The White Stripes – De Stijl

The White Stripes – De Stijl

(Sympathy For The Record Industry, 19 juin 2000) Le 6 mars 2002, à la Laiterie à Strasbourg, j’assistais au concert d’un groupe US émergent qui avait remis l’électricité sur le devant de la scène. Pour la modique somme de 13,50 € de l’époque (#jerangemessouvenirspendantleconfinement). Les White Stripes (et non Sripes comme sur mon billet collector !) présentaient leur troisième album White Blood Cells, le premier à avoir traversé l’Atlantique. Dans la salle strasbourgeoise pleine comme un œuf, j’ai rapidement eu la certitude ce soir-là que ce Jack White à la guitare, il n’allait pas rester bien longtemps sur le circuit des petites salles. Album suivant, Elephant, « Seven Nation Army », po popopo po po po, le tube interplanétaire par accident etc… on connait la suite. Après ce concert, je suis tombé sur ce De Stijl, initialement sorti il y a 20 ans (et réédité en Europe en même temps que White Blood Cells en 2001). Et j’avoue avoir conservé un petit faible pour cet album dans leur discographie, encore plus que les suivants, largement acclamés. Avant d’exploiter souvent ses obsessions 70’s (coucou Led Zep) et d’avoir les moyens de ses ambitions, Jack White avait réussi sur ce disque le tour de force d’un garage rock minimaliste, à mi-chemin entre proto-punk de Détroit et Blues du Delta. L’album est d’ailleurs dédié à Blind Willie McTell, guitariste blues du début du 20e siècle (on trouve une cover de son titre « Your Southern Can Is Mine » en piste finale). Ainsi qu’au mouvement artistique hollandais De Stijl, qui servait magnifiquement de support à l’obsession chromatique (rouge, blanc, noir) de Jack et Meg (sa prétendue sœur, qui en fait était sa femme, #comdouteuse à l’époque). Jack White débutait sa légende de recycleur en chef de la musique US par le versant Blues canal historique. Harmonica, piano, violon, bottleneck, slide guitar, production roots (par Jack himself), les codes étaient là et seuls le tempo et la guitare semblaient être branchés sur les années 2000. En duo, avec la batterie préhistorique de Meg, Jack White épate et se dévoile déjà en futur songwriter. Si l’on trouve encore du blues-punk roots à 2 dollars (« Let’s Build A Home », « Jumble, Jumble »), Jack signe aussi une bonne poignée de folk songs old school intemporelles. « Apple Blossom », guitare en bois qui grince, piano de saloon, solo sur une corde, rudimentaire certes mais le charme opère toujours. « I’m Bound To Pack It Up » la joue même catchy avec sa rythmique slidée et son petit violon enjoué. L’économie de moyens et l’austérité des arrangements n’altèrent pas la qualité des titres. Comme ce « Truth Doesn’t Make A Noise » addictif et...

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Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan – Straight Songs Of Sorrow

(Heavenly Recordings/PIAS, 8 mai 2020) On l’imagine sans peine, le passé de Mark Lanegan déborde de souvenirs pesants difficilement enfouis et de fantômes envahissants ne demandant qu’à ressurgir.  L’été dernier, il a décidé de s’y replonger courageusement en trempant la plume dans sa plaie, jamais vraiment cicatrisée. Un livre d’abord, suivi d’un disque, celui-ci, qui sortent presque conjointement. S’il jure que l’expérience n’a pas été cathartique, qu’elle n’a fait que réveiller ses démons plutôt que les exorciser, elle a en tout cas permis la naissance de ces quelques chansons, forcément chargées d’émotions, « painful as a heart attack », comme il le chante sur “This Game of Love”. Il nous l’a dit : pas question de composer un Winding Sheet 2 (du nom de son premier album solo), il n’avait pas menti. Straight Songs of Sorrow condense assez bien les influences qui ont jalonné sa carrière solo et permet de mesurer le chemin parcouru depuis ses débuts. Un album long de plus d’une heure, auquel furent conviés bon nombre de musiciens de renom (Greg Dulli, Warren Ellis, John Paul Jones, Ed Harcourt, Adrian Utley, Mark Morton…) mais paradoxalement éminemment personnel… Et un tracklisting qui a dû ressembler à un casse-tête vu la diversité des morceaux.  L’album débute ainsi par “I Shouldn’t Say”, titre électro expérimental assez proche de ce qu’on pouvait entendre lors de sa dernière collaboration en date, avec le DJ Not Waving. Plus loin, les bleeps et blops se tirent également la bourre sur l’étrange “Internal Hourglass Discussion”. Le beat est enlevé, l’humeur plutôt contemplative. Mais si ses dernières lubies sont évidemment de la partie (“Bleed All Over”, entrainante et 80s en diable, est tout à fait dans la continuité de Somebody’s Knocking), Straight Songs of Sorrow ne manque toutefois pas d’évoquer également ses débuts avec certains morceaux de folk dépouillée comme « Apples From A Tree », de la trempe de ses toutes meilleures productions ou certaines collaborations avec son vieux comparse Duke Garwood lorsque sa seule alliée se résume à une guitare classique (“Hanging On (For DRC)”). Il est également de notre devoir de mettre en lumière “Daylight In The Nocturnal House” hanté par des chœurs sublimes et achevé par une électricité bluesy qui vient fendre les cieux. Au milieu de la foule d’invités prestigieux (à l’apport pas toujours limpide, confessons-le), une demoiselle se distingue : Shelly Brien qui partage sa vie avec le monsieur et lui renvoie ici la balle de fort belle manière au micro le temps d’un “This Game Of Love” élégiaque de haute tenue. À l’image de ce dernier morceau, c’est à un autre grand chanteur abimé par le poids des années, influence revendiquée par Lanegan, que l’on pense souvent : un certain Nick Cave....

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Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Mark Lanegan dévoile un premier extrait de Straight Songs Of Sorrow

Comme il l’évoquait dans notre interview, Mark Lanegan sortira ses mémoires (Sing Backwards And Weep) fin avril et elles seront accompagnées d’un album, Straight Songs Of Sorrow, prévu pour le 8 mai prochain chez Heavenly Recordings. Un disque au sujet duquel il nous a déclaré “J’avais déjà commencé à composer ces chansons quand j’ai écrit le livre, basées sur des souvenirs évoqués dedans. (…) J’ai des chansons acoustiques mais aussi certaines qui ressemblent à celles que je compose actuellement. Il était hors de question que je sorte The Winding Sheet 2.” De nombreux invités ont participé à sa confection. Parmi eux, Greg Dulli (The Afghan Whigs, The Gutter Twins), Warren Ellis (Nick Cave & The Bad Seeds), John Paul Jones (Led Zeppelin), Jack Bates (The Smashing Pumpkins), Mark Morton (Lamb of God), Ed Harcourt… Un premier extrait “Skeleton Key”, long de 7 minutes, est en écoute. Et il est très beau. Tous nos articles sur Mark...

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The Rolling Stones – Sticky Fingers

The Rolling Stones – Sticky Fingers

(Rolling Stones Records, 23 avril 1971) Fêtes de fin d’année obligent, quand le boss d’Exitmusik m’a parlé de célébrer les 50 ans de Sticky Fingers, je me suis lancé sans réfléchir… Avec donc plus d’un an d’avance… Et tant pis pour Let It Bleed !  C’est à peu près là que ma vie rock’n roll a réellement commencé. Sticky f*** fingers. Le LP de 71. Mon préféré de toute la disco des Stones. Celui que je redécouvre tous les 5 ou 10 ans. Que je rachète sous différents formats. On parle beaucoup de la cover pic qui est en effet un coup de génie mais ce qui est un souvenir d’enfance pour moi est plutôt la pochette intérieure. D’un côté, on a une belle langue, le tout nouveau logo des Stones, affiché en pleine page. Business deal. De l’autre, une photo de famille. Les 5 Stones. Mick est un peu dans son coin et baille aux corneilles. Les mains dans ses poches de blazer trop grand sont gravées à jamais dans mon cerveau reptilien. Keith, un poil trop gros pour ce collant moyen-âgeux joue au chef de bande. Bill mime une descente de poudreuse et Charlie et Mick (Taylor) font un sourire de photo de classe. Par son geste, Bill résume bien l’esprit de cet album. Upper. Downer. Les “produits”. La vie est amusante mais fatigante. Jouissons mais avec un Mother’s Little Helper en support. On dirait que les enfants de 66 ont farfouillé dans le vanity case de maman et ont trouvé de quoi il s’agissait. Il n’y a pas que maman qui a besoin d’un boost pour supporter le quotidien.  Cet album devrait être interdit aux moins de 12 ans. Je ne serais peut-être pas tout à fait le même aujourd’hui si cet album n’avait pas existé. On a affaire à une roche ciselée, une opération à cœur ouvert, un pont bringuebalant, un vieux matelas puant. Ça apprend la vie. On se dit que ce n’est que de la musique mais on se dit la même chose quand on est petit et qu’on regarde un film d’horreur. Ce n’est que du cinéma. Quand j’étais petit et mort de trouille devant un film, je pensais aux acteurs qui rigolaient entre eux, une fois la prise finie. Ici, c’est pareil. On se dit que c’est un délire de musiciens riches et surdoués. Mais non, c’est la vraie vie. Six ans plus tard, Keith n’est pas loin du trou (canadien). Et puis, Brian a fait le grand plongeon depuis deux ans déjà. La mort est là, elle rôde. Comment les protagonistes de Sticky Fingers sont encore tous vivants en 2020 malgré l’appel du vide d’un coup de génie évident et...

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François Corbier – Jours De Blues

François Corbier – Jours De Blues

(Janvier 2019) Difficile de garder du recul face au disque posthume d’un artiste qu’on appréciait sincèrement. Surtout quand on l’a eu plusieurs fois au téléphone, dans des conversations qui ont duré plus d’une heure à chaque fois. Pas de quoi parler d’amitié, évidemment, mais indéniablement un échange véritable et de la sympathie réciproque. Ainsi, quand j’apprenais son décès l’année dernière, c’est un peu plus que des souvenirs d’enfance qui s’en sont allés. D’autant plus que le mélomane en moi savait, de la bouche de l’artiste, qu’il travaillait à un nouvel album qui s’appellerait Jours De Blues, et qu’on devrait peut-être s’asseoir dessus. Cette année, l’album est finalement sorti, en l’état, j’imagine, puisqu’il ne contient que 8 titres, ce qui est peu pour un disque de François Corbier ; pour 33 minutes de musique, donc rien de scandaleux non plus. Comme il nous l’avait dit en interview, celui-ci contient une chanson hommage à Cabu (« Pauvre Jean ») et ce que j’ai la faiblesse de prendre comme une petite pique rigolote à notre système politique (« Caligula »). Peut-être à cause du contexte de sa sortie, la mélancolie est omniprésente sur ce nouveau disque, renforcé par la simplicité des arrangements (guitares, voix, une batterie discrète et puis c’est marre… Là où Corbier est le meilleur, ça tombe bien !). Ainsi, le titre est parfaitement adéquat, d’autant que le blues est autant d’humeur que musical (avec une petite pointe jazzy parfois). Le disque regarde en arrière, c’est indéniable, et une chanson s’appelle même « Nostalgia ». Mais on n’est pas non plus face à un revirement complet du chansonnier, qui avouait lui-même que la nostalgie l’emmerde, puisque sans faire l’apologie du passé non plus, il met surtout en avant son regard tendre, caustique, et profondément humain. Le disque s’achève sur son morceau le plus électrique, « La Communauté », où une fois n’est pas coutume met en musique le texte d’un autre. C’est à s’y méprendre car l’humour et l’absurde du texte, qui revisite Blanche-Neige et les 7 nains, sont tout à fait dans la veine de ce que pouvait écrire Corbier, et on imagine comme il a dû se marrer à enregistrer ça. Et comme il se serait marré à présenter ce genre de chansons sur scène… Au jeu des « et si », on se demandera toujours ce que serait ce disque si la maladie ne l’avait pas emporté. Serait-il le même, ou aurait-il été agrémenté d’autres chansons ? Aurait-il été aussi triste, ou aurait-il eu son lot de chansons blagues pour remonter un peu le moral ? On n’aura jamais la réponse. En attendant, on peut se morfondre d’avoir perdu un chansonnier aussi talentueux, drôle et touchant. Ou...

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