Shannon Wright – Division

Shannon Wright – Division

Vous aimez Shannon Wright ? Oui, bien sûr, vous adorez son rock rugueux sur In Film Sound. A moins que ce soit plutôt la folk décharnée de Let In The Light qui vous sied davantage. Une chose est sûre, vous pouvez aimer Shannon Wright pour bien des raisons et par bien des aspects. Et bien cette fois, attendez-vous à encore autre chose. Les guitares sont restées la plupart du temps bien au chaud dans leurs étuis et Shannon s’est enfermée dans un studio avec Katia Labèque, pianiste de renom mais d’obédience classique. On pouvait donc être curieux du résultat de la rencontre entre une artiste qui fait dans le perfectionnisme, la sophistication et une qui s’apparente davantage à une écorchée vive. Et bien le résultat est tout bonnement sublime. On y retrouve une Shannon Wright transcendée par le procédé, totalement à fleur de peau, faisant preuve d’une grâce et d’une délicatesse extrêmement touchante. Le premier single, « The Thirst », dégage une puissance émotionnelle formidable, entre la sobriété du piano et l’écrasante rythmique sur le refrain qui vient donner une dimension épique aux paroles de Shannon. On trouve également l’étrangement bancale « Accidental » où se côtoient sonorités 8bits et nappes de synthétiseurs. On se demande d’abord légitimement ce que c’est que ce binz avant que la voix de madame n’emporte tout, telle cette « hand grenade » qu’elle dit se trouver dans sa tête. L’explosion n’est donc pas loin. Pourtant elle ne viendra pas. Le fil ténu n’est jamais rompu, que ce soit sur la superbe et totalement envoûtante « Iodine » ou l’intense « Wayward » qui nous renvoie à l’âge béni du trip hop bristolien. Que ça vous plaise ou non sur le papier, vous ne pouvez qu’aimer Shannon Wright et son Division. Elle prouve encore une fois qu’elle est une artiste douée, éminemment singulière qui ne s’embarrasse guère de frontières… Et prend un malin plaisir à diviser l’épure d’un piano délicat avec l’exubérance électronique. Pour mieux régner....

Lire la suite

Vitalic – Voyager

Vitalic – Voyager

C’est le synthé buchla qui lance les festivités du nouvel album de Vitalic aka Pascal Arbez-Nicolas. « El viaje » c’est une belle introduction que nous offre l’artiste façon générique de série des années 70. Pas de doute la suite nous intrigue. Aux multiples surnoms ; Dima, Hustler Pornstar, Vital Ferox, l’artiste dijonais est connu pour nous avoir fait transpirer sur « Stamina », « Still » mais surtout « You Prefer Cocaine » de son premier EP Poney.  En guise de petite anecdote, ce nom d’EP n’est pas anodin puisqu’il traite de la maltraitance des poneys dans les fêtes foraines. Ouais plutôt original… Place à ce nouvel opus à la pochette rétro-futuriste clairement inspiré des années disco. On y retrouve de multiples guests comme Miss Kittin, David Shaw, Mark Kerr et bien d’autres… Pour re-contextualiser rapidement, Vitalic nous a habitué a de l’électro qui tape, très proche parfois de la techno de rave party. Souvent secoué à ses concerts, on en garde de bons souvenirs. .. comme sous la nef du Grand Palais, à la nuit SFR Live en septembre 2103, qui (même sous aucune substance) nous projetait sur une autre galaxie. Un concert orgasmique. Un premier album Ok Cowboy en 2005, qui nous a bien botté avec un premier titre psychédélique « Polkmatic », qui s’accélère de minute en minute pour ouvrir le bal. En 2009, place à Flashmob où la force de frappe est toutefois très lourde, saupoudrée de fines allusions disco. Et en 2012, Rave Age, un album bien différent, surement bourré d’ecsta avec un titre qui détruit tout sonotone : « Stamina ». En bref, « VITALIC ça donne la pêche », on pourrait penser au nouveau BION 3 sur le marché, ces vitamines et incontournable complément alimentaire pour renforcer les capacités fonctionnelles et défensives du corps. Où la composition tonique réveille les éléments nécessaires au maintien du métabolisme de l’adulte. Voyager est tout autant efficace qu’une boite de vitamine, mais beaucoup plus naturel. C’est l’heure de danser en apesanteur, de rêver en regardant les galaxies perdues dans l’immensité du cosmos, avec « Hans Is Driving » en fond. Après deux ans de boulot, l’artiste compose 10 titres quasi excellents. Disco cosmique futuriste certes, mais on ne peut pas nier qu’il frappe toujours aussi fort. « Eternity » en est un bel exemple, les premières sonorités peuvent nous faire penser à « Cold Song » de Klaus Nomi. Les hautbois et les clarinettes nous plongent dans une légère mélancolie, un univers féerique, mais à 3’13, quand on a l’impression que la chanson est terminée, c’est le moment de la décharge… suivie de « Nozomi », inspiré grandement de Jean-Michel Jarre, ce titre ne nous laissera pas de marbre en live, les détenteurs de pacemakers pourront sûrement survivre. Tout comme avec « Lightspeed », un nouveau « Stamina » qui enflamme le dancefloor… Plus...

Lire la suite

Coldcut – Only Heaven EP

Coldcut – Only Heaven EP

Mine de rien, ça fait un bout de temps que Coldcut avait disparu de la circulation. 10 ans plus exactement depuis l’excellent Sound Mirrors et sa myriade d’invités. Pour ce Only Heaven, on retrouve un des collaborateurs phare du groupe en la personne de Roots Manuva, présent sur 3 des 5 titres de l’EP. Roots Manuva et sa voix chaude émergeant des vapeurs de fumée. Une voix qui colle à merveille à l’atmosphère trouble et pesante du morceau titre qui ouvre le disque. Les amateurs de hip hop reconnaitront sans mal le même sample que celui utilisé par IAM dans « Un Cri Court Dans La Nuit ». Il s’agit de « Feeling Tall » de The Crown Heights Affair. En voilà un qui est décidément samplé à bon escient. Le sample, c’est la marque de fabrique du duo de Coldcut, dont le premier album, Let Us Play! demeure un pilier de la musique électronique. Ici il n’est plus question de révolution comme à l’époque, et les expérimentations sont moins radicales (hormis quelques bidouillages ici ou là) mais on peut parler, sans crainte, de retour réussi. Les 5 titres oscillent entre hip hop électronique/trip hop (« Dreamboats » et « Quality Control », autres titres où Roots Manuva impose sa griffe), house hypnotique (« Creative ») voire même drum’n bass survoltée (l’infernale « Donald’s Wig », référence à qui vous savez, qu’on aurait pu craindre putassière mais qui finalement emporte tout sur son passage, y compris les réticences). A défaut de frapper un très grand coup, les fondateurs de Ninja Tune se rappellent à notre bon souvenir, prouvent qu’ils en ont encore sous la platine… et nous font espérer que cet EP n’est qu’un petit en-cas annonciateur d’un festin l’an prochain....

Lire la suite

Emboe – Aléa Part 1

Emboe – Aléa Part 1

On pourrait naïvement penser qu’on va avoir affaire à un groupe noisy dès qu’on entraperçoit la tignasse bouclée d’Emmanuel Boeuf (Sons Of Frida, No.on). Ce serait oublier un peu vite son amour pour la musique au sens large et de tous horizons, négliger aussi son talent à se fondre dans des projets protéiformes (le dernier en date, Dernière Transmission, sonnait comme du spoken word/new wave/noisy, ne partez pas c’était vachement cool !). Oublier aussi que le bonhomme caché sous le nom d’Emboe est capable de grand écart au sein du même EP en convoquant Rihanna aux côtés de Sonic Youth (!). Cette fois-ci point de grand écart. Ce nouvel EP qui sera suivi de 3 autres est très homogène, mais aussi très surprenant. Les textures électroniques ont remplacé les organiques. Les basses en imposent, les beats se font tantôt tapageurs (« Cold Clown » qui cache tout de même des relents indus, on ne se refait pas) tantôt feutrés (« Dreams Around »). Le fil conducteur est cohérent mais les ambiances varient et l’on apprécie toujours se prendre quelque chose d’audacieux et inattendu sur le coin de la tronche. De l’énergique « Cold Clown » à l’inquiétante « Dreams Around » en passant par la lente et langoureuse « Crash Rain », le voyage n’est pas un court fleuve tranquille. Habituellement tourmenteur de guitares, Emmanuel Boeuf s’est mué cette fois en bricoleur de machines pour poursuivre ses pérégrinations sonores, toujours avec une soif d’exploration et une maitrise certaine. De quoi aiguiser notre curiosité quand à la suite que va prendre cette nouvelle aventure… JL     L’EP s’écoute ici aléa – part 1 by emboe Mais vous pouvez aussi vous le procurer en mp3 ou CD...

Lire la suite

Theodora @ Supersonic (Paris), 05/11/16

Theodora @ Supersonic (Paris), 05/11/16

On connait le trio Austra, le quartor Warpaint, maintenant il est temps de passer au duo Theodora ! C’est l’histoire d’un samedi soir où t’es perplexe sur tes différents plans de soirée, la capitaine de ton équipe de foot te propose un concert gratos au Supersonic, la musique prenant le dessus sur tous les plans possibles, je me laisse embarquer… mais avant toutes choses, je me renseigne, je comprends assez vite que Theodora était bassiste dans le groupe pop folk Theodora Paul & Gabriel créé en 2009 et qu’en 2014 elle décide de dévoiler sa voix en solo. Puis, je jette un coup d’œil au Deezer du groupe, j’aime quand même bien savoir où je mets les pieds. « One Foot In The Grave » devient celle que j’écoute en boucle et puis après « Let Me In ». Bon allez, je m’emballe pas, je vais attendre le live ! Tic tac, tic tac, 22h30, Theodora porte une petite veste teddy qui fait son effet et on reste subjugué par les cheveux de son binôme Zoé Hochberg. Bref, elles installent leur matos, j’ai hâte et en même temps je ne sais pas à quoi m’attendre. Allez hop la première note raisonne dans cette petite salle cosy du 12e arrondissement et je sais d’ores et déjà que je suis en train de prendre une claque. Très active, Théodora est à la basse et au synthé. Quant à Zoé, elle officie aux percussions avec un beau multipad  SPD –SX de chez Roland. Je suis complètement envoûtée par ces deux voix, on sent les inspirations féminines, Lykki li, Grimes… Et toutefois proche de Bat for Lashes ou Hyphen Hyphen, parfois même plus électro et psychédélique. Cette musique qui te transporte, celle que tu remercies d’exister car sans elle tu ne pourrais pas te stabiliser. A.B...

Lire la suite