Soundtrack – I’m Not There (Columbia)

Publié par le 12 mai 2014 dans Chroniques | 0 commentaire

notthereLe film de Todd Haynes, se veut être une vision sur la vie ou plutôt les vies de Bob Dylan. On est très loin du biopic classique, puisque pas moins de cinq comédiens et comédienne interprètent des personnages représentant Dylan à différentes périodes de sa vie. A ce titre, représenter Dylan par un jeune enfant noir (Marcus Carl Franklin excellent) ou par Cate Blanchett en clone de l’époque Highway 61 est une trouvaille et en tout cas bouscule totalement ce film de genre.

Et la musique dans tout ça me direz-vous. Et bien justement, la bande-son qui illustre le film est excellente, mais bon, pour les fans de Dylan, dont je fais partie, ce n’est pas une surprise. En revanche ce qui en est une très bonne, c’est le disque qui est paru simultanément et dont une infime partie a été utilisée pour le film (cette compilation comporte 34 titres).

Une excellente bande-son à double titre. Tout d’abord, le choix des morceaux qui la composent, piqués dans le répertoire immense de Dylan, mais qui laisse la part belle aux titres méconnus, pas de « Hurricane », « I Want You » ou « Like A Rolling Stone » par exemple. Ensuite, les interprètes qui se plient à l’exercice, venus d’horizons très variés. Rock indé (Sonic Youth, Stephen Malkmus, Mark Lanegan, Black Keys, ou le trop rare Tom Verlaine), country alternative (Calexico, Los Lobos, Wilco), vieille garde de la country (Willie Nelson, Ramblin Jack Elliot qui livre une formidable version bottleneck de « Just Like Tom Thumb’s Blues »), ou la relève country comme Mira Billotte ou Mason Jennings.

La BO pioche dans la discographie pléthorique de Dylan. Des premières « protest songs » comme « The Lonesome Death Of Hattie Caroll », aux titres rares échappés des sessions de Basement Tapes comme « I’m Not There », chute de studio jamais publiée, qui donne une interprétation distinguée de Sonic Youth, ou « Goin Down To Acapulco », aux sonorités latines de Calexico (cuivres mariachis et guitares espagnoles). Les cuivres de Calexico servent idéalement d’autres ballades « mexicaines », comme « One More Cup Of Coffee » par exemple.

Part belle, également aux chansons de la trilogie Subterranean Homesick Blues/Highway 61/Blonde On Blonde : revisitées ici par un paquet de musicos pas forcément appelés à se croiser régulièrement.  Si Richie Havens récemment disparu livre une interprétation classique du « Tombstone Blues » (guitares et basse acoustiques), Stephen Malkmus (qu’on aime bien ici) balance un « Ballad Of A Thin Man » classieux, entouré des Million Dollar Bashers, supergroupe formé des deux Sonic Youth : Lee Ranaldo et Steve Shelley, Tom Verlaine, Smoky Hormel (qui a joué notamment avec Beck). Du beau monde ! Stephen qui visiblement a pris du plaisir a enregistré trois titres sur ce disque, dont un « Maggie’s Farm », survitaminé et véritable hommage au maître. On a l’impression d’entendre Dylan jeune chanter sur celle-là. Tribute !

Il est indéniable que la présence de nombreux musiciens plus rock que country : Yo la Tengo (belle version de « Fourth Time Around »), Stephen Malkmus, Sonic Youth, qui se mettent au service de l’œuvre, lui donnent un sérieux coup de jeune. Mentions spéciales à l’interprétation très rythm and Blues du  fantastique « Stuck Inside A Mobile With The Memphis Blues Again » par la superbe Cat Power et aux Black Keys qui livrent une version de « Wicked Messenger » (échappée de John Wesley Harding) très éloignée de l’original, avec guitares électriques saturées et voix noyée dans l’écho.

Bien entendu, de nombreux morceaux acoustiques parsèment le disque :  « When The Ship Comes In » (Marcus Carl Franklin), « Man In The Long Black Coat » crépusculaire et magnifique (Mark Lanegan qui touche au coeur), « You Ain’t Goin’ Anywhere » de derrière les fagots (morceau encore échappé du méconnu Basement Tapes) balancé par Glen Hansard chanteur des Commitments ou « Knocking On Heaven’s Door », ici dans son plus simple appareil, dépouillée et sublime, interprétée par Anthony And The Johnsons.

Quelques faiblesses (rares) à signaler tout de même, « Pressing On » égaré de l’album archi naze Saved, aurait pu être laissé de côté mais la BO qui illustre les images du film couvre une période vaste de la carrière de Dylan, n’échappant pas à cette période mièvre et préchi-précha. Et que dire de la murmurée « Just Like A Woman » par l’insupportable Charlotte Gainsbourg. Eh oui, pas de pot, la seule frenchie invitée sur ce disque livre une version indigeste de cette sublime ode aux femmes.

Le disque s’achève sur une offrande du maître, avec la chanson éponyme, dans sa version originale enregistrée par Dylan et le Band et jamais publiée jusqu’alors.
Au fait, j’ai failli oublier, le premier titre de cette compilation, c’est « All Along The Watchtower », immortalisé par Hendrix, que reprend Eddie Vedder entouré des Million Dollar Bashers dans une version énergique plus Hendrixienne que Dylanesque. Assez proche de ce qu’il balance régulièrement en concert avec Pearl Jam.

Et si finalement, c’était le meilleur disque pour plonger dans la discographie pléthorique de Dylan, dans laquelle le novice peut s’égarer et perdre pied ? En tout cas, un disque de reprises, qui est à marquer d’une pierre blanche, pour ce type d’exercice souvent casse-gueule.
Dylan célébré par plusieurs générations de musiciens, et de son vivant, classe non ?

El Padre

Maggie’s Farm by Stephen Malkmus and The Million Dollar Bashers on Grooveshark

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