Arcade Fire – Everything Now

Arcade Fire – Everything Now

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent. Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe « indie », demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France. La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur). Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes. Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois. Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près. De deux choses l’une, Arcade...

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Nine Inch Nails – Add Violence EP

Nine Inch Nails – Add Violence EP

Alors qu’il avait mis en sommeil pendant quelques temps l’entité Nine Inch Nails, préférant s’adonner aux plaisirs moins exposés de la bande originale avec son ami Atticus Ross (ou même avec Mogwai sur le documentaire de Di Caprio, Avant le déluge), Trent Reznor a depuis la fin de l’année dernière décidé de donner une suite à la carrière de son groupe mythique. Une nouvelle enthousiasmante pour un résultat bien mitigé. L’EP Not The Actual Events renouait avec des chansons certes plus torturées que sur Hesitation Marks mais oubliait de nous inviter dans son univers. Il n’y avait rien de foncièrement mauvais là-dedans, mais trop peu qui nous incitait à la réécoute, le tout demeurant très impénétrable. Add Violence étant annoncé comme la deuxième partie d’une trilogie (bouclée en principe à la fin de l’année) on était en droit de nourrir des inquiétudes légitimes. Atticus Ross est toujours de la partie et on peut aisément l’imaginer en partie responsable de ces chansons qui oublient d’en être, lui le tisseur d’ambiances, dont la musique est davantage faite pour accompagner des images. Le premier morceau de cet EP balaie d’entrée de jeu cet état de fait. « Less Than » ressemble à du pur NIN : synthé tapageur, guitares en arrière-plan avant de reprendre leurs droits sur un refrain destiné à être scandé (un peu trop peut-être). Indéniablement efficace, ce single pêche toutefois par son manque d’audace tant il sonne comme du « vieux NIN ». Mais du vieux NIN plutôt bien foutu est toujours mieux à prendre que du faux NIN. « The Lovers », lente complainte de Trent sur fond de bidouillages synthétiques, fait retomber notre niveau d’excitation. Rien d’infamant mais il ne s’y passe pas grand chose. La vraie perle de cet EP, et sans doute le meilleur morceau depuis quelques temps, se nomme « This Isn’t The Place ». Un décor qui se plante lentement mais sûrement, un univers captivant et la voix de Reznor, délicate et touchante. De la belle ouvrage, vraiment. Un morceau qui porte bien son nom puisqu’il aurait très bien pu figurer sur The Fragile par exemple, où il n’aurait pas dépareillé et aurait été bien mieux accompagné. A côté de ça, « Not Anymore » renoue avec un univers indus mais ressemble à du « vite écrit, vite plié », quand « The Background World » parait tout aussi paresseux et dérive sur un final bruitiste de près de 7 minutes parfaitement inutile. Moins avare en mélodie que le trop rustre Not The Actual Events, Add Violence ajoute surtout un peu d’intérêt à ce Nine Inch Nails qui se cherche encore mais qu’on finira peut-être par retrouver totalement sur le troisième EP....

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Mark Lanegan Band – Gargoyle

Mark Lanegan Band – Gargoyle

La force d’un grand cuisinier, c’est de pouvoir vous faire aimer des aliments que vous détestez. Alors certes, je n’ai aucune idée des compétences culinaires de Mark Lanegan, mais sur le principe, il nous prouve que c’est un grand cuisinier. Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Rappelez-vous, ces dernières années, il nous avait quand même proposé un second album de reprises assez plat, où il prenait plaisir à revisiter des classiques de variété américaine, et le disque le plus mitigé de sa carrière, le très moyen Phantom Radio. Pour un artiste dont la carrière de plus de 20 ans était un quasi sans faute, enchainer deux albums au mieux passables, ça sentait le sapin. Quand les communiqués de presse annonçaient une poursuite sans compromis du virage électronique entrepris depuis Blues Funeral, j’avoue que j’étais prêt à baisser les bras. C’était oublier que si Lanegan a connu une carrière aussi longue et fructueuse en termes de créativité et de coopération, ce n’est pas que grâce à sa voix rocailleuse. Et que quand elle a des compositions à sa hauteur, cette fameuse voix rocailleuse atteint facilement la grâce. Me voilà donc face à Gargoyle, disque que contrairement à d’habitude, je prends assez facilement comme un tout, une balade dans des contrées qui ne me sont certes pas familières (vous saurez que la musique électronique, a fortiori d’influence 80s, m’est plutôt antipathique), mais que le charisme et la maitrise du guide me rend particulièrement immersive. Alors, si rien ne se détache aussi fortement que les tubes de Blues Funeral, encore que « Emperor » est sidérant par son atmosphère presque joyeuse, et que des titres comme « Sister » ou « Goodbye To Beauty » sont magnifiques, on plonge facilement dans cet album pour peu qu’on apprécie Lanegan, et on a une forte envie de se le réécouter. Pas facile de convertir des personnes aussi têtues et réfractaires que moi avec un virage musical qui a tout pour leur déplaire, et rien que pour ça Gargoyle mérite largement d’être écouté. Chapeau bas !...

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Shannon Wright – Division

Shannon Wright – Division

Vous aimez Shannon Wright ? Oui, bien sûr, vous adorez son rock rugueux sur In Film Sound. A moins que ce soit plutôt la folk décharnée de Let In The Light qui vous sied davantage. Une chose est sûre, vous pouvez aimer Shannon Wright pour bien des raisons et par bien des aspects. Et bien cette fois, attendez-vous à encore autre chose. Les guitares sont restées la plupart du temps bien au chaud dans leurs étuis et Shannon s’est enfermée dans un studio avec Katia Labèque, pianiste de renom mais d’obédience classique. On pouvait donc être curieux du résultat de la rencontre entre une artiste qui fait dans le perfectionnisme, la sophistication et une qui s’apparente davantage à une écorchée vive. Et bien le résultat est tout bonnement sublime. On y retrouve une Shannon Wright transcendée par le procédé, totalement à fleur de peau, faisant preuve d’une grâce et d’une délicatesse extrêmement touchante. Le premier single, « The Thirst », dégage une puissance émotionnelle formidable, entre la sobriété du piano et l’écrasante rythmique sur le refrain qui vient donner une dimension épique aux paroles de Shannon. On trouve également l’étrangement bancale « Accidental » où se côtoient sonorités 8bits et nappes de synthétiseurs. On se demande d’abord légitimement ce que c’est que ce binz avant que la voix de madame n’emporte tout, telle cette « hand grenade » qu’elle dit se trouver dans sa tête. L’explosion n’est donc pas loin. Pourtant elle ne viendra pas. Le fil ténu n’est jamais rompu, que ce soit sur la superbe et totalement envoûtante « Iodine » ou l’intense « Wayward » qui nous renvoie à l’âge béni du trip hop bristolien. Que ça vous plaise ou non sur le papier, vous ne pouvez qu’aimer Shannon Wright et son Division. Elle prouve encore une fois qu’elle est une artiste douée, éminemment singulière qui ne s’embarrasse guère de frontières… Et prend un malin plaisir à diviser l’épure d’un piano délicat avec l’exubérance électronique. Pour mieux régner....

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Vitalic – Voyager

Vitalic – Voyager

C’est le synthé buchla qui lance les festivités du nouvel album de Vitalic aka Pascal Arbez-Nicolas. « El viaje » c’est une belle introduction que nous offre l’artiste façon générique de série des années 70. Pas de doute la suite nous intrigue. Aux multiples surnoms ; Dima, Hustler Pornstar, Vital Ferox, l’artiste dijonais est connu pour nous avoir fait transpirer sur « Stamina », « Still » mais surtout « You Prefer Cocaine » de son premier EP Poney.  En guise de petite anecdote, ce nom d’EP n’est pas anodin puisqu’il traite de la maltraitance des poneys dans les fêtes foraines. Ouais plutôt original… Place à ce nouvel opus à la pochette rétro-futuriste clairement inspiré des années disco. On y retrouve de multiples guests comme Miss Kittin, David Shaw, Mark Kerr et bien d’autres… Pour re-contextualiser rapidement, Vitalic nous a habitué a de l’électro qui tape, très proche parfois de la techno de rave party. Souvent secoué à ses concerts, on en garde de bons souvenirs. .. comme sous la nef du Grand Palais, à la nuit SFR Live en septembre 2103, qui (même sous aucune substance) nous projetait sur une autre galaxie. Un concert orgasmique. Un premier album Ok Cowboy en 2005, qui nous a bien botté avec un premier titre psychédélique « Polkmatic », qui s’accélère de minute en minute pour ouvrir le bal. En 2009, place à Flashmob où la force de frappe est toutefois très lourde, saupoudrée de fines allusions disco. Et en 2012, Rave Age, un album bien différent, surement bourré d’ecsta avec un titre qui détruit tout sonotone : « Stamina ». En bref, « VITALIC ça donne la pêche », on pourrait penser au nouveau BION 3 sur le marché, ces vitamines et incontournable complément alimentaire pour renforcer les capacités fonctionnelles et défensives du corps. Où la composition tonique réveille les éléments nécessaires au maintien du métabolisme de l’adulte. Voyager est tout autant efficace qu’une boite de vitamine, mais beaucoup plus naturel. C’est l’heure de danser en apesanteur, de rêver en regardant les galaxies perdues dans l’immensité du cosmos, avec « Hans Is Driving » en fond. Après deux ans de boulot, l’artiste compose 10 titres quasi excellents. Disco cosmique futuriste certes, mais on ne peut pas nier qu’il frappe toujours aussi fort. « Eternity » en est un bel exemple, les premières sonorités peuvent nous faire penser à « Cold Song » de Klaus Nomi. Les hautbois et les clarinettes nous plongent dans une légère mélancolie, un univers féerique, mais à 3’13, quand on a l’impression que la chanson est terminée, c’est le moment de la décharge… suivie de « Nozomi », inspiré grandement de Jean-Michel Jarre, ce titre ne nous laissera pas de marbre en live, les détenteurs de pacemakers pourront sûrement survivre. Tout comme avec « Lightspeed », un nouveau « Stamina » qui enflamme le dancefloor… Plus...

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