DAAU – Hineininterpretierung

DAAU – Hineininterpretierung

Que c’est beau l’allemand ! Pourtant je ne l’ai pris ni en option 2e ou 3e langue, je n’y comprends strictement rien et quand on décompose l’acronyme de DAAU (Die Anarchistische Abendunterhaltung!), c’est pas vraiment le premier qualificatif qui nous vient à l’esprit. Mais à l’écoute de ce nouveau disque de DAAU en forme de compilation revisitée (par Rudy Trouvé, ex-guitariste de dEUS), idéale pour pénétrer l’univers singulier du groupe, pas de doute : c’est beau l’allemand. Qu’il n’y ait pas de méprise, DAAU, n’est pas un groupe allemand mais belge (comme dEUS…), il célèbre aujourd’hui ses 25 ans de carrière et si le nom vous dit quelque chose c’est peut-être pour ses collaborations avec EZ3kiel, avec qui ils ont notamment partagé l’affiche sur la monumentale tournée Versus Tour en 2004. Un groupe avec qui ils partagent quelques points communs : un goût pour l’expérimentation, un rejet des frontières, une volonté d’explorer tous azimuts. DAAU c’est la rencontre du passé et du futur, d’instruments ancestraux et d’arrangements modernes, du jazz, de la musique classique, du rock, de subtiles touches électroniques, le tout se côtoyant joliment sans jamais s’apparenter à un affrontement (la merveilleuse « Red » en atteste à la perfection). Et pour l’auditeur, un tant soit peu curieux et ouvert d’esprit, c’est du bonheur. S’égarer en se laissant guider au gré d’une flûte (« Rabbit Eye Movement »), suivre la guillerette mais belliqueuse « Drieslagstelsel I », être charmé par l’étrange conte (en français) « Orange », savourer l’apaisante « Lounja La Gazelle », redouter l’agression d’une basse offensive, aussitôt contrebalancée par une flûte enchanteresse (« Delete Alt And Undo »), se rappeler que l’accordéon ça peut être vachement cool quand c’est pas Ivette Horner qui le tient dans ses mains « Drieslagstelsel II », se délecter d’un savoureux « Gin & Tonic », se prendre une petite averse et préférer en sourire (« Rain Song » et sa touche dub), faire un merveilleux périple entre trois destinations, pourtant pas très exotiques (« Berlin-Devanter-Antwerpen »)… En bref, vivre la musique comme une aventure, une expérience. Et avec DAAU vous avez trouvé le meilleur guide de voyage. JL DAAU sera en concert au Petit Bain (Paris) le 2...

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Emboe – Aléa Deluxe

Emboe – Aléa Deluxe

Emboe est un sadique. Voilà il fallait que ça sorte, ça ne pouvait plus continuer comme ça. De longues années durant, Emboe s’est adonné à la maltraitance de guitares. Il n’avait alors pas encore de pseudo pensant bénéficier d’un relatif anonymat au sein de ses associations de malfaiteurs précédentes (Sons Of Frida, Dernière Transmission, No.On…). Mais sa réputation n’étant plus à faire, il s’est résolu à œuvrer dans l’ombre pour regagner en confidentialité. Sadisme suprême, il avait fait se côtoyer Rihanna et Sonic Youth, qui a priori n’ont pas grand-chose à se dire. Et contre toute attente, le courant était bien passé. Las de molester des guitares, Emboe s’est attaqué l’an dernier à des appareils électroniques. Une manière à lui de brouiller les pistes. Mais sa philosophie n’a pas changé d’un iota : il aime faire mal. Faire mal aux machines qu’il triture jusqu’à plus soif, et faire mal aux crânes des auditeurs. Et cette fois, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, œuvrant pendant près d’1h20 derrière des machines entièrement soumises à son esprit malfaisant. Comme lorsqu’il assemble, bien malgré elles, tout un tas de sonorités perverties (« In Like Dead » dans un registre qui tabasse, « Feel The Same » ou « Shot Groove », quelque part entre expérimental et indus) alors qu’il est tout à fait capable de façonner des pièces bien plus faciles d’accès (« Crash Rain », « Cold Clown » et son beat outrancier). Sadique, Emboe l’est encore quand il nous laisse sous la menace d’une « Neverskin » prête à exploser mais qui se contente de nous narguer indéfiniment. Sadique toujours quand il laisse s’infiltrer une étrange beauté à cet univers inquiétant et tourmenté, ravivant à nos pauvres esprits le souvenir d’un autre azimuté de première, Aphex Twin (« Just Your Shoulder »). Ou quand il convoque My Bloody Valentine, maîtres ès maltraitance guitaristique, dans ses lentes progressions éthérées et saturées (« Somebody In The Clouds ») où peut parfois débarquer sans coup férir un beat geignard, voire génial (« Cacatoes »). Sadique et narquois quand il nous renvoie à nos heures d’ado loser se déhanchant laborieusement sur une house music entrainante à défaut d’être finaude (« Mastic Dead »), ou lorsqu’il nous pousse à la consommation de psychotropes en délivrant un groove subtil et hallucinatoire (« Pink Pussy »). Monstrueusement sadique également quand il nous inflige une basse dont on est bien incapable de se défaire (« Gosasys »), ou lorsqu’il nous livre cette superbe fin d’album (« Hope To See You Again », « Wicked Lovers ») chargée de mélancolie qui nous poussera à remettre le couvert et à repasser ainsi par tous les sentiments contraires qui...

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Liars – TFCF

Liars – TFCF

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Gageons qu’Angus Andrew, retrouvé seul dans le navire Liars depuis le départ d’Aaron Hemphill, ne s’est pas lamenté bien longtemps avec cette citation de Lamartine en tête. Si Liars a déjà touché à presque tout musicalement (souvent avec brio) on aurait pu craindre que le père Angus choisisse de simplifier la donne n’ayant plus de comparse avec qui partager ses délires et idées saugrenues. Il n’en est rien. Pourtant, les instruments à sa disposition sont réduits comme peau de chagrin : une gratte sèche omniprésente et des machines pour s’adonner à quelques bidouillages électroniques. C’est à peu près tout, si l’on excepte les coups de main épars de quelques copains. Mais inutile d’escompter un frein quelconque à son imagination débordante : ce TFCF a tout pour lui, excepté son affreuse pochette. A commencer par une atmosphère globale hypnotique, étrangement envoutante, un je ne sais quoi qui procure un grand attachement pour tout un tas de morceaux qui ne paient pas de mine de prime abord. Comme souvent chez ce groupe. L’univers Liars se retrouve dépouillé mais fourmille toujours d’idées. Et de bonnes chansons. Citons pèle mêle « Cliche Suite » aux allures médiévales, les errances mystiques d’un Angus tourmenté sur fond de beat d’abord rachitique puis épileptique (« Face To Face With My Face »), la mélancolie palpable de « No Help Pamphlet », la simplicité tubesque de « No Tree No Branch » dans un délire drum&bass, « Cred Woes » entre electro et hip hop, avec un chant rappelant Beck (!), tout en s’octroyant un break qui semble emprunté… au « My Sharona » des Knacks ! Ça fait beaucoup pour un seul disque. Et ça confirme que l’entité Liars conserve toute son âme, sa singularité et vient d’ajouter une réussite de plus à sa fascinante discographie....

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Arcade Fire – Everything Now

Arcade Fire – Everything Now

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent. Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe « indie », demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France. La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur). Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes. Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois. Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près. De deux choses l’une, Arcade...

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Nine Inch Nails – Add Violence EP

Nine Inch Nails – Add Violence EP

Alors qu’il avait mis en sommeil pendant quelques temps l’entité Nine Inch Nails, préférant s’adonner aux plaisirs moins exposés de la bande originale avec son ami Atticus Ross (ou même avec Mogwai sur le documentaire de Di Caprio, Avant le déluge), Trent Reznor a depuis la fin de l’année dernière décidé de donner une suite à la carrière de son groupe mythique. Une nouvelle enthousiasmante pour un résultat bien mitigé. L’EP Not The Actual Events renouait avec des chansons certes plus torturées que sur Hesitation Marks mais oubliait de nous inviter dans son univers. Il n’y avait rien de foncièrement mauvais là-dedans, mais trop peu qui nous incitait à la réécoute, le tout demeurant très impénétrable. Add Violence étant annoncé comme la deuxième partie d’une trilogie (bouclée en principe à la fin de l’année) on était en droit de nourrir des inquiétudes légitimes. Atticus Ross est toujours de la partie et on peut aisément l’imaginer en partie responsable de ces chansons qui oublient d’en être, lui le tisseur d’ambiances, dont la musique est davantage faite pour accompagner des images. Le premier morceau de cet EP balaie d’entrée de jeu cet état de fait. « Less Than » ressemble à du pur NIN : synthé tapageur, guitares en arrière-plan avant de reprendre leurs droits sur un refrain destiné à être scandé (un peu trop peut-être). Indéniablement efficace, ce single pêche toutefois par son manque d’audace tant il sonne comme du « vieux NIN ». Mais du vieux NIN plutôt bien foutu est toujours mieux à prendre que du faux NIN. « The Lovers », lente complainte de Trent sur fond de bidouillages synthétiques, fait retomber notre niveau d’excitation. Rien d’infamant mais il ne s’y passe pas grand chose. La vraie perle de cet EP, et sans doute le meilleur morceau depuis quelques temps, se nomme « This Isn’t The Place ». Un décor qui se plante lentement mais sûrement, un univers captivant et la voix de Reznor, délicate et touchante. De la belle ouvrage, vraiment. Un morceau qui porte bien son nom puisqu’il aurait très bien pu figurer sur The Fragile par exemple, où il n’aurait pas dépareillé et aurait été bien mieux accompagné. A côté de ça, « Not Anymore » renoue avec un univers indus mais ressemble à du « vite écrit, vite plié », quand « The Background World » parait tout aussi paresseux et dérive sur un final bruitiste de près de 7 minutes parfaitement inutile. Moins avare en mélodie que le trop rustre Not The Actual Events, Add Violence ajoute surtout un peu d’intérêt à ce Nine Inch Nails qui se cherche encore mais qu’on finira peut-être par retrouver totalement sur le troisième EP....

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