Sticky Fingers des Rolling Stones aura 50 ans… en avril 2021. Chronique !

Sticky Fingers des Rolling Stones aura 50 ans… en avril 2021. Chronique !

(Rolling Stones Records, 23 avril 1971) Fêtes de fin d’année obligent, quand le boss d’Exitmusik m’a parlé de célébrer les 50 ans de Sticky Fingers, je me suis lancé sans réfléchir… Avec donc plus d’un an d’avance… Et tant pis pour Let It Bleed !  C’est à peu près là que ma vie rock’n roll a réellement commencé. Sticky f*** fingers. Le LP de 71. Mon préféré de toute la disco des Stones. Celui que je redécouvre tous les 5 ou 10 ans. Que je rachète sous différents formats. On parle beaucoup de la cover pic qui est en effet un coup de génie mais ce qui est un souvenir d’enfance pour moi est plutôt la pochette intérieure. D’un côté, on a une belle langue, le tout nouveau logo des Stones, affiché en pleine page. Business deal. De l’autre, une photo de famille. Les 5 Stones. Mick est un peu dans son coin et baille aux corneilles. Les mains dans ses poches de blazer trop grand sont gravées à jamais dans mon cerveau reptilien. Keith, un poil trop gros pour ce collant moyen-âgeux joue au chef de bande. Bill mime une descente de poudreuse et Charlie et Mick (Taylor) font un sourire de photo de classe. Par son geste, Bill résume bien l’esprit de cet album. Upper. Downer. Les “produits”. La vie est amusante mais fatigante. Jouissons mais avec un Mother’s Little Helper en support. On dirait que les enfants de 66 ont farfouillé dans le vanity case de maman et ont trouvé de quoi il s’agissait. Il n’y a pas que maman qui a besoin d’un boost pour supporter le quotidien.  Cet album devrait être interdit aux moins de 12 ans. Je ne serais peut-être pas tout à fait le même aujourd’hui si cet album n’avait pas existé. On a affaire à une roche ciselée, une opération à cœur ouvert, un pont bringuebalant, un vieux matelas puant. Ça apprend la vie. On se dit que ce n’est que de la musique mais on se dit la même chose quand on est petit et qu’on regarde un film d’horreur. Ce n’est que du cinéma. Quand j’étais petit et mort de trouille devant un film, je pensais aux acteurs qui rigolaient entre eux, une fois la prise finie. Ici, c’est pareil. On se dit que c’est un délire de musiciens riches et surdoués. Mais non, c’est la vraie vie. Six ans plus tard, Keith n’est pas loin du trou (canadien). Et puis, Brian a fait le grand plongeon depuis deux ans déjà. La mort est là, elle rôde. Comment les protagonistes de Sticky Fingers sont encore tous vivants en 2020 malgré l’appel du vide d’un coup de génie évident et...

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François Corbier – Jours De Blues

François Corbier – Jours De Blues

(Janvier 2019) Difficile de garder du recul face au disque posthume d’un artiste qu’on appréciait sincèrement. Surtout quand on l’a eu plusieurs fois au téléphone, dans des conversations qui ont duré plus d’une heure à chaque fois. Pas de quoi parler d’amitié, évidemment, mais indéniablement un échange véritable et de la sympathie réciproque. Ainsi, quand j’apprenais son décès l’année dernière, c’est un peu plus que des souvenirs d’enfance qui s’en sont allés. D’autant plus que le mélomane en moi savait, de la bouche de l’artiste, qu’il travaillait à un nouvel album qui s’appellerait Jours De Blues, et qu’on devrait peut-être s’asseoir dessus. Cette année, l’album est finalement sorti, en l’état, j’imagine, puisqu’il ne contient que 8 titres, ce qui est peu pour un disque de François Corbier ; pour 33 minutes de musique, donc rien de scandaleux non plus. Comme il nous l’avait dit en interview, celui-ci contient une chanson hommage à Cabu (« Pauvre Jean ») et ce que j’ai la faiblesse de prendre comme une petite pique rigolote à notre système politique (« Caligula »). Peut-être à cause du contexte de sa sortie, la mélancolie est omniprésente sur ce nouveau disque, renforcé par la simplicité des arrangements (guitares, voix, une batterie discrète et puis c’est marre… Là où Corbier est le meilleur, ça tombe bien !). Ainsi, le titre est parfaitement adéquat, d’autant que le blues est autant d’humeur que musical (avec une petite pointe jazzy parfois). Le disque regarde en arrière, c’est indéniable, et une chanson s’appelle même « Nostalgia ». Mais on n’est pas non plus face à un revirement complet du chansonnier, qui avouait lui-même que la nostalgie l’emmerde, puisque sans faire l’apologie du passé non plus, il met surtout en avant son regard tendre, caustique, et profondément humain. Le disque s’achève sur son morceau le plus électrique, « La Communauté », où une fois n’est pas coutume met en musique le texte d’un autre. C’est à s’y méprendre car l’humour et l’absurde du texte, qui revisite Blanche-Neige et les 7 nains, sont tout à fait dans la veine de ce que pouvait écrire Corbier, et on imagine comme il a dû se marrer à enregistrer ça. Et comme il se serait marré à présenter ce genre de chansons sur scène… Au jeu des « et si », on se demandera toujours ce que serait ce disque si la maladie ne l’avait pas emporté. Serait-il le même, ou aurait-il été agrémenté d’autres chansons ? Aurait-il été aussi triste, ou aurait-il eu son lot de chansons blagues pour remonter un peu le moral ? On n’aura jamais la réponse. En attendant, on peut se morfondre d’avoir perdu un chansonnier aussi talentueux, drôle et touchant. Ou...

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Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

(Ghosteen Ltd, 3 octobre 2019) Il est parfois difficile d’accepter qu’un artiste qu’on a tant aimé emprunte une voie nouvelle, se métamorphose radicalement, laissant derrière lui un passé semblant désormais si lointain, comme lorsqu’on retombe sur une vieille photo poussiéreuse en noir et blanc ravivant des souvenirs enfouis. Les souvenirs d’un Nick Cave vociférant dans un vacarme infernal au sein du Birthday Party ou lorsque ses Bad Seeds étaient encore incontrôlables, ont été gravés sur disque et ne demandent qu’à rugir de nouveau dans nos enceintes. Mais pour le Nick Cave 2019, il faut s’attendre à autre chose. Ghosteen semble entériner une trilogie (qui n’en est pas vraiment une) initiée par Push The Sky Away. Cet album marquait le début de l’ère Warren Ellis, celui-ci ayant définitivement pris le pouvoir après le départ de Mick Harvey, dernier garant de l’héritage punk des Bad Seeds, lequel avait déjà pris du plomb dans l’aile lorsque Blixa Bargeld avait quitté le navire en 2003. Sous le joug d’Ellis, les mauvaises graines se sont assagies, les guitares domptées au profit d’ambiances plus calfeutrées. Mais Push The Sky Away n’en demeurait pas moins un disque sublime dans lequel Nick déployait son charisme vocal intact au sein de titres mémorables comme « Jubilee Street » ou « Higgs Boson Blues ». Il y avait eu ensuite Skeleton Tree, dont le processus de composition fut tragiquement marqué par le drame insondable qui a frappé Nick Cave. La mue musicale était déjà entamée mais le Nick Cave d’aujourd’hui n’est évidemment plus du tout le même homme et, par ricochet, plus vraiment le même artiste. En résultait un disque très sombre, plus radical que son prédécesseur mais d’où émergeaient là encore de pures merveilles du calibre des plus grands titres Cavien (“Jesus Alone”, “I Need You”). Suite logique, Ghosteen marque toutefois un nouveau virage. Il suffit de s’attarder quelque peu sur cette pochette, aussi repoussante soit-elle, pour le constater. Le noir presque immaculé de Skeleton Tree illustrait le vide, l’absence, le néant. Sur le tableau de Ghosteen, à l’évidente portée religieuse, c’est tout l’inverse. Les couleurs irradient, et avec elles, la lumière, la vie. Et son contenu est dans la même tonalité, fortement imprégné de spiritualité, mais étrangement plus malaisant que son prédécesseur. La douleur était bien présente sur Skeleton Tree mais à l’écoute de Ghosteen, c’est comme si nous assistions depuis les premières loges aux adieux d’un père à son fils. Et d’éprouver une certaine impudicité face à des propos si viscéraux, sublimés par des compositions élégiaques, nous qui leur sommes totalement étrangers. Ce choix d’une œuvre si personnelle, probablement cathartique, de mettre en musique une douleur ineffable, appartient évidemment totalement à son auteur, et il n’est...

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Nick Cave de retour à Paris en juin !

Nick Cave de retour à Paris en juin !

Alors qu’il vient de sortir un nouvel album très particulier, toujours très marqué par la mort de son fils (on y reviendra), Nick Cave a annoncé une grande tournée européenne en 2020 avec ses Bad Seeds. Ils se produiront notamment à Paris le 14 juin prochain à l’AccorHotel Arenas, trois ans après son passage inoubliable au Zénith. Les billets seront mis en vente le 28 octobre à 10h. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Nick Cave & The Bad...

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Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

(Heavenly, 18 octobre 2019) Tiens, quelqu’un frappe. C’est ce bon vieux Mark Lanegan. Qu’il entre ! Il est toujours le bienvenu. « You wanna ride, you wanna take a ride? » propose-t-il d’emblée (« Disbelief Suspension »). Difficile de refuser. D’autant plus quand il y va bille en tête comme ici, à la manière d’un « Hit The City » qui donnait le ton du fabuleux Bubblegum, toujours inégalé depuis (bien qu’approché par le presque aussi fabuleux Blues Funeral). Cette fois-ci, le bon vieux Mark Lanegan est accoutré différemment, il assume pour de bon ses vieilles lubies 80s. Depuis Blues Funeral, on y avait droit de plus en plus fréquemment sur ses albums, en concert il reprenait régulièrement du Joy Division… Autant dire que ça nous pendait au nez. C’est fou ça, être un des musiciens éminents des années 90 et vouloir s’immerger à fond dans la décennie précédente (qui a connu des heures bien sombres, rappelons-le)… Toute la panoplie est donc de sortie : batteurs imitant des boites à rythme (ou l’inverse), synthés décomplexés, basse aux avant-postes… « Letter Never Sent » ne fait pas les choses à moitié et y ajoute un refrain plein de « ohohohoho ». Ça pourrait suinter la ringardise à 12 bornes mais avec Lanegan, c’est du tout bon, entrainant et efficace à souhait. N’essayez pas chez vous. En 14 titres, Mark Lanegan nous décline les années 80 pour les nuls, mais en version haute qualité. Déjà, en piochant dans ce que cette décennie a connu de meilleur : le post punk rentre dedans (« Night Flight To Kabul », « Gazing From The Shore » et leur basse-batterie totalement early Cure), la cold wave hantée (« Dark Disco Jag »). Ensuite, en y accolant des refrains qui frappent (« Stitch It Up », gonflée à bloc) et des mélodies qui marquent (« War Horse » et ses couplets scandés à la… Everlast). Enfin, en nous faisant fondre de sa voix inimitable et chaleureuse (la magnifique « Playing Nero » et ses nappes brumeuses qu’on croirait tirées de Twin Peaks – la série, pas le groupe). Plus troublés nous sommes, face à cette intro proche de l’acid house façon Underworld avant de se la jouer New Order (« Penthouse High »). Il faut s’imaginer écouter du Mark Lanegan en boite mais une fois l’idée acceptée, on se dit que pourquoi pas. Après tout, il y a tellement de merde en boite, ça ne ferait pas de mal (souvenez-vous « Ode To Sad Disco » sur Blues Funeral, encore lui. On est dans le même esprit). Il n’y a bien que « Paper Hat » qui laisse une guitare acoustique mener les débats comme à la belle époque et, sans surprise, nos cœurs sont brisés en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Malgré une fin...

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