The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

Rassurez-vous le concert était de meilleure qualité que cette photo Rendez-vous était pris ce samedi 9 novembre à la Poudrière de Belfort pour assister à la présentation par The Murder Capital de son excellent premier album, When I Have Fears. Grosse attente et grosse interrogation aussi sur le potentiel live d’un groupe qui aura déjà marqué l’année 2019 outre-Manche. En guise d’entrée, place aux (quasi) locaux de Kamarad, venus en voisins de Colmar avec quelques fans. Rock noisy efficace flirtant avec le post-punk. Le groupe mouille la chemise avec une bonne humeur communicative. À suivre. Curieux de nature, je photographie la setlist de The Murder Capital, visible sur scène après le concert de Kamarad. Erreur stratégique ! Je constate non sans surprise qu’il n’y a que 9 titres, soit 2 de moins que les colmariens ! Je pressens déjà la déception d’autant que les 9 titres constituent ni plus ni moins l’album (moins « How The Streets Adore Me Now ») dans un ordre qui, heureusement, va considérablement relever la note artistique de ce live. Concert en crescendo divisé en trois triptyques. Entrée crépusculaire avec la doublette quasi instrumentale « Slow Dance I » – « Slow Dance II ». Idéal pour installer l’ambiance. Entre tension sourde et mélancolie poignante. Premier grand moment avec « On Twisted Ground », annoncé par James McGovern, le chanteur du quintet dublinois, à la mémoire des amis disparus. Malgré un début de morceau saboté par quelques spectateurs pas au courant de ce qui se jouait sur scène, le groupe réussit à installer un silence de cathédrale au cours des 6 minutes qui résonnent comme une oraison funèbre. Assez sublime. The Murder Capital va alors monter le curseur d’un cran niveau intensité physique. D’abord avec l’excellent « Love, Love, Love » puis l’imparable duo « Green And Blue » et « For Everything » où James McGovern enfile le costume du chanteur habité. A l’émotion du premier trio de titres, succède une tension remarquablement contenue. Mais l’orage gronde et la dernière triplette de titres va achever de nous convaincre sur les qualités du groupe. Le quintet lâche les chevaux et après l’émotion, c’est cette fois-ci la puissance sonique pure qui s’exprime. « Don’t Cling To Life », le tubesque et furieux « More Is Less » et une version légèrement rallongée de « Feeling Fades » lors de laquelle James McGovern va mettre le public à genoux au sens propre comme au figuré, lui demandant de s’accroupir avant un ultime assaut et un pogo final. En confiance, le chanteur claque un slam, avec un saut dans le public assez impressionnant ! Il a dû faire du saut en hauteur le bougre. Ultime moment sympa,...

Lire la suite

The Murder Capital – When I Have Fears

The Murder Capital – When I Have Fears

(Human Season, 16 août 2019) À l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et du tout-connecté, la scène musicale internationale a vu beaucoup de frontières tomber. Sur la foi d’une vidéo balancée sur Youtube, d’un début de buzz, des groupes se font une notoriété, accèdent (trop ?) vite à une exposition qu’ils pouvaient mettre auparavant quelques albums ou années à atteindre. Des scènes locales autrefois longtemps ignorées worldwide se voient offrir un éclairage presque instantané. Après les tornades psyché de quelques australiens cintrés, c’est un vent post-punk régulier et cinglant qui sévit depuis quelques temps outre-Manche, et notamment depuis Dublin l’irlandaise. Fontaines D.C. avait déjà allumé une belle mèche avec un premier album (Dogrel) convaincant qui va squatter quelques tops de fin d’année. Avec When I Have Fears, The Murder Capital propose son post-punk au romantisme sombre. Titre d’album en référence littéraire au poète Keats, voix grave, basse caractéristique, guitares minimalistes dont chaque note raconte une mélancolie. 2019, c’est pas les 40 ans de l’album Unknown Pleasures de qui vous savez ? C’est pas tombé dans l’oreille de sourds côté Dublin en tout cas. Sans nier l’ascendance prestigieuse, ce nouveau quintet irlandais réussit le pari d’un post-punk moderne, aussi efficace et percutant qu’élégant et poignant. En seulement 10 titres, on en prend plein la tête et le cœur au fil d’un album remarquablement équilibré. Post-punk furibard avec le tubesque « More Is Less », addictif dès la première écoute. “If i gave you what you wanted, you’d never be full“. Pas faux. Dans la même veine bien énervée on trouve aussi « Feeling Fades » ou « Don’t Cling To Life ». James McGovern, chanteur du groupe, la joue petite frappe et sur le lalalala final de « Feeling Fades », ça sent plus la baston dans un pub que le cercle des poètes disparus. Seulement, nos cinq irlandais ont plus d’une corde à leur arc. Et décoche quelques flèches chargées de mélancolie poignante qui vous transpercent le cœur. « On Twisted Ground », sa ligne de basse ronde, ce minimalisme élégant, ce chant habité. Dans l’obscurité, pendant ces 6 minutes, on regardera quand même derrière soi, histoire de voir si le fantôme de Ian Curtis ne rôde pas dans les parages. Même sobriété hantée, et un piano lugubre sur le spectral « How The Streets Adore Me Now ». Le groupe impressionne par sa maturité, la qualité des textes, sa gestion du silence, parfois lézardé par des guitares plaintives superbes (la doublette quasi instrumentale « Slowdance 1 » – « Slowdance 2 » ou « Love, Love, Love » crescendo qui sent pas la fleur bleue). Côté technique, belle production, sobre, efficace, c’est propre. Ah, c’est Flood derrière les manettes,...

Lire la suite

PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

PLAYLIST – The Cure, l’anti best of

Après avoir célébré en grande pompe ses 40 ans de carrière l’année passée à Londres, fêté les 30 ans du chef-d’oeuvre Disintegration en juin dernier à Sydney, fait (enfin !) son entrée au Hall of Fame, The Cure continue de bâtir sa légende en 2019. Robert Smith a même récemment évoqué la sortie prochaine du nouvel album, éternel serpent de mer, 11 ans après 4:13 Dream. A deux jours de l’unique date française du groupe, à Rock en Seine, nous avons souhaité mettre l’accent sur des morceaux méconnus du répertoire des anglais, restés dans l’ombre des singles intemporels, mais qui n’en demeurent pas moins des grands titres. En veillant à piocher dans la quasi totalité de leur immense discographie, qui les a vus passer du post punk sautillant aux morceaux pop plus sucrées (un peu trop, parfois), en passant par la cold wave ténébreuse (never enough). Pensée émue pour Andy Anderson, ancien batteur du groupe, disparu en février dernier. (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. A noter que certains morceaux issus de la compil de raretés Join The Dots (“Babble”, “Fear Of Ghosts”) ne sont pas disponibles sur Spotify, ils sont remplacés par des versions alternatives instrumentales. Toutes nos chroniques et live reports de The Cure La playlist anti best of de...

Lire la suite

Tchewsky & Wood – Live Bullet Song

Tchewsky & Wood – Live Bullet Song

(Poch Records, 26 avril 2019) DE LA PER-SO-NNA-LI-TÉ. N’est-ce pas ce que les détecteurs de talent recherchent avant tout dans leurs infâmes télé-crochets pour pouvoir ensuite faire rentrer les ronds avec des pseudo artistes interchangeables chantant des bouses formatées à mort ? Souvent, cette “personnalité” se résume à une coupe improbable, un prénom qui n’existe pas ou un style vestimentaire d’un autre temps. Avec Tchewsky & Wood, on ne sait même pas à quoi ressemblent les membres du groupe mais on sait déjà qu’on a affaire à un groupe peu commun. Pourtant il n’y a pas besoin de chercher bien loin pour trouver leurs influences, leur son naviguant entre post punk, électro et new wave (tendance cold). Et là, vous vous dites “c’est vrai qu’un groupe qui fait du post punk ou assimilés aujourd’hui, c’est d’une originalité folle”… Mais la vraie singularité de Tchewsky & Wood (la PER-SO-NNA-LI-TÉ) c’est cette voix, celle de Marina Keltchewsky (la “Tchewsky” du groupe donc, “Wood” étant le beatmaker Gaël Desbois, ne nous demandez pas pourquoi). Une voix grave (non, pas à la Ian Curtis ou Peter Murphy) qui emporte tout sur son passage, une voix parfois très sensuelle qui sait se faire ensorcelante (“I Have You”, “Four-Finger Ballerina”). Si le groupe excelle dans un registre pop délicat, il se mue parfois en implacable machine à danser sans jamais verser dans le kitsch (“Lion (In A Violet Zoo)”, “Love, She Said” issus de leur premier EP déjà riche en promesses). Pour couronner le tout, Marina jongle entre l’anglais, le francais et le russe avec une classe indéniable (l’imposante et corrosive “Burning Water” qui enflammerait d’un coup d’un seul n’importe quelle étendue d’eau). Maintenant on sait traduire le mot “tube” en trois langues (pour votre gouverne, des tubes, des hits ou des хит). On guettera de près la suite de la carrière de ce trio rennais bourré de PER-SO-NNA-LI-TÉ et au talent de composition indéniable. Ce Live Bullet Song explosif se révèle d’une précision diabolique. Une véritable bullet in the head. Jonathan...

Lire la suite

The KVB – Only Now Forever

The KVB – Only Now Forever

The KVB n’en est pas à son coup d’essai, loin s’en faut (8e album, déjà !) mais il se refuse à ressasser les mêmes marottes. Ceux qui ont bien accroché à Of Desire (et il y avait de quoi) ne seront pas tout à fait déboussolés, le duo ne s’est pas mué en une formation punk hardcore, les larsens n’ont pas supplanté les synthés, mais Only Now Forever laisse filtrer un peu de lumière là où ses prédécesseurs se complaisaient dans la pénombre. Ils ont beau adopter régulièrement un ton glacial ces KVB, ils savent se montrer accueillants et captivants pour peu qu’on les laisse se confier (l’imparable “Above Us” en ouverture). Il est en outre fréquent que le thermomètre grimpe pour indiquer une chaleur inhabituelle, on se laissera même surprendre plus souvent qu’à son tour à remuer le popotin, emportés aveuglément par un beat contagieux (“On My Skin” qui lorgne vers la dance ou l’électro cosmique de “Afterglow” et “Into Life”). Les robots semblent avoir pris le pouvoir et ils adoptent un look plutôt rétro 80s qu’ultra moderne, cela va de soi. En conséquence, le kitsch n’est parfois pas très loin mais l’ensemble est si solidement agencé qu’on finit toujours par se laisser prendre. Les mystères de la pop mon bon monsieur ; enrobez là comme vous voulez, si les mélodies sont au rendez-vous, c’est dans la poche. Pop n’a jamais été un gros mot pour The KVB mais il est ici plus assumé que jamais, à l’image de la belle mélancolie de “Violet Noon” aux chœurs éthérés qui s’envole aux confins d’une dream pop/shoegaze aussi touchante qu’inattendue, de la vaporeuse “No Shelter” ou de “Tides” qui a tout du single très (trop ?) calibré. Si l’intérêt faiblit quelque peu sur la face B (“Live In Fiction” et “Cerulean” sentent un peu la redite), force est de reconnaître que, sans dégainer l’artillerie lourde mais en faisant parler sa finesse, The KVB déploie tout un panel d’arguments auxquels il est difficile de rester insensible. Jonathan...

Lire la suite