Asian Dub Foundation – More Signal More Noise (ADF Communications)

Asian Dub Foundation – More Signal More Noise (ADF Communications)

Vous l’avez peut-être oublié mais Asian Dub Foundation est toujours présent et actif. Il semble qu’il en faut beaucoup pour réduire cette formation au silence, et ce ne sont pas les multiples changements de line-up qui auront eu raison de son énergie légendaire. L’âge d’or est sans doute passé mais l’envie demeure. More Signal More Noise est donc le 9e larron, et il contient des signes de vie et de vivacité que certains cherchent déjà en vain sur leur deuxième album. Le groupe envoie ici des salves bien de chez lui, tamponnées du sigle ADF, à commencer par les deux premiers titres, en forme de singles immédiats (« Zig Zag Nation », « The Signal And The Noise »). Pas d’une originalité à toute épreuve mais efficaces en diable. Puisqu’on parle d’originalité, c’est un peu là que le bât blesse sur ce disque puisque Asian Dub n’est pas parti pour se réinventer mais surfe plutôt sur ses bonnes vieilles recettes (« Stand Up » et son refrain qui fleure bon le manque d’inspiration, le remix (?) de « Flyover » dont on cherche encore l’intérêt). A l’époque son éclectisme et son mix de cultures et influences faisait sa force, aujourd’hui le fait de s’appuyer constamment sur ce registre qu’il s’est approprié le pénalise quelque peu. On trouvera davantage matière à se réjouir dans les envolées dub orientales instrumentales à sauce rock piquante (« Hovering », « Blade Ragga ») ou l’imparable « Semira », sa rythmique plombée et sa flûte enchanteresse. Une flûte d’ailleurs très présente tout au long de l’album, ce qui est, pour le coup, une nouveauté. Asian Dub Foundation n’a pas oublié non plus son engagement qui, initialement l’avait poussé presque par accident dans la musique (« Get Lost Bashar ») ni les chants traditionnels indiens mêlés à une rythmique drum’n’bass enlevée (« Fall Of The House Of Cards »). Bref malgré le poids des années, Asian Dub n’a guère changé et a encore d’intéressantes réserves sous le capot. Les amateurs du groupe trouveront des choses à grignoter, avec une pointe de nostalgie tout de même en pensant à l’époque bénie de leurs premiers albums.  ...

Lire la suite

Zenzile – Berlin (Yotanka)

Zenzile – Berlin (Yotanka)

On se souvient toujours de sa première fois. Et je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai entendu “Der Verkehr”. J’étais aux chiottes. Bon ça brise un peu le mythe. Mais quand j’ai entendu ce morceau (peu importe le lieu après tout), j’ai su immédiatement qu’il me suivrait des mois durant, si ce n’est des années. Il suffit d’une fois pour être pris par cette ligne de basse dantesque chahutant avec un saxo taquin. Et le morceau dure plus de 8 minutes s’évadant ensuite dans des directions insoupçonnées. Un bijou. Constat identique sur “Der Kindergarten” où les sonorités électroniques ont tôt fait de nous faire vriller le cervelet. Zenzile, toujours en quête de nouveaux défis et inspirations, se penche cette fois sur la capitale allemande. Ce ne sont pas les premiers, on se souvient évidemment du trio infernal David Bowie/Lou Reed/Iggy Pop avant eux. Ils avaient marqué l’histoire. Le groupe angevin n’en est pas là mais risque bien de marquer sa propre histoire avec un énième tournant discographique. Et un énième coup d’éclat. Zenzile s’appuie ici sur le docu-fiction muet de Walther Ruttmann “Berlin : la symphonie d’une grande ville” à qui il a décidé de donner une seconde vie. Avec ou sans images, cet album est une réussite absolue. Entièrement instrumental, Berlin ne s’embarrasse d’aucun carcan. Le dub n’est qu’un lointain souvenir. Trop restrictif. A l’exception du dernier titre “Der Tanz”, ne subsistent ici que les reverbs et une basse qui, comme toujours, mène la danse. Les instruments jouissent d’une liberté totale et nous délivrent un récital convoquant à la fois le krautrock teuton, le post-rock, le progressif. A l’image de ce moment où Zenzile choisit d’appuyer sur pause et où tout se met à flotter dans un délire très Floydien (“Die Architektur”). Ô temps suspends ton vol, ô Zenzile prends-nous par la main et emmène nous loin, très loin. Bien au-delà de Berlin. Et on n’oubliera pas de mentionner la phénoménale “Die Brucke”, ce serait criminel. On a le sentiment que ce groupe ne s’est jamais autant lâché faisant voler en éclat les barrières. L’avenir s’annonce radieux et palpitant. Une chose est sûre en tout cas, Zenzile n’est plus “seulement” un grand groupe dub. C’est un grand groupe tout simplement.   JL...

Lire la suite

Dubamix – Pour Qui Sonne Le Dub

Dubamix – Pour Qui Sonne Le Dub

Le sample cohabite souvent très bien avec les instrus dub. Alors pourquoi ne pas concilier message engagé et musique entraînante ? Chez Dubamix le sample est roi. Le groupe milite sur fond de skank enlevé et de basse massive. Discours politiques, extraits de JT, chants militants (« el pueblo unido jamas sera vencido »), paroles de rap (IAM sur “Liberté I”), tout y passe. Cris du cœur libertaires et révolutionnaires (“Pour Qui Sonne Le Dub”), contre le fascisme (“Liberté I”), pour un système égalitaire, contre la politique d’immigration du gouvernement actuel (“Vall’s In Dub”), la crise qui frappe les pays voisins (« Crisis »)… Les thèmes sont nombreux, les messages clairs et fièrement revendiqués. A-t-on envie d’assister à un meeting politique lorsqu’on s’écoute un disque, se demanderont les plus frileux ? Pas de panique, ici les deux ne font qu’un. Et musicalement, Pour Qui Sonne Le Dub est avant tout un excellent disque dub, comme on en entend de moins en moins… Il faut vraiment le vouloir pour rester stoïque devant cet enchaînement de tubes en puissance qui poussent au déhanchement frénétique. Un dub aventureux, mélangeant allégrement les influences sans hésiter à partir en Drum’n’Bass, à piocher dans des sonorités orientales ou grecques ou à convier des rappeurs. Une prise de risque parfois à double tranchant car l’album s’essouffle un peu sur la fin quand il s’éloigne trop des standards dub (le final de “Class War Dub” sur fond de la « Dance of the Knights » de Prokofiev, “Dub In Circus” et son emploi abusif du sample Chaplinien). Mais le disque dans son ensemble, remarquablement (auto)produit, est une vraie réussite. Comme un bon mix de dub d’hier et d’aujourd’hui sur fond de luttes sociales, gagnées ou restant à mener. En ces temps troubles où on n’est pas très fiers d’être français, où la haine et la peur de l’autre sont devenus la norme, on ne peut que se réjouir devant le message salutaire et le groove savoureux que nous propose Dubamix. Nous voilà revigorés, sourire aux lèvres et poing levé. Que demande le peuple ?   JL  ...

Lire la suite

High Tone – Ekphrön (Jarring Effects)

High Tone – Ekphrön (Jarring Effects)

Il paraît souvent convenu de parler de “groupe à part” mais pour High Tone l’expression n’est absolument pas usurpée. Figure de proue du dub français, High Tone a toujours été ce groupe à la musique si singulière, aventureuse et inclassable. Ce sixième album s’ouvre sur “Basis”. Plic, ploc, plic, ploc, les gouttes d’eau tombent sans discontinuer, douceur d’un jardin d’orient, la quiétude est totale, renforcée par les superbes lignes de violoncelle de Vincent Segal. Mais un disque de High Tone n’est jamais un long fleuve tranquille. Les assauts dubstep ne sont pas rares (“Until The Last Drop”), les longues envolées planantes non plus (“All Expextations” et ses reverb qui nous reviennent comme des boomerangs). Ce n’est plus vraiment du dub mais on reconnaît bien le son High Tone, leur affection pour les sonorités et voix orientales, leur goût prononcé pour les bruitages qui arrivent de partout comme si leur but premier était de nous retourner le cerveau (“Raag Step”). Un rôle dans lequel ils ont toujours excellé. Symbole du savoir-faire des lyonnais, le premier single “A Fistful Of Yen” nous fait passer par toutes les émotions alternant passage dubstep surpuissant (un poil too much) et atterrissage tout en maîtrise, sur coussin d’air. Impressionnant. Une fois n’est pas coutume, sur “72′ Turned Off”, c’est la guitare qui fait plus de bruit que les machines. High Tone qui se la joue rocker ? Pas tout à fait – DJ Twelve est très présent – mais il y a de quoi être surpris. En tout cas, ça fait mouche, encore une fois. Les ambiances sont variées, le voyage dépaysant. Hormis le titre hip hop “Old Mind” qui a du mal à décoller, il n’y a pas de réel déchet sur ce disque qui fait largement honneur à la réputation du groupe. Plus de 17 années d’activité et High Tone fait toujours partie de ces (rarissimes) écuries dub françaises qui font plus que tenir la baraque. Et vu l’inspiration et la soif constante de renouvellement de ces garçons, on risque encore de les suivre de près dans 10 ans.   JL  ...

Lire la suite

Brain Damage Meets Vibronics – Empire Soldiers (Jarring Effects)

Brain Damage Meets Vibronics – Empire Soldiers (Jarring Effects)

Il fut un temps pas si lointain où le dub occupait une place primordiale, voire principale, dans mes préoccupations musicales. Un temps où chacune des grosses sorties était attendue de pied ferme. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui. La preuve je découvre ce disque plus de trois mois après sa sortie, alors qu’il y a quelques années j’aurais été pris de convulsions en apprenant une telle collaboration. Si l’association de deux groupes majeurs est très fréquente dans le dub, celle-ci se démarque en s’appuyant sur une dimension… éducative ! En effet, la rencontre franco (Brain Damage) – anglaise (Vibronics) repose sur une toile de fond historique : les combats des soldats anglo-caribéens et des franco-africains durant la première guerre mondiale. Des milliers d’hommes qui ont laissé leur vie pour défendre une nation qui n’était pas la leur. Un aspect essentiel de la guerre bien souvent occulté par les livres d’histoire. L’hommage rendu par les deux activistes du dub est donc salutaire. Ça c’est pour le fond. Pour la forme, un premier disque mixé par Brain Damage, incarné désormais par le seul ingénieur du son Martin Nathan (voir chronique de son album précédent), le second qui porte la patte de l’anglais Steve Vibronics. Au total, 17 titres et 1h10 de bon gros son. La première partie, soutenue par des invités de marque (Madu Messenger, Parvez, Sir Jean, Mohammed El Amraoui), propose du dub assez roots. L’introductif  « Gallipoli », très réussi, balance un bon riddim bien entêtant mêlé aux bruits des tirs et explosions. Entre 1915 et 1916, la péninsule de Gallipoli fut le théâtre d’une sanglante bataille qui fit près de 200 000 morts. Ça se bouscule au rayon des réussites avec notamment « Youts to War » où Parvez se distingue particulièrement, l’excellent « Letter Home », son rythme lancinant et ses cuivres enchanteurs. Sir Jean se montre lui aussi très en forme sur un « Do U Remember ? » en mode stepper alors que l’instrumentale « Neuve Chapelle » nous emmène en voyage, porté là encore par de splendides envolées de cuivres. La seconde galette, garnie de dubplates revisités par Vibronics, n’est pas moins réjouissante. Dans une veine plus digitale, les morceaux, calibrés pour les sound systems sont d’une efficacité à toute épreuve, certaines surpassant les originales (« Youts to Dub », « Dub Engine » et leurs basses de mammouth). À quoi bon citer tous les titres, cet Empire Soldiers, fort d’une belle homogénéité malgré sa durée, se déguste dans son intégralité. Du dub comme ça on en redemande. Et pour les sales mioches qui n’écoutent rien en cours d’histoire, la faute notamment au prof barbichu chiant comme la pluie, on a peut-être trouvé la solution…   JL...

Lire la suite