Sonic Youth – Goo (Geffen)

Publié par le 5 janvier 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

gooÇa fait drôle de se faire offrir à Noël l’album Goo de Sonic Youth par sa grand-mère. Pas trop son style, on est assez loin de Pierre Bachelet.

Sonic Youth, c’est d’abord un couple : Thurston Moore et Kim Gordon. Séparés en 2011, ce sont eux qui jusque-là portait ce groupe très haut parmi les références ultimes du rock alternatif. Thurston à la six-cordes et au micro, Kim à la basse et au chant. À leurs côtés, l’autre pilier, le guitariste-chanteur Lee Ranaldo. Comme souvent, derrière les fûts, ils sont plusieurs à s’être succédés, mais depuis 1986 la tâche était confiée à un seul homme : Steve Shelley.

Très proche du punk dans l’esprit, leur musique est assez inclassable et ne se soustrait à aucune convention. La destructuration pour mot d’ordre, le bruit comme leitmotiv.

Deux ans après la sortie de leur album culte Daydream Nation (que j’ai longuement hésité à chroniquer en premier), le groupe s’apprête à sortir son septième album, le premier sur une major. Vade Retro !

Du coup, on se dit que cette bande d’excités risque de mettre un peu d’eau dans son vin, comprendre nous jouer l’option « on balance des gros tubes » et calmer un peu le festival de distorsions auquel il nous avait habitués. Que nenni, peut-on s’empresser de répondre, même si, il faut bien l’admettre un aspect un poil plus « grand public » colore ce disque.

Des vendus, les Sonic Youth ? Certainement pas ! Toujours de grandes envolées soniques, des sons distordus en veux-tu en voilà mais aussi la mélodie au premier plan avec parfois une touche pop qui transparait.

Le groupe attaque fort avec la phénoménale « Dirty Boots », son riff d’abord aérien, terriblement accrocheur et ça monte, ça monte jusqu’à l’explosion sur le refrain. Et après on laisse parler les guitares. La classe !

Évidemment, on ne s’arrête pas en si bon chemin. « Tunic (song for Karen) » est tout aussi énorme. Kim parle, elle ne chante pas. Elle nous conte l’histoire de Karen Carpenter (chanteuse des Carpenters, qui souffrait d’anorexie mentale, décédée en 1983). Une fille perdue, mal dans sa peau, qui traine son spleen tout au long de ce titre vénéneux pendant que nous sommes cernés par les guitares oppressantes (« you are never goin’ anywhere« ). J Mascis, leader légendaire de Dinosaur Jr, vient se joindre à la fine équipe. Et ça tue.

Des perles comme celles-ci, cet album en regorge. Ça en deviendrait presque indécent. Dans un autre registre, « Kool Thing » porte plutôt bien son nom. Autre invité de prestige : Chuck D de Public Enemy. Un morceau qui s’empare de vous immédiatement à coups de burin avec son riff grungy à souhait et la basse gargantuesque de Kim Gordon. Thurston Moore et Lee Ranaldo se livrent un duel de grattes électriques diaboliques et on a du mal à choisir un vainqueur. Nos gencives saignent et c’est pas la gingivite, c’est plutot les uppercuts balancés par les deux gratteux en furie.

Mais Sonic Youth, c’est bien plus que des anciens ados boutonneux qui ont morflé à l’école et crachent leur haine à pleins décibels à la face du monde. C’est avant tout des grands musiciens jamais avares en expérimentations capables de nous conter des histoires lors de longs passages instrumentaux qui transpire l’aigreur, la rancoeur tenace (« Disappearer », « Cinderella’s Big Score »), la lente agonie (les interminables larsens finaux sur le mélancolique « Mote »).

Le fabuleux « Titanium expose », morceau typique du « son Sonic Youth », plein de variations de rythme aussi déroutantes que jouissives, vient conclure en beauté cet album qui frise la perfection.

À l’époque de la sortie de l’album, le groupe était mécontent de sa production, et choisit de proposer à ses fans les démos dans le bootleg officiel Goo Demos. Des démos au son plus brut forcément (si, si c’est possible), que l’on peut retrouver aujourd’hui sur l’indispensable réédition de cet album (merci mamie).

Cet album est sorti un an avant Nevermind sur lequel beaucoup de gamins ont tripé comme des dingues (et continuent à juste titre). Et ces gamins dont je faisais partie ont grandi, pris de la hauteur pour réaliser que si on gratte un peu il y a d’autres groupes que ceux qui passaient en boucle à la radio et sur MTV. Et là on se penche sur la discographie de groupes comme Sonic Youth, toujours resté « à la marge », façonnant des albums majeurs qui demandent plus de temps pour être appréhendés, mais qui en valent la chandelle. Idéal pour découvrir le groupe car plus accessible et « grand public » (faut le dire vite), Goo peut constituer un excellent point de départ pour ceux qui sont passés à côté de ce groupe de légende.

JL

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