Shannon Lay – August

Shannon Lay – August

(Sub Pop, 23 août 2019) Le bonheur a des moyens étranges de vous trouver. En 2012, je rencontre Jonathan a un concert pourri de Thurston Moore et Lee Ranaldo. Plus tard dans l’année, Jonathan, qui sait qu’on ne peut plus m’arrêter quand je parle de musique, m’invite à contribuer à son webzine pour lequel il est en manque de rédacteurs. De 2012 à 2019, je charrie régulièrement Jonathan pour son amour de la scène garage californienne (ou « scène Ty Segall ») dont je me désintéresse totalement, vu que les quelques disques que j’en ai écouté m’ont laissé froid. Il comprend que, d’une manière générale, ce n’est pas à moi qu’il faut proposer d’écouter les sorties de ses divers membres. En 2019, Jonathan fait une interview de Mikal Cronin, membre de la scène sus-citée. Mikal Cronin lui parle de Shannon Lay, qui fera sa première partie l’année prochaine. Après l’interview, Jonathan, curieux, écoute son disque et le trouve très bon. Quelques temps après, un jour où je suis bien luné, il me vante les mérites du disque de Shannon Lay, et j’ai l’ouverture d’esprit nécessaire pour dépasser mes préjugés. Voilà, sans cette suite d’évènements, je n’aurais jamais écouté August et ce serait bien dommage parce que la folk de Shannon Lay est magnifique, rappelant une tendresse propre et l’intimité d’Elliott Smith ou Nick Drake, pour citer les références galvaudées. J’ai tenté de placer le terme de « douce mélancolie lumineuse » quelque part, mais j’avais vraiment trop l’impression que ma chronique et ma réputation en général en prendrait un coup. Il parait que Ty Segall est partout sur l’album, mais on s’en fout (d’une manière générale, je me fous de Ty Segall). La star, ici, c’est Shannon, et sa voix ; sur ce genre de musique, c’est à peu près tout ce qui compte, la propension qu’a la voix de l’artiste mêlée à l’ambiance mise en place pour vous filer des frissons. Et les compositions, bien sûr. Je ne vois donc pas trop ce que je peux dire d’autre pour vous convaincre d’écouter le disque. C’est vraiment le genre d’album avec qui vous développerez une relation toute personnelle, selon qu’il touchera ou non votre corde sensible. Pour ma part, vous avez bien compris que ça a fait mouche. Ainsi, je me retrouve pour la première fois de ma vie à m’intéresser (de près ou de loin) à la scène Ty Segall. Tout arrive. Le bonheur aussi. Même s’il a parfois des manières étranges de vous trouver....

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Wilco – Ode To Joy

Wilco – Ode To Joy

(dBpm, 4 octobre 2019) À partir de quel moment peut-on légitimement se demander, au sujet d’un artiste ou d’un groupe, si son nouvel album est un bon cru ? Qu’est-ce qui nous autorise à faire usage de cette analogie viticole ? Faut-il être prolifique ou régulier ? Faut-il avoir sorti beaucoup d’albums ? Je crois qu’on a le droit de se poser la question si l’artiste ou le groupe en question a fini par tomber dans une certaine routine. Cette routine, on ne l’attendait pas particulièrement de la part de Jeff Tweedy. Ce dernier a en effet toujours, du moins jusqu’à un certain de stade de sa carrière, créé dans l’adversité. Chamboulé – écœuré, même – par une séparation avec Jay Farrar dont il ne fut pas à l’origine, Jeff s’est construit comme l’angry young man du duo. La presse spécialisée voyait Farrar comme le véritable artiste d’Uncle Tupelo et misait tout sur Son Volt. Elle allait voir ce qu’elle allait voir. D’abord Tweedy allait lui asséner un chef-d’œuvre crépusculaire en forme de double album (Being There en 1996). Ensuite, quand son groupe serait sacré roi de l’alternative country, il leur en mettrait une bonne en virant pop (Summerteeth en 1999). Et puisque la pop ne suffirait pas, en fin connaisseur de l’histoire des parias de la musique américaine, le leader de Wilco se réincarnerait en digne successeur d’Alex Chilton. Yankee Hotel Foxtrot serait donc son Third/Sister Lovers, un disque malade, réalisé dans l’antagonisme et l’angoisse. Et si pour cela il fallait sombrer dans la drogue, se mettre tout son groupe à dos, y risquer sa santé mentale, et bien il le ferait. En concert, Wilco, c’était un peu pareil : dans certains pays, notamment l’Angleterre, Tweedy affrontait le public, se le mettait à dos. Depuis cette période, qui s’est achevée par un quasi-renouvellement du groupe et un disque rédempteur, A Ghost is Born, le musicien de l’Illinois a préféré laisser son rôle d’anti-héros à d’autres. Il y aurait toujours un Ryan Adams pour jouer le connard de service. Tweedy, lui, se convertirait en père aimant, en mari attentionné et en leader d’un groupe stable et équilibré, constitué uniquement de pointures. En live, ce groupe fait chaque soir des miracles. Nels Cline triture sa guitare durant de longues minutes sur « Impossible Germany » ; Glenn Kotche matraque les fûts sur « Spiders » ; la rythmique brille de tous feux sur « Monday » ou « I’m the Man Who Loves You » ; tout ce beau monde maîtrise la dynamique et le bruit blanc sur des classiques tels que « I’m Trying to Break Your Heart » ou « Via Chicago ». Sur disque, en revanche, Wilco...

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Big Thief – Two Hands

Big Thief – Two Hands

(4AD/Beggars, 11 octobre 2019) On venait à peine de digérer U.F.O.F., le troisième album du quatuor folk-rock new-yorkais emmené par la talentueuse Adrianne Lenker, que Big Thief remet le couvert avec son second disque de 2019. Précédé par un single de 6 minutes, « Not », Two Hands s’annonçait très différent de son prédécesseur. En effet, alors que U.F.O.F. était dominé par une ambiance cotonneuse, ses chansons se présentant comme de petites miniatures fragiles – à l’exception d’un « Jenni » plus tendu – , « Not » semblait plutôt marcher sur les terres du Neil Young électrique avec trois minutes de solo prodigieux sur deux notes à la manière du loner. Le groupe allait-il maintenir cette tension sur l’ensemble de l’album ? Oui et non, comme on va le voir. L’argument promotionnel de Two Hands est qu’il aurait été enregistré en urgence et d’une traite dans un ranch du Texas. Aussi propose-t-on au chroniqueur de l’écouter en deux plages de 16 et 22 minutes respectivement. Si le son est globalement plus brut que sur le précédent, la différence n’est en réalité que de degré plutôt que de nature. Les guitares se font en effet plus électriques et l’album ne possède pas les textures de fond qu’avait U.F.O.F et qui conférait à ce dernier une unité et une forme de confort d’écoute. Tout n’y est pourtant pas aussi intense que sur « Not ». La véritable différence se situe en revanche dans le chant de Lenker, beaucoup plus rauque et pouvant à l’occasion dérailler, ce qui lui donne une charge émotionnelle peu entendue depuis Masterpiece, le premier album du groupe. Après un démarrage en douceur (« Rock and Sing »), la formation propose avec « Forgotten Eyes » une première montée en puissance, portée notamment par les aigus de Lenker sur le refrain. « The Toy » ressemble à une version boostée de « Terminal Paradise » sur le disque précédent. Le refrain, qui voit Lenker mélanger sa voix à celle de Buck Meek, a quelque chose d’un peu dada, on ne sait pas vraiment ce que veut dire « The toy in my hand is real » mais c’est déclamé avec beaucoup d’intensité en tous cas. James Krivchenia fait des merveilles sur le morceau-titre. Il s’affirme de plus en plus en digne successeur de Glenn Kotche (œuvrant notamment au sein de Wilco), c’est-à-dire comme l’un des batteurs les plus sensibles de l’indie pop américaine. On sent qu’il utilise la batterie, non pas comme un instrument unique, mais comme une palette sonore. Il alterne ainsi frappe de fond de temps et breaks plus légers. D’une manière générale, il y a quelque chose de merveilleusement organique chez ce groupe, comme...

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Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

(Sargent House, 13 septembre 2019) Après l’éreintante tournée qui a accompagné Hiss Spun, Chelsea Wolfe a ressenti le besoin de se ressourcer, de retrouver “The Mother Road” (titre du premier morceau de cet album), celle qui la ramène chez elle, loin de toute agitation. Celle qui la guide vers les racines de sa musique, plus simple et épurée qu’elle affectionnait (à l’image du sublime Unknown Rooms : A Collection Of Acoustic Songs, sorti en 2012), avant la parenthèse metal de ses deux derniers albums. Birth Of Violence est donc un disque des plus intimistes, où sa voix est plus que jamais mise en avant. Une voix qui en impose, occupe l’espace et embellit tout ce qui l’accompagne. Dès qu’on emprunte “The Mother Road” en sa compagnie, elle guide l’assemblée, avec une simple guitare sèche avant que le morceau ne s’enfonce peu à peu dans les ténèbres. Le crescendo est poignant, la batterie prend des allures de sentence irrémédiable, les cordes font monter la pression… On se relève comme on peut et on poursuit dans cette atmosphère lugubre avec toujours le timbre troublant et ensorcelant de Chelsea Wolfe en guise de lampe torche. Les doigts glissent sur les cordes avec délice (“American Darkness”, “Be All Simple”, le fingerpicking de “Little Grave”), la clarté du son et les arrangements soignés nous immergent totalement (“Preface To A Dream Play”), les refrains sont merveilleux (la plus rêche et tendue “Deranged For Rock n Roll”, les envolées de “Dirt Universe”). En dépit de quelques morceaux au magnétisme moins évident (“Erde”, “When Anger Turns To Honey”), la magie fait son œuvre, l’envoûtement opère sans difficulté (la sublime “Highway” où les cordes vocales de Chelsea impressionne une fois de plus et où quelques effets subtils et inquiétants viennent appuyer les simples sons des cordes grattées). Hiss Spun se montrait parfois trop écrasant, Birth Of Violence invite davantage à l’apaisement. En surface tout du moins, car une menace diffuse semble bien présente et à même de surgir à tout moment. Mais une porte s’entrouvre, derrière elle une artiste qui nous cajole et nous rassure, alors que tout ce qui l’entoure parait si fragile et proche de s’effondrer. Quand elle finit par se retirer, l’orage gronde (« Storm » en conclusion du disque). Nous voilà de nouveau seuls, trempés, livrés à nous-mêmes. Il ne tient qu’à nous de rouvrir cette porte où l’accueil est si chaleureux, dès que le besoin s’en fera sentir. Jonathan...

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Wilco dévoile un extrait de son nouvel album

Wilco dévoile un extrait de son nouvel album

© Annabel Mehran Wilco reviendra le 4 octobre prochain avec son 11e album, Ode To Joy, chez BPM Records. Le groupe de Jeff Tweedy vient de partager un premier single “Everyone Hides”. Un titre que les membres du groupe ont pris au pied de la lettre en jouant à cache cache dans ce premier clip qui nous fait visiter les lieux emblématiques de Chicago. Le groupe jouera au Trianon de Paris dimanche 22 septembre. Tous nos articles sur...

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