Soundgarden (discographie)

Publié par le 4 janvier 2015 dans Chroniques, Discographies, Incontournables | 1 commentaire

soundgardenBienvenue dans votre cours d’histoire musicale. Interro surprise, on va voir si vous avez bossé. Citez-moi des groupes majeurs de la scène de Seattle.

« Nirvana » oui bon celui-ci était facile Steven. « Pearl Jam » ok, jusque-là c’était pas trop compliqué. Un peu plus pointu maintenant…

Long silence… « MUDHONEY » oui très bien Roberta. J’en veux d’autres ! « Tad », bien vu Francis. Continuez. Il en manque beaucoup, et pas les moins connus…

Allez avec le chanteur chevelu beau gosse… « Eddie Vedder ? » Non on a déjà cité Pearl Jam, faut suivre un peu. Ils ont sorti un gros tube appelé « Black Hole Sun ». « Soundgarden ! » ah ben quand même.

Ce n’est pas normal que je doive vous dire ça pour que vous soyez capable de les citer, vous avez de grosses lacunes.

Alors on va tout reprendre depuis le début, ouvrez vos cahiers page 44. Et ne soupirez pas, c’est un chapitre très important.

 

Le dilemme du chanteur-batteur

Nous sommes au milieu des années 80. Musicalement c’est un peu tristos, disco à tous les coins de rue, synthés et boîte à rythme semblent devenus indispensables alors que les guitares peinent à se faire entendre. Même les plus grands vivent leur traversée du désert. Ajouté à cela, une satanée pluie qui tombe 2 jours sur 3 à Seattle et vous comprendrez que les jeunes locaux ont un peu le moral dans les chaussettes.

Le jeune Chris Cornell (le chevelu beau gosse que vous ne trouviez pas) se sent alors comme investi d’une mission : remettre le rock, le vrai, celui avec les guitares hurlantes sur le devant de la scène. Celui mis en sourdine depuis que le punk est passé de mode (citons quand même de valeureux résistants parmi lesquels Black Flag, Wipers et autres Butthole Surfers). Lui et quelques autres vont non seulement y parvenir mais vont carrément faire partie du renouveau du genre, redonner ce coup de fouet nécessaire. En résumé ils vont sauver le monde. J’exagère à peine Lucille ne sois pas rabat-joie.

Après une première tentative sous le nom de The Shemps – groupe de reprises assez merdique -, il fonde Soundgarden avec son pote bassiste et coloc Hiro Yamamoto (Francis tes jeux de mots foireux et ricanements idiots tu les gardes pour toi) et Kim Thayil à la guitare (un autre chevelu mais qui a moins de succès auprès des filles). Soundgarden vient du nom d’une sculpture de Seattle qui produit une sorte de musique avec le souffle du vent (A Sound Garden). Ça c’est pour l’anecdote inutile. Une autre, pour rager un peu. Le deuxième concert de Soundgarden sera aux côtés de Hüsker Dü et Skin Yard. Belle époque.

A noter que Cornell est au départ chanteur… et batteur. Arrive le moment où il faut faire un choix, Kim et Hiro sont plutôt partants pour le garder en tant que batteur. Sa complicité rythmique avec Hiro fonctionne bien, ce serait dommage de la bazarder et Cornell est un type réservé qu’ils imaginent mal en frontman…

Finalement au bout de quelques mois, le groupe embauche le batteur Scott Sundquist et Cornell se focalise sur le chant. Ses comparses lui découvre alors un côté showman insoupçonné et un certain goût pour l’exhibitionnisme (il finit tous ses concerts torse poil) qui n’est pas pour déplaire aux jeunes filles. Mine de rien, ça fait un atout de plus pour ce groupe qui n’en manque pas…

 

« Une expérience biblique »

Ils enregistrent rapidement trois premiers morceaux (« Heretic », « Tears To Forget », « All Your Lies ») qui se retrouveront sur la compilation Deep Six aux côtés de Green River (composés de deux futurs Pearl Jam et de Mark Arm, futur chanteur de Mudhoney), les Melvins, Malfunkshun (groupe d’Andy Wood, futur chanteur de Mother Love Bone), U-Men et Skin Yard (Matt Cameron à la batterie, Jack Endino à la guitare, deux gars dont nous allons reparler). Ce sont là les premiers frémissements grungy.

Le groupe tape dans l’œil de Jonathan Poneman, futur fondateur de Sub Pop. Ce sera un des premiers groupes à intégrer l’écurie et c’est un premier tournant dans la carrière de Soundgarden qui prend le bon train en marche. Entre temps, Sundquist a quitté le groupe pour se consacrer à sa vie de famille (il a dû se les bouffer par la suite…).

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Hiro Yamamoto, Chris Cornell, Kim Thayil, Matt Cameron

Soundgarden débauche Matt Cameron de Skin Yard et sort le premier EP Screaming Life en 1987 suivi de Fopp l’année suivante. Le groupe dégage une belle énergie mais est encore en rodage. Les influences Led Zep (les cris de Cornell très « Plantien ») et Sabbath (les riffs lourds) sont évidentes. Malgré une touche psyché intéressante, son identité est à affirmer pour foppscreamings’extirper de la masse et ne pas être un groupe de hard rock comme un autre. Le son sonne très live, brut de décoffrage (Jack Endino à la production, ceci explique cela). Certains morceaux augurent déjà de bien belles promesses (« Nothing To Say », « Hunted Down »…). « Swallow My Pride » et « Sub Pop Rock City » se retrouveront sur la compil’ Sub Pop 200, autre testament du grunge.

Jeff Gilbert, journaliste au Rocket et ancien membre de Sub Pop, se souvient de leurs premiers shows comme d’une « expérience biblique » et indique en avoir pris plein la face la première fois qu’il les a vus « je pensais « bon dieu, comment ces quatre mecs font pour produire ce son ? » C’était comme une nouvelle version de Led Zeppelin. Ce son incroyablement puissant, mais ils faisaient quelque chose de très différent, très sombre – mais sans être diabolique (rires). » Duff McKagan, un des premiers « actifs » de la scène de Seattle (The Vains, Fastbacks, Fartz, Ten Minute Warning) avant de devenir bassiste de Guns’N’Roses et actuellement des très recommandables Walking Papers, n’en pensait pas moins « ils m’ont retourné le cerveau (« fuckin’ blew my mind »). Je regarde toujours le batteur en premier – s’il est bon, le reste suivra. Et Matt était absolument incroyable ; il jouait à tous les tempos. Et Kim Thayil wow, qu’est-ce que c’est que ça ?! Et la voix de Cornell c’était celle de Robert Plant sous acide. Ils étaient menaçants, beaux, musicaux. La totale. »

Sub Pop n’est pas encore ce qu’il deviendra ensuite (bien qu’il compte déjà dans ses rangs Nirvana, Mudhoney…) et Soundgarden voit ça comme un premier tremplin… pour continuer à grandir. Courtisé par plusieurs majors, ils rejoignent SST après un lobbying intensif de Faith No More. Un bel honneur que de rejoindre ce mythique label punk que Cobain avait harcelé de lettres pour rejoindre, en vain.

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Chemise ouverte, chaîne en or qui brille

 

Adieu Sub Pop, bonjour reconnaissance

ultramegaLe premier album répond au nom débile de Ultramega OK. Dès l’intro de « Flower » on sent le groupe désireux d’évolution, prêt à s’appuyer davantage sur la voix de Cornell. Soundgarden prend le temps de calmer le jeu, travaille ses morceaux, apporte plus de variation (l’apport de Cameron est considérable, son duo avec Yamamoto parait déjà bien rodé). Thayil fait dans le limage intensif avec sa six-cordes et montre aussi toute la finesse de son jeu.

La longue et hypnotique « Incessant Mace » ressemble fort à du Led Zep sauce 90’s et on se rend compte qu’on a affaire à du costaud.

Avec « Beyond The Wheel », ses riffs lourds et rampants, les cris de Cornell, Soundgarden tient un premier grand titre et le son du groupe prend forme. Le talent transpire des compos et le groupe se lâche pour de bon comme sur la très rock’n’roll et primitive « Circle Of Power » avec Yamamoto au chant. Un titre qui ne ressemble en rien à ce que fera Soundgarden par la suite mais reflète bien leur envie de tout casser.

La popularité du groupe est grandissante, tout est vraiment Ultramega OK pour Soundgarden à tel point qu’ils rejoignent le major A&M, sur lequel sortira leur deuxième album Louder Than Love, initialement appelé Louder Than Fuck, avant que Susan Silver (manageuse du groupe, meuf de Cornell et véritable cinquième membre de Soundgarden) n’oppose son veto.

louderSoundgarden n’a pas encore acquis toute la maturité nécessaire pour faire exploser tout son potentiel mais Louder Than Love comporte son lot de très bons moments. Ça sature, ça grince, ça crie bref ça fait du bien par où ça passe. Thayil ressort sa guitare tronçonneuse et décime tout ce qui l’entoure (« Hands All Over », « Loud Love »).

Des titres comme « Gun » ou « I Awake » sonnent vraiment très metal, avec leurs riffs bien gras, et le chant de Cornell plus oppressant qu’à l’accoutumée avec un côté très « Ozzy-esque ». A l’image de cette pochette, toute en énergie, on sent encore un groupe jeune, un brin foufou (la déjantée « Full On Kevin’s Mom », « Big Dumb Sex » et ses « I’m gonna fuck fuck fuck you »). L’ensemble manque un peu de liant pour faire totalement l’unanimité mais Soundgarden n’est pas loin de tout casser.

Truly_Fast_Stories_Ffrom_Kid_ComaYamamoto quitte le groupe peu après la sortie de l’album pour reprendre les cours (prenez-en de la graine sales mioches). Plus tard il rejoindra Truly le temps de pondre un grand disque (Fast Stories… From Kid Coma).

C’est Jason Everman qui assure la tournée américaine et européenne avec Faith No More (belle époque bis). Everman, également connu pour avoir été second guitariste éphémère de Nirvana, se fait éjecter après la tournée. Le type maudit… C’est Ben Shepherd qui reprendra la basse et Soundgarden tient là sa formation définitive.

 

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Chris Cornell avec Andy Wood

A cette période, Andy Wood, leader de Mother Love Bone et colocataire de Cornell, décède d’une overdose. Le retour sur terre est brutal pour Chris, pour le groupe et pour toute la scène de Seattle qui commençait à émerger lentement mais sûrement et dont Wood était un des symboles.

Son décès conduira Stone Gossard et Jeff Ament à fonder un groupe du nom de Pearl Jam mais ceci est une autre histoire…  Auparavant Chris Cornell et les futurs membres de Pearl Jam offrirent au public le plus beau des disques et à Andy Wood le plus beau des hommages avec Temple Of The Dog.

 

 

L’âge d’or

L’arrivée de Shepherd donne une nouvelle dimension au groupe qui s’apprête à traverser sa phase la plus inspirée et brillante. La plus lucrative aussi. Ça commence par la sortie de Badmotorfinger, fin 91 un mois après Nevermind. La scène de Seattle était un phénomène local grandissant, il va devenir planétaire.

Soundgarden en sera l’un des symboles. D’autant que leurs débuts chez Sub Pop, leur précocité et… le fait que Cobain les apprécie – selon Tracy Marander, une ex de Cobain, il aurait même hésité à les rejoindre quand ils cherchaient un bassiste – ne font que renforcer leur légitimité. A l’inverse de Pearl Jam par exemple qui commence seulement sa carrière (Ten est sorti quelques mois auparavant) et sera considéré par certains (ignares) comme le versant commercial du grunge.

badEt accessoirement en composant de grands disques, Soundgarden atteint fort logiquement une renommée méritée. Car Badmotorfinger est indéniablement un grand disque, de ceux qui sur une frise chronologique de l’histoire musicale se posent là, parmi les plus importants des années 90.

Pas besoin d’aller au bout de Badmotorfinger pour s’apercevoir que le groupe n’est plus tout à fait le même.

La claque est immédiate, considérable, les plus sceptiques n’ont plus vraiment de quoi la ramener. Le son tabasse, un cap a été franchi au niveau de la production (Terry Date, déjà à l’œuvre sur Louder Than Love a abattu un sacré boulot), la basse de Shepherd est très en avant, et Soundgarden nous bombarde d’emblée de singles qui scotchent. « Rusty Cage » et « Outshined » en ouverture d’album, difficile de faire plus fort. Cornell « (is) gonna break (his) rusty cage » (« rompre sa cage rouillée ») et les fauves seront alors lâchés pour de bon.

Si la musique de Soundgarden peut paraître moins accessible que celle de Pearl Jam ou Nirvana, elle attire une frange plus métalleuse. Les riffs de Thayil sont lourds comme jamais, la tonalité d’ensemble est très sombre (sur l’apocalyptique « Slaves And Bulldozers » on s’apprête à voir les morts se relever et sur la démoniaque « Jesus Christ Pose » c’est l’urgence du punk mêlée à la puissance du métal, leçon de technique des zicos au passage).

Parallèlement le songwriting de Cornell et son sens affûté de la mélodie, s’affirme de plus en plus (« Holy Water »), d’autant que le monsieur n’a pas trop de difficultés à s’aventurer dans les aigus. Cette antithèse, tant au niveau du look que du son, entre le chanteur playboy aux harmonies 12 carats et le guitariste yéti/homme des cavernes aux riffs ténébreux et abrasifs devient une marque de fabrique du groupe.

A côté de ça, Cameron est d’une puissance effarante, il fracasse du fût comme s’il s’agissait de pots de yaourts, tout en sachant se montrer plus groovy pour être en parfait accord avec Shepherd. Difficile de croire que ce dernier n’est là que depuis quelques mois tant l’unité du groupe est impressionnante. Tout est en place, parfaitement étudié (« Room A Thousand Years Wide » semble avoir été écrite pour faire bouger les cheveux de Cornell en rythme).

En un mot comme en cent : Badmotorfinger est un album majeur qui plus de vingt après n’a pas vieilli le moins du monde. Soundgarden s’est imposé comme un grand, il lui sera désormais difficile de faire mieux…

 

SG shepherd

 

Et pourtant ! Pourtant le groupe en a encore sous la pédale et compte bien prouver que Badmotorfinger n’est pas qu’un (énorme) coup d’éclat sans suite… Fort de son nouveau statut, le groupe surfe sur le succès d’une scène qui attire labels peu scrupuleux et artistes peu talentueux en quête de lumière (tout le monde rêve de coller sur son disque le sticker « la dernière merveille de Seattle »). Plus par opportunisme qu’autre chose, Soundgarden part en tournée avec Guns N’Roses, qui est loin d’être un groupe qu’ils admirent (doux euphémisme) et risque de brouiller leur image auprès des fans de la première heure attachés à leur côté « Sub Pop/indie » mais leur permet de jouer dans des salles qu’ils n’auraient même pas pu imaginer approcher. Pari réussi.

Le nouvel album de Soundgarden est donc très attendu. Ne manque plus au groupe que des vrais tubes inoubliables pour élargir son audience. Ce qu’il ne va pas manquer de faire. Toutes proportions gardées, Superunknown est un peu le Nevermind du groupe.

superunknown-1400177247Assez différent de son prédécesseur, car plus catchy, moins sombre (du moins musicalement car les textes ne sont guère enjoués), plus accessible aussi il faut bien le dire, Superunknown n’en demeure pas moins un pur bijou. Rien à jeter sur ce disque où le groupe est véritablement au sommet. Il signe ici son plus gros tube, « Black Hole Sun » et la ménagère découvre Soundgarden devant M6. Un mal pour un bien car à cette époque les gamines s’émoustillent devant la chevelure blonde de Cobain et les pectoraux de Cornell, ce qui a un peu plus de gueule que Justin Bieber et One Direction. Nous vivons une bien triste époque.

Dans le registre de la ballade qui tue, « Black Hole Sun » se voit concurrencer par la somptueuse « Fell On Black Days » qui consacre définitivement Cornell comme un grand chanteur au registre très large (et bien plus qu’un beugleur de première catégorie).

Thayil n’a pas pour autant envie d’arrêter de distribuer des cachous, ce qu’il fait remarquablement. L’énergie est toujours là, elle est simplement plus canalisée, et l’ensemble est toujours aussi percutant et efficace (« Superunknown », « My Wave », « Spoonman »).

Parmi cet océan de morceaux imparables, on a vite fait d’oublier les immenses « The Day I Tried To Live » ou « 4th Of July » (le retour du son apocalyptique de Badmotorfinger) ce qui est une grave erreur puisqu’il s’agit là de deux des meilleures compos jamais écrites par le quatuor. Un quatuor qui a bien évolué et n’hésite pas à ouvrir son horizon davantage encore, à pousser plus loin les expérimentations, notamment au travers des riffs de Thayil qui ont toujours eu cette tonalité psyché et qui ici, puise aussi dans les racines indiennes du guitariste (« Half », complètement hallucinée qui n’aurait pas déplu à John Lennon).

Le clip de « Black Hole Sun » fait un carton sur MTV, le groupe rafle plusieurs Awards et Superunknown sera cinq fois disque de platine. En langage djeuns, on appelle ça tout déchirer. Nirvana est le plus grand groupe du monde, Pearl Jam n’est pas loin derrière, Dirt d’Alice In Chains est un immense carton. Le Big Four a de la gueule et dans l’ombre sévissent Mudhoney, Screaming Trees, Melvins et autres Tad. Rien de moins. Seattle est à son apogée et s’impose sans discussion comme la capitale mondiale du rock.

Rien ne laisse alors présager que la fin est proche…

 

 

Une sombre période

Et voilà que le grunge, désignons-le plutôt comme la scène de Seattle (tant la diversité entre ses divers représentants est grande), apparu de façon aussi soudaine qu’inattendu va quasiment « disparaître » (du moins fortement se disloquer) en quelques mois. Le conte de fée prend du plomb dans l’aile quand son plus emblématique représentant préfère se faire sauter le caisson plutôt que de finir par s’aliéner lui-même et sa musique.

Et tout va progressivement s’écrouler comme un château de cartes, voilà Seattle devenue has been, une terre de drogués qui n’attire plus les hommes d’affaire. L’insouciance s’est envolée, l’envie de faire de la musique un peu aussi. En 1996, Soundgarden publie un dernier disque et arrête les frais.

dotu1Un très bon disque ce Down On The Upside, un peu en dessous tout de même des deux mastodontes précédents. « Pretty Noose », assez radio-friendly, contient tout ce qui peut définir un bon morceau. Du bon riff, du bon refrain, du pont trippant, vraiment du bon Soundgarden très bien foutu. Un constat qui peut s’appliquer à quasiment tous les morceaux (mentions spéciales à « Ty Cobb » où Cornell semble sur un fil tout le long comme s’il était en plein rodéo ou les somptueuses « Blow The Upside World » et « Burden In My Hand »).

En termes de composition et de production, le savoir-faire du groupe n’est plus à prouver. Mais l’enregistrement est douloureux et Down On The Upside manque du petit plus, de la cohésion incroyable qu’on pouvait ressentir avant (il faut dire que l’ambiance n’est plus au beau fixe), de cette envie de tout casser (vu que c’est déjà fait) qui poussait les deux albums précédents à repousser les limites de l’excellence.

Là où Badmotorfinger et Superunknown se conjuguaient au plus que parfait, Down On The Upside est imparfait. La belle affaire.

En guise de testament « Boot Camp » boucle l’album en douceur et avec émotion, laissant un léger goût amer dans la bouche.

La dernière tournée est un désastre, les membres ne s’adressent plus la parole, les prestations s’en ressentent et à la fin du tour chacun comprend qu’il vaut mieux en rester là. Cinq albums et rideau. La scène de Seattle a perdu en deux ans d’intervalle deux groupes gigantesques. On n’a plus que nos yeux pour pleurer. Et les choses ne vont pas aller en s’arrangeant.

SOUNDGARDEN periode DOTU

 

L’après-Soundgarden et… la résurrection du mythe

Après Soundgarden, le déluge. Kim Thayil disparaît quasiment de la circulation musicale se contentant de rares apparitions et participations (dont le projet heavy metal PROBOT de Dave Grohl en 2004).

Les collaborations de Shepherd sont aussi rares que prestigieuses. Il fait équipe avec Josh Homme sur les deux premiers – et fameux – Desert Sessions (avec une pléiade d’autres invités de premier choix) et occasionnellement avec Mark Lanegan sur ses albums solo. Il sortira également un second album de son groupe Hater et un projet assez confidentiel (Unkmongoni).

Matt Cameron, lui, mise sur le bon cheval en rejoignant Pearl Jam en 1998, un groupe toujours debout aujourd’hui et qui livre toujours des concerts d’anthologie.

Audioslave

Après un premier album solo honorable mais pas inoubliable (Euphoria Morning), Cornell réalise un rêve de nombreux frustrés en fondant Audioslave avec Tom Morello, Brad Wilk et Tim Commerford, trois ex-Rage Against The Machine. Le résultat est globalement en-deçà des attentes suscitées par une telle dream team et avec le recul on peut affirmer que la mayonnaise n’a jamais vraiment prise entre les quatre qui en trois albums n’auront pas convaincu grand monde.

 

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Une pochette aussi mauvaise que son contenu

Mais le pire est à venir. En 2007, il sort son second album solo Carry On qui commence déjà à sentir un peu des pieds. Et deux ans plus tard, il sombre dans la médiocrité crasse, en faisant appel au producteur Timbaland co-responsable d’une bouse du nom de Scream. On pense l’avoir perdu à tout jamais.

Et là miracle, en guise de cadeau pour la nouvelle année 2010, Cornell annonce la reformation de Soundgarden. S’en suit une tournée évidemment triomphale et donc très fructueuse, et fin 2012 un nouvel album, King Animal, 16 ans après Down On The Upside. Un disque avant tout pour les nostalgiques, pas un grand Soundgarden-King-Animal-e1347857882622disque de Soundgarden mais un bon disque de reformation (si on excepte cas exceptionnels comme les disques post-reformation de Dinosaur Jr). C’est déjà ça. La suite de l’histoire reste à écrire par les quatre protagonistes. Nous la suivrons avec le plus grand intérêt, bien conscients néanmoins que le meilleur est (sauf miracle) derrière eux.

 

Voilà vous savez tout, ou du moins l’essentiel, merci pour votre attention, vous n’avez plus maintenant qu’à écouter l’ensemble de leur discographie. Et pour ceux qui n’ont « pas que ça à foutre« , je t’ai entendu Francis, vous n’aurez qu’à écouter cette petite playlist que je vous ai concocté et dont vous me direz des nouvelles. Francis tu viendras réciter demain l’intégralité des textes de Lara Fabian. Tu l’as bien cherché.

 

JL

 

Soundgarden en 15 titres (et sans « Black Hole Sun », vous pourrez bien la trouver tout seul)

1 commentaire

  1. Merci professeur JL. Je reviendrai finalement avec plaisir assister à vos cours -:) Rock and Roll for ever !

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