Mark Lanegan Band – Gargoyle

Mark Lanegan Band – Gargoyle

La force d’un grand cuisinier, c’est de pouvoir vous faire aimer des aliments que vous détestez. Alors certes, je n’ai aucune idée des compétences culinaires de Mark Lanegan, mais sur le principe, il nous prouve que c’est un grand cuisinier. Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Rappelez-vous, ces dernières années, il nous avait quand même proposé un second album de reprises assez plat, où il prenait plaisir à revisiter des classiques de variété américaine, et le disque le plus mitigé de sa carrière, le très moyen Phantom Radio. Pour un artiste dont la carrière de plus de 20 ans était un quasi sans faute, enchainer deux albums au mieux passables, ça sentait le sapin. Quand les communiqués de presse annonçaient une poursuite sans compromis du virage électronique entrepris depuis Blues Funeral, j’avoue que j’étais prêt à baisser les bras. C’était oublier que si Lanegan a connu une carrière aussi longue et fructueuse en termes de créativité et de coopération, ce n’est pas que grâce à sa voix rocailleuse. Et que quand elle a des compositions à sa hauteur, cette fameuse voix rocailleuse atteint facilement la grâce. Me voilà donc face à Gargoyle, disque que contrairement à d’habitude, je prends assez facilement comme un tout, une balade dans des contrées qui ne me sont certes pas familières (vous saurez que la musique électronique, a fortiori d’influence 80s, m’est plutôt antipathique), mais que le charisme et la maitrise du guide me rend particulièrement immersive. Alors, si rien ne se détache aussi fortement que les tubes de Blues Funeral, encore que « Emperor » est sidérant par son atmosphère presque joyeuse, et que des titres comme « Sister » ou « Goodbye To Beauty » sont magnifiques, on plonge facilement dans cet album pour peu qu’on apprécie Lanegan, et on a une forte envie de se le réécouter. Pas facile de convertir des personnes aussi têtues et réfractaires que moi avec un virage musical qui a tout pour leur déplaire, et rien que pour ça Gargoyle mérite largement d’être écouté. Chapeau bas !...

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Shannon Wright – Division

Shannon Wright – Division

Vous aimez Shannon Wright ? Oui, bien sûr, vous adorez son rock rugueux sur In Film Sound. A moins que ce soit plutôt la folk décharnée de Let In The Light qui vous sied davantage. Une chose est sûre, vous pouvez aimer Shannon Wright pour bien des raisons et par bien des aspects. Et bien cette fois, attendez-vous à encore autre chose. Les guitares sont restées la plupart du temps bien au chaud dans leurs étuis et Shannon s’est enfermée dans un studio avec Katia Labèque, pianiste de renom mais d’obédience classique. On pouvait donc être curieux du résultat de la rencontre entre une artiste qui fait dans le perfectionnisme, la sophistication et une qui s’apparente davantage à une écorchée vive. Et bien le résultat est tout bonnement sublime. On y retrouve une Shannon Wright transcendée par le procédé, totalement à fleur de peau, faisant preuve d’une grâce et d’une délicatesse extrêmement touchante. Le premier single, « The Thirst », dégage une puissance émotionnelle formidable, entre la sobriété du piano et l’écrasante rythmique sur le refrain qui vient donner une dimension épique aux paroles de Shannon. On trouve également l’étrangement bancale « Accidental » où se côtoient sonorités 8bits et nappes de synthétiseurs. On se demande d’abord légitimement ce que c’est que ce binz avant que la voix de madame n’emporte tout, telle cette « hand grenade » qu’elle dit se trouver dans sa tête. L’explosion n’est donc pas loin. Pourtant elle ne viendra pas. Le fil ténu n’est jamais rompu, que ce soit sur la superbe et totalement envoûtante « Iodine » ou l’intense « Wayward » qui nous renvoie à l’âge béni du trip hop bristolien. Que ça vous plaise ou non sur le papier, vous ne pouvez qu’aimer Shannon Wright et son Division. Elle prouve encore une fois qu’elle est une artiste douée, éminemment singulière qui ne s’embarrasse guère de frontières… Et prend un malin plaisir à diviser l’épure d’un piano délicat avec l’exubérance électronique. Pour mieux régner....

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Vitalic – Voyager

Vitalic – Voyager

C’est le synthé buchla qui lance les festivités du nouvel album de Vitalic aka Pascal Arbez-Nicolas. « El viaje » c’est une belle introduction que nous offre l’artiste façon générique de série des années 70. Pas de doute la suite nous intrigue. Aux multiples surnoms ; Dima, Hustler Pornstar, Vital Ferox, l’artiste dijonais est connu pour nous avoir fait transpirer sur « Stamina », « Still » mais surtout « You Prefer Cocaine » de son premier EP Poney.  En guise de petite anecdote, ce nom d’EP n’est pas anodin puisqu’il traite de la maltraitance des poneys dans les fêtes foraines. Ouais plutôt original… Place à ce nouvel opus à la pochette rétro-futuriste clairement inspiré des années disco. On y retrouve de multiples guests comme Miss Kittin, David Shaw, Mark Kerr et bien d’autres… Pour re-contextualiser rapidement, Vitalic nous a habitué a de l’électro qui tape, très proche parfois de la techno de rave party. Souvent secoué à ses concerts, on en garde de bons souvenirs. .. comme sous la nef du Grand Palais, à la nuit SFR Live en septembre 2103, qui (même sous aucune substance) nous projetait sur une autre galaxie. Un concert orgasmique. Un premier album Ok Cowboy en 2005, qui nous a bien botté avec un premier titre psychédélique « Polkmatic », qui s’accélère de minute en minute pour ouvrir le bal. En 2009, place à Flashmob où la force de frappe est toutefois très lourde, saupoudrée de fines allusions disco. Et en 2012, Rave Age, un album bien différent, surement bourré d’ecsta avec un titre qui détruit tout sonotone : « Stamina ». En bref, « VITALIC ça donne la pêche », on pourrait penser au nouveau BION 3 sur le marché, ces vitamines et incontournable complément alimentaire pour renforcer les capacités fonctionnelles et défensives du corps. Où la composition tonique réveille les éléments nécessaires au maintien du métabolisme de l’adulte. Voyager est tout autant efficace qu’une boite de vitamine, mais beaucoup plus naturel. C’est l’heure de danser en apesanteur, de rêver en regardant les galaxies perdues dans l’immensité du cosmos, avec « Hans Is Driving » en fond. Après deux ans de boulot, l’artiste compose 10 titres quasi excellents. Disco cosmique futuriste certes, mais on ne peut pas nier qu’il frappe toujours aussi fort. « Eternity » en est un bel exemple, les premières sonorités peuvent nous faire penser à « Cold Song » de Klaus Nomi. Les hautbois et les clarinettes nous plongent dans une légère mélancolie, un univers féerique, mais à 3’13, quand on a l’impression que la chanson est terminée, c’est le moment de la décharge… suivie de « Nozomi », inspiré grandement de Jean-Michel Jarre, ce titre ne nous laissera pas de marbre en live, les détenteurs de pacemakers pourront sûrement survivre. Tout comme avec « Lightspeed », un nouveau « Stamina » qui enflamme le dancefloor… Plus...

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Coldcut – Only Heaven EP

Coldcut – Only Heaven EP

Mine de rien, ça fait un bout de temps que Coldcut avait disparu de la circulation. 10 ans plus exactement depuis l’excellent Sound Mirrors et sa myriade d’invités. Pour ce Only Heaven, on retrouve un des collaborateurs phare du groupe en la personne de Roots Manuva, présent sur 3 des 5 titres de l’EP. Roots Manuva et sa voix chaude émergeant des vapeurs de fumée. Une voix qui colle à merveille à l’atmosphère trouble et pesante du morceau titre qui ouvre le disque. Les amateurs de hip hop reconnaitront sans mal le même sample que celui utilisé par IAM dans « Un Cri Court Dans La Nuit ». Il s’agit de « Feeling Tall » de The Crown Heights Affair. En voilà un qui est décidément samplé à bon escient. Le sample, c’est la marque de fabrique du duo de Coldcut, dont le premier album, Let Us Play! demeure un pilier de la musique électronique. Ici il n’est plus question de révolution comme à l’époque, et les expérimentations sont moins radicales (hormis quelques bidouillages ici ou là) mais on peut parler, sans crainte, de retour réussi. Les 5 titres oscillent entre hip hop électronique/trip hop (« Dreamboats » et « Quality Control », autres titres où Roots Manuva impose sa griffe), house hypnotique (« Creative ») voire même drum’n bass survoltée (l’infernale « Donald’s Wig », référence à qui vous savez, qu’on aurait pu craindre putassière mais qui finalement emporte tout sur son passage, y compris les réticences). A défaut de frapper un très grand coup, les fondateurs de Ninja Tune se rappellent à notre bon souvenir, prouvent qu’ils en ont encore sous la platine… et nous font espérer que cet EP n’est qu’un petit en-cas annonciateur d’un festin l’an prochain....

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Emboe – Aléa Part 1

Emboe – Aléa Part 1

On pourrait naïvement penser qu’on va avoir affaire à un groupe noisy dès qu’on entraperçoit la tignasse bouclée d’Emmanuel Boeuf (Sons Of Frida, No.on). Ce serait oublier un peu vite son amour pour la musique au sens large et de tous horizons, négliger aussi son talent à se fondre dans des projets protéiformes (le dernier en date, Dernière Transmission, sonnait comme du spoken word/new wave/noisy, ne partez pas c’était vachement cool !). Oublier aussi que le bonhomme caché sous le nom d’Emboe est capable de grand écart au sein du même EP en convoquant Rihanna aux côtés de Sonic Youth (!). Cette fois-ci point de grand écart. Ce nouvel EP qui sera suivi de 3 autres est très homogène, mais aussi très surprenant. Les textures électroniques ont remplacé les organiques. Les basses en imposent, les beats se font tantôt tapageurs (« Cold Clown » qui cache tout de même des relents indus, on ne se refait pas) tantôt feutrés (« Dreams Around »). Le fil conducteur est cohérent mais les ambiances varient et l’on apprécie toujours se prendre quelque chose d’audacieux et inattendu sur le coin de la tronche. De l’énergique « Cold Clown » à l’inquiétante « Dreams Around » en passant par la lente et langoureuse « Crash Rain », le voyage n’est pas un court fleuve tranquille. Habituellement tourmenteur de guitares, Emmanuel Boeuf s’est mué cette fois en bricoleur de machines pour poursuivre ses pérégrinations sonores, toujours avec une soif d’exploration et une maitrise certaine. De quoi aiguiser notre curiosité quand à la suite que va prendre cette nouvelle aventure… JL     L’EP s’écoute ici aléa – part 1 by emboe Mais vous pouvez aussi vous le procurer en mp3 ou CD...

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