Jon Hopkins – Singularity

Jon Hopkins – Singularity

Depuis quelques années, Jon Hopkins s’est imposé comme l’un des nouveaux bonhommex à suivre à la trace en musique électronique. Après quelques amuse-gueules (une BO, un EP, une mixtape) pour faire patienter les plus accros, le voici enfin disposé, 5 ans après, à offrir un successeur à Immunity, l’album qui l’a définitivement consacré. Soyons honnêtes, malgré son statut et de sérieux coups de cœur, on ne savait pas vraiment si on devait totalement se laisser aller à l’enthousiasme béat qui entoure Jon Hopkins. Oui, il a signé quelques-uns des meilleurs morceaux électro de ces derniers temps. Incontestablement. Pour autant, ce serait mentir que de dire qu’Immunity a squatté notre platine sans relâche depuis 5 ans. Car l’album demeurait assez inégal et après un début fracassant, notre intérêt s’effritait peu à peu. Singularity envoie-t-il valser les derniers doutes à son sujet ? Pas vraiment. Il confirme d’abord que certains de ses morceaux marquent les esprits. Après une longue intro où on ne sait pas trop ce qui nous attend, on se fait dévorer tout cru par la formule redoutable beats triturés-nappes envoûtantes (“Emerald Rush”). La suite est du même acabit. Les variations semblent minimes mais elles sont quasi permanentes et nous transportent. Le sommet se nomme “Everything Connected” et pendant 10 minutes il nous met cher. Les yeux se ferment, les jambes se mettent à remuer toutes seules, les battements du cœur se confondent avec les basses, tandis que la tête s’évade… Après cela, on pressent qu’on ne pourra que tomber de haut et on n’est pas très loin du compte. “Feel First Life” dont le titre ne doit sans doute rien au hasard, scinde l’album en deux et démarre alors une succession de morceaux contemplatifs où le piano occupe une place prépondérante… et l’ennui aussi. L’enthousiasme en prend un coup. On ne peut pas en vouloir au DJ de varier les plaisirs, de faire ce qu’il a envie et d’éviter ainsi la redite mais force est de constater qu’il excelle davantage dans un registre qu’on pourrait qualifier de techno cérébrale que dans de longues plages ambiantes agréables en fond sonore mais certainement pas aussi captivantes. Le père Hopkins aime décidément nous laisser dans l’indécision. Ce disque de plus d’une heure aurait pu être faramineux, il n’est finalement qu’un bon disque un peu trop long. Comme le précédent, donc. Jonathan...

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DAAU – Hineininterpretierung

DAAU – Hineininterpretierung

Que c’est beau l’allemand ! Pourtant je ne l’ai pris ni en option 2e ou 3e langue, je n’y comprends strictement rien et quand on décompose l’acronyme de DAAU (Die Anarchistische Abendunterhaltung!), c’est pas vraiment le premier qualificatif qui nous vient à l’esprit. Mais à l’écoute de ce nouveau disque de DAAU en forme de compilation revisitée (par Rudy Trouvé, ex-guitariste de dEUS), idéale pour pénétrer l’univers singulier du groupe, pas de doute : c’est beau l’allemand. Qu’il n’y ait pas de méprise, DAAU, n’est pas un groupe allemand mais belge (comme dEUS…), il célèbre aujourd’hui ses 25 ans de carrière et si le nom vous dit quelque chose c’est peut-être pour ses collaborations avec EZ3kiel, avec qui ils ont notamment partagé l’affiche sur la monumentale tournée Versus Tour en 2004. Un groupe avec qui ils partagent quelques points communs : un goût pour l’expérimentation, un rejet des frontières, une volonté d’explorer tous azimuts. DAAU c’est la rencontre du passé et du futur, d’instruments ancestraux et d’arrangements modernes, du jazz, de la musique classique, du rock, de subtiles touches électroniques, le tout se côtoyant joliment sans jamais s’apparenter à un affrontement (la merveilleuse “Red” en atteste à la perfection). Et pour l’auditeur, un tant soit peu curieux et ouvert d’esprit, c’est du bonheur. S’égarer en se laissant guider au gré d’une flûte (“Rabbit Eye Movement”), suivre la guillerette mais belliqueuse “Drieslagstelsel I”, être charmé par l’étrange conte (en français) “Orange”, savourer l’apaisante “Lounja La Gazelle”, redouter l’agression d’une basse offensive, aussitôt contrebalancée par une flûte enchanteresse (“Delete Alt And Undo”), se rappeler que l’accordéon ça peut être vachement cool quand c’est pas Ivette Horner qui le tient dans ses mains “Drieslagstelsel II”, se délecter d’un savoureux “Gin & Tonic”, se prendre une petite averse et préférer en sourire (“Rain Song” et sa touche dub), faire un merveilleux périple entre trois destinations, pourtant pas très exotiques (“Berlin-Devanter-Antwerpen”)… En bref, vivre la musique comme une aventure, une expérience. Et avec DAAU vous avez trouvé le meilleur guide de voyage. JL DAAU sera en concert au Petit Bain (Paris) le 2...

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Emboe – Aléa Deluxe

Emboe – Aléa Deluxe

Emboe est un sadique. Voilà il fallait que ça sorte, ça ne pouvait plus continuer comme ça. De longues années durant, Emboe s’est adonné à la maltraitance de guitares. Il n’avait alors pas encore de pseudo pensant bénéficier d’un relatif anonymat au sein de ses associations de malfaiteurs précédentes (Sons Of Frida, Dernière Transmission, No.On…). Mais sa réputation n’étant plus à faire, il s’est résolu à œuvrer dans l’ombre pour regagner en confidentialité. Sadisme suprême, il avait fait se côtoyer Rihanna et Sonic Youth, qui a priori n’ont pas grand-chose à se dire. Et contre toute attente, le courant était bien passé. Las de molester des guitares, Emboe s’est attaqué l’an dernier à des appareils électroniques. Une manière à lui de brouiller les pistes. Mais sa philosophie n’a pas changé d’un iota : il aime faire mal. Faire mal aux machines qu’il triture jusqu’à plus soif, et faire mal aux crânes des auditeurs. Et cette fois, il n’y va pas avec le dos de la cuillère, œuvrant pendant près d’1h20 derrière des machines entièrement soumises à son esprit malfaisant. Comme lorsqu’il assemble, bien malgré elles, tout un tas de sonorités perverties (« In Like Dead » dans un registre qui tabasse, « Feel The Same » ou « Shot Groove », quelque part entre expérimental et indus) alors qu’il est tout à fait capable de façonner des pièces bien plus faciles d’accès (« Crash Rain », « Cold Clown » et son beat outrancier). Sadique, Emboe l’est encore quand il nous laisse sous la menace d’une « Neverskin » prête à exploser mais qui se contente de nous narguer indéfiniment. Sadique toujours quand il laisse s’infiltrer une étrange beauté à cet univers inquiétant et tourmenté, ravivant à nos pauvres esprits le souvenir d’un autre azimuté de première, Aphex Twin (« Just Your Shoulder »). Ou quand il convoque My Bloody Valentine, maîtres ès maltraitance guitaristique, dans ses lentes progressions éthérées et saturées (« Somebody In The Clouds ») où peut parfois débarquer sans coup férir un beat geignard, voire génial (« Cacatoes »). Sadique et narquois quand il nous renvoie à nos heures d’ado loser se déhanchant laborieusement sur une house music entrainante à défaut d’être finaude (« Mastic Dead »), ou lorsqu’il nous pousse à la consommation de psychotropes en délivrant un groove subtil et hallucinatoire (« Pink Pussy »). Monstrueusement sadique également quand il nous inflige une basse dont on est bien incapable de se défaire (« Gosasys »), ou lorsqu’il nous livre cette superbe fin d’album (« Hope To See You Again », « Wicked Lovers ») chargée de mélancolie qui nous poussera à remettre le couvert et à repasser ainsi par tous les sentiments contraires qui...

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Liars – TFCF

Liars – TFCF

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Gageons qu’Angus Andrew, retrouvé seul dans le navire Liars depuis le départ d’Aaron Hemphill, ne s’est pas lamenté bien longtemps avec cette citation de Lamartine en tête. Si Liars a déjà touché à presque tout musicalement (souvent avec brio) on aurait pu craindre que le père Angus choisisse de simplifier la donne n’ayant plus de comparse avec qui partager ses délires et idées saugrenues. Il n’en est rien. Pourtant, les instruments à sa disposition sont réduits comme peau de chagrin : une gratte sèche omniprésente et des machines pour s’adonner à quelques bidouillages électroniques. C’est à peu près tout, si l’on excepte les coups de main épars de quelques copains. Mais inutile d’escompter un frein quelconque à son imagination débordante : ce TFCF a tout pour lui, excepté son affreuse pochette. A commencer par une atmosphère globale hypnotique, étrangement envoutante, un je ne sais quoi qui procure un grand attachement pour tout un tas de morceaux qui ne paient pas de mine de prime abord. Comme souvent chez ce groupe. L’univers Liars se retrouve dépouillé mais fourmille toujours d’idées. Et de bonnes chansons. Citons pèle mêle “Cliche Suite” aux allures médiévales, les errances mystiques d’un Angus tourmenté sur fond de beat d’abord rachitique puis épileptique (“Face To Face With My Face”), la mélancolie palpable de “No Help Pamphlet”, la simplicité tubesque de “No Tree No Branch” dans un délire drum&bass, “Cred Woes” entre electro et hip hop, avec un chant rappelant Beck (!), tout en s’octroyant un break qui semble emprunté… au “My Sharona” des Knacks ! Ça fait beaucoup pour un seul disque. Et ça confirme que l’entité Liars conserve toute son âme, sa singularité et vient d’ajouter une réussite de plus à sa fascinante discographie....

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Arcade Fire – Everything Now

Arcade Fire – Everything Now

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent. Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe “indie”, demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France. La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur). Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes. Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois. Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près. De deux choses l’une, Arcade...

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