faut reconnaître qu’ils sont sympas et rigolos ses bruitages. Et l’histoire est super chouette (« Way We Won’t »). Parfois on a un peu l’impression qu’il nous a déjà raconté certaines d’entre elles (« I Don’t Wanna Live Here Anymore ») mais on l’aime bien alors même s’il est un peu gâteux on lui pardonne… Et puis il est attachant ce Grandaddy, il nous tirerait presque les larmes (« The Boat Is In The Barn ») avec cette mélancolie qu’il se traine depuis des années (« That’s What You Get For Gettin’ Outta Bed », This Is The Part »). De temps à autre, il nous prend même sur les genoux, nous fait rebondir (« Chek Injin ») et on lui demande de ne pas s’arrêter (« please keep going, please keep going« ). Sur la fin, papy a l’air vraiment triste, il radote un peu ses vieilles rengaines (sa crainte du digital qui prend de plus en plus de place dans nos vies, notamment), on l’écoute par compassion mais on s’ennuie un peu par moments. Et puis, finalement, à force d’y mettre tellement du sien il parvient à nous convaincre totalement (« A Lost Machine »). Ne boudons pas notre plaisir, les moments passés avec ce grand-père adoré demeurent privilégiés. Il est de retour c’est le principal, et il a encore toute sa tête. Ses plus belles années sont sans doute derrière lui, mais vu l’amour et les super moments qu’il arrive encore à nous transmettre on l’imagine mal finir à l’hospice le vieux....

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John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

Ce qu’on peut être médisant parfois. Regardez les mots que j’employais pour attaquer ma chronique du précédent disque de John Garcia « John Garcia fait toujours peu ou prou la même chose. John Garcia n’a pas une voix d’une sidérante beauté. » Rangez vos guns toutefois, les adorateurs du roi du désert, je me montrais enthousiaste sur le contenu dudit album. Mais depuis ce jour le père John, fidèle lecteur d’Exitmusik, ruminait dans son coin et s’était juré de prendre son temps pour sortir son successeur, dont l’unique but serait de me faire mentir. Voici donc un album de John Garcia bien différent de ce qu’il a l’habitude de nous proposer. Ok John, tu marques un point. Forcément du stoner acoustique ça ne ressemble plus vraiment à du stoner. Le pari était donc somme toute relativement risqué. « Relativement » parce qu’avec 4 morceaux de Kyuss, il a pris soin de ne pas déboussoler totalement l’auditeur. On aurait pu penser que mélanger morceaux cultes et nouveaux morceaux n’était pas forcément la meilleure idée pour mettre en valeur ces derniers. Mais figurez-vous qu’ils s’en sortent plutôt très bien. En ouverture « Kylie » est une franche réussite (et on serait curieux de l’entendre en version électrique !). « Argleben II » ou la très entrainante « Hollingworth Session », sans être des chefs-d’oeuvre inoubliables, font également mouche. Et on retrouve en fin d’album, une version live de « The Blvd » (présent sur le précédent disque) aux atours bluesy fort séduisants. Ceci étant dit, la grande et belle surprise demeure la réinterprétation des classiques de Kyuss, que John Garcia laisse vivre et n’ont pas besoin des riffs monstrueux de Josh Homme pour marquer les esprits. Mention spéciale à « Gardenia », transfiguré en folk minimaliste, là où elle faisait figure d’ouragan dévastateur en ouverture de Welcome To Sky Valley. Ou « Green Machine » sur lequel Garcia beuglait virilement auparavant et qui, ici opte pour un murmure délicat. Sans surprise « Space Cadet » est celle qui a subi le lifting le moins sévère (puisqu’elle était déjà acoustique) mais Garcia y chatouille les aigüs avec brio (avec qui ?) prouvant aux médisants dont je fus qu’il a bien une voix superbe… Ok John, mille excuses. La formidable « El Rodeo » et ses slides de guitare jouissifs vient entériner la démonstration que le défi un brin périlleux du passage à la gratte sèche est relevé haut la main. On résume donc : John Garcia ne fait pas toujours la même chose, John Garcia a une très belle voix et chante remarquablement bien. Le troisième point que j’avais évoqué à l’époque dans ma chronique était le suivant « John Garcia n’égalera plus jamais les albums de ses débuts avec Kyuss« . Alors autant y aller franco, le sieur Garcia a l’air un peu nostalgique de Kyuss et...

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Un nouvel album pour Mark Lanegan. Extrait en écoute

Un nouvel album pour Mark Lanegan. Extrait en écoute

Le 28 avril prochain, Mark Lanegan sortira (sous le nom de Mark Lanegan Band) son 10e album, Gargoyle, chez Heavenly Recordings. Exception faite de l’album de démos exhumées Houston Publishing Demos 2002, il s’agira de sa première sortie studio depuis le quelque peu décevant Phantom Radio paru il y a trois ans. L’ancien leader des Screaming Trees a invité à la fête quelques partenaires de longue date, et non des moindres : Josh Homme (Queens Of The Stone Age), Greg Dulli (Afghan Whigs) et le multi instrumentiste Duke Garwood, co-auteur avec lui de l’excellent Black Pudding (2013). « Nocturne », premier extrait de l’album, est en écoute ci-dessous. Voici en outre la pochette du disque ainsi que (chose toujours passionnante) son tracklisting : 1/ Deaths Head Tattoo 2/ Nocturne 3/ Blue Blue Sea 4/ Beehive 5/ Sister 6/ Emperor 7/ Goodbye To Beauty 8/ Drunk On Destruction 9/ First Day Of Winter 10/ Old Swan     JL...

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Nick Drake – Pink Moon

Nick Drake – Pink Moon

En ce jour funeste*, qui voit la disparition du poète et chanteur canadien Léonard Cohen, auteur de quelques-unes des plus belles chansons du siècle dernier (écoutez « Hallelujah », qu’avait repris si magistralement Jeff Buckley sur l’album Grace). On a l’impression d’entendre un ange tombé du ciel. Léonard Cohen première victime collatérale de la sinistre marionnette Trump. Mais je m’égare, en ce jour maudit disais-je, j’ai envie de vous parler d’un autre poète chanteur, qui n’a malheureusement pas eu la reconnaissance de son talent de son vivant, et qui est mort très jeune, totalement inconnu dans une solitude extrême. Je voulais vous parler de Nick Drake, artiste maudit s’il en est, et autre ange tombé du ciel. Nick Drake, est unanimement reconnu depuis, bien sûr, comme c’est souvent le cas, reconnaissance et estime post mortem. De nombreux chanteurs lui vouent un culte et ne tarissent pas d’éloge sur son talent immense. Peter Buck, Robert Smith, Lou Barlow en font partie (excusez du peu). C’est même en écoutant tout jeune Five Leaves Left qu’il se dit que même un mec timide, voire introverti, peut passer ses émotions dans la musique et écrire des chansons. Et quelles chansons ! Aujourd’hui, si je vous parle de Nick Drake, c’est que Pink Moon, son troisième et dernier album a été publié il y a 45 ans. Dernier disque, brut de fonderie, aucune fioriture sur ces titres concis (l’album ne dure que 28 minutes). Nick seul à la guitare et au chant. On ne peut faire plus dépouillé et moins commercial. Nick Drake a 24 ans, deux albums au succès limité derrière lui. Et pourtant deux chefs-d’œuvre ignorés de son vivant qui trouveront avec le temps des cohortes de fans qui découvriront le génie de ce chanteur compositeur. Nick Drake, éprouvé par les échecs relatifs de ses deux premiers disques choisit l’épure comme ligne directrice, lorsqu’il enregistre en deux nuits onze chansons. Rupture totale avec le style des deux albums précédents Five Leaves Left et Bryter Layter à la production riche, et aux nombreuses harmonies complexes, piano, cordes, guitares. Jetant tout ce qu’il a d’émotion et de passion dans ces séances, qui verront la naissance de Pink Moon. Bien que jugé par ses fans comme son meilleur album, l’échec commercial sans appel du disque enfonce Nick Drake plus profondément dans la dépression qui le mine depuis toujours. Très affecté par le rejet public du disque, Nick Drake abandonne la musique et se retire définitivement chez ses parents. Deux ans plus tard, il décède d’une overdose d’anti dépresseur. Triste fin pour un jeune génie de 26 ans incompatible avec le succès, et le monde dans lequel il vivait. L’éponyme « Pink Moon » en ouverture, sur laquelle il a...

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Ty Segall – Ty Segall

Ty Segall – Ty Segall

Vous vous souvenez de Manipulator ? Oui, forcément. C’est ce moment où Ty Segall avait décidé de s’accaparer une bonne partie des derniers qui, jusque-là, étaient parvenus à résister son charme. L’album proposait alors une synthèse parfaite du talent du bonhomme. Une énergie vorace, un sens affûté de la mélodie qui tue et une pointe de sensibilité déjà démontrée dans l’étonnamment apaisé Sleeper. Et puis, après être parvenu à concilier les fans de la première heure tout en séduisant de nouveaux adeptes, Ty avait décidé de tout balancer aux orties. Sur Emotional Mugger, il faisait plus de bruit que jamais pour la plus grande joie de certains vieux fidèles mais au grand dam d’autres (dont je suis) déplorant que l’excès d’énergie, la volonté d’en foutre partout avait nui à l’efficacité de ses compos. Un an après, Ty Segall revient, flanqué de son équipe habituelle (Mootheart, Cronin…), et délesté de King Tuff présent sur Emotional Mugger. Et après cette parenthèse désenchantée, le voilà qui nous pond la véritable suite de Manipulator. C’est à dire du garage tantôt versant punk tantôt versant folk, mais toujours délicieusement pop. Donc le Ty récite ses gammes. Et distribue des petites baffes. Petites, car il n’y a là rien d’aussi immédiatement fédérateur que sur Manipulator. Mais après l’ouverture classique et efficace (« Break A Guitar », bien fuzzy comme il faut), le menu se révèle bien copieux. « The Only One » et ses grattes indomptées qui n’en font qu’à leurs cordes, l’épique « Warm Hands (Freedom Returned) », véritable morceau de bravoure. 10 minutes sous le capot. La punkette « Thank You Mr. K », la folk « Orange Color Queen » qui sonnerait presque comme du Elliott Smith sur son refrain. La très pop « Papers », avec même du piano dedans ! Et quand ça lui chante, le père Segall se transforme en vieux briscard du blues (« Talkin »)… Il y aura toujours matière à pinailler, à dire que le Ty est ici parfaitement calé dans ses souliers faisant exactement ce en quoi il excelle (c’est à dire à peu près tout, vous l’aurez compris). A un moment donné, si on veut faire preuve d’un minimum d’objectivité, on signalera que son domaine de prédilection, ça reste de faire de sacrés bons albums. Et en voici un de plus. JL...

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