Sleaford Mods – Eton Alive

Publié par le 7 mars 2019 dans Chroniques, Notre Sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Extreme Eating, 22 février 2019)

Les Sleaford Mods ont un problème : ils sont trop bons. Trop bons dans leur registre qu’ils ont plus ou moins inventé. Tellement efficaces qu’ils déroulent à la perfection depuis des années leur hip hopost punk avec l’impression de ne pas trop se fouler, sans perdre une once d’efficacité mais sans provoquer à nouveau la même étincelle qu’à leurs débuts. On n’a jamais cessé de remuer la tête à l’écoute de n’importe lequel de leurs morceaux mais on avait cessé de guetter la moindre de leurs sorties avec excitation. Il fallait donc que ça change, et c’est chose faite.

Le premier symbole de ce changement n’est pas anodin, Sleaford Mods a décidé de grandir encore un peu plus en créant son propre label, Extreme Eating Records, pour mieux voler de ses propres ailes. Adieu Rough Trade, bonjour la liberté !

Pour ce qui est du contenu de Eton Alive, que les grands inquiets se rassurent, les repères sont toujours là. Le monde ne va pas mieux, le Brexit se rapproche, Jason a toujours la rage et il demeure l’actuelle meilleure voix des sans-voix (« of course we are fucking relevant! » clame-t-il). Son flow est toujours aussi percutant, tout le monde en prend plein la gueule (y compris les groupes indie rock à la mode « We ain’t shoeshine boys for fakers. Bingo punks with Rickenbackers » ou même… Graham Coxon qui « looks like a left-wing Boris Johnson ») et sa plume vise toujours les mêmes cibles (consumérisme, médias, injustice sociale…) avec un savant mélange d’exaspération et d’ironie mordante.
Mais Jason chante aussi, de plus en plus et de mieux en mieux (“Policy Cream”, “When You Come Up To Me”, “Firewall” ou même sur le refrain de la furieuse “Kebab Spider”). Et le bonhomme est si entrainant qu’il est difficile de ne pas se mettre à chanter à ses côtés.

Quant au son, il y a du nouveau aussi, si le minimalisme est toujours de mise, si Andrew Fearn est toujours aussi avare en sonorités que son comparse est généreux en mots débités, il a également élargi son registre. Ainsi, la géniale “OBCT” et sa basse d’outre-tombe so post punk se voit agrémentée d’un improbable solo de kazoo tout bonnement jouissif, “Top It Up” vient errer dans des territoires jungle et sur “Discourse” Jason semble cavaler après une sonnerie de téléphone. C’est con mais c’est bon. Des surprises bienvenues donc et, de temps en temps, une remise au poing pour bien rappeler qu’ils ne blaguent pas pour autant, comme ce “Flipside” au beat hystérique ou “Subtraction” qui suinte l’anxiété de toutes parts.

Les Sleaford Mods ne s’assagiront jamais (ouf), continuent de nous lâcher des “Big Burt” à la face et si, en plus, ils le font avec le renouvellement nécessaire, on va se remettre à guetter chacune de leurs sorties la bave aux lèvres. Ça tombe bien, généralement on n’attend jamais trop longtemps avec eux.

Jonathan Lopez

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